Au revoir

Oct 06 2011

Il y a ce camion, et puis ces cartons. Il y a cet appartement là bas, que je ne connais pas, qui n’est pas encore à moi. Il y a ces gens qui me prennent dans leur bras. Il y a le moindre recoin de la moindre putain de pièce. Il y a la moindre putain de  fêlure dans la moindre putain d’assiette. Il y a les gens qui regardent, au balcon ou à la fenêtre. Il faudra passer sous les siennes, justement, pour m’arracher d’ici, pour me forcer à m’asseoir dans la voiture et à démarrer. Il faudra me distraire et il faudra me faire rire, le long des kilomètres qui me séparent de la ville. Il faudra me faire oublier que je laisse derrière moi cinq années, et l’homme que j’ai aimé. Et si mes cotes s’enfoncent peu à peu dans mes flancs, si ma respiration se coupe par moments, si mes yeux sont vides et mon esprit trop lourd, il faudra me rappeler qu’on se remet toujours des peines de coeur, il faudra me dire que le bonheur ne se sauve pas toujours, qu’on l’attrape quand il s’arrête, avant de le laisser disparaître. Que tout ceci n’est qu’une illusion, un songe, presque pas grand chose, presque tout à fait rien, à l’échelle des autres, à l’échelle du monde, à l’échelle de mes deux mains. Que j’en ai vu d’autres, et que j’en verrais encore, que rien ne devrait me faire peur, ni la solitude, ni la mort.

Je me force à faire les choses seule. Je me force à parler. Je me force à sortir. Je me recroqueville comme un animal débile dans les couloirs du métro bondé. Je regarde les gens passer. J’essaie de me projeter. J’essaie de me deviner dans les regards des autres. J’essaie de deviner si je peux plaire. J’essaie de comprendre ce qui peut m’arriver. Je voudrais décider de ce qui va m’arriver. Je ne voudrais pas suivre. Je ressens l’obligation d’être moi. Ne plus céder. Ne plus faire de compromis. Devenir mon tyran personnel. Aller vers mon putain de bonheur. Ne plus chercher à me protéger. J’enlève une à une les couches de gris. Je les gratte, je les arrache, ca saigne, elles pourrissent et elles tombent, mais elles se barrent, elles cessent de se reproduire à l’infini, elle ne m’étoufferont plus. Et si tout changeait maintenant. Et si tout devenait plus simple. Et si tout devenait plus léger. Il faut juste tenir bon, tenir jusqu’au moment où tu oublies d’être triste, ce moment où tu oublies de penser à l’autre et à ce que tu as perdu, la surprise d’être revenue dans ton corps pour de vrai, de t’être rendue ta liberté d’imaginer et de jouir. Il y a un bourreau et un esclave qui se partagent mes terminaisons nerveuses.

4 responses so far

  1. Surement difficile à croire aujourd’hui, mais les choses s’améliorent. Il faut juste un peu de temps, effectivement. Alors, attendons.

  2. Ohhhh… Je suis très triste pour toi. Je n’aime pas te voir aller mal comme ça. Tu me touches tellement dans ce que tu peux écrire parfois et la façon dont tu l’écris que là, j’ai de la peine.

    Je reconnais dans tes mots la combativité et la relativité que tu apportes aux évènements.
    Effectivement, à l’échelle de la planête, ta douleur est petite. Et ponctuelle.
    C’est une belle manière de prendre les choses.
    N’en nies pas moins ta souffrance aussi, hein ?

    Je te souhaite vraiment de trouver le bonheur. Peut être plus que cela d’ailleurs : l’apaisement.

    A l’échelle mondiale de l’Internet, tu peux pas savoir ce que ton petit blog m’apporte…
    Sincèrement.
    Même si je ne suis pas toujours d’accord avec toi.

    Je ne souhaite pas bon courage. Car visiblement tu l’as déjà.

    A bientôt mamzelle ! 😉

  3. Quelqu'un d'autre

    « Le temps détruit tout ». Même la peine.
    Ton dernier paragraphe m’a parlé, alors il fallait que je te rende un peu de ce qu’il m’ a donné.
    D’un inconnu à une autre inconnue : courage.

  4. « Je voudrais décider de ce qui va m’arriver. Je ne voudrais pas suivre. Je ressens l’obligation d’être moi. Ne plus céder. Ne plus faire de compromis. »

    C’est que tu es sur le bon chemin.

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