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Déc 06 2010

Elle me voit rentrer dans la boutique, pourtant elle ne vient pas vers moi. Elle sait parfaitement qu’elle n’a rien à me vendre, que je dépasse de quelques tailles son maximum autorisé, et qu’à part un foulard, une casquette ou des chaussettes, elle ne pourra rien me fourguer. Elle se planque derrière son comptoir, elle décroche le téléphone, je n’existe déja plus, je ne l’intéresse pas. Aujourd’hui je suis d’humeur taquine pourtant, alors je prends mon temps. Je passe mes mains le long des robes, j’inspecte les coutures, je défais les piles, je la regarde s’empêcher de réagir, se crisper et me regarder derrière sa frange décolorée.

Je choisis deux articles, taille 38, et je m’approche d’elle. Je pose mes achats près de la caisse, et je la laisse venir. Elle pense sans doute que je cherche un cadeau, que je veux faire plaisir, à une fille normale, une comme elle, un peu conne et un peu maigre, je continue à flanner, je me regarde longuement dans le miroir en pied, je ne suis pas moche aujourd’hui, enfin pas plus que d’habitude, j’ai mon sac de pouffiasse un peu trop cher, je pourrai avoir l’air presque BCBG, avec plein de thune à claquer, seulement je suis grosse, ca gache le tableau, et la vendeuse blonde n’aime pas perdre son temps avec les connasses boursouflées.

Je choisis un dernier article, quelque chose de très cher cette fois, la nouvelle collection, sans point rouge et sans promotion, le vrai achat débile de fille en période de soldes, je le rajoute à ma pile et puis j’attends, qu’elle raccroche le télephone, qu’elle me parle un instant. Elle continue sa conversation, commence à scanner les articles, elle plie la robe avec un papier de soie, c’est ce genre de boutique, elle fait ca bien, ca a l’air laborieux, les petites épingles et les ficelles, le papier léger et le sac en papier glacé.  Elle ne me regarde toujours pas, elle parle avec sa copine, elle fait le total de mes achats sur la machine, lève un oeil seulement et m’interroge, vous réglez comment ?

Je joue la cliente chiante, je lui demande de raccrocher, je vois bien que je l’agace, elle aimerait bien m’envoyer chier, je sors ma carte de crédit, je la garde à la main, en otage entre deux doigts, elle raccroche enfin. Carte Bleue donc, non, pas vraiment, je voulais juste vous demander, vous auriez ces trois articles en 52 ? Non évidemment, c’est dommage, j’aurai acheté. Je ne reviendrai pas. Bonne journée.

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