Jane est morte

mai 30 2014

Jane, je n’arrive pas à me souvenir de ce qui nous a séparé. J’ai la mémoire hyper sélective, j’efface les engueulades, les manquements des autres, et surtout les miens. J’ai le cerveau confortable, prêt à m’absoudre, prêt à oublier, je ne m’encombre pas des noirceurs de mon prochain, et je passe grossièrement du blanco qui tâche sur mes pires comportements. Jane, je me souviens de l’appartement immense de tes parents, de ta petite chambre au bout du couloir, de l’escalier de service et du monte charge, je me souviens de ta mère, qui aurait bien voulu t’enfermer, je me souviens de ton père, qui te regardait grandir comme une étrangère. Je me souviens de ton front, très grand, de ton menton, de ta silhouette parfaite d’adolescente fringuée trop grand. Je me souviens de ton premier mec, Christophe, un genre d’individu flasque, très fier de son statut de terminale, et qui avait compris qu’il pouvait exiger de toi ce qu’il n’obtenait pas des autres. Je me souviens comme tu étais fière, de lui, de vous, de son aptitutde à citer Nine Inch Nails. Je me souviens de ta mère, lors d’un dîner, très grave, nous annoncant qu’elle avait compris toute la problématique des banlieues depuis qu’elle avait vu La Haine. Cette mère, que tu détestais, que tu disais menacer au couteau, cette petite femme bourgeoise qui ne te ressemblait même pas de loin, cette maman qui te poussait toujours un peu plus loin d’elle, dans un autre pays, dans une autre école, dans une autre pension.

Je me souviens de ton rire. Je me souviens de ta tronche avec une bombe d’équitation. Je me souviens de la façon que tu avais de faire claquer tes doigts lorsque tu secouais une allumette pour l’éteindre. Bien plus tard, je me souviens t’avoir appercue dans la rue, en bas de mon bureau. Tu partais déjeuner avec 2 anciennes de la pension, donc ma meilleure amie de l’époque. Je n’avais pas le droit de venir. Je n’étais pas la bienvenue. Je ne me souviens toujours pas de ce qui avait provoqué mon exil forcé. Je me souviens encore de ton écriture, pourtant. Je me souviens de tes rêves. Qu’est ce qui a pu se passer ? Je me souviens de tes vacances à Royan, de ce mec, sur cette voiture, un soir. Je me souviens de tes larmes. Je me souviens ne pas t’avoir cru tout de suite. Je me souviens ne pas avoir eu les armes pour t’aider. Je me souviens de mes paroles pseudo mystique pour te conforter. Une histoire de karma et de présence divine dans l’obscurité. Plus tard, quand j’ai appris, quand j’ai subi, tu es la première à qui j’ai pensé. Je m’en veux encore. De n’avoir pas su. De ne pas t’avoir cru. Aujourd’hui encore, quand on vient me rapporter des agressions, quand on me raconte une histoire de vie difficile, j’ai ce moment, dans ma chambre, avec toi, assise sur mon lit, et mes mots qui sortent si mal, et mon incapacité à t’épauler, et tes mots qui s’accèlérent, et tes yeux qui s’embrument, j’ai tout ca avec moi, tout le temps. J’avais 14 ans, je ne savais pas, je n’en savais rien. Je te demande pardon.

Mes souvenirs s’arrêtent vite. J’ai perdu mon dernier lien avec toi quand j’ai perdu ma meilleure amie. Encore un dossier qu’il me faudrait ouvrir, pour me souvenir, pour le comprendre. Qu’est ce que j’ai fait ? Qu’est ce qui s’est passé ? Je n’en sais rien, au fond. La vie, bêtement, peut-être, ma maladie, beaucoup, aussi. Presque 8 ans maintenant, que je passais régulièrement vous observer sur Facebook, vous les rescapées, vous les amies pour la vie, vous les trois survivantes du pensionnat, de l’adolescence, toi, elle, et puis l’autre, celle qui m’avait mordue au sang dans le couloir un samedi matin, souviens toi. J’enviais vos photos, vos soirées, vos week-ends ensemble, j’étais émue devant les histoires que je devinais, j’ai voulu écrire, j’effaçais, vous ne vouliez pas de moi, c’était mieux comme ca, qu’est ce qu’on dit à des fantômes après tout, pas grand chose. Ce soir, je me promène encore sur vos photos, et j’apprends que tu es morte, Jane, d’une crise cardiaque, au début du mois. Qu’on t’a fait une belle célébration de ta vie. Je n’en sais pas plus. Juste que tu n’es plus là. Et je n’ai pas le droit de te pleurer, ca serait bien maladroit. Ca serait pleurer sur moi, sur nos ombres, sur des souvenirs que je suis maintenant seule à garder. Je me demande ce que j’ai fait pour garder seule les souvenirs partagés avec d’autres qui n’en veulent plus, qui me les ont jeté bien fort dans le ventre, pour s’en débarasser. J’aimerais me souvenir de plus, des détails, des déliés. Je me souviens de toi Jane.

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Cannibale

avr 14 2014

Y’a ton visage dans les draps, au pied de la couette, imprimé, tout froissé, la bouche ouverte, les dents qui crient, y’a tes yeux qui roulent sur le parquet, grands ouverts, ta peau en petits tas sur la table de l’entrée, mélée de poils, ta barbe, posée au coin de la porte. Y’a ton odeur laissée un peu partout, surtout quand je l’oublie, y’a ton t-shirt roulé en boule, humide et pourri. Y’a moi, juste là, qui pense à ces petits bouts de toi que j’imagine surement, qui n’existent même pas. Y’a mes doigts qui cherchent les tiens, y’a ma peau qui voudrait bien mais qui ne peut pas, y’a ma tête qui m’échappe quand je pense à toi, y’a tout ca, et surtout du silence, de la musique parfois. J’en fais des dessins, j’écris pour de vrai, avec mes mains, dans un carnet que tu ne liras pas, je crayonne des lignes et je rature mon nom, j’entends la porte. Le chat s’asseoit, inquiet, près de ma tête, il monte sur mon ventre, il ronronne. Tout ca c’est chez moi, quand tu n’y es pas.

Je peux pas dire que ce soit douloureux, que j’en souffre, ou même que j’y pense. Ca me vient là, sans que je convoque quoique ce soit. Ca me vient comme une évidence, de vouloir que tu sois là. Ca monte quelque part dans mon ventre, pour finir par flotter tout autour, pour s’imposer doucement, la dictature du sentiment. Je peux pas dire que ca soit désagréable, de t’imaginer, de te faire dire tout ce que j’ai envie d’entendre, de mettre ma langue dans ta bouche, comme ca. C’est comme un rituel rassurant, tout se passera bien, puisque je décide de tout. Il n’y a pas d’angoisses, pas de questions, pas de mots à trouver qui ne viendraient pas. Il n’y a pas d’après, pas de manque, pas de regret, puisque tu es là. C’est pas pour de vrai, je sais. Est ce que ca compte, que ca soit vrai ou pas, j’ai du mal à faire la différence parfois. Baby baby baby. Je suis pas crooner pour un rond, mais parfois j’aimerais bien. Séduire comme ils font dans les vieilles chansons. Sussurer un truc bien cliché dans ton oreille et te voir rougir. Te séduire comme les garçons font dans les films pour filles, te promettre la lune, te mentir. Te jouer de la guitare même. Je suis un mec comme ca.

Je voudrais te faire danser. Au milieu du salon, juste pour rien, parce que la chanson est en sucre, parce que je suis contre toi. Viens danser, je te dirais. Viens, allez. Avec la lumière et rien pour te cacher. Juste ton nez dans mon cou. Je voudrais te regarder te laisser danser. Mais les filles ne font pas ca. Pas moi en tout cas. Je voudrais être ton mec, mon amour, je voudrais être en toi. Même pas pour le sexe, même pas pour jouir. Je voudrais juste sentir ce que ca fait. D’être toi. Avec ta peau et tes poils et ton dos. Mettre mes doigts dans tes yeux, sentir comme c’est mouillé. Voir ce qui se cache derrière. Aspirer tes oreilles. Couper tes ongles avec mes dents. Manger tes croutes. Mesurer tes pieds avec mes mains. Je voudrais te goûter. Je voudrais t’avaler. Moi si j’étais un homme, je serais cannibale.

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Rémy Gaillard, Sortir les couteaux

mar 29 2014

Remy Gaillard, amuseur public sur Youtube, nous fait cette semaine la grâce d’un nouvel opus. « Free Sex », voilà son titre. On y voit des femmes dans l’espace public, dans la rue, dans le parc, allongées, accroupies, assises, qui ne prêtent aucune attention à Mr Gaillard. Ce dernier se place en décalage de quelques centimètres, et par un habile mouvement de la caméra, un jeu de perspective digne des plus grands peintres, simule l’acte sexuel sur ces femmes inconnues. La classe américaine.

Oh bien sur je pourrais vous parler de sexisme, de culture du viol, de harcèlement de rue. Vous rappeler que ce genre de vidéo entretient l’idée que l’espace public n’appartient pas aux femmes, qu’elle ne font qu’emprunter un passage réservé aux porteurs de testicules. Vous rappeler aussi qu’il y a 200 (deux cents) viols par jour (journée, day, période de 24 heures) en France. Soit un peu plus de 8 (huit) viols ( le viol est un « rapport sexuel imposé à quelqu’un par la violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime ») par heure (unité de temps de 60 minutes), soit à peu près un viol toutes les 8 minutes. Vous dire que cette vidéo nous rappelle à nous, femmes cis ou trans, que nous ne sommes pas en sécurité dans la rue, dans un parc, dans les transports. Que s’allonger sur l’herbe pour lire, c’est inviter un homme à venir mimer un acte sexuel. Que s’accroupir pour faire ses lacets appelle la photo volée de notre cul, ou crie à l’homme qui peut venir singer la levrette.

Les femmes sont donc les victimes potentielles permanentes des violences des hommes. Plus seulement les « salopes », les « bourrées », les « faciles », les « habillées trop court ». Toutes. Les allongées en jean, les debout en jupe, les voilées au supermarché, les col roulées au ski, les toutes jeunes sur Internet, les bonnasses en mini short, les moches en jogging, les grosses sous leurs bourrelets, les mal baisées à lunettes. Oh je vous entends déja hurler. Mimer une fellation n’est pas une violence. C’est pour rire. Allons. On peut plus rien dire. On peut plus rien faire. Les féministes n’ont pas d’humour. Et puis c’est flatteur. Qu’on puisse imaginer avoir une relation sexuelle avec elle. Y’en a pleins qui seraient contentes d’avoir un mec qui frétille derrière leur cul hein. C’est un genre de validation de leur existence. Parce qu’une femme qui ne provoque pas l’érection divine du phallus n’a pas vraiment de raison de vivre. Il faut faire bander, coute que coute. Il faut secouer ses seins, faire voler ses cheveux, il faut des bouches rouges et des dents qui ne mordent pas la queue, il faut ne pas être collante, mais ne pas s’éloigner, il faut la prendre dans le cul pour le garder, il faut être pénétrées, parce que c’est ca, la vraie sexualité, il faut avaler le foutre et se taire, il faut remercier l’homme d’avoir daigné nous souiller. C’est drôle non ?

C’est drôle de n’être regardée que pour sa capacité à faire éjaculer. C’est drôle d’être uniquement envisagée comme partenaire sexuelle potentielle dans l’espace public. C’est drôle de vivre chaque trajet à pieds ou en transport comme un jeu de validation de nos qualités sexuelles. Drôle de se faire insulter, de se faire reluquer, de se faire dévisager, d’entendre des commentaires sur nos seins trop petits ou trop gros, sur nos fesses trop présentes ou trop effacées, sur nos possibles capacités à nous faire baiser la bouche « comme des bonnes putes », tout ca en faisant 400 mètres entre chez toi et le tabac. Tellement drôle.

Je n’ai plus d’humour. Nous n’avons plus d’humour. Ni pour ceux qui miment, ni pour ceux qui parlent, ni pour ceux qui insultent, ni pour ceux qui commentent, ni pour ceux qui complimentent, ni pour ceux qui touchent sans demander l’autorisation, ni pour ceux qui fixent nos corps, ni pour ceux qui capturent nos images en les volant,  ni pour ceux qui se servent de nous comme écran de leurs désirs alors que nous ne demandons qu’à marcher. Marcher librement, dans la rue, dans les parkings, dans les parcs, dans les villes ou dans les campagnes, avec nos enfants, nos amies, nos amantes, en jupe ou en djellaba, en short ou en jean, sans subir vos mots et vos gestes avilissants.

Nous n’avons plus d’humour. Nous n’avons plus de patience. J’invite chaque meuf qui se trouvera confrontée à la validation masculine dans l’espace public, aux remarques, aux insultes, aux gestes ou aux discours déplacés à répondre. C’est une invitation, pas une injonction. Il faut juger de la situation, de son danger potentiel, et de sa force. Nous ne sommes pas obligées d’être fortes. Mais si un jour, tu te trouves forte, si un jour, ta voix peux hurler, si tu peux gueuler partout dans la rue, si tu peux effrayer tous tes voisins voyageurs en hurlant, si tu peux rendre les coups, si tu peux mettre des pains, si tu peux cracher, si tu peux déchirer, si tu peux répondre, fais le. Ne nous laissons plus faire. Ne supportons plus une seule parole, un seul geste contre nous dans l’espace public. Ne supportons plus un seul geste, une seule parole contre une autre femme, quelque soit son apparence, dans l’espace public. Intervenons. Solidarisons nous. Parlons nous dans les trains, dans les bus, dans les RER, dans les salles d’attentes. Regroupons nous. Il faut que la peur change de côté. Il faut que la honte change de côté. Il faut que nous nous battions. Il nous faut sortir les couteaux. (<– ici un lien à cliquer qui explique l’expression « sortir les couteaux », qui n’est pas à prendre littéralement).

Edit du 30 Mars 14h :

Je ferme les commentaires.

Je ne peux plus lire de messages insultants, ou m’invitant à me suicider pour aujourd’hui. A chaque jour suffit sa peine.

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Infrarouges

mar 17 2014

Il a travaillé toute sa vie. A regarder ses doigts, ses ongles, ses mains, tu devines qu’il n’était pas au chaud dans un bureau, à ronronner entre la photocopieuse et le café. Ses rides mêmes hurlent le soleil, la poussière, le bruit, le front plissé sur l’ouvrage, la gamelle de midi. Il porte un tricot sous sa chemise bien repassée, le col rigide d’amidon, pour pas la salir, pour ne pas gâcher. Il s’est fait propre pour venir à l’hôpital, c’est à 20 kilomètres de la maison, c’est peu mais c’est dèja la ville quand on a pas l’habitude, c’est comme si c’était loin. Avant de monter dans la voiture, il s’est assuré qu’elle était bien mise, elle aussi, que son chandail était bien boutonné, il lui a mis un peu de rose aux joues, comme elle faisait, avant d’oublier. Depuis sa retraite, il s’occupe d’elle, 46 ans de mariage, de bonheur qu’il dit, ca ne s’efface pas avec un diagnostic, et puis faut bien que quelqu’un se souvienne, puisqu’elle oublie tout, de plus en plus, jusqu’aux choses les plus simples, se laver, manger, parler. Ca a été vite, il la revoit encore faire des listes, au début, tout noter, tout redire, tout compter. Alzheimer précoce, ils ont voulu la placer.

C’est pas qu’il voudrait s’en débarasser, non. Parfois il pense à ce qu’il pourrait faire, s’il était seul.Partir en vacances, traverser la France pour embrasser leur fille au bord de la mer, les petits enfants, bricoler, se remettre à la chasse. Rencontrer quelqu’un même, pourquoi pas. Mais il se reprend vite, pas question d’abandonner sa Louise. Et même s’il voulait, même si elle se laissait faire, avec 1600 euros de retraite à deux, comment payer une bonne maison, pas un mourroir miteux, comment s’assurer qu’on s’occupe aussi bien d’elle là bas qu’ici ? Qui lui donnera sa douche à Louise ? Tous les matins, il la déshabille, elle est sage, assise sur la chaise en plastique de la salle de bain, elle remue un peu ses pieds dans le vide, et, comme avant, quand ils se pressaient, quand ils économisaient l’eau, ils se douchent ensemble. Il savonne son corps, celui qu’il a désiré, celui qu’elle n’habite plus, c’est comme la relique d’un temps passé, chaque pli, chaque creux, chaque cicatrice, il les connaît tous, les histoires, les peines et les accouchements, il était là, il se souvient. Pas elle. Elle tremble déja, il l’enveloppe dans son peignoir, et doucement, à petits pas comptés, il la guide vers le canapé.

Depuis quelques jours, Louise pleure. Au réveil, la nuit, tout le temps. Elle a mal au ventre, elle montre comme ca, comme les enfants. Alors il l’a emmené à l’hopital. Pas tout de suite. Il a esperé que ca passe d’abord. On sait quand on rentre, on sait jamais quand on en sort, de ces trucs là. Surtout elle. Avec sa tête toute vide d’elle. Avec son sourire de jeune fille et ses manières d’enfant. Il oublie qu’elle a presque 70 ans, à la voir rire devant des bétises, à lui donner la becquée pour qu’elle se nourisse. Alors il a mis sa belle chemise et son pantalon à plis. Il l’a peignée, arrangée. Et maintenant elle est là, allongée sur le brancard triste du box 3, à attendre qu’on vienne l’examiner. Sa Louise. Son amoureuse. Sa femme. Elle pousse des petits cris, elle n’a pas bien compris ce qui se passait. Il lui tient la main, lui caresse les cheveux. Ses yeux se voilent un peu. De larmes, de la voir là, incapable d’expliquer qu’elle souffre, de se sentir inutile, de ne plus savoir décoder, de peine, pour sa petite poule, pour son épouse, pour sa bien aimée. Et puis un peu pour lui, parce qu’il est bien seul devant les médecins qui parlent trop vite, parce qu’il est vieux, lui aussi, parce qu’il se sent faiblir. Parce que Louise finira par mourir, et qu’il n’aura plus personne avec qui se doucher. Parce que son amoureuse est morte, quand Alzheimer est arrivé.

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Projection/Discussion autour du droit à l’IVG

fév 11 2014

Je vous propose de regarder ensemble un documentaire qui a eu beaucoup d’impact sur ma vision de l’accouchement et de l’avortement, de la lutte féministe et de ses enjeux. Cette projection nous permettra de discuter du droit d’accès à l’avortement en France, des menaces qui pèsent sur ce droit, et de prendre la mesure des actions et des réflexions à mettre en œuvre. Le documentaire est aussi intéressant, car il témoigne de la dynamique militante des membres de la MLAC.

La Cantine des Pyrénées lieu d’entraide et de solidarité, nous accueille.

Event Facebook

 

Projection du documentaire

 

Regarde elle a les yeux grands ouverts

de Yann Masson

 

Suivi d’une discussion sur :

 

Le droit à l’IVG en France : accès, surmédicalisation,

culpabilisation.

Dimanche 23 février, à 18h

à la Cantine des Pyrénées

331, rue des Pyrénées

Métro Pelleport ou Jourdain

Bus 96 ou 26

Autolib : Paris Pyrénées 330

Vélib : Station 20042 Pyrénées

Regarde elle a les yeux grands ouverts :

« Les « Filles d’Aix », des jeunes et des moins jeunes, toutes militantes du MLAC (Mouvement de libération de l’avortement et de la contraception) entre 1975 et 1982, certaines d’entre elles vivant l’expérience communautaire, avant et après la loi Veil. Leurs pratiques résolument collectives à tous les niveaux (soutien, accouchement à domicile, avortements, procès de 1977) sont montrées, la plupart du temps sur le vif, avec gravité, intimité sans voyeurisme, et toujours leur dynamisme et leur courageuse bonne humeur. Les manifestations de soutien devant le Palais de justice sont si bouleversantes que le policier lui-même est étreint par l’émotion. Dans les scènes d’accouchements à La Commune, Yann Le Masson s’en donne à cœur joie dans des images complexes, peuplées de femmes affairées ou prévenantes, d’enfants sidérés par ce qu’ils voient, d’hommes discrètement là en arrière-plan, Nicole regardant son enfant naître dans un miroir et le sortant elle-même à pleines mains. Du bonheur sans douleur, pratique collective aussi du grand cinéma. »

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Bipolaire

fév 10 2014

Je déteste qu’on me dise que je vais mal. Que je suis « fatiguée ». Qu’il faut que je dorme. Toutes ces périphrases qui me rappellent que je suis bien malade, là, quelque part au fond de ma tête, malgré les médicaments et la thérapie, cette épée de Damoclès, peut-être que demain, peut-être que la semaine prochaine. Je me souviens ce que c’est d’être trop déprimée pour réfléchir à uriner dans mes draps, tant les quelques mètres qui me séparent des toilettes sont trop difficiles à parcourir. C’est ça la dépression, celle du fond, du milieu du tunnel. Pas juste un épanchement de l’âme sur la tristesse absolue du monde et des enfants qui meurent de faim. La dépression ne pense plus à rien, ni à soi ni aux autres. La dépression laisse sécher sur ton visage les jours successifs de morve, de croûtes, de bave, de pleurs, sans que tu trouves la force de les effacer. Tu ne vois plus ni la crasse, ni les poubelles qui font une montagne au milieu du salon, ni la litière du chat qui déborde de merde. Tes draps puent, tu pues, tes cheveux collent visqueux en paquet autour de ton visage halluciné d’angoisse. La dépression n’est pas romantique. Elle ne récite pas Goethe au soleil couchant. Elle ne s’étend pas sur les tombes anciennes pour attendre la mort. Elle est la mort. L’arrêt de toute la vie.

Pourtant, il faut vivre. Avec l’idée que ça va recommencer. Avec l’œil sans cesse braqué sur la courbe de mon humeur, sur mon cahier d’humeur. Repérer les signes, le manque de sommeil, le trop de sommeil, l’énervement permanent, l’hyper activité, la créativité même devient problématique, écrire trop ou pas assez peut être symptomatique de l’arrivée d’une tempête ou d’une défaite. S’interroger, en permanence, sur ses réactions, est-ce-que j’en fais trop ou pas assez, si je crie, est-ce parce que je suis légitimement agacée, ou est-ce que je me laisse emporter trop loin, est-ce que tout est proportionnel à l’événement, est-ce que je suis dans une fourchette de normalité, est-ce que je dois m’inquiéter. Et puis les gens, ceux qui ne comprennent pas ou qui ne veulent pas voir, qui demandent sans cesse, si j’ai bien pris mes médicaments, si j’ai bien dormi, si je suis énervée, si je suis triste, si je suis angoissée, qui se rassurent eux même de leur propre santé mentale en m’écoutant énumérer mes soucis, mes molécules et mes échecs. Ces gens qui disent bipolaire comme on dirait lunatique, sans voir ce qui se cache derrière le mot, ceux qui disent maniaco-dépressif, et qui ne voient en toi qu’un tueur en série putatif, une grenade dégoupillée prête à péter à n’importe quel moment, qui te donnent de handicapé sans attendre que tu t’en donnes le nom. Les mots qu’on ne dit pas pour te décrire, les mots qu’on utilise qui ne sont pas les bons, les mots qui blessent, ceux qui servent contre toi pour t’anéantir. Elle est malade, comme pour dire elle ne compte pas, ne l’écoute pas.

J’ai le luxe de pouvoir réfléchir. J’ai le luxe de pouvoir anticiper ma prochaine dépression, ma prochaine hypomanie. J’achète ces chances à grands coups de molécules, de discipline, de travail sur moi même, de surveillance constante. J’ai trop joué avec mon cerveau, je n’ai plus de tickets pour le manège. J’ai trop peur pour déconner. L’alcool, les substances, tout m’effraie dans vos excès. J’ai vu des gens comme vous, perdre la tête, pour quelques grammes d’herbe, pour quelques verres de trop. Je me rapproche de la fenêtre quand tu allumes ton joint, c’est peut-être idiot, j’ai peur de ta fumée, j’ai peur de la respirer, peur de perdre le contrôle, tu ne peux pas comprendre, puisque c’est ce que tu recherches toi, la détente, les muscles qui se relâchent. Je veux rester tendue, pointue, sûre et rassurée. Je suis une mauviette de ma tête, j’ai trop à y laisser.

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#safedanslarue

fév 04 2014

Un mec dans la rue me traite de grosse relou et de grosse conne parce qu’il est en double file devant un bateau, et que j’aimerais descendre du trottoir, je suis en scooter. Je lui demande de répéter. Il répète. Il m’insulte. Je l’emmerde. Il m’emmerde. Je monte en pression. Il m’insulte. Je descends de mon scooter. J’enlève mon casque. Je me plante devant lui. Répète. Répète ce que tu viens de dire. Il me pousse et m’envoie valser quelques mètres plus loin. Je ne suis pas une petite chose légère. Il m’a vraiment poussé. Je reviens me planter devant lui. Il tend les mains vers mon cou. Il serre et me fait reculer en me poussant par le même temps. Il m’étrangle, quelques secondes. Je suis sonnée. Par la violence de tout cela bien plus que par une douleur physique. Je lui dis que j’appelle la police. Il s’en fout. Il se casse. Il va déjeuner. Il se fout de ma gueule. Je bouge mon scooter au coin de la rue pour ne pas gêner. J’appelle la police. La police ne viendra pas. Je guette le mec. Il retrouve un ami, juste au coin. Il me montre du doigt. Il est mort de rire. Il me crie de me barrer. Je lui dis que j’attends la police. J’entends une sirène, je tourne la tête. Ce n’est pas la police. Je me retourne, le mec s’est barré.

Je porte plainte. Je suis secouée. J’ai la plaque de la voiture. La flic qui me reçoit dit que ce n’est pas grave. Que c’est pas bien grave quand même. Je raconte. Les mots, les mains sur mon cou, les insultes. Je raconte mes insultes aussi. Je dis tout. Mais pourquoi vous vous êtes énervée aussi ? Pourquoi vous avez répondu ? Je ne sais pas. Parce que je ne supporte pas qu’on m’insulte gratuitement. Parce que je supporte plus. Parce que c’est mon droit de ne pas le supporter ? Elle me propose un médecin, mais elle n’est pas officier, donc elle ne peut pas me donner le rendez-vous, il faudrait changer d’arrondissement et prendre rendez-vous, ca a l’air tellement compliqué que je laisse tomber. J’appelle ma mère, qu’elle vienne me chercher. Elle pense que je me suis fait arrêter à une manif. Elle ne s’attend pas à mon air défait. J’ai les nerfs qui lâchent. Je pleure. Je rentre chez moi. J’attends. Je suis convoquée pour la confrontation. Je me retrouve assise dans un petit bureau, avec le mec qui m’a étranglé. La flic lit ma déposition. Non, je ne veux rien changer. Elle lit la sienne. Je suis une racaille en surpoids qui l’a agressé car j’avais la flemme de faire le tour plutôt que d’éviter sa voiture mal garée. Je suis une personne aigrie qui répond aux insultes alors que j’aurais pu me taire. C’est incompréhensible pour lui. Oui, il m’a bien touché, mais pas à la gorge, qu’il dit. Au visage et aux épaules. Pour se défendre. Parce qu’il a peur de mon apparence monstrueuse. C’est marqué. Sur la déposition. Marqué. Silence. La flic s’attend à ce que je m’énerve. Vous ne vous énervez pas, qu’elle me demande. Non. Je ne dis rien. Et vous monsieur vous ne dites rien, qu’elle demande. Non rien. Ah super je vais finir plus tôt ce soir, elle nous fait signer un papier. Je descends l’escalier du commissariat, j’entends les pas du mec derrière moi. Je suis aussi humilié par cette déposition que par l’agression. Ca part au proc, elle a dit ca, la flic. Ca suit son cours.

Fallait pas répondre. Fallait que j’accepte de me faire insulter par le mec mal garé. C’est ce que je me dis. Fallait pas descendre du scooter, ca fait menaçant. Fallait pas être monstrueuse. Fallait pas. J’en sais rien. Maintenant je ne sais pas. Ce qu’il faut faire quand on te crache dessus pour rien, ce qu’il faut faire quand on insulte ta mère ou ton chien. Je ne sais plus. Je suis sure que ma plainte ne donnera rien. Quasi sure. Il me reste ce truc amer seulement, celui d’être le monstre. Je n’aurai pas réparation. J’ai juste ce truc, dans la rue, qui m’est arrivé, en plein jour, pour un trottoir, pour une insulte rendue, un mec qui a pensé normal de porter ses mains sur mon cou et de serrer. Et qui n’en démordra  pas. Qui est sur de lui. Qui me dit qu’il vient de Neuilly lui. Qu’il ne se bat pas. Qu’il n’est pas comme ca. Et moi je suis quoi ? Dans quel monde, pourquoi, au nom de quoi, est ce que je dois accepter de me faire insulter ? Dans quel monde, pourquoi, au nom de quoi, dois je accepter de baisser les yeux devant celui qui m’agresse verbalement ? Je ne sais pas. Je sais que répondre, ca ne marche pas.

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FAQ autour de l’IVG et de la nécessaire poursuite de la lutte : questions courantes et propositions de réponses Gaelle-Marie Zimmermann

jan 27 2014

[Ce texte est mis à votre disposition par A Contrario et Gaelle Marie Zimmerman : vous pouvez donc le copier et le republier sur vos propres sites, l'imprimer, le distribuer, en sélectionner des morceaux... Indiquez simplement la source et ne modifiez pas les propos, puisque l'auteur engage son nom sur le contenu.

Et bien sûr, les médias en ligne "classiques" et sites commerciaux ne sont pas concernés par cette invitation à la copie : pour eux, application basique de l'exception de courte citation et interdiction de copier intégralement. Mais à part ça, pour les sites persos, c'est en libre-service]

« Lutter pour défendre le droit à l’IVG ? Aller manifester ? Militer pour ça ? En France ? Mais pourquoi ? L’avortement est légal dans notre pays ! Personne ne veut le remettre en cause ! Et puis il ne faut pas que ça devienne un truc banal… Imagine que les femmes se mettent à l’utiliser comme une contraception ! »

En effet, l’avortement est légal en France. Moralement, il est toléré sous conditions. Concrètement, ce droit à l’IVG est fragile.

Et émotionnellement, il est très compliqué de comprendre comment chacun.e le perçoit, en fonction de sa sensibilité, de ses convictions et de ses choix de vie.

Cependant, les idées reçues autour de l’avortement ont la vie dure, et beaucoup de gens ont du mal à saisir pourquoi la lutte pour le droit à l’IVG est toujours nécessaire aujourd’hui, encore et plus que jamais.

Quand on milite, on devient, de fait, habitué.e à un certain déroulé de raisonnement, à des terrains d’action et de réflexion qui reposent sur nos parcours personnels et militants, nos lectures et nos démarches de documentation.

Mais tout le monde n’est pas familier de ces notions, et nos axes de luttes peuvent paraître obscurs aux personnes qui, a priori, ne sont pas anti-IVG mais qui ont du mal à percevoir (et c’est bien compréhensible) la nécessité de combattre encore pour le droit à l’avortement, et les fondements de notre combat.

Alors voici une modeste liste de propositions de réponses aux questions fréquemment posées sur l’IVG et la lutte que nous menons, à destination des militant.e.s et non militant.e.s de tous bords, réponses qui peuvent également être utilisées en vue d’une démarche de sensibilisation.

1 – Je ne comprends pas pourquoi il faut lutter pour le droit à l’IVG : en France, l’avortement est déjà légal !

Oui, l’avortement est légal, mais légal ne signifie pas forcément « accessible ». Les nombreuses fermetures de centres pratiquant l’IVG, le manque de moyens, la désinformation, les actions de manipulation de certains sites web pour pousser les femmes à mener leur grossesse non désirée à terme, et plus globalement les actions toujours plus nombreuses de militant.e.s anti-choix sont une constante menace pour ce droit qui reste très fragile.

De plus, les aléas politiques et les risques que représentent l’éventuelle arrivée au pouvoir de partis opposés au droit à l’IVG pourraient fort bien mettre cette légalité en péril : rien n’est donc acquis.

2 – Enfin, personne ne veut supprimer le droit à l’avortement !

Si, beaucoup de monde : les réactionnaires, et plus généralement toutes les personnes qui considèrent l’embryon ou le fœtus comme une personne, sans oublier tous les gens qui estiment, en toute bonne foi, que la revendication des femmes à pouvoir disposer de leur corps doit s’effacer devant le caractère prépondérant de la gestation.

3 – Mais l’avortement, c’est grave quand même : il ne faut pas que ça devienne banal !

Que signifie le mot « banal » ? « Banal » signifie « ordinaire », « commun », « courant » : concrètement, l’avortement est déjà un acte banal. C’est également, selon les termes employés par le Docteur Sophie Gaudu lors du congrès de l’ANCIC « un des actes gynécologiques les plus fréquents et les plus sûrs ». Elle ajoute également qu’une femme sur trois aura recours à une IVG dans sa vie, et qu’il s’en pratique 200 000 par an.

L’IVG est donc d’ores et déjà un acte tout à fait banal. La véritable question est : pourquoi refusons-nous d’admettre cette banalité, et pourquoi souhaitons-nous lui donner un caractère infamant, insultant, délictuel, dramatique ?

La connotation négative du mot « banalisation » dans le cadre de l’IVG nous dit beaucoup de choses de nos réticences (conscientes ou inconscientes) à considérer l’avortement comme un droit qu’aucune dramatisation obligatoire ne devrait venir normer.

Admettre que l’avortement est banal, c’est admettre que concrètement, le fait d’interrompre une grossesse peut ne pas être grave pour une femme (et en tout cas moins grave que de la mener à terme), et qu’elle peut choisir d’avorter sans avoir le sentiment de « commettre » un acte lourd.

Pour certaines personnes, cela peut être très dur à concevoir : la « banalisation » de l’avortement leur apparaît comme une forme d’inconséquence, sous-tendue par le fait qu’avorter doit obligatoirement constituer une décision et un acte de poids (moral, psychologique, émotionnel…), et que cette décision et cet acte n’ont pas à être faciles.

On rencontre souvent cette crainte de la banalisation chez des personnes ouvertement pro-IVG, qui malgré leur lutte pour le droit au choix, ont beaucoup de difficultés à ne pas conditionner la légitimité de ce choix par une intensité symbolique obligatoire.

4 – Enfin quand même, l’avortement ce n’est JAMAIS anodin !

Ça dépend. Parfois non. Parfois si. Mais les femmes qui le vivent bien ont du mal à en parler car notre société toute entière (dans les différentes instances amenées à intervenir en amont, pendant et après l’avortement) induit chez les femmes qui avortent un traumatisme symboliquement présupposé.

Cela ne veut pas dire que toutes les femmes, sans ces conditionnements, vivraient bien l’IVG. Pour certaines c’est très dur, pour d’autres moins, pour d’autres pas du tout. C’est fonction de plusieurs paramètres, notamment l’existence ou non d’un désir d’être mère (et toutes les femmes ne le désirent pas). Cela signifie simplement qu’il n’y a pas systématiquement un traumatisme. Que parfois le traumatisme est induit par des facteurs extérieurs. Cela peut même, dans certains cas, être le corps médical qui fait de l’acte un traumatisme.

Ce qui est important, c’est ne pas normer le ressenti des femmes : on peut vivre bien une IVG, on peut la vivre mal. Chacune son ressenti. Le refus d’admettre que certaines femmes vivent bien l’avortement procède du même ressort symbolique que le refus de la « banalisation » et de la « récidive ».

De la même façon, on dit souvent que l’on « subit » une IVG, tandis qu’on « bénéficie » d’une péridurale, comme le précisait le Docteur Gaudu : l’avortement est toujours à « subir », comme une contrainte et non une libération (et c’est là qu’on touche au coeur même du droit des femmes à se sentir « libérées » par l’interruption d’une grossesse), comme si on avait à le supporter comme un drame imposé, sans avoir le droit d’en faire le choix libre, la revendication, sans regret et sans remords.

Le droit pour chacune de ressentir les choses librement est donc un axe de lutte important.

5 – Pourquoi militer pour l’IVG plutôt que de faire de la prévention contre l’IVG ?

La prévention, dans le sens premier du terme, consiste à empêcher qu’une chose négative ou nocive se produise. Cela sous-entendrait donc que l’IVG est quelque chose de mal, de négatif, de nocif, alors que concrètement, c’est plutôt la grossesse non désirée qui est un événement négatif.

L’IVG est en fait une solution, et on ne prévient pas les solutions : on les utilise. L’IVG n’est pas un problème en soi, mais la solution à un problème.

Alors ce qui est « mal », « dangereux » et « préjudiciable » pour une femme, ce n’est pas l’IVG (dont la décision peut être difficile ou simple à prendre, et qui peut être bien ou mal vécue),  c’est le fait d’avoir un enfant dont elle ne veut pas, et de subir une grossesse non désirée. C’est également, dans le cas où elle est contrainte de mener sa grossesse non désirée à terme, préjudiciable pour l’enfant (on trouve beaucoup d’études, plus ou moins fiables, sur le traumatisme post-IVG, mais aucune sur le traumatisme post-grossesse-non-désirée-menée-à-terme).

L’IVG est donc la solution pour interrompre une grossesse non désirée, et cela n’empêche en rien d’informer sur la contraception. Il n’y a donc pas d’incompatibilité entre le fait d’utiliser l’IVG en tant que solution, et d’informer sur la contraception pour éviter une grossesse non désirée.

Contraception et IVG sont deux maillons complémentaires de la chaîne du contrôle de la fécondité. Si le contrôle de la fécondité était une notion réellement intégrée et admise (et pas seulement en surface comme actuellement), on n’utiliserait pas des termes comme « prévention » et « récidive ».

6 – La meilleure IVG, c’est quand même celle qu’on a pu éviter, non ? L’IVG reste un échec de la contraception.

L’IVG vue comme un échec de la contraception est un grand classique : mais dire que l’IVG est un échec de la contraception, et donc accoler systématiquement le mot « échec » au mot « IVG », c’est oublier un fait capital : quand la contraception échoue, la conséquence de cet échec, ce n’est pas l’IVG, mais la grossesse !

C’est donc la grossesse qui est un échec de la contraception, pas l’IVG : et ce n’est pas un simple jeu sur les mots ou un raisonnement par la distorsion du langage. Les mots sont importants, ils ont un sens. L’IVG n’est un échec de rien du tout. L’IVG est la solution à la grossesse non désirée, qui est elle-même un échec de contraception. La contraception, parfois, ça échoue. L’IVG, beaucoup plus rarement.

Avorter n’est donc pas un échec mais bien une solution. Qu’il est légitime d’utiliser.

7 – Enfin y en a, elles se font avorter à répétition, la récidive dans l’avortement, c’est un peu de l’abus quand même.

Aaaah, le fameux terme « récidive ». On l’a mentionné plus haut. On le lit et on l’entend très souvent, dans le cas de femmes qui se font avorter plusieurs fois. C’est un mot qui est très révélateur de la notion de culpabilité qui continue à imprégner le contexte moral autour de l’IVG, et les réticences à une application concrète du droit des femmes à contrôler leur fécondité. Et ce, y compris dans la bouche de soignant.e.s !

Il n’y a pourtant aucune raison d’assimiler des avortements successifs à de la récidive, puisque la récidive constitue une définition relevant du langage des infractions. L’IVG doit-elle être considérée comme une infraction ? Non.

Il est essentiel que les femmes ne souhaitant pas mener à terme une grossesse non désirée puissent faire le choix de l’interrompre sans être considérées comme des « récidivistes ».

Qu’on les mette en mesure de trouver une contraception qui leur convient, qu’on les informe, qu’on réponde à leurs questions, oui. Qu’on les culpabilise au point que peut-être, si elles tombent à nouveau enceinte sans l’avoir voulu, elles n’osent plus avorter ? Non.

8 – De quel droit les femmes osent-elles revendiquer l’IVG « facile », sans douleur, accessible ?

Les femmes ne revendiquent pas l’IVG facile, sans douleur et accessible, elles revendiquent l’IVG sans complications procédurales inutiles, sans douleur volontairement infligée par le corps médical, et sans freins d’ordre technique ou moral.

Les femmes revendiquent le droit de choisir librement leur méthode (IVG médicamenteuse, en milieu hospitalier ou à domicile, IVG par aspiration sous anesthésie locale, IVG par aspiration sous anesthésie générale), sans être contraintes et poussées vers l’une ou l’autre.

Elles veulent des délais d’attente plus courts (et ne plus se voir imposer le délai de réflexion de 7 jours, qui n’est pas nécessaire à toutes), ce qui ne sera possible que si on cesse de fermer les centres qui pratiquent les IVG et qu’on allège la procédure.

Elles revendiquent également le droit à ne pas se voir infliger une douleur punitive.

Elles veulent aussi que l’on cesse de prétendre que c’est un acte technique lourd : l’acte technique a été alourdi lorsque les compétences abortives ont été transférées, au moment de la dépénalisation de l’IVG, des femmes qui le pratiquaient clandestinement et des médecins qui les aidaient à le faire, au corps médical qui a institutionnalisé une procédure d’IVG lourde et plus coûteuse.

Alors non, bien sûr, avorter clandestinement dans des conditions de sécurité et d’asepsie douteuse n’était pas une bonne chose, mais avorter sous l’obligation d’un plateau technique lourd et sous le contrôle absolu du corps médical, est-ce vraiment nécessaire ?

Le droit de recourir à une l’IVG n’est toujours pas synonyme d’autorisation symbolique à l’IVG. C’est un des volets de la lutte, et il est plus essentiel que jamais.

9 – Comment peut-on tomber enceinte « par accident » alors qu’on a la contraception ? Les femmes sont des étourdies ! Et il ne faut pas qu’elles utilisent l’avortement comme une contraception ! 

Les femmes utilisent l’avortement parce qu’elles ont de multiples raisons de l’utiliser, et de multiples façons de l’utiliser. Et notamment parce que la contraception ne fonctionne pas toujours : pour rappel, 3 IVG sur 4 concernant des femmes qui ont une contraception.

La contraception n’est jamais efficace à 100 %, et n’oublions pas qu’en France, nous sommes actuellement sous un régime prépondérant du « tout-pilule » : c’est-à-dire que la pilule, prétendument « mode de contraception préféré des françaises », est en réalité simplement le mode de contraception « le plus prescrit aux françaises », ce qui n’est pas du tout la même chose.

La pilule est donc souvent imposée, ou du moins présentée comme le choix le plus logique, alors qu’elle est loin d’être idéale pour toutes les femmes, selon leur rythme de vie, leurs attentes et leurs contraintes.

La difficulté pour beaucoup de nullipares à obtenir la pose d’un DIU (stérilet), car une majorité de gynécologues refuse encore sans aucune raison médicale, est une des conséquences de ce « tout pilule », et un des exemples frappant des progrès à faire en matière de gestion de la contraception.

Les femmes utilisent l’avortement non pas « comme une contraception » mais comme un outil destiné à interrompre une grossesse non désirée.

De même, la notion d’avortement « de confort » est surréaliste, non pas parce que ce « confort » n’existe pas (il peut tout à fait exister) mais parce qu’il est systématiquement relié à quelque chose de répréhensible : une fois de plus, on touche au tabou du réel droit à avorter parce qu’on souhaite réellement, sans remords, interrompre une grossesse non désirée.

Soyons réalistes : à partir du moment où ni la vie de la femme enceinte n’est en danger et où elle a matériellement les moyens de subvenir aux besoins d’un enfant, tous les avortements sont des avortements de confort, relevant du refus de mener la grossesse à terme, quelles que soient les raisons de ce refus.

Cela ne doit pas être un problème si on est d’accord sur le principe même du droit au choix. Pourtant, des personnes qui se disent pro-choix refusent que l’avortement soit « un confort » ou « banalisé ». L’avortement EST banal et il EST de confort. C’est simplement son ressenti qui varie.

Prétendre qu’on est pour l’avortement MAIS qu’il ne doit pas être de confort ou banal, cela revient à dire qu’on est pour l’avortement mais que l’on ne doit y recourir que la mort dans l’âme, et que cela doit être un acte grave et peu pratiqué : cela revient donc à dire qu’en fait, on n’est pas tellement pour l’avortement librement choisi.

Cela revient aussi à dire que les femmes doivent rendre compte de la pertinence de leur choix (dans le sens où le choix est un vrai choix, à savoir libre, éclairé, et sans comptes à rendre). Cela signifie donc qu’on souhaite poser des limites au droit des femmes à disposer de leur corps.

10 – Certaines féministes estiment que les hommes n’ont pas à s’exprimer sur l’avortement. C’est extrémiste !

Ne confondons pas. Il y a en fait deux cas de figure :

a -  Dans le cadre d’une grossesse non désirée survenant au sein d’un couple composé d’un homme et d’une femme, il semble très souvent évident que lorsque le contexte émotionnel s’y prête (ce qui n’est pas toujours le cas), la femme en situation de grossesse non désirée en parlera à son compagnon.

Rien ne l’y oblige, et au final, le droit à disposer de son corps fera d’elle la seule décisionnaire, mais il semble pertinent d’estimer que si elle en parle à son compagnon, il peut donner son avis. Cela n’est pas contesté. Et cela relève du dialogue, de l’équité, de la confiance, du parcours personnel de chacun.e et de son envie de partager les choses et les ressentis.

b – Ce que certaines féministes disent en fait, c’est qu’en dehors de cette situation de couple et du cas concret d’une grossesse non désirée, les hommes n’ont pas vocation à s’exprimer sur l’avortement en termes de positionnement idéologique, théorique : un homme peut être consulté dans le cadre de la grossesse non désirée dont il est conjointement à l’origine, mais « les » hommes n’ont tout simplement pas vocation à s’opposer idéologiquement au droit des femmes à disposer de leur corps. Exemple  : un penseur ou un médecin qui va expliquer pourquoi il est contre l’avortement… Ca n’a pas de pertinence. En ce sens, non, « les » hommes n’ont pas à s’exprimer et à prétendre dire ce que nous devons faire de notre corps.

De la même façon, « les » hommes « pro-ivg » n’ont pas à analyser ce que nous ressentons quand nous avortons. Un homme qui prétend qu’aucune femme ne peut sortir indemne d’un avortement, c’est… sans pertinence. Tout autant qu’un homme qui affirmera savoir quelle détresse ressent une femme quand elle avorte.

11 – C’est quand même grave que le nombre d’IVG ne baisse pas.

Posons clairement les données du raisonnement : la population augmente, le nombre d’IVG reste stable. Il n’est pas sorcier de comprendre que dans l’absolu, le nombre d’IVG baisse.

En fait, ce qui augmente, ce n’est pas le nombre de grossesses non désirées, mais le nombre d’interruptions volontaires parmi ces grossesses non désirées. Cela signifie globalement qu’aujourd’hui, bien plus qu’avant, les femmes en situation de grossesse non désirée peuvent choisir de l’interrompre, alors qu’avant elles la poursuivaient, ce à quoi elles ne sont plus autant contraintes aujourd’hui. C’est une excellente chose, dans le cadre d’une optique pro-choix.

Parallèlement, le nombre de grossesses non désirées ne peut pas baisser à l’infini puisque la contraception infaillible n’existe pas, que l’information sur la contraception doit encore progresser, et que les pratiques contraceptives doivent également évoluer (cf. le problème du tout-pilule évoqué plus haut).

En conclusion

Le positionnement « anti-choix », qui relève de nombreux paramètres personnels, idéologiques et moraux et qui procède souvent de la conviction que les femmes n’ont pas à revendiquer le droit à disposer de leur corps, est difficilement discutable dans la mesure où il est très peu probable d’amener un anti-choix à changer d’avis.

Ce qui importe donc bien plus, c’est de lutter contre les idées reçues qui favorisent, au sein même des « pro-choix », ce réflexe à toujours donner l’impression de justifier le recours à l’IVG en assurant que cela reste une issue de secours extrême et grave,  à fournir des excuses et justifications, à affirmer que bien sûr il vaudrait mieux que cela n’arrive pas, et que c’est toujours une voie douloureuse à laquelle on se résout la mort dans l’âme, tout cela dans le but de gérer une culpabilité induite par les normes sociales, et pour RASSURER celles et ceux qui pourraient croire que nous avortons vraiment par choix et par confort (ce qui est le cas : nous avortons bien par choix et par confort).

Plus grave encore, ces idées reçues autour de l’IVG entraînent de la part des pro-choix, pourtant de très bonne volonté, un renoncement à progresser encore sur la voie du droit à disposer réellement de son corps, en toute autonomie, en toute responsabilité.

Notre société a encore du mal avec l’idée de femmes dont la fonction sexuelle serait totalement détachée de la fonction reproductive. Le droit à l’IVG est constamment menacé. Et pas seulement en théorie. Défendons-le. Parlons, échangeons, témoignons, et donnons-nous les moyens d’avancer sur la route encore longue du réel droit au choix.

 

Toutes les infos sur l’IVG sur le site officiel du Ministère des Affaires sociales et de la santé.

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Paingout, pornographe.

jan 14 2014

Ce billet rapide en réponse à ceci :

http://www.pingoo.com/2014/01/14/paingout-pornographe/

 

Aujourd’hui tu as mis une jupe au dessus des genoux. Dans la rue, tes clés s’échappent. Tu te baisses pour les ramasser.Pendant que tu te baisses, ta jupe remonte sur tes fesses.

Aujourd’hui tu es à la plage. Tu bronzes, allongée sur le ventre, jambes écartées.

Aujourd’hui tu es en terrasse. Tu prends un café. Ton haut est un peu décolleté.

Aujourd’hui tu es en vacances. Tu es en maillot de bain au bord d’une piscine.

C’est à ce moment là que Paingout te prend en photo. Parce qu’il te trouve photogénique. Parce que tes jambes et tes pieds sont excitants pour un fétichiste. Parce que tu as une jolie poitrine. Parce que ton cul est merveilleux. Et puis il partage la photo, sur Instagram, sur Twitter. Par souci de partage. Pour que tout le monde voit bien que tu es bonne. Pour que tout le monde regarde ton cul, tes seins, tes chevilles, tes pieds, tes jambes.

Tu ne sauras jamais que tu es une inconnue dénudée sur l’instagram de Paingout. Il faudrait un nombre infini de coïncidences pour que tu reconnaisses ton maillot de bain, ton sac de plage, ta jupe, ce café. Parce qu’il te coupera la tête, pour ne pas t’exposer, dit il. Ou pour t’objectifier un peu plus, selon le point de vue. Il ne te demandera pas ton autorisation avant d’appuyer sur son appareil photo ou son sur son smartphone, ou avant de balancer ton cul à ses milliers de followers. Il le fait parce qu’il peut. Parce que tu n’en sauras rien. Parce que dans son esprit, ce qu’on ne sait pas ne blesse pas, sans doute. Il le fait parce qu’il « aime partager ». Il le fait, c’est tout.

Oh bien sur, il reconnaît que ce n’est pas très « bien ». La notion du bien est large.

Ce qu’il ne voudrait pas, c’est qu’on pense qu’il s’agit de près ou de loin à de la culture du viol. Et pourtant.

Le corps des femmes n’est pas en libre accès.

L’image du corps des femmes n’est pas en libre accès.

Une femme décide de coucher, de ne pas coucher, de se couvrir, de se dévêtir, comme bon lui semble.

Une femme en maillot de bain n’affirme pas son désir de se retrouver en photo sur l’instagram d’un inconnu.

Une femme qui porte une jupe courte n’appelle pas le photographe en herbe.

Une femme habillée en sac à patates, n’appelle pas non plus de velléités photographiques.

Une femme en maillot de bain n’affirme pas son désir d’avoir une relation sexuelle.

Une femme qui porte une jupe courte n’appelle pas la main au cul.

Une femme habillée en sac à patates, n’appelle pas non plus à être violée.

L’image de nos corps nous appartient. Le partage de cette image nous appartient. Libre aux femmes de se montrer à poil sur Internet, libre aux femmes de se cacher derrière des avatars de petits chats, libre aux femmes de s’embellir ou de s’enlaidir, libres les femmes.

Penser qu’il est acceptable de voler, de modifier, puis de partager l’image du corps d’une femme sans son consentement participe à la culture du viol. Cela participe à dire que les femmes sont en libre accès. Que les images des corps des femmes sont en libre accès. Qu’on peut les prendre et les échanger comme des cartes Pokemon. Que le consentement n’est pas une valeur importante. Qu’on peut s’en arranger. Parce qu’elle ne saura pas. Parce que ca ne lui fera pas de mal. Parce que personne ne la reconnaîtra. Et alors ?

J’ai dit sur Twitter que Paingout était un gros porc. Je continue à le penser.

 

 

 

 

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Mea maxima culpa

déc 23 2013

Tout est toujours de notre faute. Nous les filles. Les femmes. Les putes. Les salopes. Les trainées. Les allumeuses. Les saintes Nitouche. Les vierges effarouchées. Les égoïstes qui ne veulent pas d’enfants. Les poules pondeuses qui en font trop. Les mangeuses d’alloc. Les femmes au foyer qui profitent. Les femmes qui travaillent et qui négligent leur famille. Les exotiques qui devraient s’intégrer. Les exotiques qui refusent d’être exotisées. Les lesbiennes qui se trompent. Les hétéros qui refusent de bouffer de la chatte. Les battues qui restent. Les battues qui partent. Les violées. Les pas violées car trop moches. Celles qui portent plainte. Celles qui ne portent pas plainte.  Les vraies femmes. Les fausses femmes. Celles qui assument. Celles qui n’assument pas. Celles qui militent. Celles qui se taisent. Tourne tout ca sept fois dans ta bouche, c’est toujours de ta faute. Ton pêché est dans ta vulve. Ou même pas. Ton pêché est dans ton pas, trop lourd ou trop léger, dans ton regard, trop sage ou trop mutin, dans ta poitrine, trop provocante ou pas assez gonflée,  ton pêché est de te présenter femme au monde, même quand tu te déguises, même quand tu en refuses les codes, même quand tu te grimes. La seule évocation de ton identité genrée fait de toi la coupable. Ca rassure sans doute ceux qui refusent de penser, un bouc émissaire simple à identifier.

Ca commence quand tu commences à ressembler à une fille. Quand ton corps change, comme disent les médecins. Avant, tu peux passer pour un garçon, ou plutôt tu n’as pas tellement de sexe, il n’y a que les malades pour t’en imaginer un. Tu peux grimper aux arbres, te promener à poil sur la plage. Personne ne cache ton torse, personne ne te demande de croiser les jambes. Et puis, quand tout change, quand les poils et les seins arrivent, tu te transformes en monstre. Tout devient de ta responsabilité. Ne pas trop en faire. Ne pas aguicher. Ne pas parler trop fort. Ne pas jouer seule avec les garçons. Rentrer plus tôt. Quel est donc ce super pouvoir, cette force en toi qui force tous les adultes à te restreindre ? En quelques mois, tu passes de transparente à surpuissante. Tu peux provoquer le chaos par une jupe trop courte ou par un rire trop cristallin. Tu peux causer ta perte en choisissant le mauvais chemin, tu peux provoquer les hommes en duel en t’asseyant sur des genoux. Tu es devenue monstrueuse. On te craint. On te couvre. Pour te protéger de toi même. De ta féminité. De tes formes. De tes courbes. Et puis il y a ce trésor que tu dois protéger. Ta virginité. Nul ne peut accéder à ton entrecuisse sans la promesse d’un pavillon de banlieue. Tu dois te garder. Tu dois te défendre. Tu dois te battre. C’est de ta faute. C’est ton trésor qui attire. C’est ta richesse. Ton seul bien. Pas ton intelligence, tes compétences, tes bonnes notes. Rien n’arrive à dépasser la valeur de ton hymen entier. Personne n’explique que c’est aux garçons de baisser les yeux, de garder leurs pupilles, de tenir leurs pénis, de ne pas déflorer sans réfléchir. Les garçons n’ont rien à cacher. Leur sexe est apparent, à la vue de tous, il ballote, arrogant. Ils se masturbent tôt, c’est normal, c’ est le métier qui rentre. Les filles sont  trop sexuelles mais doivent rester asexuées, enfermées dans le donjon de leur vulve à protéger.

Ca continue, encore. Tu es sure de vouloir sortir comme ca ? Tu prends le RER à cette heure ? Tu  ne penses pas que cette couleur de cheveux fait un peu pute ? Tu t’habilles comme ca pour aller travailler ? T’as grossi non ? T’as déja pensé à te refaire la poitrine ? Les filles bien ne couchent pas le premier soir tu sais. Si tu ne couches pas rapidement, il va passer à autre chose. T’es lesbienne ? Mais ca te manque pas la bite ? C’est une phase, tu vas finir par te marier. T’as pas honte d’arrêter de travailler ? Tu crois que je veux te payer à torcher le cul de tes mômes ? Tu vas avorter ? Mais t’es vraiment une salope. Tu pouvais pas te protéger ? Nous sommes des monstres responsables de tout ce qui nous arrive. Tout est une histoire de femmes. Les hommes sont heureux de nous le rappeler. Ils nous fécondent dans de grands cris, et ne manquent pas de nous culpabiliser sur notre défaut de contraception. On le fait exprès. On fait des enfants dans le dos.  Au pire tu te feras avorter, en se retirant, la queue encore fripée. Au pire tu arrêteras de travailler. Au pire tu t’en prendras une, tu l’auras bien mérité. Les monstres, on les garde loin des autres, pour leur propre sécurité. On s’en rapproche furtivement, pour jouir ou pour les blâmer.

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