Envoie SANG au 8 2222

Avr 29 2013

C’est la mode du sang menstruel en ce moment, le bien rouge pas le bleu, y’en a qui peignent avec, y’en a d’autres qui en font du boudin, j’en sais rien, mais tout le monde parle de son petit flux tranquillement, on se conseille en taille de mooncup, brûle le bout et fourre la bien, et c’est plutôt sympa, ca me va. Y’a tout ce mystère autour de nos écoulements, ca serait sale, ca serait impur, ca serait mort, ca ferait tourner la mayonnaise, ca ferait tourner le monde, y’a ces tampons avec applicateurs pour les filles qui veulent pas y mettre les doigts, et les grosses serviettes en forme de bavette bien fraîche, les culottes ensanglantées qu’on fait bouillir avec du vinaigre. Quand j’étais ado, une copine portait des culottes hygiéniques, comme des culottes de sécurité de chantier, des dessous plastifiés de l’intérieur, surtout pour pas tâcher. On devinait qu’elle saignait quand on entendait le bruit du plastique entre ses cuisses, elle ne pouvait pas marcher sans que le FROUTCH FROUTCH de sa culotte renforcée vienne proclamer 30 pas devant son statut de pestiférée. Le sang, à l’adolescence, c’est tout une histoire, et même quand t’as pas mal vraiment, quand t’es pas tordue de douleur physique, t’as un peu mal quand même, de surprise peut-être, de voir que c’est ton tour d’y passer, alors tu vas pas à la piscine et tu refuses d’aller dormir chez ta cousine de peur de ‘les’ avoir, peut-être qu’on réalise à ce moment là qu’on peut se retrouver dans 9 mois dans une docu-réalité d’NRJ12, 13 ans et déjà engrossée.

J’ai pas peur du sang, menstruel ou autre, du mien ou de celui des autres. J’ai toujours trouvé ridicule les poubelles spécifiques aux toilettes pour dames, ces enfants naturels d’une machine à confiserie et d’une arme nucléaire,tu te saisis d’une enveloppe en plastique, tu y déposes ton tampon, tu poses l’enveloppe sur une trappe, tu la refermes, tu actionnes un bouton, et magie, ton offrande disparaît. Elle rejoint, quelques centimètres plus bas, les caillots desséchés, les minis et les maxis, elle tombe mollement sur une petite montagne de sang séché. Pourquoi autant de mise en scène ? Pour l’odeur peut-être, qui je le concède, peut rapidement devenir entêtante, melée à l’urine, mais alors pourquoi pas juste une poubelle à couvercle ? Pour qu’on ne voit pas l’enveloppe d’une autre ? Pour qu’on s’imagine être la première à venir s’accroupir pour se tirer la ficelle ? Parce que des vers translucides et des petits bouquetins violets naissent de nos protections mensuelles et risquent de prendre le pouvoir sur le monde tel que nous le connaissons ? Pour le confort de certaines, qui ne supportent pas le contact avec leur propre sang, sans doute, et qui préferent voir s’envoler rapidement toute trace. Je ne suis jamais parvenue à mettre correctement un tampon avec applicateur. Ceux en plastique me blessent, ceux en carton s’effondrent sous les muscles de mon imposant vagin, le tampon reste coincé dans sa rampe de lancement et je me retrouve à devoir me l’insérer manuellement, sans savoir quoi faire de l’appareillage souillé, ils ne précisent pas si on a le droit de les envelopper pour les faire reposer. Je me souviens, petite, d’avoir laissé échapper un tampon de mon sac à main dans un supermarché, sous les yeux amusés d’un vigile, qui plutôt que de me laisser me fondre dans la masse, rougissante et honteuse, a préféré me courir après en tenant l’objet à bout de doigts et en hurlant ‘c’est à vous ca mademoiselle non ?’.

Il faut dire que cela doit sembler très mystérieux, tout ce sang qui s’écoule. Un peu comme une éjaculation, nous ne saurons jamais vraiment le plaisir organique de voir son sperme jaillir. Nous ne pourrons jamais faire de concours de celle qui va le plus loin, sauf à installer un tuyau sous pression dans une mooncup préalablement trouée et pimpée, ce qui me semble sans intérêt. Quoique. Les dimanches sont parfois longs.

12 responses so far

  1. Je n’ai appris que très tardivement que des gens utilisaient vraiment des tampons sans applicateur. J’avais toujours pensé que c’était une technique surannée, dépassée par le progrès qu’est cet outil qui enfonce là où tu veux, comme tu veux, mieux que ta main et qui, en plus, ne te salit pas. Quand je demandais un tampon à mes copines et qu’elles me tendaient ces tristes obus, je me disais « Les pauvres, leurs mères leur achètent leurs tampons à elles »
    Maintenant je suis passée à la Mooncup et j’avoue avoir parfois des pensées attendries pour les gens qui utilisent encore ces méthodes en repensant à tous mes souvenirs de terreur d’aller à la piscine, chez ma cousine, au tableau (est-ce que mon pantalon est taché ?), au cours de sport, de porter une culotte claire, un pantalon que j’aime, de puer, de ne pas avoir assez de tampons… Cette crainte de mon propre corps. Et maintenant, quand je retire ma Mooncup et que je vois le sang s’écouler dans le fond de ma baignoire, je ressens un certain plaisir esthétique. Parce que c’est beau, du sang.

  2. Quel âge pour être à l’aise avec « tout ça », pour être une femme épanouie ?

  3. Être à l’aise avec son corps ne requiert pas d’âge. Bien sûr que quand ça commence, on comprends pas vraiment ce qui se passe. C’est le moment où on découvre sa poitrine, ses poils, sa transpiration, les odeurs et tout ce qui va avec. J’ai eu de la chance, ma mère avait pris le temps de m’expliquer, et la première fois c’est arrivé chez moi. Pas de tâches disgracieuses sur mon pantalon, juste apprendre à coller une couche sur sa culotte et laisser faire le temps. J’ai aussi eu de la chance parce que j’ai des cycles très espacés, genre tous les mois et demi. Même si je me posais des questions sur le pourquoi du comment moi j’ai pas mes règles tous les mois comme mes copines, bah un mois sur deux je les avais pas, et ça m’arrangeait bien.

    Pour en revenir au sang, je n’arrive pas à comprendre qu’on peut se dégoûter de soi-même, que ce soit du sang, de la cyprine ou tout autres fluides corporels. Ça fait partie du package, c’est là et c’est tout, c’est la vie. Alors oui, même si je suis jeune, quand j’entends mes sœurs me dire que le stérilet c’est génial, plus avoir ses règles c’est une délivrance, bah moi je trouve pas ça naturel. Parce que moi, avoir mes règles, ça me rassure, voir ce sang, ça me rassure. Ça fait partie du truc, c’est comme ça, tu peux pas y échapper. Même pour une fille qui n’a jamais mis de tampons.

  4. J’adore !!! <3
    Pour les poubelles spécial "menstruations" j'ai appris qu'à cause des tampons usages et autres serviettes qui se retrouvaient dans la Seine notamment les hormones des poissons avaient été bouleversés et que les mâles devenaient femelles et vice versa. Mais même si c'est pour ça c'est pas d'notre ils ont pas qu'à balancer les tampons usages dans la Seine!
    Enfin bref j'adore j'adore j'adore 🙂

  5. J’adore !!! <3
    Pour les poubelles spécial "menstruations" j'ai appris qu'à cause des tampons usages et autres serviettes qui se retrouvaient dans la Seine notamment les hormones des poissons avaient été bouleversés et que les mâles devenaient femelles et vice versa. Mais même si c'est pour ça c'est pas d'notre ils ont pas qu'à balancer les tampons usages dans la Seine!
    Enfin bref j'adore j'adore j'adore 🙂
    Ah et pour répondre au commentaire précédent, j'ai 17 ans j'ai toujours été à l'aise avec mes règles même quand j'avais 13 ans, j'en avais juste rien a foutre, fallait juste pas trop me faire chier ^^

  6. pour mettre le tampon avec applicateur: pose la cuvette sur la chiotte. Tu mets ton pied droit dessus, ce qui ouvre bien ton vagin. Tu enfonces une partie de l’applicateur de ton vagin, un tiers disons. Et puis tu enfonces le petit coton qui s’inserre de lui-même, et le reste reste dans ta main!

    Bises

  7. Ahaha, super article !

    C’est marrant, moi j’ai pas eu honte de mes règles. J’avais hâte de les avoir. J’avais même peur de pas les avoir (« je vais rester une enfant toute ma vie ! »).
    Quand j’y pense, j’avais aussi hâte d’avoir des poils et quand j’en ai eu, j’étais vachement contente. C’est parce qu’on s’est moqué de moi que j’ai commencé l’épilation. Comme quoi.

    En tout cas, super chouette comme écrit. Voilà qui désacralise un peu les ragnagnas. C’est que du sang après tout. 🙂

  8. Mais euh, par contre, les poubelles spéciales menstru, c’est pas juste pour éviter qu’on jette les tampons/serviettes dans les chiottes ? Parce que c’est pas écolo et en plus, ça bouche les canalisation les tampons et serviettes. :p

  9. Mais mooncup, quoi ! Et hop c’est réglé, si j’ose dire… 🙂

  10. Avec ou sans applicateur ? Avec ou sans odeurs ? Avec ou sans voile-de-protection-en-soie-ou-je-ne-sais-quoi ? Le sang, un marché ou la femme est ses lubies « féminale » et le lobbing de la couche-culotte se percute joyeusement. A quand la pompe à deush ?

  11. Ah c’est donc vrai, y a des filles qui ont vraiment attendu leurs règles genre c’est des femmes maintenant et qui sont rassurées de les avoir ?
    Et ben punaise…
    C’est juste chiant, chiant comme un jour de pluie (en plus long), le corps fait sa popote, on n’a pas le choix et puis basta.
    Ces jours là nous rappellent qu’on est juste des animaux (mais en femelle), une fois de plus.
    C’pas la honte mais c’est pas glorieux.

  12. Dans le sang des règles il y a des cellules souches. On pourrait en faire don comme pour la moelle osseuse. J’ai été contente de les avoir enfin à 15 ans 1/2, et je sais que ce sang à permis à mes 2 enfants d’être oxygénés et nourris avant que le placenta ne soit formé. J’aime son odeur. J’ai arrêté d’acheter une marque de serviette qui les parfume depuis quelques temps. C’est chiant c’est vrai mais je vivrai mal la ménopause je pense.

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