Archive for mai, 2011

Celle qui avouait ne pas aimer le porno.

Mai 10 2011 Published by under Non classé

Tout le monde regarde du porno, il paraît. Les hommes, les femmes, les petits et les grands. Du porno hétéro, du porno gay, du porno légal, du porno interdit, avec des animaux ou des nains, de l’amateur ou du sérieux, du Californien ou du Roumain. J’ai découvert ma sexualité avant Internet, et sans abonnement aux chaînes spécialisées du cable, ou même à Canal. Je te parle d’un temps où les sex-toys n’étaient pas vendus chez Monoprix, où les capotes coutaient 1 franc, et ou le comble de mon imaginaire érotique se limitait aux Nuits Fauves. Mon lycée était exclusivement féminin, et si nous parlions beaucoup de mecs, nous étions finalement assez prudes. En terminale, sur 25 élèves, seules 2 rebelles avaient perdu leur virginité.

Elles étaient bien sur l’objet d’un questionnement intense, mais plutôt sur le thème de la douleur et de la gestion de l’agenda parental, plutôt que sur celui des positions à adopter ou sur l’usage de gel lubrifiant. Je suis pourtant de cette génération Doc et Difool, rompue aux mots du sexe, mais ca n’avait pas eu l’impact prévu par Famille de France et les autres associations de protection de l’enfance. Nous savions que la pornographie existait, mais elle était encore cachée sous les blisters honteux des magazines pour routiers des aires d’autoroute, dans les coins interdits aux mineurs des video-clubs. Le sexe, ce n’était pas le porno, encore, c’était tout autre chose. Enfin c’est ce qu’on se disait.

Je suis relativement vieille, ou relativement jeune, question de point de vue, mais jusqu’à l’arrivée de l’ADSL dans ma vie, je crois n’avoir jamais vu de scène pornographique. J’avais feuilleté une fois Union, le mensuel des échangistes qui posent nus sur leurs tracteurs, mais j’avais trouvé le contenu plutôt grotesque qu’excitant. Mes jeunes amoureux ne m’ont jamais parlé de leurs goûts en matière de films de boules, par respect à l’époque sans doute. Et puis, magie des grandes ondes, le porno s’est démocratisé. Le porno, et puis les mots du sexe, le commerce du sexe, le commerce autour du sexe. Tout est sexe sur Internet, pour peu qu’on se trompe d’une lettre ou d’une fenêtre. La faute à qui ? A la demande et au marché, sans doute. Il est devenu normal de demander à son mec son genre préféré. Son tag parfait. Il est normal d’envisager de pimenter sa relation à l’aide d’un vibro à billes vibrantes et vitesses multiples. Ca l’était sans doute aussi avant, mais c’était beaucoup plus compliqué, il fallait souvent se contenter des modéles exquis de masseurs pour joues vendus par La Redoute dans le gros catalogue, juste après les pages lingeries. Rien n’est plus tabou, puisque tout est accessible.

On dit que les américains deviennent obèses car ils ont accés à l’offre la plus hallucinante du monde en matière de junk food. Je me demande parfois si nous ne devenons pas obsédés de pornographie juste parce que nous y avons accès, en libre service, de nos ordinateurs, de nos télévisions, de nos smartphones. Boulimie de cul, de petits et de gros, de seins et de bites, de curiosité, de situations, de scénarios, de hard et bondage, de snuff et de hentai, spirale masturbatoire infinie, puisque l’industrie se renouvelle sans cesse, soucieuse de capter la rétine hyper-active montée sur gland des clients masculins majoritaires.

Je n’aime pas le porno. Cela ne veut pas dire que je méprise les actrices, les acteurs, ceux qui participent à l’industrie de « l’adult entertainment », ceux qui aiment ca, ceux qui adorent, pas du tout. Bien sur, je rêve que les hommes (je le répète, ils sont majoritaires) puissent choisir de se distraire sexuellement sur des films propres et bios, sous entendu produits dans des conditions légales correctes, avec des actrices respectées,bien payées, des cadences de tournage leur permettant de ne pas se blesser, avec des acteurs évitant de se bourrer de produits pour bander, et des conditions sanitaires parfaites. Mais c’est un autre combat, un autre sujet. Je n’aime pas le porno, parce qu’il ne m’excite pas. Il ne remplit pas, pour moi, sa fonction d’outil de masturbation, puisqu’il me suffit de 32 secondes pour jouir, si j’ai envie, mon corps répond assez bien, pas besoin d’autres stimulis. Il ne remplit pas non plus sa fonction d’outil fantasmatique, je n’ai pas trouvé de pornographie qui réponde à mon univers, qui enclenche quelque chose, qui me donne envie de réaliser dans la vraie vie, de passer à l’acte, de reproduire.

Mes rares promenades à Pornoland se résument plutôt à des moment de #WTF total, où je tente de m’imaginer comment cette video sur Xhamster mettant en scène un couple de roumains niquant devant leur berger allemand sur un canapé défoncé peut récolter tant des clics et de litres de foutre. Ou alors, je vais voir des choses extrêmes, mais qui ne sont finalement que des match de catch, beaucoup de cris pour rien, et qui me font finalement rire. Il y a les jolies images, collectées par certains, les gifs animés, mais elles aussi me font l’impression d’une collection Panini, ou d’un calendrier des Dieux du Stade qu’on accroche quelque part. Ca ne marche pas pour moi, et je me fais parfois l’effet d’une connasse rétrograde. Tant pis.

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Belle et Poubelle, le féminisme identitaire

Mai 08 2011 Published by under Non classé

Quand tu tombes sur le site de Belle et Rebelle, en bonne habituée des magazines en ligne, tu regardes d’abord le logo. Une pin-up sans visage, frange et tatouage, posant façon calendrier, un slogan qui envoie, Belle et Rebelle, après tout, pourquoi pas.

La mode est au burlesque, les tatoueurs passent leurs journées à encrer des petites cerises old-school sur les nuques fraîches et dodues des demoiselles qui s’encanaillent, l’équipe de France joue en marinière, tous les codes graphiques trendy du moment sont repris, jusqu’aux escarpins et au jean slim,  pour séduire la jeune féministe rebelle qui sommeille à l’intérieur de toi. En liens apparents, le blog de Mauvaise Mère, un bisounours hardcore, la fondation Brigitte Bardot, rien qui n’appelle franchement à la méfiance, tu te lances dans la lecture d’un premier article qui prône les jouets économiques pour les mômes, c’est pas génial mais tu poursuis. C’est là que tu comprends que tu es arrivée en terre ennemie.

La page « Qui sommes nous » est en construction, dommage, on joue donc au devin. A priori, le site est recommandé par les identitaires de la France entière, ces groupes généralement proche de l’extrême droite, dont les préoccupations premières sont le retour à une France aux français, l’immigration, avec une angoisse toute particulière sur la multiplication du nombre de musulmans sur notre bonne terre gauloise. Terrifiés par l’idée d’une société faite de mixité des cultures, des couleurs et des religions, ils se replient en groupuscules, rattachés par l’amour d’une langue régionale (le breton, le provencal, le béarnais etc), et entretiennent parfois un flou artistique maitrisé sur la réalité de leurs ambitions politiques. Les identitaires sont intéressants dans leur démarche du refus total du grand capitalisme, empruntant souvent leurs théories économiques à leurs confrères et néanmoins ennemis des verts ou de l’extreme gauche. Ils utilisent parfaitement les vocabulaires de la décroissance, de l’économie localiste, et refusent toute importation, la France devant pouvoir subvenir seule à ses besoins, en autarcie financière, culturelle et politique.

Belle et Rebelle, on l’aura compris, c’est donc un peu le Elle + Glamour + madmoiZelle de la jeune militante identitaire. Et ca se vérifie très vite, puisqu’il y a un manifeste, encore un mot très à la mode dans l’univers de la presse féminine et du féminisme (manifeste des beautés plurielles, manifeste des 343 salopes etc).

Ce pamphlet se veut poser les bases de la femme « européenne », oui, puisque c’est le coeur de cible du magazine, autant ne pas s’emmerder à écrire pour les autres, le seul problème c’est qu’il représente à mon sens un véritable danger, jouant avec les codes et avec les frustrations et les incompréhensions des femmes pour mieux se les accaparer, petite explication de texte  :

Face à ceux qui nous voient comme des porte-monnaie à détrousser
ceux qui nous voient comme des cœurs-de-cible

( Dangereux, puisque vaste. Je suis la première à hurler aux manoeuvres grossières des publicitaires, cela ne fait pourtant pas de moi une identitaire. Quand à être coeur de cible, là aussi, le manifeste est troublant, en appellant à la désobéissance, Belle et Rebelle sait qu’il peut séduire)
ceux qui pensent nous défendre en créant des quotas

(Dangereux, puisque je doute qu’il s’agisse de cracher sur la parité, mais bien de parler de quotas immigrés / français, ou européens / autres, mais dans le doute, la séduction peut opérer.)
ceux qui nous vendent l’esclavage salarié comme émancipateur

(Là encore, il s’agit de jouer sur le débat « une mère au foyer est-elle épanouie » ou « une mère au foyer mérite-t-elle la même considération qu’une femme qui travaille », qui sépare les femmes depuis deux siècles. Qui vend quoi, et surtout, qu’est ce que c’est que cette notion d’émancipation ? Emancipation de quoi ? du père ? du mari ? )

ceux qui veulent nous ôter notre féminité

(Je pense qu’il s’agit clairement d’une attaque contre les féministes poilues et porteuses de Birgenstock, sortes d’épouvantails brandies par les anti-féminisme de tout poil. Non, être féministe ne veut pas dire être qu’on ne se maquille pas, qu’on ne se lave pas et qu’on arrête de se torcher en signe de révolte, mais Belle et Rebelle aimerait bien vous le faire penser)

ceux qui nous veulent stériles et égoïstes

(Délire de la femme qui travaille, qui ne pense qu’à elle, on gerbe ici clairement sur la business woman qui refuse de céder à ses instincts les plus naturels en se mariant et en enfantant 6 mômes. Ca se vérifie dans un article un peu plus loin où l’on apprend qu’une femme a deux choix dans la vie : porter le café au lit à son mari le matin en épouse aimante, ou le porter à un patron obsédé, comme une esclave avilie. OKAY…)

ceux qui nous veulent converties ou insultées

(On parle ici clairement de l’angoisse majeure de la donzelle identitaire : voir sa copine Emilie se convertir à l’Islam)

Nous serons plutôt féminines que féministes

(Encore le délire jupe à volant contre Birgenstock imaginaire j’imagine)

plutôt louves que gibiers

(louve, comme celle qui donna son lait à Romulus et Remus pour construire Rome. AH ROME justement, ses symboles chers aux fascistes du monde entier … Je divague non ? Non.)
plutôt garces militantes que putes lobotomisées

(Dans la série tu préfères A VIE avoir une paire de couilles collées sur le nez ou l’anus qui chante la marseillaise, tu choisis quoi ?)

plutôt respectées que simples objets

(Etonnant quand l’ensemble des articles explique que la soumission conjugale est la pierre philosophale de l’épanouissement féminin)
plutôt touche-à-tout plutôt que bourgeoises

(Les bourgeoises ont à mon sens beaucoup plus de temps libre pour toucher à tout, justement. Mais je dois me tromper, on doit parler ici de la CLASSE des bourgeois, délire, une nouvelle fois.)
plutôt engagées que décérébrées

(Endoctrinées, c’est le mot plutôt, je crois)

Ni Lilith ni Lolita

(Ni pute, ni pute, si on résume.)

ni ingénue ni dépravée

(AH la dépravation, enfin, parlons en, cette saleté de dépravation féminine ! Dans un article, on apprend que plus ou moins toutes les femmes sont des putes et que c’est donc de leur faute si les hommes se comportent comme des porcs. Parce que coucher, c’est oublier de se respecter. Et le respect, c’est la chasteté. Voila, voila, voila.)
Ni bimbo ni hystéro

(Bimbo et hystéro, deux mots très connotés masculins pour un manifeste pseudo écrit par une fille. L’hystérie, ce mal qu’on traite à l’aide d’énormes godes électriques au début du siècle, autre mot pour dire alors qu’une femme avait les nerfs, devient ici l’inverse de bimbo, ce que je ne comprends pas.)

ni misérable ni irresponsable

(Le rapport entre les deux m’échappe. Merci de m’indiquer si vous le voyez)

Guerrière amazone et sainte
Mère et femme

(Ca me rappelle quelqu’un cette description … BON SANG MAIS C’EST BIEN SUR ! Marie, sainte mère de Jèsus ! Soyons saints ! Donc en fait, on est ici sur un webzine pour jeunes catholiques ? C’est ca ? non ? )

Parce que la civilisation européenne a créé la Femme libre et l’a toujours défendue. Nous sommes la femme d’Europe et nous avons fait le choix de la résistance. Vous nous vouliez simplement ‘jeune et jolie’, nous serons ‘belle et rebelle’.

(A chaque fois que je lis une déclaration qui commence par NOUS SOMMES, j’ai toujours envie d’hurler  » TOUS DES ENFANTS D’IMMIGRES », mais j’ai l’impression que c’est pas tellement l’effet recherché. Je ne me sens pas femme d’Europe, et si j’ai fait le choix de la résistance, il n’est en rien comparable à ce programme. On pourra se demander pourquoi Belle Et Poubelle attend les dernières strophes de cette envolée pour marquer clairement le sceau de son appartenance identitaire …)

Je donne donne donc la note de 1/10 à Belle et Poubelle pour son webzine féministe. Parce que j’aime bien le logo. Mais que j’aime moyen qu’on fasse semblant, qu’on se déguise, qu’on ratisse large pour séduire. Et je ne mets aucun lien dans cet article, vous êtes assez grand pour trouver, non?

Belle et Rebelle est une production NOVOPRESS, agence de presse d’extrême droite, qui te fait écouter Radio Courtoisie pendant la visite de son site …

(GODWIN RULZ)

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Rien.

Mai 04 2011 Published by under Non classé

Il ne se passe pas grand chose, c’est peut-être ça qui est bien. Nos corps sont tombés lourds sur la pelouse sèche, comme un dimanche après-midi, tu as trouvé la place facilement, comme si tout s’adaptait à toi, la tête renversée, les bras ouverts. J’ai cherché ma place, à côté d’abord, puis sur le côté, perpendiculaire, reliée à ton ventre par le crâne, les soubresauts de ta respiration comme rappels du temps qui passe, les nuages dessinés immobiles dans le ciel qu’on ne regarde pas, le soleil trop fort, la paume levée devant les yeux pour se parler. Tes doigts sont venus se perdre dans les noeuds de mes cheveux, sous le foulard que tu as détaché, tu détestes mes fantaisies capillaires, mes turbans et mes bonnets, ils sont venus libérer un à un les noeuds et les élastiques, ils sont venus sur ma peau, dans le creux de mes os, obligeant mes paupières à se fermer, comme par réflexe. Mes mains se sont ouvertes, relâchant une brindille, mes poignets mous se perdent dans les herbes desséchées. Il ne se passe rien, c’est bien.

Dans la voiture, comme d’habitude, tu roules un peu trop vite. Comme d’habitude je te demande de ralentir. Ta main se crispe un instant sur ma cuisse. J’égraine, monotone, les tâches de la semaine à venir, tu soupires, tu te rabats et changes de file. Sortie d’autoroute, j’ouvre la fenêtre en grand, ca sent déjà la ville, le macadam trop chaud, l’air du métro. Je range le GPS, ici, nous jouons à domicile, les mêmes trajets, les mêmes rues, les mêmes travaux. Sortie numéro 4, à droite après la mairie. J’allume une cigarette, la dernière avant de rentrer, la dernière des vacances. Sur la nationale, ca roule mal, tu joues avec la radio, la même publicité idiote sature les ondes, AM/FM, rien ne retient ton attention, la voiture d’à côté envoie du gros son, du rap US qui tâche, ca te fait sourire, ta tête se balance, dodeline. Tu n’as aucun sens du rythme, ca me fait rire, je remet mes lunettes de soleil et je danse avec toi, au milieu de la voiture blindée et de la chaussée bondée.

J’ai mal à la tête maintenant, c’est le soleil et l’air de la campagne, ca ne me réussit pas, alors c’est toi qui décharge tout, je suis déjà dans le noir, mi-blafarde mi-homard, un gramme d’aspirine du Rhone dans un verre. Je m’endors, et c’est l’odeur de l’herbe qui me réveille, et quand en silence tu enlèves ta chemise, les particules de tout à l’heure se libèrent, encapsulées contre toi, je te veux sale du temps passé allongé, je te veux perpendiculaire, encore. Mes mains s’ouvrent, mes poignets s’enfouissent dans les draps roulés sur le matelas, fatigués, tes doigts viennent libérer un à un mes noeuds et mes spasmes, je suis maleable sous la pression de tes mains, hypnotisée volontaire.

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Minou, Chou, Hibou, Caillou

Mai 03 2011 Published by under Non classé

« Mon Minou Tout Doux », voilà le nom de la nouvelle campagne de communication de Veet. C’est accrocheur, ca rime, c’est mignon, mais malheureusement, ca ne s’arrête pas là. En visitant le site dédié à l’éradication de toute pilosité pubienne chez les femmes, on se demande vraiment quel message a voulu faire passer la marque, à quel public elle s’adresse, et surtout, si elle ne nous prend pas ultimement pour des abruties.

Plutôt que nous venter les qualités biologiques ou techniques de son produit, Veet préfère jouer sur notre amour présumé de la gaudriole et de notre humour franco-français : quoi de plus poilant (…) que de mettre en scène une armée de petites chattes mignonnes qu’on soumet à la torture du rasoir ? Quoi de plus sympathique que la petite comptine aux ryhtmes hip-hop qui accompagne la découverte de l’interface, et ses couplets enlevés  »mon minou quand il n’est pas tout doux, il ressemble à un voyou, quand mon minou pique partout, il fait bouh ouh, quand mon minou est tout doux, c’est mon trésor mon bijou ».

Au delà de l’aspect complètement vomitif des couleurs, de la métaphore filée décousue de la vulve à quatre pattes et des poils, on peut également s’interroger sur le message de Veet : si on écoute la petite chanson, si on effectue les tests et si on lit les informations, on tire rapidement la conclusion que seule un pubis dépourvu de pilosité est acceptable, mignon, et donc désirable. Ce n’est pas un hasard si seule la petite chatte (l’animal donc) correctement épilée attire le gros matou noir en fin de parcours : le message est clair, si vous voulez attirer les hommes ou avoir une vie sexuelle active, vous devez impérativement céder à la mode du mont chauve, sous peine de passer pour une cradingue rétrograde.

La mode de l’épilation totale intime n’est pas une nouveauté, elle déferle dans les années 1990 en direct des USA, la meilleure manière de constater le changement restant sans doute l’évolution de la pilosité des actrices de films pornographiques à travers les âges : elles sont aujourd’hui majoritairement épilées, sauf certaines qui tournent des films dits de spécialité, sur le poil, justement. On essaiera de vendre l’épilation comme une technique de réconciliation de la femme avec son appareil génital, on pourra mettre lui proposer de lui coller des cristaux et autres brillants sur les bas ventre pour en signaler l’accès, c’est tout une stratégie commerciale qui s’organise autour du défrichement des champs intimes et de la mise en beauté vulvaire.

Alors qu’on lutte pour une meilleure éducation de la jeunesse aux problématiques des relations entre les sexes, pour une meilleure qualité de l’éducation sexuelle, et pour un accès à tous à l’information sur la sexualité et sur l’anatomie de son sexe, cette campagne dérange. Les codes des couleurs, le ton donné, les images choisies, laissent penser qu’elle s’adresse à un public féminin très jeune, et qu’elle devrait décomplexer les anxieuses et les coincées à l’égard de l’épilation, encore considérée comme osée ou trop intime par certaines. Une marque peut-elle se placer à la fois en tant que juge et partie ? Décréter que l’épilation totale est un must, et ranger toutes les réfractaires dans la case des éponges Spontex, anti-glamour, anti-désir ? Est-ce vraiment la place d’un annonceur que d’influer sur les habitudes intimes des femmes ? Et surtout, comment les femmes, justement, sont-elles censées intérpéter la vulgarisation du terme « chatte », « minou » ?

Franchement, le mec qui s’approche de ma CHATTE et qui me susurre à l’oreille, l’haleine encore chargée de cyprine « oulalala ma chérie comme il est doux ton minou, il est pas bien voyou, il pique pas comme du houx … », et qui tente ensuite de me rouler une de ces pelles collantes et sucrées post jouissance sur langue, je pense que je m’assois sur son son nez, et que j’attends qu’il crève. Minimum. Il faudrait déjà qu’il ose me faire une remarque sur l’état capillaire de mon entrejambe, ce que je n’apprécie pas forcément, il devrait déjà être fort content que je lui en cède l’accès. Il faudrait également qu’il soit assez fou pour me parler de « MINOU ». Je ne sais pas s’il existe un mot qui me tape plus sur le système pour désigner l’ensemble labial + clitoris + vagin. MINOU. MINOU. MINOU. DIE. DIE. DIE.

( Ecrire pour protester contre l’infantilisation des femmes et la sexualisation des messages publicitaires, c’est à cette adresse pour la campagne VEET :

Reckitt Benckiser
Service Consommateurs
15 rue Ampère
91748 Massy Cedex )

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La valeur, les années, mon cul

Mai 01 2011 Published by under Blog

Quand t’es ado et que tu es persuadé d’avoir raison, parce qu’à l’adolescence tu t’interroges en permanence sur des milliers de choses et tu trouves des réponses instantanées dans les premiers bouquins que tu ouvres, voire mêmes les premières phrases, genre  »ouais je suis trop Nietzschéenne comme meuf » alors que tu t’es contenté de lire les citations sur Evene, bref quand tu es jeune, et relativement dépourvu d’expérience de vie, tu n’as pas peur de dire à tes parents, à tes profs, ou à n’importe qui que « OK j’ai QUE 15 ans mais je suis super mature OKAY ». On est plein à s’accrocher au même raisonnement tout au long de notre vie, considérant qu’on a acquis à la force de notre existence des points supplémentaires de connaissance qui nous permettent de juger en toute objectivité et en toute omnipotence les questionnements et les dilemmes des autres, genre « à ta place, et laisse moi te dire que j’ai déjà vécu EXACTEMENT la même chose … ». Y’a juste un moment, pour moi ca se passe autour de 28 ans, mais chacun son chemin, je m’en voudrais de vous imposer la même échelle de transition, où on finit par se rend compte que la valeur du conseil est bien en adéquation avec le nombre des années, et qu’y a pas à chier, les gens qui ont quelques années de plus que nous sont généralement détenteurs d’un truc incroyablement important dans la vie : le recul.

En ce moment, je supporte pas les jeunes. Tu sais, cette catégorie de gens de moins de 25 ans qui sont généralement encore étudiants et qui pensent détenir le savoir suprême sur leur avenir, le monde de l’entreprise, la façon de se torcher le cul et de réussir dans la vie. Alors bien sur, on pourrait me dire que c’est un symptôme de mon aigreur légendaire, de mon intransigeance. Je jure sur la tête de ma factrice que c’est tout le contraire, j’ai au contraire beaucoup de sympathie pour ce qui les attend, pour les claques successives qu’ils vont certainement devoir affronter, mais les écouter divaguer sur leur futur et sur leurs patrons de stages me met dans une situation difficile. Si je l’ouvre, je me transforme en gorgone vomissante, leur intimant l’ordre de se taire et de revenir me parler quand ils auront vraiment été dans une situation d’entreprise, avec un vrai contrat, un vrai loyer à payer. J’ai aussi un peu l’impression d’être une vieille conne, ce qui n’a rien de flatteur. Si je me la ferme, je ne dis rien, et socialement, ce n’est pas bien vu. Donc j’évite ces conversations, et j’évite surtout au maximum de me mettre en position de demander conseil à ces gens là (oui, ces gens là, qui n’ont jamais vu de chats, ou alors y’a longtemps), parce que je sais par avance qu’avec la meilleure volonté du monde, ils sont à des milliers de bornes de pouvoir se mettre dans mes pompes, et que leurs conseils vont me donner envie de leur administrer des frappucinnos glacés en lavements intimes.

Le mieux serait donc de demander conseil, et de ne converser qu’avec des gens parfaitement semblable à moi. Ahah. Oui, bon, c’est là que ma théorie s’effondre, c’est évidemment très mauvais, et je ne veux même pas envisager la possibilité de ne me faire que des amis « mûrs et matures », un genre de casting amical de Milf’s et de Filf’s, on tombe carrément dans le glauque. Alors je vais continuer à en dire le moins possible, à péter un cable de temps en temps, et surtout, à accepter que je suis aussi l’étudiante de quelqu’un d’autre, dans la chaîne merveilleuse de l’humanité qui m’entoure (gasp). Je n’ai jamais vraiment été douée pour m’adapter aux groupes et aux gens, et à cela, l’âge ne semble rien changer.

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