Laisser passer les rêves

Août 01 2011

J’ai pas de panne d’inspiration, j’ai encore beaucoup trop à écrire, seulement il y a le privé et le public, le dedans et le dehors, ce qu’on offre sans réfléchir et ce qu’on regrette d’avoir gueulé trop fort. Quand tes doigts se tranchent net sur l’arrête du clavier, quand ils refusent de t’obéir, paralysés par la conscience de trop dire, c’est peut-être qu’il n’y a plus rien à partager qui ne puisse s’écrire ici, aux yeux des lecteurs, pourtant bienveillants. Qu’il y a quelque chose de plus profond qu’on refuse d’avouer ou de se laisser prendre à écrire, et que tous les billets que je pourrais construire comme les discours d’un Mr Loyal sous acide, une phrase, une vanne, un sourire, se perdent quelque part entre ma tête et mes doigts, dans cet espace comme une putain de douane entre ce que je devrais dire et ce que je n’ose pas. Je réfléchis à tout cela, parce que mon  hébergement pour ce blog s’arrête dans 7 jours, et que je n’ai pas pris de decision franche et définitive sur la suite.

Il y a la tentation narcissique de penser que la privation volontaire de cet espace public me forcera à écrire mieux, ou tout du moins plus vite, ou peut-être autrement, ailleurs. Il y a la tentation du vide, celle qui te prend quand tes pieds se perdent entre deux marches d’escalier, cette seconde avant de retrouver le sol, tomber ou s’écraser, dents cassées sur béton souillé. Il y a l’exigence stupide, cette impression égoïste de me diluer dans des notes de quelques lignes qui ne veulent finalement rien dire, de perdre le sens, de perdre le fil. Et puis l’envie aussi, l’envie de s’exposer, de moins en moins présente, de moins en moins pressante. J’ai pris beaucoup de plaisir à être commentée, à être partagée, mais pour être franche, ca ne compte pas, ca ne comble pas. Ma recherche, c’est grandiloquent, c’est pédant comme formule, n’est pas celle là. Je lis partout ailleurs qu’il faut avoir un objectif quand on tient un blog, quand on veut réussir à pisser loin, se tenir à une discipline, contrôler ses visites, fidéliser ses lecteurs, entretenir sa communauté. J’en ai rien à branler. Et pourtant. Toujours cette béquille affective débile de se savoir lue quelque part par quelqu’un. Je crois que je n’ai jamais été aussi touchée par un commentaire que lorsqu’on m’a dit avoir retrouvé des pages de mon blog imprimée dans le RER. C’est paradoxal, léger et compliqué, ce jeu d’ombres qu’on entretient avec soi par l’intérmediaire de son personnage virtuel.

Encore quelques jours à laisser passer les rêves. Les histoires que je me raconte, les projets que je monte dix fois sans oser jamais les commencer, les pages blanches et noires qui s’entassent dans la mémoire vive d’un disque dur à emporter. Fermer ce blog, ce serait au moins finir quelque chose proprement, clore l’exercice, passer à autre chose. Continuer, oui, mais pas n’importe comment. Pas pour dire n’importe quoi. Comme un investissement dans mes rêves, la caution tangible d’un iceberg en glace carbonique. Croire en moi, un petit peu, seulement.

17 responses so far

  1. A vrai dire, je lisais juste tes réactions dans le fil twitter sans vraiment avoir pris le temps de venir par ici lire.

    … ce qui fut une regrettable erreur.

    A priori, j’ai pas mal de lecture à rattraper. (et in extenso c’est étrange comme le net à changé le « verba volant scripta manent ». Désormais, les écrits aussi sont frappé de fragilité.)

  2. Je ne sais pas même plus comment je suis tombé sur ton blog. C’était il y a quelques mois et depuis je le suis avec assiduité.

    Quelque soit ton choix j’espère que tu nous diras où tu continues à écrire. Qu’on sache où te suivre, si tu veux l’être.

  3. J’ai le même soucis que toi, même si je ne sais pas depuis combien de temps tu tiens ce troquet. Dans les choses personnelles, je suis arrivée à la limite de ce que je peux écrire, non pas pas pudeur, mais tout simplement parce que beaucoup de personnes de mon entourage proche et moins proche me lisent maintenant et que les mots que je balance sur mon clavier au milieu de la nuit peuvent me revenir dans la gueule, le lendemain matin, à la boulangerie. Du coup, j’ai toujours besoin d’écrire, mais je passe mon temps à m’autocensurer jusqu’à assécher la source des mots.
    J’ai déjà pensé fermer le blog, vraiment, en finir, mais d’un autre côté, il peut aussi bien rester là. C’est juste que je ne me sens plus spécialement obligée en quoi que ce soit (en dehors de mon annonceur de cet été…) et que j’écris au fil de l’eau, de tout, de rien, ne pas s’interdire un stupide rebond sur une actualité qui l’est souvent encore plus, ou parler d’une bonne bouffe, ou juste une idée, une photo, un voyage.
    Juste pour garder le contact, comme ça.

  4. J’ai découvert ce blog il y a quelques jours… Je regrette… Je regrette de ne pas l’avoir connu plus tôt… Je regretterai ta décision de le fermer, mais je pourrais comprendre… Fais ce que tu veux, ce que tu sens, sois libre et heureuse. Le commentaire du Monolecte m’a aussi fait comprendre qu’au bout d’un moment, tu n’es plus assez anonyme donc tu ne peux plus dire n’importe quoi… Sinon envoles toi, vas bloguer ailleurs, on s’y retrouvera… J’aime beaucoup ton écriture et j’aimerai continuer à te lire, mais si tu prends la décision d’arrêter, je comprendrai 🙂
    A très vite, que ça soit ici ou ailleurs…

  5. Évidemment, il y a les blogs pour pisser loin, se créer des abonnés newsletter, rayonner. C’est important aussi, ça peut même être intéressant, mais on y perd un peu de soi aussi, non?
    A partir du moment où la douane apparait sur le clavier, c’est justement que l’on touche le bon sujet, sensible et intime. c’est là que la magie peut apparaitre. A mon sens.
    Est ce qu’avoir un blog trop personnel nuit au reste? J’ai pris ce parti, alors j’espère que non. Je ne pense pas.

  6. Un blog, c’est aussi un petit espace à soi, où l’on se fait plaisir (en partageant ce qu’on a envie de partager ou pas…) et qui fait plaisir (à ceux qui te lisent). C’est aussi un lieu ou il n’y pas d’obligations, pas de compte à rendre, pas de stratégies… surtout pas !
    Qu’elle que soit ta décision, elle sera la bonne, j’en suis sure… comme ils disent dans les films, « suit ton coeur » ;-))

  7. Ne mets pas un point d’orgue, mets des points de suspension.

    PS : tu fais chier. C’est paradoxal, léger et compliqué, ce jeu d’ombres qu’on entretient avec soi par l’intérmediaire de son personnage virtuel. > oui

  8. Sincèrement, si tu n’écris plus, on sera tous déçu. Je viens te lire dès que je vois sur mon fil RSS que tu as publié quelque chose de nouveau.
    Mais si tu n’écris plus, personne n’en mourra. Alors si ta vie privée te demande plus de temps, soit égoïste et garde ce temps pour toi !

  9. adidas bleue au château

    c’est con quand même. mais ce serait encore plus con de s’accrocher alors l’essence n’est plus là. c’était bien. pas d’accord avec tout ce que tu dis mais c’était bien. je suis plus fan des trucs de ta vie écris comme ca et balancé tel quel que des billets critiques sur quelque chose. tu fais bien souvent la pub pour des trucs qui ne le merite pas.

  10. C’est troublant de lire tout ça, quelques jours après avoir moi même pris la décision de « finir proprement ». Mais c’est purement anecdotique…

    L’important, c’est tout le chemin que tu as parcouru (je parle de tout ce que j’ai lu ici même). Je crois qu’il y a matière à croire en toi, oui. Et même beaucoup plus que ce que tu sembles le suggérer.

    Si tu décides de ne pas poursuivre ici, je ne serais pas triste. Au-delà de la reconnaissance de tout ce que tu nous as déjà donné, je garderai la certitude de pouvoir te lire plus tard à nouveau, ailleurs…

  11. Finissez votre livre !

  12. Blog ou pas blog, on s’en fout.
    Finissez votre livre !

  13. Bien sûr, tu peux arrêter quand tu le souhaites. Mais franchement, on est assez nombreux à te lire et peut-être que dans tes états d’âme, on se retrouve un peu.

    L’objectif d’un blog, c’est sûrement aussi d’avoir un regard décalé, non-conformiste, humain, drôle. Et je pense que tu y arrives parfaitement.

    En espérant te lire ici ou ailleurs…

  14. Désolée je me rendais pas compte que je versais complètement dans l’attention Whore dans ce billet. Merci pour vos commentaires, j’ai un peu honte maintenant 🙂

  15. Je sors de l’ombre et je vais faire court … ici ou ailleurs … mais quelque part bordel!

  16. Effectivement si le but est que nous nous élevions pour que tu n’arrêtes pas, c’est réussi 😉
    S’il te plait, Daria, ne ferme pas.

  17. C’est marrant parce que tout à l’heure je suis allée voir mon ex blog, dans l’optique de le fermer. Encore une fois je n’ai pas réussis. Et pourtant, je n’y ai pas écrit depuis deux ans et demi, comme toi j’avais ressenti la panne, le lecteur m’empêchait d’écrire, alors j’ai juste déménagé ailleurs, changé les meubles et mes tenues, mais un jour ou l’autre, il a fallu arrêter.

    Le deuxième a disparu, mais le premier, celui qui m’a fait faire des interviews, j’y arrive pas. Comme un bout de moi, une trace pour me rappeler que c’était moi, c’était bien moi qui écrivait tout ça. Et qui le vivait.

    Moi je vais pas dire « reste, continue ». Juste, écoute-toi et fais ce que tu as envie. Continue, ouvre ailleurs, arrête, peu importe au fond. C’est toi qui compte. Et en même temps je ne suis personne pour dire quoi que ce soit.

    Et je plussoie la citation que Silenus a fait de toi, oui.

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