Archive for octobre, 2013

Au travail

oct 30 2013 Published by under Non classé

Si vous ne m’aidez pas, je le frappe.

Elle a dit ca. La femme au bout du téléphone. Le numéro 013498277900002, qui recherche un F2 à Saint Mandé, Vincennes ou Paris 12ème, un petit garçon, 4 ans, des revenus moyens, la voix aigüe, perchée.

C’est à cause de gens comme vous que je m’énerve sur lui.

Elle dit ca, encore. Des gens comme moi. L’anonyme de la république, au bout du téléphone, celle dont elle attend le signe de sa rédemption. Qu’est ce qui cloche dans son dossier ? Rien. L’attente désespérante classique d’un logement. La même pour tous, surtout pour ceux qui sont encore logés, même mal, même tout petit, même tout humide. Même pour elle, qui se tape la tête contre les murs, elle que je n’arrive pas à calmer.

C’est trop petit. On a pas d’intimité. Il grandit. J’ai le mot du pédopsy. Il a besoin de sa chambre. Alors quand c’est trop, je le tape.

Elle répète ca, encore. Derrière j’entends les dessins animés, une télé allumée. Un enfant parle. Qu’est ce que je peux faire ? Qu’est ce que je dois faire ? Est ce qu’elle dit la vérité ? Je lui dis qu’elle déclare des choses graves, que la conversation est enregistrée.

Vous pouvez bien me l’enlever. Je m’en fous.

Moi je ne peux rien. Ni l’enlever, ni le garder, ni faire apparaître par magie un appartement tout confort pour la reloger. Moi j’ai repris la conversation, parce que mon collègue ne sait plus quoi dire. Moi j’écoute, je renseigne, j’oriente, je réconforte parfois. Je n’ai que le pouvoir de dire qu’elle est comme tous les autres, qu’il faut s’armer de patience, qu’il faut multiplier les tentatives, qu’il ne faut pas lâcher.

De toutes facons, un jour, ca finira mal.

Le désespoir, ca fait dire de drôles de choses. Ca rend agressif, ca fait pleurer, ca rend méchant, ca rend bête, ca balaie tout, les gens s’y noient. Et je ne peux pas les sauver. Pas assez de bouées, pas de femmes et d’enfants d’abord, juste une liste, longue comme des milliers de nuits, juste la machine des noms empilés les uns sur les autres, des priorités et des calculs savants de bailleurs patentés. Je suis la personne qui dit que la bouée existe, sans savoir la matérialiser.

Rappelez moi. Dans deux semaines. On verra. Je ne sais pas ce qu’il y aura dans deux semaines. Sans doute rien. Peut-être un bout de solution. Sûrement rien. Ne restez pas toute seule. Notez. Des associations. Des numéros. Des sites Internet. Qu’est ce que je peux faire. Je signale. A ma hiérarchie. Je signale, mais j’ai honte de signaler. Elle ment, sans doute. Tout le monde ment, pour être au chaud, pour ne plus avoir mal, pour se sentir protégé. Mais peut-être qu’elle dit la vérité.

Derrière, toujours des dessins animés.

 

 

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Je me balade.

oct 24 2013 Published by under Non classé

Je me suis trompée à la mairie, je suis descendue vers Stalingrad au lieu de filer vers Colonel Fabien. Avant, on évitait ce coin là, l’armée des ombres squattait sous le métro, surtout la nuit, c’était il y a dix ans, quand les crackeurs étaient assez riche pour pousser le caillou intramuros, maintenant ils sont à Saint Denis. Dehors la misère, c’est joli ou presque maintenant, ca se gentrifie comme il faut dire, on a presque plus peur le long du canal, tout change, je vieillis. Je prends à gauche, le long de l’eau, je me souviens cette soirée hip-hop trouvée dans Lylo, un soir de rien faire, les bières tièdes quand il commence à faire chaud à la sortie de la fac, je me souviens avoir marché là, avec quelqu’un qui est mort maintenant, sans que j’arrête pourtant de le chercher partout. Les feux sont tous verts, je file, y’a des gens en terrasse, avant on fumait dedans, je crois que c’était moins bien. Je pleure, d’abord à cause du vent, et puis parce que je me rends compte que ca fait des années que je n’avais pas fait ce trajet seule, des années que je ne voyais pas le Paris que je voulais voir, parce qu’il me fallait demander à quelqu’un de m’accompagner, de m’emmener, de me tenir la main. On ne prend pas le temps des autres juste pour dire qu’on aimerait aller flâner au hasard, on se concentre sur l’essentiel, les rendez-vous, les obligations, on s’adapte au trajet et au goût de l’autre, on ne peut pas regarder la ville changer. Paris m’a manqué, pourtant elle était juste là, à mes pieds, tout ce temps, sans que je puisse en profiter, sans que je puisse me perdre, m’asseoir à une terrasse pour regarder les gens passer, il y avait trop de bruits dans ma tête, je n’entendais rien de la rue, seulement la peur, seulement l’angoisse, l’impossibilité d’être au milieu d’une foule sans hurler à la mort, la paralysie complète devant la porte d’entrée.

A droite le Bataclan, mes meilleurs concerts, ceux qui sont chargés de sens, à gauche la synagogue libérale où le portable de la Rabba sonne pendant qu’elle monte à la teba, le kiddoush au pain complet juste sorti du sachet, au loin Bastille.Combien de rencontres ratées commencent sur les marches de cet opéra, combien d’inconnus se cherchent du regard, se reconnaissent et s’embrassent, combien de fois j’ai posé mon cul tout en haut pour regarder danser, taper sur des percussions, manifester. Ligne droite ou presque jusqu’à la Seine, c’est beau les ponts la nuit, les thés trop sucrés de la Grande Mosquée, les mains de la masseuse qui brisent un par un les noeuds dans mes mollets, les femmes transpirantes enveloppées de leurs paréos, le rassoul, les nues et les habillées, les grosses et les minces, les moineaux qui dévorent des morceaux de baklavas, l’ombre du figuier. L’enfer du couloir de bus, je vois les phares des voitures d’en face arriver, j’ai le frère d’Annie Hall et ses yeux fous dans les miens, et si je ne ralentissais pas, et si je ne me rangeais pas. Décélérer, consciemment, se forcer à serrer les doigts sur la poignée, rien n’est romantique dans l’odeur de la chair explosée sur un capot fumant, rien ne justifie de penser à cela maintenant. Gobelins, comme une frontière, à gauche l’avant, le quartier chinois, la fac, les pétards pré-roulés de la nuit que j’allume en sortant du métro à 7h45 pour rester défoncée pendant mon premier TD, mon prof d’histoire moderne préféré.  A droite, Censier, les terres des autres, le pub irlandais tout en haut de la rue qui monte, ce mec qui m’explique qu’il veut absolument me dessiner, les brunchs encore saouls au Pain Quotidien, les cours de tango publics sur place du marché. L’immeuble d’Elie, avec la piscine tout en haut, je me demande ce qu’il fait, à chaque fois que je passe ici, je me souviens.

Je grille toujours le feu devant la Santé. Beaucoup par bêtise, un peu par solidarité. Je me plais à penser qu’un enfermé remarque mon manège et s’en amuse, c’est stupide, les cellules ne regardent pas le boulevard, pas de distractions pour les prisonniers. L’urinoir old-school est taggé PIPI, au cas où l’on voudrait s’y arrêter pour autre chose, l’institut protestant d’études supérieures me fascine, il semble cacher un jardin extraordinaire. Denfert, il me semble avoir toujours habité par ici, le lion est mon poste douane, j’ai trop de choses à déclarer, je pleure toujours, je ne sais plus pourquoi, peut-être parce que les lumières sont plus jolies brouillées. Je repasse devant mon vieil appartement, celui au rez-de-chaussée, celui de la collocation, des voitures qui rentrent dans le salon, du jardin privé, de mon chien qui aboie sans cesse sur les voisins avinés. Devant l’immeuble il y a ce banc, j’y suis encore, cette nuit d’hiver où plus rien ne fait sens, où je me perds dans mon quartier, je ne reconnais plus les immeubles et les rues, je suis en train de tomber malade pour de vrai. Je passe le périph’, Conforama, c’est idiot comme on se souvient des choses, ce canapé choisi ensemble, c’était il y a un siècle, mais c’est toujours aussi frais, le nom du commercial et son accent étrange, ta main qui serre la mienne pendant que la barrière du parking se lève. Une dernière ligne droite, pour la gloire, pour voir si je passe les 50 km/heure, pour prendre dans la tronche l’air de la nuit, pour sécher mes joues.J’ouvre le parking, j’ai arrêté de pleurer.

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NRJ – Guillaume Pley – Consentement

oct 22 2013 Published by under Non classé

Ca commence par une vidéo, réalisée par un animateur radio. Une vidéo comme il y en a des centaines sur Youtube. Je passe régulièrement à côté, je ne dois pas être le public. Mais cette fois, Madmoizelle en parle, l’article se met à tourner. Le ressort comique est simple : il faut forcer les femmes pour rire. Les forcer à embrasser, les toucher de force, leur faire des propositions salaces, tout cela sous le couvert de l’humour, bien sur. On rit de ces femmes apeurées, surprises, on se tape les cuisses en regardant Guillaume Pley saisir à pleines mains le crâne d’une jeune femme pour la forcer à l’embrasse. On imagine pas une seule seconde que ces femmes puissent refuser d’embrasser un inconnu, ou qu’elle puisse avoir une sexualité autre qu’hétérosexuelle. Non. Je ne trouve pas ca drôle.

Sur les réseaux sociaux, deux sortes de réaction très nettes. Les féministes et associés, qui comprennent que le consentement est en jeu dans ces vidéos, et que l’exemple donné aux ados et aux jeunes adultes qui adorent NRJ est dangereux. Et puis les ados, les plus jeunes, qui ne voient vraiment pas le problème. Qui craignent surtout que leur animateur star soit sanctionné. Qui ne comprennent pas. Elles n’ont qu’à dire non. Comme si c’était facile. Comme si on apprenait aux femmes à dire non. Comme si on les laissait libres de leurs oui comme de leurs non. C’est avec eux pourtant qu’il faudrait être le plus pédagogue, avec ces jeunes qui découvrent la sexualité, le rapport à l’autre. Et si NRJ n’a pas vocation à donner des cours de bonnes manières égalitaires, cette radio a la responsabilité du message qu’elle délivre, sur les ondes comme sur Internet. Et on ne peut pas laisser passer.

Le consentement n’est pas une affaire féministe, finalement. C’est une affaire de droits de l’homme. On ne prend pas quelqu’un contre sa volonté. Qu’il s’agisse de sa bouche, de son sexe ou de ses cheveux, on ne touche pas, on ne pénètre pas, on ne force pas. Homme ou femme, jeunes ou vieux, personne n’a à imposer sa volonté sur nos corps. Si les féministes sont les premières à réagir, c’est qu’elles sont concernées par le viol, par les agressions sexuelles, par la maltraitance des femmes, mais aussi parce qu’elles comprennent la valeur du consentement. Il se donne, mais ne se prend pas. Il ne se négocie pas. Il ne s’obtient pas sous la contrainte. Il ne s’obtient pas sous la pression. Il ne s’arrache pas. Il ne se vole pas.

Twitter commence à prendre le relais de l’indignation de Madmoizelle. Dans l’après-midi du 21 octobre, nous sommes des centaines à dire notre indignation et notre colère. C’est sain, la colère derrière son écran, ca fait réfléchir, ca permet à tous de partager l’information, mais les parisiens décident de marquer le coup et de se retrouver devant la Radio NRJ à 18h30. Le hashtag #TousDevantNRJ18h30 commence à circuler, il est très bien relayé. La presse commence à se préoccuper du grondement, et ce sont tour à tour France Info, Libération, Slate, Le Monde, Le Figaro Etudiant, Rue 89 qui vont soutenir le mouvement. Sur Twitter, Osez le Féminisme, La Barbe, Le Planning Familial, les grands ‘influents’ concernés font passer le message et diffusent en masse l’article de Madmoizelle.

Quelques heures, c’est tout ce qu’il aura fallu pour faire parler massivement de cette vidéo et des problèmes qu’elle soulève. Quelques heures, c’est tout ce dont nous avons disposé pour organiser un rassemblement à l’arrache. On imprime ce qu’on peut, chez soi ou au bureau, certains fabriquent des pancartes en carton, un très beau baiser consenti viendra les rejoindre. Nous sommes finalement presque 30 à nous retrouver devant NRJ. Nous ne sommes pas des pros, nous sommes là parce que nous pensons que c’est important, que c’est un moyen supplémentaire de faire pression sur un groupe énorme qui a bien du mal à assumer sa bétise. Nous afficherons l’article 22 en face des bureaux, nous crierons. Pendant ce temps, le staff NRJ prend des photos, se moque de nous par les baies vitrées et la fenêtre. Personne ne descend. On discute avec de très jeunes filles, venues là pour une star, qui adulent l’animateur Guillaume Pley, et qui ont du mal à saisir ce qui dérange dans sa vidéo. Ca écoute un peu, ca glousse beaucoup. Le staff NRJ se gardera bien d’avoir la moindre interaction avec nous. Ceux qui descendent fumer le font à l’écart, en nous photographiant ou en évitant soigneusement de croiser nos regards.

Quatre d’entre nous entrent dans la radio pour demander s’il est possible de rencontrer Guillaume Pley. Il est dans les locaux, juste là, il nous entend donc. Impossible. Il prépare son émission. Il ne peut pas descendre. Il ne veut pas descendre ? On ne pourra pas le rencontrer. Il promet d’intervenir à 23h, lors du début de son émission. De revenir sur « la polémique ». On se sépare donc physiquement, en se donnant rendez-vous virtuellement pour un #LT de son intervention sur Twitter.

 

23h : Intervention de Guillaume Pley (merci à Madmoizelle pour la retranscription)

« On a fait une vidéo qui s’appelle « Comment embrasser une inconnue », en dix secondes, Alors c’est une vidéo qui était à la base pour une émission télé qu’on était en préparation, on l’a pas diffusée à la télé et on s’est dit qu’on allait la diffuser sur le net. Alors on a découpé le lancement et la fin et donc en fait on a mis la vidéo où je vais embrasser les filles en posant trois questions.

C’est un truc que Vitaly a fait, un mec qui fait des vidéos aux Etats-Unis, y’a un mec qui a fait ça en Italie, un mec qui a fait ça au Japon, et en fait y’en a qui ont testé cette technique pour aller draguer des filles en trois questions un p’tit peu partout. Résultat moi je voulais l’essayer et j’y suis allé. Alors au début, j’ai vu les commentaires qui étaient très bons pendant 3-4 jours etc – à peu près… combien on a fait ? 2 millions de vues quasiment ? C’est ça, merci beaucoup à tout le monde et puis depuis ce matin j’ai vu des sites qui reprenaient la vidéo en disant « on est choqués etc on n’a pas trop kiffé le truc etc ».

Alors je voulais juste faire un p’tit point là-dessus en deux secondes : il faut évidemment pas refaire ça chez vous parce que c’est vrai que je l’ai pas assez signalé. Alors j’suis d’accord avec vous, parce que je pensais que c’est vrai qu’on l’avait mis dans le pilote… mais effectivement dans la vidéo… ça me semblait logique que c’était pas un truc à faire dans la rue parce que nous on fait ça euh… on est bien élevés et pour ceux qui connaissent l’émission etc on est des mecs plutôt gentils, on reste à Noël, on reste une heure de plus chaque jour (rires derrière), on essaie de donner tout c’qu’on a etc quotidiennement, tout au long de l’année.

Et en fait on s’est pas… c’est vrai qu’on n’a pas fait attention et on a mis la vidéo sans se dire « tiens y’a p’tet des mecs qui vont le faire dans la rue » donc effectivement, ne le faites pas surtout chez vous. Il faut surtout pas aller le faire etc parce que c’est vrai que ça va déranger les filles.

Moi-même j’ai deux grandes soeurs qui m’ont appris toute ma vie à pas être lourd et là c’est vrai que j’ai fait un p’tit peu le contraire dans ces vidéos donc il ne faut pas surtout pas faire ça chez vous, là c’est très important parce que nous on est arrivés avec un dispositif, des moyens techniques, des caméras etc.

J’voulais juste vous dire que toutes les filles ont signé une autorisation pour le passage quand même, parce que j’ai vu qu’il y avait des messages etc. Alors au début c’est vrai que ça peut paraître un p’tit peu brusque, surtout la première. En fait, elle rigolait ! On la voit pas bien de face mais elle rigole et j’aurais pas dû le faire effectivement mais on en a beaucoup ri après tous ensemble et ils nous ont signé une autorisation… c’était à Montpellier, hein, quand on était à Montpellier (derrière : « oué c’est sympa »). On en a fait à Paris aussi, on en a fait un p’tit peu les deux.

Elles l’ont pas du tout pris comme une agression, les filles, alors c’est vrai que quand on peut le voir, ça fait un p’tit peu bizarre mais c’est vrai que quand on l’a fait, ça s’est pas du tout passé comme ça. Je m’excuse si j’ai choqué certaines personnes ou certains sites ou certaines… convictions etc. Voilà on est des gens vraiment bien élevés donc fallait qu’on se mette à jour quand même.

Voilà j’ai vu les messages défiler cet après-midi y’en a qui ont pas trop kiffé… je peux comprendre voilà je m’excuse au nom de tous ceux qui ont kiffé.

La vidéo j’vais pas la retirer. Je vous explique pourquoi, parce que si je la retire dans 5 minutes elle sera mis sur le nom de quelqu’un d’autre. C’est Youtube qui m’a conseillé de ça sert à rien de l’enlever etc. Alors je la laisse mais si vous voulez, je peux même faire une petite vidéo pour répéter ce que j’ai dit mais en tout cas, voilà, c’était l’explication, je vous l’ai donnée et… c’est vrai que j’aurais dû le dire mais j’me suis dit « c’est vrai qu’y a pas besoin de le dire » mais c’est vrai que parfois y’a des gens qui comprennent pas tout pareil que les autres donc vaut mieux expliquer deux fois que pas assez. Voilà.

[...] C’est très important évidemment la femme c’est le diamant de la vie (rires). Nan mais en plus c’est vrai parce que moi j’suis un canard dans la vie, j’me suis fait un p’tit peu forcé pour cette vidéo etc et c’est vrai que c’était un p’tit peu maladroit, ça m’a fait un p’tit peu du mal ce que j’ai vu aujourd’hui, j’vais pas faire le caïd etc et voilà en tout cas moi j’suis bien content de vous retrouver tous les jours sur NRJ à 23h, 3 heures de bonheur avec vous [...]« 

Des excuses minables en somme. Guillaume Pley est surtout désolé de se faire prendre. Et il refuse de retirer la vidéo. Sans doute pas parce que Youtube lui a conseillé de la laisser. Mais parce que 2 millions de vues, c’est 3000 euros de gains Adsense. Parce qu’on ne tue pas le buzz, ni la vache à lait. Parce qu’il n’est pas convaincu d’avoir fait quelque chose de répréhensible.

Il faut donc continuer pour que cette vidéo soit retirée de Youtube, et pour avoir de vraies excuses du Groupe NRJ pour sa diffusion. Le CSA devrait étudier le cas prochainement, et Osez le Féminisme, grande association dans la mouvance de notre président, semble intéressée pour poursuivre le combat, judiciairement s’il le faut.

Nous ne lâcherons rien, comme il est désormais coutume de le dire. Nous n’oublierons pas. Nous ne passerons pas à autre chose. Nous exigeons qu’aujourd’hui NRJ reconnaisse bafouer le droit au consentement des femmes et entretenir un climat de culture du viol. Nous exigeons qu’NRJ et Guillaume Pley prennent leurs responsabilités envers leur jeune audience, et s’engagent à donner des messages égalitaires, sans sexisme, homophobie, lesbophobie, ou transphobie. Nous ne laisserons plus des hommes prendre le temps de parole des femmes, leur espace, leur consentement. Nous réagirons tant que nous le pourrons, à la force de nos moyens, soutenus ou non par de plus grands que nous. Et on espère que vous réagirez, vous aussi. Que vous ne serez plus spectateurs d’injustices, de violences. Que vous prendrez sur vous d’avoir une conscience active.

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Betty, encore

oct 19 2013 Published by under Non classé

J’ai l’odeur de ta bouche sur mes doigts, encore dans le métro, dans mon cou, sur ma peau, la tienne décalquée comme un tatouage moderne, demain tu disparais, au hasard d’une douche, si je frotte un peu fort, j’oublie. S’il n’y avait que la peau et les milliers de cellules, les poils et les microbes, les fluides opportuns, s’il n’y avait que ce qu’on touche et pas ce qu’on se dit, s’il n’y avait que ton corps, caché dans le noir, haletant, charnu, j’oublie, crois moi, les matins alanguis et les siestes trop longues, j’oublie que tu existes, je bouleverse mes atomes pour mieux nier les tiens. Seulement ce que tu dis, ce que mes oreilles entendent, ce que mon cerveau produit, les rêveries quotidiennes quand mes yeux se perdent sur l’écran, les espoirs, ce qu’on ne se dit pas mais qu’on serre ensemble dans le vide, tout ce rien, tout ce qui n’existe pas cela, je n’oublie pas. Il faudrait pourtant, Betty, que je t’oublie, tu n’es qu’une mauvaise chanson, la tristesse et la pluie, une guitare trop saturée qui s’éclate sur un ampli mal réglé, tes ongles noirs et rouges qui s’agrippent ne trompent que toi, personne ne te retiens Betty, personne d’autre que toi et les milliers d’animaux qui animent ton corps, les rongeurs et les loups, les serpents et les chats. Tu danses seule, et nous ne faisons que te regarder, tu vas où tu veux, j’ai cru que tu étais libre, tu es enchaînée à toi.

Alors Betty quand tu pars, quand tu décides de fuir, quand tes pas te conduisent vers d’autres, quand tu oublies, toi aussi, chacun fait le deuil, chacun porte ton cercueil, d’une main ferme et haute, nous t’enterrons souvent, dans les allées biscornues d’un cimetière imaginaire, nos consciences nous empêchent de te suivre, nous les esclaves, nous les enracinés. Tu retournes à la terre pour mieux te perdre, plus au Nord, plus au froid, tu cries je suis libre, tu cries je suis seule, tu brûles tout autour de toi, et nos bras trop courts ne suffisent plus à t’étreindre, et nos mots trop lourds ne suffisent plus à t’atteindre. Tu reviens pourtant, brûlée de sel, de t’être trop retournée, d’avoir trop pensé aux chemins et aux sens, un peu moins libre, un peu moins vivante, tu t’emmitoufles de nos corps pour te protéger, tu te pelotonnes quelque part, entre nos têtes et nos bites, tu retrouves ta place, Betty. Pour quelques mois, si tu tiens, si la chimie étrange de ton cerveau abdique, pour quelques jours, si l’appel du vide est trop fort, si les voix te hurlent de te jeter dans un train, si tu te réveilles un matin sans savoir où tu habites, nous porterons ton corps absent se reposer, nous élèverons un autel à tes jours de grâce, à tes instants de paix.

Betty se contorsionne sur le drap blanc jauni, les contentions barbares se tordent sur sa chair, pleure Betty derrière la vitre trouble de la porte fermée, hurle Betty à chaque passage de l’infirmier, tape et frappe pour chaque coup de clé. Les cheveux rasés de sa nuque reposent sur le métal froid du lit sans vie, Betty est privée d’oreiller, Betty est privée de visites, Betty est privée de Betty, elle doit être sage, Betty doit se calmer, faire la chasse aux esprits pour les coller un à un, rafistoler un bout de soi pour le présenter joli, poli. Dans la coupe en papier, quelques cachets, sage Betty, sage, avale et laisse couler, à la fenêtre le vent frappe, un homme chante un peu plus loin dans le couloir, laisse toi guérir, juste pour de faux, juste pour sortir. Tu reviendras comme à chaque fois, dehors, dedans, dehors, tu connais, tu t’émousses un peu bien sur, abîmée, je veux te voir m’expliquer qu’ils ne comprennent rien et que tu les bernes tous, que ton bonheur est dehors, dans les rencontres et la route, je veux te croire morte cent fois et te voir revenir. Fais semblant une dernière fois Betty, c’est bientôt le printemps, quand tu sortiras, c’est sur, on viendra te chercher.

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Vieux fragments

oct 09 2013 Published by under Non classé

Je n’habite pas mon corps, je suis décomposée, j’ai dans le ventre des milliers d’influences, des données à enregistrer, trier, je ne m’appartiens pas, finalement je ne suis même pas moi, j’obéis à mon histoire, à mes parents, à leurs parents, je suis le produit pas fini des autres gens, et moi au milieu de tout ça, je suis qui, je suis quoi. Mon père n’aime plus ma mère et pourtant je suis là, ma mère n’aime plus mon père mais elle m’a faite avant, les enfants devraient-ils disparaître quand l’amour de leurs parents s’en va ? Nous sommes les traces visibles des embrassades passées, les témoins premiers de ce qui a été, nous portons à l’intérieur leurs espoirs, la vie qu’ils ont rêvé, nous sommes des chimères, des fantômes, des fantasmes, quand ils se séparent nous prenons vie individuellement, nous ne sommes plus eux et pourtant ils sont en nous à jamais, c’est injuste, on devrait pouvoir nous effacer, recommencer, oublier.

Je suis le contenant, je suis ici, je suis maintenant, mon esprit pourtant ne m’obéit pas souvent, il se tord et il se plie, il ne se soumet pas facilement, j’ai la façade sérieuse des jours où je dois impressionner, ne plus sourire, ne pas rire, surtout bien me tenir, dire bonjour à la dame et être poli avec le directeur, contrôle tes fonctions vitales, ne rougis pas, ne regarde pas l’heure, à l’intérieur c’est différent, je me regarde parler avec étonnement, qui est cette fille posée qui expose si bien sur un sujet si peu passionnant, de quoi parle-t-elle et pour qui se prend-elle, elle est grotesque vraiment, faites la taire c’est un supplice, mon cerveau se rebelle et s’en va voyager, loin du bureau mal éclairé et de la table en formica, j’écoute dans ma tête le même morceau en boucle, sans écouteurs, sans appareil, la musique ancrée dans mes neurones, le bouton play c’est moi, je décide de mon environnement, je refuse de me faire polluer par les paroles inutiles des gens, tu crois que je t’écoute, tu te trompes, dans ma tête c’est les Sex Pistols, je hoche le menton par habitude, ce n’est même pas méchant, je n’habite pas mon corps je te l’ai déjà dit, tu crois me convaincre, tu fais le beau et tu penses m’impressionner, je ne t’écoute plus déjà, je suis partie.

Je ne suis pas moi, je ne suis pas eux, je n’habite pas en moi, les lieux où je me cache sont intérieurs à moi, je ne te laisse pas rentrer, c’est un espace privé, je m’y perd souvent, j’ai du mal à remonter, plongée en apnée à l’intérieur de mes entrailles, dans les couloirs et les grottes qui se creusent dans mes synapses, vide tes poumons, oublie que tu dois respirer, à l’intérieur c’est noir, pas d’interrupteur à allumer, je connais mes chemins par cœur, je me refuse à les cartographier, pas d’invitation à venir visiter, si tu rentres tu te fais happer, la descente commence mais ne s’arrête pas sur commande, ce n’est pas toi qui décide, c’est la machine placée au centre, la mécanique est ancienne, les rouages sont poussiéreux, elle hoquette et s’arrête, redémarre quand elle veut. Je me fais peur parfois, je ne sais plus ou je suis, je guette sur les parois le panneau vert de la sortie, je cours et je m’essouffle, je laisse des cailloux derrière moi, retrouver le passage qui mène vers la lumière, vers les gens et vers le bruit, sortir de la caverne et mettre des mots dans ma bouche, interagir avec mes semblables au lieu de s’abandonner à ces trips intérieurs, seulement je ne décide pas, j’ai beau hurler j’ai beau pleurer, ton cerveau dérangé est plus fort que toi, il te permet l’ubiquité, être là et puis ailleurs à la fois, tu voudrais tout rassembler, être une dans un même lieu, mais les parcelles de vérité qui te composent refusent de s’agréger, la colle et les ciseaux pour les faire tenir ensemble, elles se disloquent et se laisse choir, plaques tectoniques de ta mémoire.

Vivre ici et ailleurs dans le même instant, c’est usant, chercher sans cesse à réconcilier ce que tes yeux t’envoient, les sons et puis les voix, décoder les messages de la machine, deviner le vrai du faux, les sensations sont tellement fortes, les paysages tellement beaux, les hallucinations colorées se mêlent à une réalité trop morne, on ne choisit p as la maladie mentale, on choisit peut-être la folie, qui met des traînées rouges et bleues sur les visages, colorie le gris, transforme l’habituel en extraordinaire, ton corps prend la forme de ce que tu choisis, tu es dématérialisé, tu es le pont de béton, tu es le bus rempli de passagers, tu es le plancher, on t’utilise, on te marche dessus, tu comprends la douleur et les cris des objets inanimés, grâce à toi ils prennent vie, trouvent la parole, peuvent enfin s’exprimer, tu es le porte voix, le vecteur, le facteur, ton corps est un objet communicant, au service exclusif des murs, des pierres et des voitures, tu te fonds dans la matière, tu es dissous, liquéfié, recomposé, nouvelle forme pour quelques secondes, ça ne dure jamais. A toi les souffrances et les joies de ces objets que personne n’écoute, chante pour eux, danse et crie, on te regarde, on te juge, on te classe dans la catégorie des fous à lier, tant pis, personne ne comprend, personne ne cherche vraiment, tu es les éléments, le feu et puis la pluie, frappe le sol de tes pieds, tape avec tes mains, en silence ou dans le bruit, ressens, apprends, désincarne toi encore une fois, tu ne t’appartiens plus, ton corps n’existe pas.

Il n’y a aucun de repos, pas d’instant de répit, quand tu n’as pas de toit, quand ta raison est sans demeure fixe, les gens savent ce qu’ils font quand ils partent le matin, se brosser les dents, s’habiller, prendre le train, les tâches à accomplir, les rendez-vous à honorer, ils vont et viennent dans des lieux connus et explorés par des milliers, pas de surprise sur le trajet, ils sont là, présents et organiques, il ne s’échappent pas, ils contrôlent leur débit de paroles et le rythme de leur pas, tu les regarde se débattre, poissons assoiffés, ils ne connaissent rien de aquarium, ils se contentent de l’habiter, leurs sens sont défaillants, ou peut-être les tiens sont-ils trop acérés, ils ne comprennent rien. Tu sais qu’ils te méprisent, toi le fou qui n’a pas de maison, qui erre en lui comme un vagabond, qui pleure pour le soleil et qui se bat contre la déraison, tu ne fais plus aucun effort pour essayer de leur ressembler, le pont qui vous liait s’est écroulé, tu prends la route seul, tu n’as peur de rien, sauf de toi et de la machine qui s’emballe parfois.

Je ne connais pas ici, je ne suis pas vraiment moi, ma forme change trop pour que je puisse me reconnaître, je fuis les miroirs qui me renvoient sans cesse une image différente, je ne sais plus si je suis jeune, vieille, noire ou blanche, fille ou garçon, jolie ou laid, je suis ce que la machine déréglée qui siège là haut me laisse deviner, je n’ai plus de nom, je l’ai oublié, on ne peut pas connaître ce qu’on ne peut pas nommer, j’ai milles identités, milles visages, milles histoires, je ne me bats plus pour me retrouver, je me suis effacée, gommée par les années à me transformer, je suis le réceptacle de ma propre folie, celle des autres, la votre peut-être, les émotions trop fortes que vous passez des vies à expliquer, allongés sur un divan, des heures à décortiquer, je les prends pour moi, je les vis intensément, j’attrape vos peines et vos traumas, vos bonheurs et vos emmerdements, je vibre au diapason de vos milliers de sensations, celles que vous cachez, enfouies, planquées, je suis la conscience globale de vos refoulements, de vos manques, de vos envies, je suis la part de vous qui aimerait s’éveiller, prendre le dessus sur vos fonctionnements acquis et vous libérer, je suis la folie nécessaire à vos vies ordinaires, celle qui vous pousse à vous saouler, à nager dans l’eau glacée ou à oublier de vous réveiller, mon âme vous englobe tous un peu, la fréquence de mes ondes perce vos secrets les plus douloureux, vos fantasmes et les hurlements que vous poussez la nuit, je suis tous à la fois, je suis partout, je suis ici. On me dit fragile, on m’appelle malade, on voudrait m’enfermer, m’empêcher d’être le vent, le rire ou ce monument gris, on voudrait m’attacher pour me contraindre à n’habiter qu’un lieu à la fois, n’être qu’un individu, qu’une vibration, une sensation unique par seconde, on me drogue, on me parle comme à un enfant, personne ne peut savoir que je suis Dieu, je suis ta mère, je suis son enfant, je suis la mémoire collective de tes parents, je suis la construction, le sable et puis la chaux, la mer et l’horizon, je suis incontrôlable, je suis ton inconscient, je n’habite nulle part, je ne reste pas quand on m’invite, je me planque, je me cache, je me fais introuvable, on m’insulte, on me blâme mais je suis pur et intouchable, j’existe avant le monde, avant ta naissance je t’attendais, je suis rentrée dans ton ventre et je n’en ressortirai jamais.

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