Qui veut épouser ma fille ?

Déc 12 2010

Je mesure la chance d’avoir une mère sage et saine dans son rapport aux hommes que je pourrais fréquenter. Je n’ai jamais eu à subir la torture des lamentations sur l’hypothétique date de mon mariage, je n’ai jamais du me justifier de mes choix amoureux. Dans son infinie bonté, ma mère prend toujours mon parti : quand je suis amoureuse et heureuse, elle décide que son gendre est merveilleux, et dès que je me lasse et pense à trouver la porte de sortie, elle fait avec bonheur avec moi la liste des défauts de mon compagnon, et m’encourage toujours à reprendre mon indépendance. Ma maman place très haut ce mot, l’indépendance, comme un besoin vital, être libre, ne pas être attachée par l’argent ou par des liens inutiles, pouvoir être seule face au monde, sans rien devoir à l’autre que le nécessaire. Je suis un peu moins attachée à cette indépendance, d’abord parce que je pense qu’il existe des liens de partages sains, que l’on peut partager son argent ou son savoir sans pour autant s’en départir complétement, ensuite parce qu’il m’est arrivé, et qu’il m’arrivera sans doute encore de traverser des périodes où pouvoir m’appuyer sur l’autre était presque vital, où je ne pouvais pas faire autrement que faire confiance, qu’accepter l’aide qui m’était donnée. Je ne crois pas que ma mère soit trop fière ou orgueilleuse pour ne pas accepter d’aide, je crois juste qu’elle se bat avec son ombre depuis trop longtemps pour baisser totalement sa garde. Peut-être qu’elle est tout simplement plus forte que moi, c’est une probabilité que je n’exclus pas.

J’ai failli me marier au moins 2 fois. La première, mon premier amour, ma première vraie histoire, celle où rien ne peut arrêter l’envie, on pense grand, on voit loin, les enfants, la maison, le chien, le mariage dans les vignes dans un château quelque part dans le Bordelais, tout était tracé, rien à réfléchir, presque rien à penser d’ailleurs, comme tous les bébés-couples, on copie bêtement, les histoires de nos parents, de nos sœurs, de nos amies, on veut vite se poser, se mettre dans une case et ne pas dépasser, adopter le plus rapidement possible les signes apparents de la réussite sociale labellisée. La seconde fois, on me l’a beaucoup proposé, je n’étais pas convaincue, j’y ai pourtant réfléchi, toujours cette tentation de céder, comme si on se rachetait une conduite en devenant Madame, comme si l’acte de passer à la Mairie me donnait une importance stupide, devant mes amies encore célibataires, devant mon employeur, devant tous en fait. Cette vieille croyance qui fait des filles qui tardent à se marier de vieilles aigries frigides, des femmes de mauvaises vies, ou tout simplement des laiderons, s’accroche profondément dans nos esprits, aussi libre qu’on se prétende. Je ne me suis pas mariée, pour des raisons simples : parce que ce n’était pas le bon, parce que je ne le sentais pas, parce que ce n’était pas le moment, parce que j’avais envie d’un autre, finalement toutes les raisons sont bonne quand il s’agit d’un choix aussi radical. Parce que se marier, c’est renoncer à tous les autres, c’est s’engager, je suis vieille France comme ça, je sais, c’est dépassé.

J’arrive à l’âge où il ferait bon genre que je sois mariée. Je me rappelle avec une certaine émotion des paroles bienveillantes de ma grand-mère alors que je lui présentais mon second petit-ami « Tout le train va devoir lui passer dessus avant qu’elle ne se marie celle là ? », non, pas tout le train, quelques wagons peut-être, et encore, est ce que cela compte vraiment, qui compte encore ce genre de choses, c’est d’un vulgaire vraiment …

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