Autres Conséquences

Je ne suis pas douée pour les amitiés. J’aimerai pourtant. Je ne suis pas douée pour me faire des amis. J’ai du mal à me livrer aux inconnus, je présente toujours ma carapace la plus épaisse, celle qui veut briller et prendre toute la place, celle qui veut exister et qui ne supporte pas qu’on l’écarte. Je ne sais pas faire la conversation, la météo m’échappe et mes études m’ennuient, j’ai bien un chat mais il ne suffit pas à me rendre intéressante bien longtemps, il faudrait que je pense à adopter un kangourou, un perroquet ou un poney, ils me serviraient sans doute dignement de faire-valoir lors des mes tentatives d’abordage amical.

Je ne sais pas me faire des amis parce que je suis trop entière, euphémisme d’abandonnique-au-premier-degrés. Parce que je tombe amoureuse des gens et que j’ai besoin qu’ils m’aiment pareil. Je voudrais recevoir chaque jour des centaines de sms et de mails, je voudrais passer mes déjeuners au téléphone à écouter et à conseiller, j’ai du mal à ne pas être fusionnelle, à laisser vivre et respirer, je voudrais tout savoir, je voudrais tout pouvoir, tout offrir, tout payer, tout rendre facile, tout démêler. Je voudrais que tout soit parfait pour ceux que j’aime, en permanence, quitte à ramper, quitte à en chier, ça n’a rien d’une qualité, c’est un pêché d’orgueil, c’est vouloir à tout prix marquer sa place, sans qu’on vous l’ait demandé. Le cercle vicieux m’empêche de rencontrer, de sortir, de voir des gens, quand je ne suis pas au mieux, quand je sens que je peux ennuyer ou ne pas amuser, j’ai l’impression d’avoir toujours des points à marquer, être fidèle à ma réputation de clown débile en société.

Je ne sais pas entretenir l’amitié quand j’ai la chance qu’on me l’offre, parce que je ne sais pas décrocher mon téléphone pour dire, pour raconter, pour parler, pour échanger. Parce que je reste convaincue de n’avoir rien à dire qui ne puisse attendre, rien à offrir à l’autre qui puisse l’intéresser. Parce que je suis agoraphobe, et que je traverse de longues périodes sans pouvoir sortir, et qu’il m’est moins difficile de refuser un diner ou une soirée que de l’annuler à la dernière minute, maquillée, habillée et prête à sortir, accroupie derrière ma porte d’entrée en train de pleurer. On ne peut pas compter sur moi, alors je me retire, sans faire de bruit, peu à peu on oublie de m’inviter. Ca me soulage presque, c’est idiot, personne à décevoir, ca arrange ma culpabilité.

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