It’s a fat sick sad world.

Déc 06 2010

Bon bon bon.

Récemment, sur Tweeter, Facebook, et autres moyens de communication, je me suis pas mal lâchée sur une initiative malheureuse de certaines fat blogueuses : un Ezine appelé Women, dont le pitch est “un magazine pour toutes les femmes”.

Mais pourquoi tant de haine ? Oui pourquoi ?

D’abord parce que j’ai naturellement la dent dure. Je suis aussi gentille que je peux être mauvaise.

Ensuite, parce que, bêtement sans doute, je me suis sentie concernée.

Je suis grosse. Je suis née grosse. J’ai eu la chance de ne jamais vraiment en souffrir. Je me suis assez vite intéressée aux phénomènes discriminatoires, d’abord en militant chez Allegro Fortissimo, ensuite en faisant partie de l’équipe de lancement et d’animation de ce qui était un grand site de Size Acceptance français, le Pulpe Club.

Bien sur je n’ai pas eu que de bonnes idées. Nous avons raté quelques actions, nous aurions pu être plus organisé ou plus performants lors d’autres. Nous étions une équipe soudée, motivée, revendicatrice. Je ne compte pas les heures passées à organiser des soirées, à écrire des articles, à contacter des médias, mais surtout à réfléchir sur ce que nous voulions faire de nos idées, la manière de les mettre en mouvement, et le sens que nous donnions à nos actes militants. Et je pense sincèrement que les actions, les articles, les discussions, que nous avons eu avec les usagers de notre site, avec les acteurs du monde politique, de a santé, ont réellement eu une influence sur nos vies de gros, de grosses. Je retiens surtout les paroles des nanas comme moi, qui ont réalisé qu’elles avaient le droit de vivre, que j’ai vu s’épanouir et changer. Je retiens aussi l’installation de l’IRM à champ ouvert, les programmes d’accueil en  milieu hospitalier des grands obèses. J’ai l’air de me vanter, mais c’est vrai, je suis fière de tout cela. Je ne l’ai pas fait seule, nous étions une équipe, des impulsions différentes dirigées vers quelque chose de bien.

Je me suis éloignée, pour des raisons qui seraient bien trop compliquées à expliquer, de ce monde militant. D’abord en ne prenant plus part aux décisions, ensuite en devenant un simple usager de la structure dont j’étais présidente, puis en partant, simplement. Aujourd’hui, je suis toujours une femme grosse, avec les mêmes idées, les mêmes colères, les mêmes besoins. Mais je me contente de consommer ce qui m’est offert en France : Pulpe Club, Vive Les Rondes surtout. Et puis bien sur la très influente blogosphère des grosses à sequin, les blogs modes pour celluliteuses réunies. Des ces blogs est née il y a plusieurs mois un Ezine, les Modeuses Rondes, que je n’aime pas particulièrement, mais qui a le mérite d’être plutôt bien pensé, plutôt ludique, et plutôt informatif.

Et puis, il y a une semaine, cet autre projet : Women.

Je ne recommencerai pas ma critique. Disons simplement que je trouve que c’est une énorme catastrophe. En terme de réalisation, de photos, de message, de communication.

Mais pourquoi ca m’énerve ?

Parce que je suis une minorité. Et que je suis très sensibilisée à mon statut de minorité. Et que tout ce qui se fait concernant l’obèse, l’obésité, m’intéresse. Et que je suis féministe, et que par extension, ce qui a en cœur de cible la grosse femme m’intéresse doublement.

Et oui, j’ai déja écrit à Vogue, à Cosmopolitain, à Glamour, à Marie Claire. J’ai même déja été publiée, NA. Mon énervement ne se porte pas personnellement sur ces quelques nanas qui ont cru bon de pondre le journal du lycée version Fat.

Ce qui m’énerve, mais vraiment, c’est que nous nous devons aujourd’hui d’être attentives à la manière dont nous communiquons.

Quand je militais, j’ai toujours refusée la vision américaine de la Size Acceptance : plus gros, plus beau. J’ai toujours eu un regard critique sur la sexualisation du corps gros, et sur les dérives quasi sectaires de certains hommes amateurs de gras. J’ai toujours essayé de penser nos actions dans un cadre plus global, avec la volonté de les inscrire dans une prévention des risques de l’obésité et une sensibilisation à la nécessité de médicaliser les obèses.  C’est aussi pour ces raisons que j’ai quitté ce petit monde, le message n’étais pas à mon sens, assez clair.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que se lancer dans la création d’un magazine célébrant la diversité des corps et des femmes (“Pour toutes les femmes”), c’est avoir une démarche militante, différente. Et, partant de cette acception, je ne supporte pas que l’on soumette au regard des gens du dehors, de ces gens qui pensent encore l’obésité comme une maladie de l’intelligence et de la volonté, un travail aussi peu abouti et aussi peu qualitatif.

Pourquoi, mon dieu, pourquoi, tendre si bien le bâton pour se faire battre ?

D’abord la forme.

Fallait il vraiment se presser de sortir cet Ezine ? La relecture orthographique et grammaticale ne pouvait elle pas être au moins une priorité ? L’argument selon lequel il aurait été sorti en deux semaines n’est pas recevable. Quel projet sort en deux semaines ? A quel usage ? Pourquoi cette deadline?

Fallait il vraiment utiliser cette photo de couverture ? Ces femmes, qui sont pourtant individuellement charmantes et parfois intelligentes, sont posées là, avec l’air de ne pas savoir pourquoi, le bras en l’air … Voilà. C’est nous les grosses.

Sur le fond ensuite.

La trame n’est pas mauvaise, elle respecte à la lettre le cheminement classique de nos féminins. De la mode, de la beauté, de la sexo. La mode est vieille, la beauté est passée, et la sexo vulgaire. La bonne surprise reste l’article sur les cheveux métissés, même si on voit sur le web en ce moment une floraison de blogs sur le sujet (Go Nappy, Be Happy), mais en tout cas, on cherche là au moins l’ouverture à toutes les femmes. D’ailleurs finalement, j’ai peut être mal compris. C’est peut être un magazine pour toutes les femmes grosses ?

Les pages cultures me mettent en rogne. Enfin, surtout la littérature. Promouvoir un livre de Cohen, cet espèce de charlatan télévisuel, qui passe sa vie à se faire du pognon sur le dos des obèses, sans avoir jamais rien proposé de curatif, ca me donne juste envie de gerber. Il y a tellement d’autres médecins qui ont écrit de manière beaucoup plus juste sur le traitement de l’obésité, sur les approches multi-thérapeutiques, sur les régimes, sur les chirurgies … Pourquoi choisir encore cet individu qui nous chie constamment à la gueule ?

Les pages cuisine, je ne sais pas. Je ne testerai pas les recettes. D’ailleurs je ne les ai pas lues. Enfin si, la première : prenez une tomate, piquez la sur une brochette. Mais sans doute peut on s’interroger sur la nécessité d’en faire autant. Encore une fois, je ne comprends pas le message.

En fait, Women me fait l’impression de dizaines de blogs compilés.

Et alors que j’ai plaisir à lire ces blogs, car chacun a sa personnalité, son ton, son sujet, Women les dénature. Noie les idées, l’énergie, dans un espèce de fouilli indigeste.

Je n’ai pas les cheveux métis, mais je lis des blogs consacrés à leur entretien. Parce que la démarche m’intéresse. Parce que l’idée que les cheveux noirs ne sont pas mauvais, comme le raconte le documentaire sorti récemment. Parce que s’accepter, dans son corps, dans ses cheveux, c’est finalement loin d’être futile.

Bon je disgresse à mort là.

Donc, grosses de tout pays, je vous en supplie, faites de jolies choses, des choses intelligentes ou pas, futiles ou importantes, mais pensez les. Allez au bout de vos idées, montrez ce que vous savez faire. Mais ne sacrifiez pas vos talents pour une deadline, pour la tentation d’un buzz dans une micro communauté, pour faire pareil que les copines d’en face, ou encore pour profiter de l’offre de sponsorisation d’une marque, pour lancer vos ateliers de customisation, de relooking ou de sexo-thérapie pour unijambistes. Ne nous vendez pas !

Pour les aficionados :

Skorch : le magasine féminin pour grosses de référence (pour moi)

Le Blog de Big Beauty : le blog qui buzz le plus, et qui est loin d’être laid

Neby : des vêtements, et surtout des modèles qui sont belles belles belles / Maintenant fermé.

Saks in the city : sans doute la plus class des fatshionistas FR.

(Friday, December 11, 2009)

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