Hey toi

Fév 26 2013

Il est à la mode de s’écrire des lettres à différents stades de la vie. Le plus difficile étant de s’écrire à 85 ans, de faire le bilan préventif d’une vie qu’on a pas encore vécu, de se projeter dans la vieillesse, d’oser deviner ce que sera les 50 prochaines années. Je ne suis pas sure d’en avoir envie. J’ai l’impression de juste commencer à marcher, à courir, il est trop tôt dans ma tête pour m’emmener si loin, il est trop tôt encore pour même imaginer ce que sera demain. Mais j’ai des trucs à dire à moi, à 20 ans.

Je voudrais me dire que tout va bien se passer. Qu’il faut arrêter d’avoir peur, tout le temps. Qu’il faut croire en toi. Qu’il ne faut pas croire les fausses promesses d’admirateurs passagers, qu’il ne faut pas s’accrocher aux compliments des autres pour t’estimer, que tu es une personne valable, crédible, que tu n’es ni transparente, ni monstrueuse. Que tu existes, simplement, loin de la complexité que tu imagines dans ton crâne, tu es là pour les autres, tu occupes un espace bien particulier dans leurs vies. Bien sur, tu n’es pas indispensable, arrête d’exiger des autres ce que tu es incapable de donner, quitte la fusion, cesse de croire qu’on peut appartenir à quelqu’un, tout lui donner sans réfléchir, sur un simple coup de coeur. Cesse d’adopter ce regard désabusé sur les autres, sur les hommes, sur les femmes, tu passes à côté de jolies histoires, tu passes à côté de jolies moments, d’amitiés sincères. Décroche ton putain de téléphone, oser aller vers les autres, propose, n’attends enfermée dans tes angoisses que les autres brisent tes murs, fais un effort. Arrête de fumer, mange plus de légumes, ne vas pas dans ces réunions de grosses où on va t’expliquer que tu es belle uniquement confite dans ton gras, tu n’as pas besoin d’elles, tu es une personne, tu n’es pas qu’un putain de tas, personne ne comprend ce que tu vas chercher dans ces kermesses tristes pour éléphants maladifs.

Ose partir. Loin. Ose t’installer à Bruxelles. Ose continuer tes études là bas. Ou ailleurs. Pars. Quitte tout et recommence. Tu en es encore capable. Tu n’as pas peur de ces choses là, du changement. Inscris toi à ce putain de programme à l’ULB au lieu de rester devant la porte du bureau comme une huître. Arrête de pleurer dans le Thalys, reste. Apprends une autre langue, apprends à coder, apprends à lire le grec, apprends encore, plus fort, parce que ca va devenir plus compliqué, moins évident, tes neurones se barrent au fur et à mesure, bientôt tu ne pourras plus retenir les tirades et les alexandrins, tu devras tout noter et tu oublieras d’acheter du pain. Apprends à jouer de la guitare, prends des cours de chant, tu le veux, fais le, qu’est ce que tu attends. Ne t’installe pas avec n’importe qui, ne partage pas ton appartement, garde toi un espace privé, intime, n’aie pas peur d’être seule, n’aie pas peur de fermer la porte à ceux qui profitent, arrête d’être une énorme poire, tu ne peux pas sauver l’humanité toute entière, tu vas t’user, tu vas t’aigrir. Donne beaucoup, mais choisis, pense, planifie, ordonne tes efforts pour qu’ils soient productifs. Tu feras des jolies rencontres, tu auras des déceptions, mais je n’ai pas de conseil à te donner là dessus, je ne les regrette pas, ni les bonne, ni les mauvaises, j’ai oublié, ne t’inquiète pas. Soigne toi, tout de suite, écoute toi. Aime ta mère, fort, serre là, appelle là, ne la laisse pas sans nouvelles, sois gentille avec ta grand mère méchante, tu verras qu’elle finira par tomber dans le miel un de ces jours. Et si ca n’arrive pas, tu n’auras pas de regrets. Tu vas avoir envie de chercher ton père, ne le fais pas. Paie tes impôts, je t’en supplie.

Il y a des gens qui vont changer ta vie, des livres, des films, des soirées, toutes ces choses vont façonner la personne que tu es aujourd’hui. Accepte de changer. Accepte de penser autrement, écoute les autres, ne te ferme pas, ne t’enferme pas. Ne cherche pas à te conformer à une idée, à une image, ne te déguise pas, tout le monde le verra, tu n’es pas à ta place, tu ne trompes personne. Sois fière de toi. Pas bêtement fière, nationaliste de ta gueule, juste contente d’être là. Arrête d’écouter du reggae, vraiment. Apprends à marcher avec des talons, juste pour pouvoir dire que tu peux. Ne donne pas ton chien, garde le avec toi. Ne te laisse pas porter par des succès médiocres, ne cherche pas l’approbation des plus sots, frotte toi à plus difficile, accepte d’avoir tort, de te tromper, de ne pas savoir. Essaie d’accepter la critique, juste un peu mieux, sans te remettre en question totalement à chaque fois, sans penser que tu n’es qu’une merde, sans comédie et sans drame. Sois simple. Sois honnête. Sois claire avec les hommes de ta vie comme avec toi même. Fous un pain dans la gueule à David N., tu peux y aller, il ne dira plus rien maintenant. Continue à gueuler, dans la rue et en cours, au travail et dans les bars, gueule partout et gueule plus fort, de toutes façons, tu es incapable de te taire. Tout va bien se passer tu sais. Et même si ca ne se passe pas bien, on y arrivera. Ni toi, ni moi ne croyons au bonheur aquarelle et pastel, on est faites d’autres choses, on est fortes, et on le sait. Tout ira bien, crois moi.

12 responses so far

  1. Ah ah ah……je crois que même à 40 balais je pourrais encore m’écrire la plupart de ces conseils !!!!!!!!!!!!!!!!! Je reste toutefois persuadée qu’on est comme on est et qu’on ne peut pas changer notre moi profond……….et qu’il faut tirer du positif de chacune de nos actions…bonne journée Daria

  2. déjà que je ne sais pas quoi me faire à manger pour ce soir….

  3. […] février 2013 par admin | 0 Commentaires Ce matin, via Twitter, j’ai lu cet article sur le blog de Daria Marx. « Hey toi » est une lettre que Daria […]

  4. Que des trucs chiant dont mon moi superficiel ne veut pas entendre parler alors que mon moi profond, lui, hurle de vouloir etre. C’est un peu, beaucoup ca. mais finalement, à s’écrire ses envies, arrive-t-on vraiment à devenir la personne que l’on aimerait ou que l’on devrait etre ?
    Pour le coup, je suis de l’avis de Mag.
    On nait brut puis nos coins se courbes et se polissent doucement avec le temps mais on ne devient pas carré lorsque l’on ai rond. Meme si on est né octogonale, on sera jamais rond, meme avec les coins bien polis.

  5. Comme dirait mon psy, on sent que vous avez attends un point, qu’une rupture s’est opéré, qu’un cap est passé. Vivement la suite !

  6. Aïïïïe j’adore ce texte, je l’ai copié et rangé dans mon dossier « Motivation » sur mon bureau.
    Et puis j’ai vingt ans, alors ça me parle. Merci de l’avoir écrit.

  7. J’aime cet article car, outre qu’il est bien écrit comme souvent ici, il peut parler à beaucoup. C’est un fantasme universel que de retourner à ses 20 ans mais avec tout ce que l’on sait à 30, 40,…

    Pour Bruxelles, ça me réjouirait que tu y vives un temps !

    Bise Daria, continue d’être forte

  8. Je confirme : à bientôt 45 ans… ton texte est tout autant une jolie leçon de vie ! 🙂

  9. J’ai pas lu un truc comme comme ça depuis…
    Bref merci

  10. Merci.
    Osez. Ecris.
    Rare impression de sentir vos mots s’incruster.
    Merci

  11. C’est en lisant ce texte, comme tous les autres, que je me dis que c’est vraiment long d’attendre que tu sois publiée.

  12. J’ai vingt ans et…merci.

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