Real women have vaginas ?

Juil 05 2011

Les vraies femmes ont des formes. Les vraies femmes font la vaisselle. Les vraies femmes sont mamans. Les vraies femmes font attention à elles. Les vraies femmes sentent bon. Les vraies femmes ont des couilles. Les vraies femmes se maquillent. Les vraies femmes sont hétérosexuelles. Les vraies femmes travaillent. Les vraies femmes ne travaillent pas. Les vraies femmes votent à gauche. Les vraies femmes n’ont pas de poil aux jambes. Les vraies femmes couchent par amour. Les vraies femmes se font sodomiser. Les vraies femmes portent des talons. Les vraies femmes ont de la poitrine. Les vraies femmes sont idiotes. Les vraies femmes sont plus intelligentes que les hommes. Les vraies femmes obéissent à leur mari. Les vraies femmes n’ont pas besoin de maris. Les vraies femmes sont de mauvaise humeur quand elles ont leurs règles. Les vraies femmes mettent des tampons. Les vraies femmes ont des fesses. Les vraies femmes ont les cheveux longs. Les vraies femmes sont toujours au régime. Les vraies femmes aiment la décoration. Les vraies femmes sont des filles à Papa. Les vraies femmes ne savent pas sauter. Les vraies femmes ne dansent pas. Les vraies femmes ne jurent pas. Les vraies femmes ne crachent pas. Les vraies femmes aiment Dirty Dancing. Les vraies femmes détestent les hommes. Les vraies femmes ne peuvent pas vivre sans les hommes. Les vraies femmes ne font pas d’études. Les vraies femmes aiment la nature. Les vraies femmes aiment les animaux. Les vraies femmes pleurent. Les vraies femmes disent oui.

Les vrais hommes ont des poils. Les vrais hommes ne pleurent pas. Les vrais hommes ont des couilles. Les vrais hommes ont du caractère. Les vrais hommes sentent la transpiration. Les vrais hommes portent des caleçons. Les vrais hommes ont un travail manuel. Les vrais hommes savent bricoler. Les vrais hommes savent conduire. Les vrais hommes ne font pas attention à la mode. Les vrais hommes aiment la viande. Les vrais hommes aiment les vraies femmes. Les vrais hommes sont hétérosexuels. Les vrais hommes ne jouent pas côté Verseau. Les vrais hommes aiment les films d’action. Les vrais hommes ont des postes à responsabilité. Les vrais hommes gagnent l’argent de leur foyer. Les vrais hommes rentrent tard. Les vrais hommes boivent de la bière. Les vrais hommes urinent debout. Les vrais hommes jouent avec des petites voitures. Les vrais hommes veulent avoir des fils. Les vrais hommes sont virils. Les vrais hommes ne portent pas de rose. Les vrais hommes baisent. Les vrais hommes se marient. Les vrais hommes sont dominants. Les vrais hommes sont grands. Les vrais hommes sont malins. Les vrais hommes sont ambitieux. Les vrais hommes dépensent de l’argent. Les vrais hommes sont radins. Les vrais hommes ne font pas la cuisine. Les vrais hommes ne s’occupent pas de leurs enfants. Les vrais hommes sont des rocs. Les vrais hommes ne dansent pas. Les vrais hommes méprisent les femmes. Les vrais hommes adorent les femmes. Les vrais hommes rotent. Les vrais hommes serrent les dents. Les vrais hommes sont moins intelligents que les femmes. Les vrais hommes sont de droite. Les vrais hommes savent dire non. Les vrais hommes font l’armée. Les vrais hommes ne se plaignent pas.

Toujours l’opposition entre le vrai et le faux. Les vraies femmes et les fausses, ces ersatz, poupées édulcorées sans genre précis, androgynes, trop plates, trop petites. Les vrais hommes, et puis les autres, les efféminés, les sensibles, les différents, les petits, les imberbes. Les phrases qu’on répète aux enfants, « tu seras un homme mon fils », « tu seras maman, tu seras mariée, ma fille ». Une armée de gens faux, persuadés d’être tout à fait imparfaits, hors normes, hors définition, qui font semblant, qui poussent les murs pour se faire une place, qui grossissent ou maigrissent, qui se font poser des implants et injecter des produits, pour être vrai, enfin. Être vrai dans l’artifice, c’est tout le paradoxe, ressembler aux images qu’on projette sur les écrans et sur les murs, parce que la réalité est devenue virtuelle, imaginaire, insaisissable. Ne pas vouloir passer pour une gouine, ne pas vouloir faire PD, choisir son partenaire en fonction des idées qu’on se fait, de l’image qu’on aimerait avoir. Trop grosse, pas assez riche, pas assez avancé dans sa carrière, trop extravagant, trop ridé, trouver le bon match, la bonne équation, celle qui nous fait rentrer dans la société, celle qui nous inscrit enfin dans une normalité. Admirer de loin ceux qui font de leur apparence un terrain de jeu, une bataille à peau ouverte, ceux qui semblent déguisés dans leurs normalités parallèles, les classer chez les bizarres, et recommencer à s’observer dans le miroir déformant de nos habitudes, de ce qui nous a été transmis, de ce que nous apprenons aux autres. Ne rien changer, surtout.

8 responses so far

  1. Ça m’a rappelé ceci :

    « Après des siècles d’interdiction de montrer, femmes sommées d’exhiber qu’elles sont bien toutes aux normes, qu’elles se sont calibrées. Voilà mes jambes interminables, glabres et halées, mon ventre plat, nombril percé, mes seins énormes, fermes et moulés, mes cils sont longs, mes cheveux brillants. Consternation, sur un ton de connivence amusée, foison de petits conseils pour être une putain à la page. Et se mêlant de tout, que tout rentre dans les cases. Et comment il faut jouir, se teindre jusqu’aux poils pubiens, et comment on doit être du dedans au dehors, ton faussement débonnaire, propagande imbécile, pour être comme il faut. »

    (Extrait du film Les Jolies Choses.)

  2. adidas bleue au château

    100% sur la même longueur.

  3. Quand j’étais petit, mon père a accroché le poème de Kipling au dessus de mon lit, dans un joli petit cadre… celui-là même que son propre père avait accroché au dessus du sien…

    Force est de constater qu’il m’aura fallu du temps pour dépasser et me débarrasser de ce putain de « tu seras un homme mon fils ». J’ai quand même gardé le cadre, il traîne quelque part à la cave… Et j’ai laissé mon fils choisir ce qu’il voulait accrocher au dessus de son lit (un poster de l’équipe de foot de l’Espagne, en l’occurrence…). Comme je n’étais pas sûr que ça suffise, à 4 ans, je lui ai aussi appris le refrain de La Mauvaise Réputation de Brassens…. (eh eh…)

    Voilà, c’était ma note d’espoir : ayons foi dans les générations futures… sourire…

    Et sinon, on peut aussi prendre tout cela avec de l’humour, c’est assez efficace je trouve :
    http://www.youtube.com/watch?v=xADHxewMO_A

  4. Merci Daria!être soi-même c’est ce qui est le plus dur…

  5. Et les recherches du pouvoir, à travers le physique et la thune, remplir toujours plus le vide avec des faux semblant. S’entourer de gens qui se croient forts et finir irrémédiablement par se rendre compte qu’ils sonnent creux finalement après quelque temps. On passe sa vie à faire semblant d’être quelqu’un d’autre, mais on se rend vite compte qu’on a loupé le coche quand on a une pute de conscience qui nous rappelle à l’ordre. Finalement, t’as l’impression de lutter contre des moulins quand tu restes toi-même; mais tu te fais moins chier que les autres qui perdent leur temps à réfléchir à comment plaire. Bel article Daria.

  6. Ah, toutes les bonnes valeurs morales de notre société. Fuck.

  7. J’aime.

  8. Sublime.
    Et merci Zys pour l’extrait des « jolies choses », je ne connaissais pas, c’est criant de vérité.
    Pauvre pantins/putains que nous sommes, nous « femmes modernes ».

Leave a Reply

Get Adobe Flash player