Debbie Downer

Août 17 2011

C’est tout dans la tête, il paraît. L’envie, la faim, l’intelligence, la solitude. C’est tout dans la tête, sauf quand tu te prends une boule au ventre, une boule au sens. Un truc qui te crie le besoin immédiat de trouver les premiers bras qui passent, les premiers genoux, le premier ventre. Quand il devient inutile de parler, quand rien ne sort. Juste le rappel de ta tête qui contrôle le reste. Bloquée. Enragée. Plus tu en dis, plus les mots s’échappent, perdent leur sens, se transforment, pour finir par ne plus vouloir rien dire. Alors je me tais. Je ressemble à mon père dans ces silences pleins de rage. Ma mâchoire, lourde, tombe de mon sourire pour devenir carrée, les dents serrées jusqu’à la crampe, les yeux secs, trop ouverts, trop tendus pour cligner. Tout serrer pour ne rien laisser passer. Ne pas tout donner. Ne pas être tout à fait vulnérable. Peur de l’ouvrir aussi, de trop en dire, torrent de boue, la voix rauque et trop assurée, habitée par quelque chose que je maîtrise pas, les insultes, les coups, les cris, qu’est ce qui se cache là derrière, qu’est ce qui se cache et qu’on ne voit pas ? La bête, la boule, le nuage, l’orage, cette énergie immense que je suis capable de déployer pendant quelques heures, quelques jours, pour tout détruire, tout casser, tout abîmer. Si j’ouvre la bouche, c’est l’autre qui se met à parler, et moi derrière, toujours muette, toujours crispée, je regarde et je ne peux rien faire, tétanisée à moitié, coupée en deux par le milieu.

Alors tais toi. Encore. Une nouvelle fois. Laisse faire. Laisse dire. Laisse penser. Laisse vivre. Ta gueule putain. L’équilibre dans le silence forcé. La balance cassée pour tout le temps, alors à quoi ca sert de réparer. C’est de ma faute tout ça. De ma putain de faute. Si j’étais celle qu’on voudrait que je sois, si j’étais celle que je voudrais être, si j’étais celle qui crie, pour une fois. C’est facile d’hurler. Je sais faire. Sur tout et n’importe quoi. Sur les autres, sur les choses, sur les objets et sur les idées. Crier c’est plus compliqué. Plus vrai. Je ne crie jamais. Je pleure, comme une imbécile. Parce que c’est de ma faute. Tout. Et que ca ne sert à rien de m’opposer. Bras cassés. Jambes cassées. Plus rien à sauver. Bye bye Birdy. Juste la putain de survie qui n’en finit pas. Et la putain de fin qui n’arrive pas. Et l’entre deux dégueulasse. Et encore des larmes. Pour rien. Qui ne changent rien. Qui vident juste le trop plein. Je dépasse des lignes noires du coloriage, les aplats de couleurs coulent et s’entremêlent. Feuille souillée, bonne à jeter.

Et puis je respire. Mon chat fait une connerie. Mon téléphone sonne. J’oublie. Je retrouve les mots qui se fondent sous ma langue, leur goût sucré, l’air froid contre mes dents trop longtemps cachées.

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