Archive for mars, 2011

Ceci n’est pas un exercice

Mar 10 2011 Published by under Blog

Je ne sais pas pourquoi, aujourd’hui il ne dit rien. Il se contente de hocher la tête, au rythme de ma voix, quand il sent que j’attends une réaction, un avis. Il se contente d’être là, mais il ne dit rien. Alors je demande, une fois, deux fois, cents fois. Je cherche, je me roule par terre, je menace, je plaisante, je crie, mais rien ne sort. Il est beaucoup plus fort que moi, muré dans son silence, dans son humeur, sans avoir besoin de dire, sans avoir besoin d’écrire, il attend que ca passe, il sait que ca s’en ira. Pour l’instant il se tait, parce qu’il n’y a rien à dire, ou qu’il y aurait trop à expliquer, parce que c’est trop douloureux, ou peut-être parce qu’il ne sait pas, il se contente de rester confortablement installé avec lui-même, avec son petit nuage noir au dessus de la tête. Je ne sais pas faire ça. Tout déborde chez moi, trop fort, je pleure comme je pisse, je gueule pour rien, je m’énerve rouge cerise, le malheur me rend idiote, désarticulée, le bonheur m’abrutit, l’entre-deux m’ennuie, je ne me satisfais jamais de mon état, comme si il y avait toujours quelque chose de mieux après lequel courir, quelque chose à changer, à optimiser. Je n’ai pas sa patience, je ne sais pas attendre, je n’aime pas demander, je ne sais qu’exiger.

C’est masculin, ce truc de ne rien dire. C’est féminin, ce truc de tout vouloir savoir. Cliché. J’essaie pourtant de le préserver de mes attaques fulgurantes de connerie hystérique. J’essaie de le laisser vivre, respirer. Il me le rend bien, et se contente de rester à côté de moi lorsque je déverse ma tonne d’obsession cyclique et de névroses patentées, sans chercher à analyser, ou même à comprendre. Il écoute. Il prend ma main, et il me laisse parler, me taire, pleurer. Il a l’habitude, il sait que rien n’est vraiment grave, qu’il faut s’inquiéter de mes silences, pas de mes cris. Quand je m’emporte, souvent, il me fait les gros yeux, il m’en veut de me laisser atteindre, de me laisser toucher, il me voudrait plus sélective dans mes rages, et moi, je crie, plus fort encore, parce que je voudrais qu’il me défende, qu’il décrète que la terre entière m’emmerde, que le monde est rempli de blaireaux malfaisants, qu’il leur casse la gueule, tous, un par un. Mais ce n’est pas sa place, et il refuse d’ailleurs de l’occuper, il me laisse avec mes idées fixes, mes combats, il ne les partage pas tous, il en comprend certains, il m’apprend à temporiser.

Je ne parle pas souvent de lui, parce que ma pudeur s’arrête là. Parce qu’il est trop précieux pour que je le partage. Parce qu’il n’aime pas ca. Parce que j’ai du mal à définir ce qui nous lie, si fort, si profond. Nous n’étions pas faits pour nous aimer, cela ferait une jolie phrase, une jolie entrée pour le début de notre histoire. Mais depuis qu’il lui arrive de lire ce que j’écris ici, j’avais envie de laisser une trace de son caractère indispensable, j’avais envie de le dire, comme une déclaration fondamentale. Il manquait quelque chose aux histoires que je raconte ici, c’était lui.

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Secret Square, Public Offense

Mar 08 2011 Published by under Ici on crie

On sait tous comment fonctionne une entreprise commerciale, il y a toujours la même équation (quelque chose à vendre) + (quelqu’un pour le vendre) + (une tactique marketing)  = bénéfice. Je suis donc toujours surprise de voir la grande famille des blogueuses et des influentes associées tomber dans le panneau du Secret Square,cette boîte à Strip Tease parisienne, si bien vendue par sa RP qu’on pourrait la confondre avec le deuxième cercle des Enfers d’un Dante en porte jarretelle en cuir, où une Cléopâtre complètement bourrée vous accueillerait en déguisement d’infirmière avant de se frotter la chatte contre votre costume rayé laine super 100. Vous n’êtes plus cet homme mû par son envie et sa capacité à payer pour qu’une jolie femme secoue nonchalamment sa poitrine sur votre nez, vous êtes un esthète du genre, vous aimez les jolies choses, et c’est tout naturellement que vous accourez au Secret Square, « temple » du bon goût et de la non-vulgarité, si l’on en croit les descriptifs du site. Non, le Secret Square n’est pas vulgaire, il est obscène, dans sa manière de se servir de l’imaginaire d’une sexualité libérée, d’un endroit où tout peut arriver, alors qu’il s’agit tout simplement d’un bar à bouchon glorifié. Il est au summum de la vulgarité lorsqu’il fonde toute son approche commerciale sur « le respect des femmes », la luxure chic, la valorisation de la femme, alors que l’unique but recherché est la vente d’alcool,de repas « aphrodisiaques » et de lap-dances.

Ce qui frappe quand on visite le site de cet honorable établissement, c’est la différence entre les mots et les images. Le discours est accueillant, on tisse les métaphores du cul, on se donne du porno-chic sans le dire, on chante l’hymne de la femme, on valorise, on encourage les physiques différents, on est néo burlesque, on est aphrodisiaques, on vient seul, en couple, entre amis, en tout cas entre gens de bonne compagnie, versés dans l’art discret de la stimulation pénienne à travers string. Les mots parlent peut-être aux femmes, à celles qui hésitent encore, à celles qui veulent se renseigner, on prépare le terrain, on crie à la décence, on se protège. Et puis il y a les vidéos, le démonstrations des danseuses, les images d’ambiance. Et là, tout change. Les filles qu’on vendait comme sensuelles se frottent le pubis en gros plan, la lingerie est cliché, les déguisements risibles, les regards dignes d’un film pornographique, elle est à quatre pattes, elle cambre le dos et bouge ses fesses tout en jetant un regard par dessus son épaule, on l’imagine sans effort en train de sucer des bites à la chaîne, et c’est exactement le but de ce média, provoquer le désir, et jouer sur l’ambiguïté vieille comme le monde, jusqu’où cette fille est-elle prête à aller ? Officiellement, elles ne vont pas plus loin, jamais, le service de sécurité veillant à la fois sur la sécurité de filles (les clients confondent parfois les métiers de service, entre call girl et effeuilleuse branchée), mais également sur la morale de la maison, au moindre dérapage, l’établissement tombe sous le proxénétisme hôtelier. Officieusement, tous les clubs de strip de Paris sont sous la surveillance paisible des forces de Police, et sont parfois sanctionnés.

Dans un club de strip, aussi chic, aussi « velours-tentures-maisons-closes » soit-il, on retrouve toujours le même fonctionnement : une armée de danseuses se relaie sur des podiums le temps d’une chanson. Non, ce n’est pas par amour de la danse, de la fête, ou parce qu’elles sont soudainement tombées amoureuses de vous, elles effectuent simplement leur tour de promotion. Le club espère que c’est en admirant les demoiselles se déhancher sur des tubes cheaps que vous aurez envie d’acheter les fameux tickets de danse, 15 euros pour qu’elles viennent se frotter, mais pas trop, 30 euros pour qu’elles le fassent nues et dans une salle privée. Les filles travaillent aussi en salle, quadrillant le club, souriant aux messieurs, plaisantant avec les dames, flirtant avec tous, afin que vous achetiez une danse avec elle. Les danseuses sont en effet généralement rémunérées directement fonction du nombre de tickets vendus et dépensés pour leurs faveurs. Dans certains clubs, elles paient même un droit d’entrée à l’établissement pour venir exercer, et sont donc complètement dépendantes de leur facilité à vendre leur cul, pardon, leur secouage de cul. Elles doivent s’assurer de garder de bonnes relations avec la personne chargée de vendre les tickets de danse : les clubs préfèrent en général garder une comptabilité propre en dévouant cette tâche à une sorte d’ouvreuse sexy, chargée de démarcher les tablées et de proposer les services des danseuses, tout cela dans la finesse et le bon goût, bien sur. Sa fonction d’agent double, à la foi comptable, chef de partie, bodyguard de danses privées et commerciale pour le club, et de RP pour les danseuses, fait d’elle un des personnages central de la salle de strip. On retrouve donc le schéma classique ouvriers, contre-maître, direction, avec la pression supplémentaire d’un salaire basé en trop grande partie sur les commissions directes.  Mais après tout, on a tous travaillé dans des boulots merdiques, et entre frire des burgers ou danser autour d’une barre, après tout pourquoi pas, la pudeur ne se situe pas pour moi dans l’étalage de viande, mais dans la façon de se laisser cuire.

Revenons donc à nos influentes blogueuses, effeuilleuses du dimanche, persuadées que l’invitation gracieuse à venir shaker leur boule sur un podium, habillée de lumière comme une fille du Lido sans en avoir la taille requise, va leur permettre d’accéder à une nouvelle dimension de leur féminité, le dépassement de leurs complexes, et plus généralement, l’avènement d’une révolution de leur utérus, ou je ne sais quoi d’autre d’extraordinaire. Il faut dire que c’est tellement bien vendu, on aurait envie d’y croire, Le Bal des Débutantes, comme pour les jeunes filles nobles, on ferait son entrée en luxure et en féminité au Secret Square comme on faisait son entrée dans le monde jadis. Coachées par les danseuses, saoulées de shots d’alcools au préalable par la RP, elles ont donc l’immense privilège d’accéder à la barre métallique senteur anus pendant environ 5 minutes, sous les regards émerveillés de leurs époux, amants, fans et followers. C’est le couronnement d’une vie de princesse paillette, et rien ne pourra salir ces souvenirs enchanteurs, pas même ce triste constat : vous venez d’imiter gratuitement au nom de votre cul des danseuses professionnelles salariées, et pour le prix d’un repas offert, vous avez été le temps d’une soirée l’excuse pour faire vendre des cocktails hors de prix. Quelle belle aventure humaine, que de devenir panneau publicitaire ambulant et mouvant, je crois que c’est ce qu’on dit dans ces cas là, quand on est trop consterné pour dire autre chose. Quelle belle réussite de la part des RP de Secret Square qui ont su exploiter les nanas 2.0, leurs failles narcissiques ou leurs égos surdimensionnés.

Je vais être claire, je n’ai rien contre les strip teaseuses, les danseuses, les burlesques, les neo-burlesques, les naturistes en boîte de nuit, et autres consoeurs sans habits. Je n’ai rien non plus contre l’industrie du divertissement pour adultes. Ce qui me donne envie de brûler mes nippies, ce sont les techniques de commercialisation mises en place pour s’assurer l’amortissement de sa Licence IV, et la crédulité des femmes qui se laissent manipuler par cette idée normative de l’érotisme et de la sexualité en pack, l’érection la plus tendance de Paris est au Secret Square, quelle tristesse. Et l’adjectif burlesque, qu’on colle maintenant à toutes les sauces, j’attends le PQ burlesque imprimé léopard-sequins prochainement, qui ne veut plus rien dire, le burlesque goût Aspartam, sans aucune autre revendication que celle d’être la plus belle, le burlesque associé à Cointreau, le burlesque niqué des adolescentes tatouées aux cerises, le burlesque associé sur la même page à l’enterrement de vie de garçon, institution red-neck glorifiée, comme le Secret Square finalement, copie glorifiée  malhonnête des Hustlers et des Hooters, juste un peu de paillettes et de dorure, pour une poignée de dollars de plus. Hustler, justement, l’autre visage du strip à Paris, juste des filles qui tournent sur une barre et des mecs qui paient, sans community management, sans blabla, sans mensonges aussi. Je préfère.

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Marronnier

Mar 02 2011 Published by under Non classé

Remettre du rouges à lèvres, du vrai, à peine réveillée, rentrer dans ma jupe neuve et puis l’enlever, trouver mes baskets du premier coup, sans chercher, ouvrir vraiment les yeux et voir qu’il fait presque jour, que j’ai dormi toute une nuit, les pas dans l’escalier, les gamins qui jouent trop fort, la voisine qui oublie sa clé, la fuite de la chasse d’eau, le chat qui miaule sur les oiseaux, une vieille qui tire son cadis de course dans l’allée, le lampadaire qui clignote jaune et blanc toute la journée, mon téléphone qui vibre, son odeur sur mon oreiller, ouvrir une page blanche, la masquer, l’oublier, les cigarettes qu’il laisse sur la table de l’entrée, la trace du rouge à lèvres sur la tasse en porcelaine, le mégot qui brûle, une gorgée de café, des ciseaux, de la colle, des magazines découpés, mon agenda qui dit n’importe quoi, citations prêtes à consommer, lettres anonymes inventées, boule à neige moleskine, la cendre qui tombe, petit tas sur le parquet, faire coulisser la porte fenêtre, juste pour le soleil, choisir d’avoir froid, mettre un pull, se recroqueviller un peu, hésiter à se refaire un café, calculer un itinéraire choisi entre l’arrivée d’eau et la cuisine, marcher sur la pointe des pieds, appuyer sur le bouton du café long, courir jusqu’au robinet, faire chauffer le ballon.

Relire les instructions, une fois, et puis dix, retrouver la page blanche, se mettre à écrire, compter les mots, les paragraphes, les interlignes, trouver un angle, attaquer, se faire des frayeurs, oublier de sauvegarder, fumer seulement après les mille premiers mots, juste pour dire qu’on attend quelque chose, juste pour se dire qu’on va y arriver bientôt, se trouver bête de bosser en pijama, les lèvres fardées, trouver ca génial, pousser un peu le son, mettre le casque pour se concentrer, taper en rythme sur le clavier, quand on peut, faire semblant quand on ne peut pas, perdre du temps sur Twitter, sur Facebook, se laisser attraper par une conversation, par un article, regarder le temps qui passe plus vite dès que tu arrêtes de travailler, culpabiliser, finir les premiers mots, fumer enfin, sans vraiment le mériter, fixer l’heure de la douche à 2500 mots, puis à 3000, puis à 17 heures, rien à faire, personne pour constater ma drôle de façon de bosser, se dire qu’on a déconné d’accepter, qu’on finira jamais, oublier qu’il faut réussir pour cloper, mettre du riz sur le clavier, engueuler le chat qui vient se frotter le long de l’écran, poils statiques qui collent sur les côtés, avoir une crampe au poignet, passer une demie-heure au téléphone, juste pour perdre du temps, juste pour temporiser, envoyer un mail de désespoir au client, avouer qu’on galère, demander un peu de temps, souffler.

Prendre sa douche en deux-deux, se laver les dents en se frottant les pieds, hésiter sur la tenue adéquate à adopter après une journée entière à baigner dans son jogging troué, retourner devant l’écran les cheveux encore mouillés, vaguement retenus par un élastique violet, se mettre à suer à grosses gouttes, se rendre compte que non, qu’on dégouline juste sur son mac, grande classe, passer au turban-serviette, pour plus de sureté, se dire que ca pèse trois tonnes, se sécher les cheveux en lisant ses mails, le voir rentrer, oublier de l’embrasser, commander une pizza, lui dire d’aller manger ailleurs, le dégager, aucune distraction ce soir, finir le pensum promis, rêver de clicker sur le bouton Envoyer, allumer la télé, l’éteindre, allumer la radio l’éteindre, écrire au kilomètre, compter sur le correcteur d’orthographe, voir chaque mot se souligner de rouge, s’en foutre, et puis le corriger, par maniaquerie, par habitude, s’engueuler, vérifier sans cesses les statistiques du documents, plus que 3 paragraphes et 800 mots, course débile contre le temps, mettre un point final, relire, corriger, s’abrutir de ses redondances, de ses fautes, de ses incohérences, réécrire, des phrases, des mots, des expressions, et puis décider qu’on ne peut plus rien faire de bon, capituler, faire un mail court et poli, courtois et concis, joindre le fichier, bonne réception, cordialement, votre dévouée.

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Fat Ghetto Fortissimo

Mar 01 2011 Published by under Trucs de grosse

Il y a quelques jours, suite à ma critique de « Osez l’Amour des Rondes », je me suis bêtement mis dans la tête de me réinscrire sur des sites communautaires du gras, afin de faire partager le texte, et espérer empêcher que d’autres dodues tombent dans le piège de l’achat de ce truc. Re-inscrire, oui, j’avoue tout, j’ai écumé pendant quelques années les associations et les sites spécialisés, animée à la fois par mon désir de tout faire péter, et de rencontrer un maximum de mecs, faut pas se mentir, tout n’est jamais complètement altruiste dans notre société. Je n’ai pas gardé de souvenirs incroyables de cette époque, je crois m’être faite renvoyée ou m’être cassée en gueulant d’à peu près chacune des structures visitées. J’y croyais pourtant, j’ai même été présidente du machin, j’y crois toujours, il y a des réelles discriminations en terme d’accès au soin et de critères d’embauche par exemple, et de vrais stéreotypes sur les gros qui continuent à être exploités par la publicité, les médias, et les cons en général. Mais mon ardeur militante ne suffisait pas, ou plutôt, elle n’en finissait pas de déranger.

Chez Allegro Fortissimo par exemple, ma vision plutôt érotique du corps gros ne faisait pas bon ménage avec les principes presque puritains des responsables de l’époque, mon envie de visibilité, d’actions coup de poing, d’actes forts, étaient étouffés par la longue complainte des grosses culpabilisées par leur état de gras, comme gélifiées dans leurs arguments. Les choses ont changé depuis, je ne connais pas l’équipe en place, et tant mieux, je pensais que ca éviterait les attaques personelles, ces chocs d’egos si nocifs pour l’univers associatif, que ce soit celui des gros ou pas. Allegro Fortissimo aujourd’hui, c’est 250 adhérents, une organisation modèle communiste avec un bureau interne et un conseil d’administration qui gère rondement sa petite affaire. Les personnages contre qui je gueulais il y a dix ans, mais qui pour qui je gardais un profond respect, se sont barrés, eux aussi. Ce qui ne semble pas avoir évolué c’est la moyenne d’âge visible des adhérents. Quand j’avais 20 ans, j’étais souvent mise à l’amende parce que trop jeune, sans experience, sans diplomatie vis à vis de mes aînées, rien de plus frustrant que de se heurter au mur de la bêtise de gens qu’on devrait respecter. J’avais rejoint une autre association, le Pulpe Club, plus jeune, plus énervée, qui a elle aussi fini par se saborder, le site vivote encore aujourd’hui grâce à quelques irréductibles. Aujourd’hui j’ai 30 ans, je ne fréquente plus ce ghetto de gros depuis longtemps, je ne suis plus une menace pour eux, pour leur nombre d’adhésions ou de visites, pour leurs événements privés, je n’ai plus le goût à la provocation, au trollage massif, j’ai tourné la page, pour de vrai. Et pourtant, après seulement une journée passée sur le forum, je m’aperçois que rien n’a changé.

Je m’inscris donc, à l’aise dans mes baskets, puisque près de 6 ans ont passé depuis ma dernière prise de gueule sur les terres de cette vénérable assemblée. Je pousse même l’amabilité jusqu’à me présenter dans le thread adhoc, vraiment, je suis pleine de bonne volonté. Et comme je ne suis pas trop chienne, je me dis que je vais participer à deux ou trois conversations avant de me lancer dans une auto-promo de folie, je choisis donc le sujet brûlant du moment « Pourquoi sommes nous gros? ». Excellente question, puisque l’obésité (la vraie, pas la peine de vous sentir agressé si vous accusez 1,5 point de trop sur votre IMC) est une maladie complexe, aux causes multiples, et boudée par la recherche, le corps médical préférant se ranger derrière le sempiternel « y’a pas de gros à Auschwitz, arrêtez la Danette ».

Ce qui est vrai pourtant, c’est qu’on devient bien obèse en mangeant trop, en mangeant mal, ou en assimilant mal la nourriture. Les cas de gonflements spontanés sont réservés à des pathologies thyroïdiennes, comorbidités du diabète,  ou génétique dans une très rare mesure. On ne peut donc pas honnêtement affirmer qu’on ne sait pas pourquoi on est gros. On est gros parce qu’on mange trop. L’important, c’est de savoir pourquoi et comment on mange trop. C’est donc ce que je me suis empressée de répondre, en expliquant qu’il n’y avait aucune culpabilité à attacher à l’acte de trop manger, puisqu’il est trop souvent lié à des choses plus importantes comme les troubles du comportement alimentaire graves, des problèmes du point de satiété suite aux régimes à répétition, des problèmes gastriques, des réactions chimiques suite à la prise obligatoire de certains médicaments psycho-sensibles etc.

Mon raisonnement, c’est de me dire qu’on a tellement culpabilisé les vrais gros, en leur répétant qu’ils n’étaient qu’une bande de grosses merdes juste bonnes à se carrer le cul sur le canapé en avalant des kilos de chips, qu’il est urgent d’aller contre ce cliché, et d’expliquer ce qui amène à trop bouffer. Parce qu’il n’y a pas de plaisir à se goinfrer, aussi étonnant que ca puisse paraître. Il n’y a aucun plaisir ( à part pour les feedees, sorte de fétichisme) à voir son corps s’immobiliser dans son propre mastic graisseux. Il y a des raisons médicales, sociales, psychologiques, qui poussent les individus à utiliser la nourriture comme un rempart, comme une arme. Et il y a aussi une maladie réelle, celle de l’obésité massive, qui dérègle le fonctionnement des cellules graisseuses, et qui empêche le retour à la normale des corps, malgré des régimes draconiens et des opérations de chirurgies bariatriques. Si tu me demandes pourquoi je suis grosse, je vais te répondre que j’ai trop bouffé. Mais l’important pour moi, c’est que j’ai trop bouffé parce que j’étais boulimique, entre autre. Donc je peux dire que j’ai trop bouffé, je m’en fous, c’est vrai, et ce n’est à aucun moment culpabilisant.

Ce que je ne savais pas, c’est que j’allais offenser toute l’assemblée des grosses réunies en osant proférer ce que je pense être la vérité. Je suis une méchante. Je n’ai rien compris. Je suis une inconnue qui débarque pour dire des âneries. Je n’ai pas le droit de dire des choses pareilles. Je suis dans le faux puisqu’il « arrive de prendre du poids sans manger plus que d’habitude, simplement par le stress ou par le manque de sommeil ». Je rappelle que je m’adresse ici à un forum de vrais obèses, pas à la section Régime d’un forum féminin, je suis atterrée qu’on puisse encore se voiler la face en se disant qu’on a de réels problèmes de poids parce qu’on stresse ou qu’on dort mal ! La technique de l’autruche, appliquée jusqu’au bout, surtout ne pas chercher à aller plus loin que le bout de sa propre culpabilité, de sa propre souffrance, le gros dans toute sa splendeur, dans tout son cliché.

Et puis, tiens, en plus d’être complètement à côté de la plaque, je suis aussi un peu fasciste, on me sert presque du Godwin, on me rappelle les droits fondamentaux de l’Homme, on en vient même à ouvrir des camps (de concentration ?) pour gros sur la base seule de mes messages:

« On mange trop voila tout est dit. C’est simple il suffisait d’y penser. Dans ces conditions on va pouvoir fermer tous les services hospitaliers qui travaillent sur les causes du surpoids depuis des années. C’est génial la sécurité sociale va faire des économies.Les bénévoles d’Allègro qui donnent de leur temps vont enfin pouvoir jouir de leur vie de famille. Quant au forum c’est simple : fermeture on a qu’à aller discuter, voire lire ailleurs. Et pourquoi pas se téléphoner et se faire une bouffe : on aime çà se goinfrer. Au pays des droits de l’homme on peut être de couleur de culture différente et c’est normal mais alors l’aspect physique c’est interdit.Il faut être dans la norme pas le droit de préférer etre dans « l’énorme »  Bienvenue au pays de la dictature de « l’apparence. Vous avez remarqué il (moi donc) a oublié de nous proposer d’ouvrir des centres « pour gros » rien qu’avec des supermarchés géants des restos et des transats. C’est dommage cet oubli. ».

Donc voilà, j’ai tué Sédar Senghor, j’ai mis en prison des petits poneys, j’ai promu le culte de l’uniformisation et d’ailleurs, 1984, c’était mon idée.

Autre technique  : cette fois je suis à la fois une jeune dinde inculte, et pleine de préjugés. PARCE QUE J’AI OSE DIRE QUE LES GROS BOUFFAIENT. ALLO ?

« Notre Messie est arrivé Alléluia ! Merci Merci Dariamarx de nous ouvrir enfin les yeux sur notre surpoids nous ne le savions pas ! Avant de nous asséner ainsi des secrets de Polichinelle il aurait été judicieux de lire tous les posts sur l’obésité Darimarx ainsi que les comptes rendus des émissions médicales et c’est pour cela que les filles ont réagi et que tu t’es fait remettre en place.
Tu ne nous as rien appris que nous ne savions déjà et en plus nous avons l’expérience de l’âge pour te répondre concernant la nourriture depuis le temps. Notre combat mettre fin à tous ces préjugés ridicules qui sont liés à l’alimentation et que si on est gros c’est parcequ’on bouffe ! Eh bien non nous ne bouffons pas plus que les autres et il n’y a pas une obésité mais des obésités alors avant de nous asséner des vérités toutes faites on se renseigne. »

Encore une qui met sa main à couper dans le feu du barbecue qu’elle est arrivée à 150 kilos un beau matin sur la balance en mangeant strictement la même chose que la voisine. Mais bien sur. Et avec votre LSD, vous reprendrez bien une part de space cake ou on s’arrête là ? Le meilleur reste le message d’insulte reçu dans ma boîte aux lettres « Casse toi tu n’as rien à faire ici tu ne comprends pas le but de ce forum ».

Fat Psychose au dessus d’un nid de coucou, résultat, je remballe mon petit espoir putassier de promotion lourdingue dans ma culotte, et je fais mes adieux à ce forum charmant et à ses participantes (oui, je n’ai eu affaire qu’à des femmes), et je viens chier tout ça ici. Pourquoi je viens raconter ? Parce que, encore une fois, j’y crois. Je crois que c’est important d’arrêter de culpabiliser les enfants, les gens, avec leur relation avec la bouffe, mais qu’il est urgent de chercher à comprendre ce qu’elle caractérise et comment elle fonctionne, si on veut vraiment venir à bout de cette épidèmie (non transmissible rassurez vous) d’obésité. Et quand je m’aperçois que mêmes les obèses renseignés et informés, puisque membres d’une association, tombent dans le panneau de la culpabilisation, ca me fait vraiment chier, et je me dis qu’on est pas encore sortis des emmerdes. Et ca m’énerve d’autant plus que j’ai à mon tour le sentiment d’avoir échoué, de ne rien avoir sur apporter de mon passage il y a presque 10 ans maintenant dans cette association. Ca me touche. Et ce discours me rend folle de rage.

Ca fait des générations de gros qui entretiennent leur gras en se rassurant faussement par de grandes cérémonies expiatoires de « C’est pas de ma fauuuuute, c’est pas de ma fauuuuute, j’ai pas repris deux fois du gateauuuu mamaaaaannnnn », des grosses de 60 berges qui t’expliquent les yeux dans leur clavier qu’elles se nourrissent uniquement de carottes crues et de batavia bouillie, des grosses tellement confites dans leur issues de secours pourries que le champ lexical même de la bouffe devient à bannir, source d’angoisse et de colère, de vieilles grosses déguisées en petites filles prises la main dans le pot à confiture par leur mère, le serpent essaie de se mordre la queue, mais son abdomen distendu l’en empêche. Comment peut-on espérer que ces militantes acharnées du « droit à la différence dans l’indifférence » transmettent les messages nécessaires à l’éducation de nos petits gros nouveaux ? En fait, je me trompe peut-être sur la nature même du but de cette association, qui semble dans ce cas présent destinée à entretenir les failles narcissiques d’une poignée de femmes et à fournir en dames adipeuses les besoins d’une population de Fat Admirer sans cesse renouvellée, plutôt que de « lutter contre les discriminations dont sont victimes les personnes de forte corpulence dans la société (problèmes d’accès à l’emploi, au crédit, aux transports, aux soins…). Elle travaille à réconcilier ces personnes avec leur corps et leur image, vis-à-vis d’elles-mêmes, de leur entourage et de la société. ». Si jamais ce billet est lu par les dames honorables de la société bien pensante des gros sans manger, on se donne rendez-vous au tribunal des crimes contre lèse-obèsité, c’est à Brides les Bains tous les étés, j’ai pris le parti de me défendre seule, et croyez moi, ca va chier.

http://www.allegrofortissimo.com (Craypion d’Or anyone?)

Les passages en italique sont des extraits des forums du site de l’association.

Le passage en italique gras est extrait de la définition de mission de l’association disponible sur le site.

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