Archive for septembre, 2012

Carte du tendre

Sep 25 2012 Published by under Blog

Moi ce que je voulais, c’était un peu de tendresse, pas seulement baiser, c’est con mais au bout d’un moment, le sexe est triste, il ne te raconte plus rien, moi je voulais des bras et des sourires, que quelqu’un prenne le temps de faire semblant de me plaire, je voulais de la tendresse mais ca ne se fait plus. Peut-être parce qu’être tendre c’est compliqué, parce qu’on se livre plus en soutenant un regard ou en murmurant qu’en défonçant des culs, qu’il faut plus d’intimité pour être tendre que pour la plus profonde des sodomies, parce qu’on ne fait finalement que se masturber dans l’autre en attendant que le temps passe, et que c’est triste, tout ce vide. Je ne voudrais pas être vide, intéressant choix de mot pour une grosse dirait mon psy, je ne voudrais pas être vide et ne rien vivre que des bonheurs faciles et instantanés, figés en poudre humide comme ces soupes dégueulasses qu’on te refourgue à la cantine. La tendresse, ce mot à la con, loin des montages de cagoles enflammées qui déclarent par photo montages leur amour éternel au premier kéké, ce truc doux et dingue qui te pousse à te poser à côté de quelqu’un, juste pour être bien.

C’est peut-être ce qui fout tout le monde le cul par terre devant des videos de Free Hugs, ces inconnus qui proposent à d’autres inconnus de les serrer quelques secondes contre leur coeur, cette tendresse humaniste, gratuite, je te serre parce que je te reconnais, et que tu mérites d’être serré, c’est débile de le décortiquer, ca devrait être évident. Et pourtant, des millions de vues, de commentaires émus, juste parce que tu prends quelqu’un contre toi, sans penser un instant à lui sucer la bite ou à explorer son vagin, à lui tirer des tunes ou même à connaître son prénom, juste la force stupide du lien qu’on crée en s’autorisant à être tendre, pour rien. Bien sur ca ne change pas le monde, je ne crois pas aux énergies décuplées par le frottement des corps, mais ca change le cours de la journée, un hug, un calin, un coup de fil, un baiser. T’es pas obligé d’y croire, tu peux même trouver ca niais, à chier, mais ca fonctionne, méthode approuvée, quelques secondes de calme, la possibilité d’être soi, la chaleur de l’autre qui colle à ton pull quand tu t’en vas. J’aime poser ma main sur l’épaule de ma mère quand elle conduit, c’est mon truc à moi, ma tendresse, même si elle ne le sait pas. J’aime serrer mes amies contre moi, fort, jusqu’à ce qu’elles s’en aillent asphyxiée. Et j’aime être serrée.

Je me demande ce qui merde à l’intérieur pour qu’on se refuse tout ca. Pour que certains aient peur de se montrer tendres, doux, parce que tu comprends, elle va s’attacher, elle va se faire des films, et puis je suis pas comme ca, la tendresse, on ne me l’a jamais donnée. Pour que certaines se blindent derrière des couches de béton armé, maquillées à l’acide, le cynisme d’abord, le doux, jamais, ou alors en privé, quand elles pleurent, quand elles se laissent enfin aller. Je me demande pourquoi je ne peux pas écrire de jolis billets amoureux parce que j’ai peur d’être traitée de romantique mongole, de niaise à tête de licorne. Pourquoi je ne suis pas cette fille qui organise de jolies surprises, pourquoi je préfère faire rire plutôt que de me laisser toucher. Y’a la peur, le manque de confiance en soi, la culture du LOL, l’impression de toujours tout faire foirer. Et puis le monde qui tourne mal, avec des cadenas sur les poubelles pour empêcher les pauvres de voler des produits périmés, ce genre de nouvelle hyper violente qui me fout des crampes, la boule au ventre, envie de dégueuler, de me mettre en colère, pas de m’attendrir ou de baisser ma garde. Tout me fait violence, sans exagérer, j’ai presque honte de mes envies de tendres, alors je les remballe, et je regarde ceux qui savent kiffer.

Bonus

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Bébé dans un coin

Sep 20 2012 Published by under Non classé

Personne ne m’aime. Personne. Ce genre de phrases débiles. Ce truc qui tourne en boucle. Personne. Et je suis seule. Et je m’ennuie. Et j’ai peur. Et personne ne m’aimera. Plus jamais. Pas comme avant. Et je ne suis plus capable. Et je n’ai plus envie. Je n’ai plus la force. Les bras mous, les jambes coupées, le cerveau à l’envers, la sensation tout à fait perverse de se ridiculiser face au miroir, de se laisser tomber. Je m’abandonne, pourquoi faire semblant après tout, pourquoi lutter. Le pathétique de la situation. Le pathos puant de la trentenaire. Le cliché. Je me regarde chouiner et j’ai honte, tellement honte, mais pour quelques minutes encore, un quart d’heure, allez, I’m so tired I can’t really see my breathe, chansons toutes prêtes pour oreilles suintantes de tristesse, si tu tapes suicide dans Spotify, on est des centaines à dégouliner en solitaire, à se bouffer les petites peaux qui font mal juste pour s’occuper, en attendant que ca passe, en attendant que ca cesse.

Dans cet état contemplatif, presque mort clinique, tu regardes les détails de ta main, tu inspectes tes pores douteux, le moindre recoin, la moindre ride, tout est là pour t’achever, les signes avancés de ta déchéance annoncée, tout est bon, checklist complète, donnez moi mes chaussons et ma pipe, je ne bougerais plus jamais. Pourtant les autres, ces enculés, tu les aimes, avec leurs défauts et leurs gueules défaites, leurs capitons et leurs poils, sans te poser de questions, sans penser, tu les aimes parce que ton coeur te dit d’y aller, même les cons, mêmes les chiantes, un peu trop peut-être. Mais toi, pauvre merde, petit tas de gras, qu’est ce qu’on peut y faire, qu’est ce qu’on pourrait envisager, même bronzée, décolorée, ongulée, tu restes avec ta petite poche de misére crasse dans un creux, toujours prête à exploser, putain de pieuvre aux tentacules pleines de merde, tu jongles, tu fais la belle, personne n’est dupe, personne n’aime les clowns tristes, ton maquillage dégouline, remballe toi merde, tu fais honte, tu vaux rien, remballe toi et pose toi là, dans un coin.

Personne ne laisse bébé dans un coin putain. Alors je remballe ma complainte, je change trois fois de vernis à ongles et je change de playlist. Parce qu’une fois qu’on a dit tout ca, une fois qu’on a les doigts en sang et les yeux rouges, on fait quoi ? On fait rien. On pue le chien mouillé d’avoir trop chialé, et rien n’a changé. On se regarde s’user, on recompte les échecs et on entretient la bête du grenier, celle qui fait peur même quand t’es grande, celle qui t’empêche de descendre à la cave dans le noir, ce truc planqué d’enfant effrayé. Je sais pas si on peut la buter, je sais pas si on peut l’attaquer à plusieurs et la décapiter, elle est tenace, cette pute, elle ait tâche sur les plus beaux clichés. Je sais juste l’enfermer assez pour ne plus craindre qu’elle débarque pour tout niquer. J’ai toujours peur. J’ai toujours mal. Et alors ? Toi aussi non ?

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Barbecue

Sep 03 2012 Published by under Blog

Je rêve d’un grand incendie. Je rêve de me foutre le feu à l’intérieur, que ca brûle bleu. Craquer une allumette, danser sur les cendres, ca sent la viande morte, le cadavre, la chair dégouline et la graisse suinte brillante, tombe en grosses gouttes molles à mes pieds. Les morts sont raides, froids, engoncés dans des boîtes, climatisés à jamais, je voudrais brûler, je voudrais vivre, quitte à disparaître, quitte à hurler. J’ai vu le cadavre de cette femme qui venait de sauter de sa fenêtre, encore trop bien coiffée sur le trottoir mouillé, comme si la chute avait suspendu le temps, sa chemise encore consciencieusement rentrée dans son pantalon pincé, il y a encore une minute elle se penchait simplement au dessus du vide, pour calculer sa mort, pour anticiper le bruit de ses os sur le bitume glissant, elle a rentré sa chemise dans son vêtement, pour s’assurer qu’elle resterait digne, les cheveux attachés sur son crâne fracassé. Elle était là, entière, comme intacte, son sang seul continuait à vivre sans elle, elle se répandait là, devant sa porte d’immeuble, la tête d’abord, et puis une marée sombre sous son dos brisé. Je me suis demandée si elle avait débranché le téléphone, si elle avait pensé à écrire ses dernières volontés, ou si elle avait sauté, prise à la gorge par son grand incendie, calcinée de l’intérieur avec rien pour l’apaiser.

Je connais les incendies, ceux que mon cerveau déclenche parfois, quand les molécules s’emmêlent stupides autour de mes synapses trouées, comme des centaines de bougies d’anniversaires magiques, celles qu’on achète  pour faire enrager le petit dernier, tu perds ton souffle, tu postillones sur la crème pâtissière, elle ne s’éteint jamais. Imagine une chambre noire, son ampoule rouge et son ambiance ouatée, et soudain des milliers de clignotants, des stroboscopes, sans prévenir l’incendie reprend, explose tes pellicules, tout est gris sur le papier révélé, plus rien ne s’imprime à la surface, tout est contenu dans les éclairs qui s’acharnent à te dévorer la cornée, tes yeux ne fixent plus la couleur, alors tu te regardes l’intérieur, tu te concentres pour éteindre les flammes, mais rien ne fonctionne jamais. Alors comme les fous, tu te mets à parler trop fort, à fermer les yeux et à taper dans les murs, parce que rien ne contient le feu, rien n’arrête la destruction enclenchée, tu cherches le sommeil, tu dors le jour parce que la lumière se superpose à ta douleur et que tu la confonds presque avec du bien être, l’obscurité force le contraste, la nuit  l’incendie est plus fort que jamais.

Je voudrais brûler d’un incendie franc, me consumer et disparaître. Une fois réduite à rien, une fois poussière, sang séché sur viscère molle, il n’y aura plus rien à contenir, rien à réprimer. Une sorte de retraite bouddhiste fulgurante, ascétisme garanti, retrouvez votre concentration et votre ligne grâce à nos dix méthodes faciles vers l’ataraxie. Crac, une allumette, bien sur c’est douloureux, on ne quitte pas facilement des années d’ego et de stimulis inutiles, ne plus rien ne ressentir c’est compliqué, mais avec de la bonne volonté, vous allez y arriver.

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Patte de lapin

Sep 01 2012 Published by under Non classé

Je voudrais le bonheur de tout le monde. Enfin, le tout le monde entendu, celui que tu connais, ceux que tu aimes, ceux que tu croises, le tout le monde familier, parce que le monde est trop grand, parce qu’il est trop dur et que je n’y peux rien, si ce n’est garder les yeux ouverts, secs, l’estomac noué, dire que ca passera, qu’on va tous crever ou qu’il n’est pas permis d’espérer. Alors à défaut de la paix universelle, je voudrais bêtement le bonheur des autres, à défaut du mien souvent, ca n’a rien de gratuit, c’est ancré, cette culpabilité qui voudrait que je me sacrifie, comme si s’offrir était une mission, comme si mon destin était de morfler, c’est stupide, je le sais, ce genre de fatalité acceptée, ne sois pas égoïste, partage tes jouets et ferme ta gueule, ferme la tout grand qu’on ne puisse pas te soupçonner de gueuler, offre ta douleur, offre la plus fort, et si ca ne suffit pas, fais toi mal, cogne toi partout, contre les murs et contre les autres, frappe toi, frappe les, envoie tout bouler, puisque les autres méritent, mais que tu n’es là que pour servir de faire valoir, si tu n’aimes pas le bonheur, n’en dégoute pas les autres.

Je voudrais le bonheur de tout le monde, mais souvent ils n’en veulent pas, de mon bonheur frelaté, rhum arrangé aux fruits en conserve, de mes solutions faciles pour jours de déprime, à croire que les phrases qu’on se répète tous pour arrêter de chialer ne fonctionnent vraiment jamais, serre les dents et regarde devant, demain est un autre jour, un de perdu, dix de retrouvés, après la pluie, le beau temps, c’est facile pourtant, souris putain, souris de toutes tes putain de dents, fais semblant, fake it bordel, qu’on puisse s’amuser, même pour de faux, même s’il faut boire un peu plus ce soir, même s’il faut se forcer. Repose la bouteille, reviens danser, plus fort la musique, plus connes les paroles, je ne veux plus penser, je ne veux plus de guitares qui me déchirent le bide, je ne veux plus de sa voix aux octaves troubles, je veux mimer cette chanson stupide, call me maybe, t’as compris, appelle putain, et si quelqu’un gerbe dans un coin, si la fête s’arrête, le visage grimaçant des autres bonheurs niais te rappelle à l’ordre, rien n’est grave, rien n’est jamais grave, rien que la mort peut-être, et encore.

Je voudrais être ta patte de lapin, ton trophée un peu pourri, morceau de cadavre flétri, un truc au fond de ta poche que tu caresses quand tu t’ennuies, ca te fait rire, je vois bien, je m’en fous, j’ai pas d’autres préoccupations en ce moment, j’ai rien d’autre à faire qu’à essayer de trouver ma place, alors ici, planquée, ca sera aussi bien. Un talisman niqué, comme une boule de cristal toujours pleine de buée, un grigi magique acheté 4 dirhams pendant des vacances que tu traînes sans jamais t’en séparer. Je voudrais te porter chance, je voudrais t’embrasser, je voudrais te serrer. Pour qu’on se tienne chaud, pour te voler un peu de ton creux, cet endroit au dessus de ton nombril, là d’où tu respires, ca bouge, ton ventre s’anime, et puis tu souris.

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