Rien.

Il ne se passe pas grand chose, c’est peut-être ça qui est bien. Nos corps sont tombés lourds sur la pelouse sèche, comme un dimanche après-midi, tu as trouvé la place facilement, comme si tout s’adaptait à toi, la tête renversée, les bras ouverts. J’ai cherché ma place, à côté d’abord, puis sur le côté, perpendiculaire, reliée à ton ventre par le crâne, les soubresauts de ta respiration comme rappels du temps qui passe, les nuages dessinés immobiles dans le ciel qu’on ne regarde pas, le soleil trop fort, la paume levée devant les yeux pour se parler. Tes doigts sont venus se perdre dans les noeuds de mes cheveux, sous le foulard que tu as détaché, tu détestes mes fantaisies capillaires, mes turbans et mes bonnets, ils sont venus libérer un à un les noeuds et les élastiques, ils sont venus sur ma peau, dans le creux de mes os, obligeant mes paupières à se fermer, comme par réflexe. Mes mains se sont ouvertes, relâchant une brindille, mes poignets mous se perdent dans les herbes desséchées. Il ne se passe rien, c’est bien.

Dans la voiture, comme d’habitude, tu roules un peu trop vite. Comme d’habitude je te demande de ralentir. Ta main se crispe un instant sur ma cuisse. J’égraine, monotone, les tâches de la semaine à venir, tu soupires, tu te rabats et changes de file. Sortie d’autoroute, j’ouvre la fenêtre en grand, ca sent déjà la ville, le macadam trop chaud, l’air du métro. Je range le GPS, ici, nous jouons à domicile, les mêmes trajets, les mêmes rues, les mêmes travaux. Sortie numéro 4, à droite après la mairie. J’allume une cigarette, la dernière avant de rentrer, la dernière des vacances. Sur la nationale, ca roule mal, tu joues avec la radio, la même publicité idiote sature les ondes, AM/FM, rien ne retient ton attention, la voiture d’à côté envoie du gros son, du rap US qui tâche, ca te fait sourire, ta tête se balance, dodeline. Tu n’as aucun sens du rythme, ca me fait rire, je remet mes lunettes de soleil et je danse avec toi, au milieu de la voiture blindée et de la chaussée bondée.

J’ai mal à la tête maintenant, c’est le soleil et l’air de la campagne, ca ne me réussit pas, alors c’est toi qui décharge tout, je suis déjà dans le noir, mi-blafarde mi-homard, un gramme d’aspirine du Rhone dans un verre. Je m’endors, et c’est l’odeur de l’herbe qui me réveille, et quand en silence tu enlèves ta chemise, les particules de tout à l’heure se libèrent, encapsulées contre toi, je te veux sale du temps passé allongé, je te veux perpendiculaire, encore. Mes mains s’ouvrent, mes poignets s’enfouissent dans les draps roulés sur le matelas, fatigués, tes doigts viennent libérer un à un mes noeuds et mes spasmes, je suis maleable sous la pression de tes mains, hypnotisée volontaire.

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