Petits mots

Jan 07 2011

Quand j’étais au collége, la grande mode était de se laisser des mots dans nos agendas. Des petits mots ridicules, des blagues d’adolescents, des déclarations d’amitié pour toute la vie, des dates anniversaires entourées et coloriées, mais le mot qui revenait le plus était celui sur le thème du rien. Rien. Ca faisait quelque chose comme : « je n’ai rien à te dire, mais je te l’écris quand même, donc tu vois, au final, j’ai réussi à t’écrire sur rien, je suis trop fort ». Ca vous dit à tous quelque chose, j’en suis sure, je l’ai même lu sur quelques blogs ces dernières années, à croire qu’écrire sur rien de manière aussi stupide est quelque chose de particulièrement ancré dans nos mécanismes. Contre le rien, contre le manque d’inspiration contre la page blanche, ou juste pour se faire passer pour quelqu’un de drôle, on ressort cette petite diatribe enfantine sur le rien, on le remplit de mots qui ne veulent rien dire, on ajoute un peu d’égo rigolo, et on croit s’en sortir haut la main. Combien d’entrées de journaux intimes en ligne commencent par la phrase « Je n’ai rien à dire » ? Combien sont les entrées qui survivent à ce départ foireux ? Combien de temps pouvons nous passer à nous dire que nous n’avons rien à dire ? Combien sommes nous à lire des gens qui n’ont rien à dire ?

Par extension, et peut-être par malheur, il existe des gens qui gagnent un paquet d’argent en ayant rien à dire. Par exemple, Sofia Coppola avec son dernier film, Somewhere. Je suis la première pourtant à aimer les plans longs, les silences, la contemplation, le recul pris dans un scenario. Mais dans ce film, on se demande à chaque seconde si tout ça est une vaste blague, si elle cherche tout simplement à nous donner envie de sniffer du poppers en dansant sur de la techno espagnole bien bourinne, comme une réaction adverse à tout ce rien, à tout ce vide. Comme l’envie de jeter ma canette de coca light à la tronche de l’écran, pour voir si quelque chose pouvait se passer, où si la lumière si savamment étudiée avalait toute forme de vie environnante. Envie de rire et de sortir, surtout. Impression de regarder une oeuvre d’art moderne un peu trop kitsch, toujours ce sentiment qu’un critique nous épie sous forme de caméra cachée dans l’assistance, le public va-t-il enfin se rendre compte qu’on se fout de sa gueule, ou va-t-il continuer à gober les élucubrations léchées de la reine des Bobos branchés ?

Je suis aussi victime du rien. Je regarde des gens ne rien faire dans des émissions de télé-réalité. Je lis les sites et les textes de gens qui ne pensent rien, qui ne font rien, qui n’écrivent rien. Rien de bien. Rien de bon. Parfois, je ne fais rien. Et ce n’est pas poétique, ca n’a rien de doré et de festif. Au contraire, l’inactivité et la vacuité te ronge peu à peu le reste de cerveau restant, peu à peu, ouvrir un livre avec des mots à plusieurs syllabes te semble compliqué, comme te concentrer sur un film aux rires non enregistrés, apprendre une langue, ou même tenir une discussion un peu animée. Tu te roules et t’englues dans la merde dégueulasse dans laquelle tu choisis de baigner, bientôt les fautes d’orthographes ne te choquent plus, rien n’est grave, l’année prochaine, tu enregistres le concert des Enfoirés. La dégringolade est rapide, comme à chaque fois qu’il s’agit de se planter, fais moi confiance, on y va à fond, en beauté. Alors pour la première fois de ma vie, je me mets au régime, rééquilibrage culturel forcé, objectif cerveau, première phase enclenchée, un peu de discipline enfin, réduction massive des conneries ingérées visuellement, restriction des accés aux forums débiles et autres féminins un essai, un roman, une biographie, une connerie, dans cet ordre seulement, pour les mois à venir, plus de toile, moins de rien.

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