Formaldéhyde

Déc 13 2010

Dans mon durcisseur pour ongles, il y a du Formaldéhyde, ce dérivé du formol strictement banni de tous les foyers verts et écologiques, cette substance pseudo cancérigène responsable des lissages brésiliens hardcores très courus par les tignasses bouclées et crépues en ce moment. C’est marqué sur la boîte, comme un de ces avertissements à l’américaine pour abrutis finis : « ce clou n’est pas fait pour être avalé », « l’abus de formaldéhyde nuit gravement à la santé ». Je n’avais pas pour ambition de me stratifier la trachée en avalant le contenu de mon petit flacon, ca tombe bien, il ne me reste plus qu’à me protéger des émanations toxiques du liquide redouté, manucure sous masque à gaz, mais surtout ce sentiment débile de me rendre coupable d’un crime contre l’humanité, comme si je me trouvais responsable en dégoupillant mon pinceau des malheurs de notre verte planète, de la pourriture des eaux et de l’abattage des forets.

Double combo culpabilisation, puisque j’ai toujours plus ou moins pensé que les problèmes environnementaux à une échelle de simple mortel restaient des soucis de riches enculés. Si l’effet de serre et les déchets plastiques m’inquiètent, je doute que les couches jetables de Balthazar et que les couches menstruelles en jonc de liège de sa mère puissent avoir un impact marquant sur l’air que respireront mes enfants. Au contraire même, cette manie des riches civilisés à l’occidentale de vouloir se racheter, se rouler dans la boue des pauvres dans des vacances responsables, se nourrir comme au temps des croisades pour faciliter son transit et sauver les champs, chier dans la sciure en priant pour la sécheresse au Soudan, toutes ces manies adoptées par mes voisins bourgeois à chèvres m’agacent vraiment.

Le comble du ridicule reste pour moi la poubelle à vers de terre, ce terrarium à ordures qu’on installe fièrement sous l’évier de sa cuisine en laqué rouge payée 10 000, le ménage se donne donc la responsabilité de nourrir chaque jour son cheptel de vermisseaux glapissants, pelures de bananes importées, marcs de cafés sélectionnés, les rampants du 18eme arrondissement sont les mieux nourris de leur écosystème, ils digèrent mal les capsules de Nespresso, normal, what else. Je propose qu’on récolte les digestions massives de ces vers gâtés, qu’on empaquette la substance dans de jolis petits paquets, un joli logo caritatif, dessiné par un artiste bien né, une soirée de charité avec une apparition de Christophe Mahé, et qu’on envoie ce purin nutritif en Ethiopie, j’ai déja le slogan de l’opération « De la merde de riche pour les pauvres », ca fera grand bruit.

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