Donner son corps avant son nom

Déc 06 2010

J’ai mis longtemps à comprendre, j’ai mis trop longtemps, à dissocier le corps et puis l’esprit, à faire la paix avec celui que je porte et celui qui m’emporte, je voulais être juste un corps, pour jouir et puis pour leur montrer, que je suis grosse mais que je me fais baiser, comme toi la fille normée, regarde comme je les fais bander, ce corps que j’ai vomi est maintenant mon arme de destruction massive, je ferme les yeux et je dis oui, presque à n’importe qui, sans réfléchir, les endorphines et l’adrénaline des jeux de séduction font taire tous les principes, j’ai des choses à me prouver, et puis je veux me rattraper, de cette adolescence passée à me répéter que j’allais évoluer, sortir du cocon et devenir enfin normale et désirable, je n’y ai jamais vraiment cru, seulement je ne compte plus les nuits où je m’endormais en priant, qu’en me réveillant tout ca serait passé, que la graisse aurait fondu, qu’enfin on allait me regarder. Je me venge de toutes les humiliations, des pleurs et de mes dents qui se serrent quand je suce un inconnu, comme si la sexualité m’avait redonné un pouvoir, comme si enfin je servais à quelque chose, je voulais placarder mon tableau de chasse dans toutes les rues, je ne comprenais pas, je m’étais perdue, persuadée que la taille de mes seins et mon habilité buccale m’ouvrirait les cœurs les plus fermés, je n’ai ouvert que des portes à 3 heures du matin, des braguettes de losers et de paumés, quand tu fais n’importe quoi, lentement tu attires n’importe qui, tu te réveilles dans un lit étranger, tu te casses sans le réveiller, tu cherches les yeux encore collés le métro le plus proche et tu rentres te laver, te désinfecter, racler sur ta peau les restes de la soirée.

Peu à peu tu oublies comment séduire, persuadée que tous les hommes cherchent uniquement à te baiser, tu leur facilites la tâche, après tout où est le mal, finalement on arrive au même point, quelques minutes de moiteur et de complicité, tu t’en fous de ce qu’il pense, tu ne baises plus, tu te masturbes seulement, contre le corps d’un autre, tu oublies tes manières, tu ne leur offres plus à boire, tu ne leur demandes plus de rester, t’es seule malgré les corps qui passent, malgré la semence qu’ils laissent dans tes draps, t’es seule même quand tu jouis, l’autre n’est qu’un moyen, un outil dans ta course vers rien, je n’ai pas appris à faire les choses à moitié, parfois après qu’il aie passé la porte, je me fais vomir, comme pour expier, la rage et la culpabilité, pour se vider, pour être légère enfin.

(…)

Je ne fais plus la course imaginaire avec les filles plus minces et plus jolies, ma sexualité est plus calme, plus apaisée, c’est même tout le contraire, j’ai du mal à me donner, je recule à chaque fois l’échéance, je fantasme mais je n’agis pas, j’ai envie mais je suis comme marquée, par ces nuits un peu trop sales pour être racontées, par ces corps que je n’arrive pas à oublier, j’ai du mal avec l’équilibre, en anglais la balance, c’est ironique, mi-pute mi-sainte, je ne voudrais pas penser à ces visages flous quand je ferai l’amour la prochaine fois, je voudrais les effacer, les faire disparaitre à jamais, je n’arrive pas à assumer, si je ferme les yeux, ce n’est pas pour ne plus te voir, c’est juste pour ne pas me sentir observée par les fantômes qui squattent dans la chambre,qui comparent et qui murmurent, qui parlent de moi et qui ne me laissent pas.

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