Bam bam bam

Déc 19 2010

Dans sa poche, une paire de gants. Les mêmes depuis plus de cinq ans. Je l’ai toujours connu avec cette paire de gants, il sait toujours où les trouver, ils ressortent de leur tiroir chaque hiver, sans faute, sans manquer. Une paire de gant simple, en laine noire, virgule blanche près du poignet. Je regardais ses mains sur le volant ce matin, ses mains gantées, les mêmes depuis toutes ces années, et je n’ai pas pu m’empêcher d’être bêtement émue. Je n’ai jamais de gants. Ou plutôt j’en ai dix paires, que j’égare chez moi, que je perds et que j’oublie. Des gants fantaisie, Hello Kitty et maille à paillette, des gants fourrés, des gants coupés, mais surtout des gants absents, oubliés. Ce sont peut-être ces choses qui nous séparent qui nous permettent de nous aimer, savoir qu’il sait toujours où trouver les choses, quand je passe mon temps à les oublier. Savoir que je peux me déguiser en folle aux gants troués, rien à foutre du froid et de l’humidité, alors qu’il sait prendre soin de lui, de la tête aux pieds. Soin de moi aussi.

C’est bête de s’émouvoir pour une paire de gants. Ce ne sont que des gants. J’y cherche un symbole pour m’expliquer ce sentiment, au delà de celui qu’on connaît, des cœurs qui battent et des mains moites, du désir et de l’envie, ce sentiment fleuve, qui t’habite complétement, où rien ne t’appartient plus, où tout ton être est comme offert à l’autre, par principe, par définition. Il n’existe plus de frontières entre sa vie et la mienne, elles se sont épousées pour ne plus se quitter, dans une ellipse concentrique qui nous ramène à chaque fois vers nous, à chaque fois vers le vide comblé d’amour. Comme si nous étions faits pour nous rencontrer. Comme si les histoires qu’on se raconte pouvaient se réaliser. Comme si on pouvait croire à l’autre, sans aucun doute, sans aucune question, avec la certitude que tout ira bien, malgré les accrocs au vitriol, les disputes, et tout le reste. C’est trop joli peut-être, je voudrais nuancer, mais quand j’écris sur lui, je n’en ai pas envie. Ni fleurs, ni licornes, pas de cœurs qui scintillent dans une nuit étoilée, juste le sentiment d’avoir trouvé ce qui manquait à mon âme, une dose de sérénité.

Bien sur, nous aurons des orages. Bien sur, ses gants finiront par se trouer définitivement, il faudra les jeter. Il dira que ce n’est pas la peine, qu’il peut encore les mettre, qu’il n’a pas besoin d’une nouvelle paire. Et moi, je ne comprendrai pas, parce que mes dix paires de gants perdues ne comptent pas pour moi, que je suis une souillon, et que je m’en fous, que je claque de l’argent comme si j’en avais plein, et que je veux qu’il se couvre les doigts. Et il ne comprendra pas. Il grognera bien un peu, peut-être qu’il ne me parlera pas, quelques minutes encore, le temps de nous laisser respirer, le temps de nous rendre compte de notre stupidité. L’orage sera passé, et jusqu’au prochain hiver, les gants reprendront leur place. Rangés.

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