Résiste, etc.

Mar 01 2012

L’odeur de la 8,6° sur ton haleine. De ton blouson en cuir. De ton parfum. Voilà ce dont je me souviens. Et puis ton corps, si maigre, si parfait, les os que je compte un par un sur ton dos, ton bassin qui s’enfonce dans le mou du mien, tes doigts crispés dans mes cheveux mouillés, des petits mots partout, dans le lit et dans la salle de bain, le rock qu’on écoute le matin, Archive quand on ne se dit rien, les silences, les absences, l’envie, encore, tout le temps, le soir, maintenant, l’odeur de l’été à Paris dans ce bout de jardin, ton café, ta cigarette, ton écriture comme des dessins, tes bagues, Modest Mouse, this is a long road for someone with nothing to think about, moi je pense tout le temps à toi et je suis tout pour toi, collés, serrés, inséparables, aliénés l’un à l’autre comme attachés.

Il faudrait écrire maintenant toute la souffrance, les cris et les insultes, les verres brisés, les soirées gâchées, l’attente et l’angoisse, les messages perdus auxquels tu ne répondras jamais, les nuits seules à sangloter, les erreurs et les projets, le corps de autres et la fumée. Je n’ai rien oublié. C’est rangé dans un coin, digéré, prêt à partir avec les encombrants, sur un coin de trottoir, j’ai fini de pleurer, je ne t’en veux même plus, je nous regarde comme des étrangers, comme deux cons qui se sont déchirés, usés, fil par  fil, jusqu’à se casser, jusqu’à se détester. J’ai vieilli, j’ai compris, j’ai réfléchi, c’était il y a des années, tout se voile un peu, les souvenirs sont moins clairs, tout est plus léger, même le goût de ta langue, baisers mentholés, sucrés poivrés. J’ai fait le tri, je ne garde que le meilleur, ce qui fait la vie jolie quand on la regarde dans le rétroviseur, ce qui fait aussi que je crève d’envie de te voir, de savoir, de te serrer, de t’embrasser.

Je me retiens. Je n’appuie pas sur Envoyer. Les mots restent là, noirs sur vert, jamais énoncés. Parce que je nous connais. Parce que tu es trop beau et que je suis trop faible. Parce que je ne voudrais pas remettre le bordel dans mes petites affaires, celle là même que j’ai réussi à trier, parce que je veux nous garder intacts, un peu cornichons, préservés au vinaigre doux plutôt qu’au formol, sans remords, ni regrets.

9 responses so far

  1. première lecture du matin le jour ou j’ai décidé de qui ter l’homme dont je suis amoureuse …

    Encouragement ???

  2. C’est beau, c’est dur aussi…. parce que la souffrance est là….indélébile!
    Bravo Daria

  3. Mon coeur soupire.

  4. J’ai tremblé, c’est superbe.

  5. J’aime bien souffrir avant, mais pas après. Parce que la souffrance mêlée d’espoir c’est bon comme masochisme, ça se mélange au désir ça se confond alors ça reste bon, mais après, c’est du remords, ça sent le vide, ça creuse des trous géants dans la poitrine. On en paie le prix d’aimer putain.

  6. il y a deux choses qui font mal quand on aime…l’absence et la présence!!! très joli texte…je verse ma petite larme de joie…

  7. Tout à fait en écho avec ce que je ressens ces derniers jours. J’ai le cœur qui se serre un peu. (C’est fort beau.)

  8. Beau. Vrai. Merci 🙂

  9. Charlotte Ginsburg

    J’ai lu et relu ce texte des dizaines de fois, je l’ai recopié, brûlé, déchiré, j’ai pleuré dessus. J’en ai hurlé ma propre douleur à travers la tienne, à travers tout ceux qui ont eu le cœur brisé. Je t’ai détesté rien qu’un instant de me jeter à la gueule tout ces mots qui n’ont fait que raviver des souvenirs un peu trop douloureux. J’ai caché durant des mois, des années mon mal-être. Je pensais avoir oublier et puis ce n’était que rangé dans un coin de ma tête. J’aurais voulu être la victime de cette histoire, je n’ai simplement été que la cause de sa perte. Merci, milles merci pour tout ces mots si juste.

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