Iphone 5 gratuit

Oct 11 2012

Au magasin derrière le comptoir, je joue un personnage, je joue à la marchande, je sens le client, je le tate et je le retourne, je le vois arriver et je sais déja ce que je vais lui fourrer, c’est comme un jeu de plateforme, plus tu gagnes de pièces, plus ta vie augmente, à chaque client encaissé j’ai comme un rush de points de vie supplémentaire, bling bling les pièces tombent en cascade dans ma poche vide, encore quelques victoires et tu peux passer au level d’après, acheter une arme de poing magique ou une potion de santé. Seulement le client aussi joue dans un jeu parallèle, le souci c’est qu’on ne se comprend pas souvent, on a pas les mêmes règles, nos targets et nos missions sont différentes. Quand je le pousse dans la lave de la surconsommation, il se rattrape à la liane de l’économie, c’est la jungle pour réussir à s’accorder, entre ce qu’il veut et ce qu’il m’arrange de lui vendre, nos objectifs sont éloignés. Le meilleur client, c’est celui qui n’a pas d’argent, c’est bizarre mais c’est la réalité, dans le monde compétitif à aux gadgets technologiques, le pauvre veut avoir sa place, il ne veut pas se sentir lésé, alors il change de portable aussi vite que possible, peu importe le prix et l’engagement sur trois ans, il veut se la péter avec son mobile bling-bling, il accumule les lignes et les combines, l’important c’est d’être comme tout le monde, l’important c’est de participer. Le plus drôle c’est que la moitié d’entre eux ne comprennent rien aux machines qu’ils achètent, les monstres qui habitent nos poches arrières sont de plus en plus gourmands, il faut les connecter et les paramétrer, les synchroniser et les apprivoiser, Iphone sans ordinateur, sans compte Itunes paramètré, sans aucun son téléchargé, juste pour l’objet, juste pour dire qu’on peut l’acheter, Androïd délaissé parce que trop compliqué, envoyé au pays par La Poste pour satisfaire les envies du petit cousin étudiant en informatique.

Les riches ne sont pas plus intelligents, mais sont souvent plus équipés, la famille se congratule d’être 100% Apple, de la tête au pied, mais le petit dernier fait son rebelle et voudrait un téléphone Windows, parce que c’est plus pratique pour MSN, t’as vu, rien à branler de vos Iphones de boloss, moi j’veux du lourd, du solide, du clapet. Qu’est ce qu’on est cons, avec nos briques d’egos dans les poches, à les astiquer comme des manches dès qu’il pleut, à consulter nos messageries comme si l’avenir du pays en dépendait, mec, t’as cru que tu détenais le code des armes de destructions nucléaires, ta petite coque en caoutchouc serait le dernier rempart contre l’envahisseur à ta vie privée, on protège nos petits secrets, nos petites trahisons, ce message qu’on aimerait oublier, un historique d’une nuit d’insomnie, on met des codes d’accès plus compliqués à taper que les braguettes à défaire. Ton honneur est dans ta machine, moi j’en suis complètement dépendante, c’est stupide, je ne sais plus sortir de chez moi sans musique dans les oreilles, le téléphone contre mon sein, planqué au chaud, nid à radiations il paraît, je m’arrête à la moindre vibration comme une poupée désarticulée, plus de batterie, tout le monde panique, les soirées ne se passent plus dans la cuisine mais autour de la multiprise. On se veut relié au monde, joignable en permanence, on s’enferme dans nos bulles, casques à un demi SMIC bien planté sur le crâne d’adolescents clinquants, même les stoners et les rastas se précipitent sur les stands d’opérateurs plantés dans la boue des festivals de l’été, recharger son téléphone pour continuer à exister, pour montrer qu’on est là où on est, pour se checker, se clicquer, se foursquarer, se retwitter, pour ne rien dire que de la merde, pour ne rien faire que de l’ordinaire.

8 responses so far

  1. il y a quelques années j’avais résilié tout abonnement téléphonique, j’en étais revenu à la carte à puce. j’avais le sentiment de revenir à cette époque lointaine de l’adolescence et des colonies de vacances.
    et puis la pression sociale, familiale, « on peut jamais te joindre », « vit avec ton temps », et j’y suis revenu, le smartphone, les photos, les vidéos, les textos à la mauvaise heure et à la mauvaise personne, tout un système aliénant et débilitant qui pousse sur les pires extrémités de sa personnalité névrosée.
    je regrette ma carte à puce.

  2. Hello ! L’article est tellement vrai que ça fait flipper. Être accro et passer son temps à checker ses mails/FB/twitter, envoyer 50000 SMS, passer un temps incalculable les yeux rivés sur l’écran jusqu’à en avoir mal aux yeux.
    Enfin tout ça pour dire que même si j’ai mit le hola, les applications qui nous facilitent la vie ne nous aident pas a décrocher ! Merde, on est camé par la technologie.

  3. c’est quand même marrant de lire ça quand on sait que tu te prends en photo dans ton miroir avec ton iPhone et que tu postes 10 tweets à la minute.
    C’est un peu du facile quoi.

  4. Giula sais tu lire ?

  5. très bien cet article (vrai, drôle, informatif et stylé) dans lequel tout le monde (le monde, c’est l’occident) se reconnaitra.

    y a meme giulia qui est venu nous faire une explication de texte, pour les types qu’aurait pas bien compris que la redactrice, scoop ultime, utilise son smartphone.

    je dirais juste : ca fait partie de l’époque tout ces trucs (« tous ces trucs » ca fait un peu daron largué que je ne suis pas), donc autant foncer dedans. il y a parfois des utilisations sympas de tous ces trucs (smartphone insta twitter etc).

  6. @ Giulia, si tu ne connais pas l’écriture de Daria, que viens-tu faire ici ?

  7. Ou comment créer du besoin.
    La panique quand ces téléphones deviennent inutilisables, la flippe quand on ne parvient pas à joindre son homme, sa femme, son amant, le p’tit dernier, ses copines.. Tellement surréaliste la valeur qu’ont ces minuscules machines à tout faire, et à ne rien faire en même temps. Le volume de conneries émises et reçues doit être impressionnant, la plupart des échanges sont inutiles, vides de sens, vides de tout à part de l’impression d’exister, un peu.

    (je suis très heureuse d’oublier mon portable un jour sur deux quelque part dans la maison, il peut toujours sonner celui là, j’aime bien écouter la chanson que j’ai mise…)

  8. Cet article est intéressant.

    Je ne suis pas d’accord avec piou. ça existe des gens normaux qui refusent ce genre de saloperie.

    Sans pour autant aimer les chats plus que les chiens.

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