Contrave / Mysimba: don’t.

Déc 20 2014

Un nouveau médicament contre l’obésité vient d’être approuvé à la commercialisation en Europe : le Contrave / Mysimba. C’est un savant mélange de deux molécules déja connues : naltrexone HCl and bupropion.

En France, le chlorhydrate de naltrexone est commercialisé sous la marque Revia. Dans quelques pays dont les États-Unis, une formule à libération prolongée est commercialisée sous le nom commercial Vivitrol (Source Wikipedia). Le Revia est prescrit comme traitement de soutien dans le maintien de l’abstinence chez les patients alcoolo-dépendants. La durée du traitement est de 3 mois en l’absence de donnée clinique pour des durées supérieures (Source notice du médicament Revia)

Les réactions suivantes ont été signalées en cours de traitement  avec Revia :

Les classiques : nausées et/ou vomissements, céphalées, insomnie, anxiété, nervosité, crampes et douleurs abdominales, asthénie, douleurs articulaires et musculaires,

Mais aussi : Inappétence, perte de poids, diarrhée, constipation, sensation de soif, irritabilité,tristesse, étourdissement, état vertigineux, rash cutané, éjaculation retardée, baisse de la libido, écoulement nasal, douleur thoracique, hypersudation.

 Des modifications des tests hépatiques (transaminases gGt) ont été rapportées.

 D’autre part : Des états dépressifs et des tentatives de suicide ont été rapportés chez quelques sujets recevant la naltrexone ou le placebo dans les études contrôlées menées dans le cadre du traitement de l’alcoolo-dépendance. Bien qu’aucune relation de cause à effet avec la naltrexone n’ait été établie, il apparaît que l’administration de naltrexone ne réduit pas le risque de suicide chez ces patients.

Le bupropion est un psychotrope prescrit en tant qu’aide au sevrage tabagique et antidépresseur. Il s’agit d’un médicament amphétaminique, une substance proche des coupe faim (anorexigènes) comme le Mediator. Il est plus connu en France sous le nom de Zyban. Le bupropion est un inhibiteur sélectif de la recapture neuronale des catécholamines (noradrénaline et dopamine). Son action est minime sur la recapture des indolamines (sérotonine). Il n’inhibe pas les monoamine-oxydases. Le mécanisme d’action du bupropion dans l’aide à l’abstinence tabagique n’est pas connu, mais son action serait médiée par des mécanismes noradrénergiques et/ou dopaminergiques (source notice du médicament Zyban).

Entre septembre 2001 et septembre 2006, 1.831 notifications d’effets indésirables – sur 930.000 patients traités en France – ont été enregistrées par la Commission nationale de Pharmacovigilance de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), et 520 ont été jugées graves. Les troubles les plus fréquents ont été des convulsions, des réactions cutanées et allergiques, des tentatives de suicide et l’apparition de troubles coronariens. 25 notifications concernent des décès : 16 morts subites inexpliquées, 4 suicides, 2 ruptures d’anévrisme, 2 surdoses et une insuffisance respiratoire aiguë.

Le Contrave / Mysimba est donc le mélange de ces deux molécules aux effets indésirables et aux conséquences graves. Il est autorisé à la prescription pour les personnes possédant un IMC supérieur à 30 sans comorbidités associées, ou pour les personnes possédant un IMC supérieur à 27 avec des comorbidités associées (diabète de type 2, hypertension). Son fonctionnement n’est pas particulièrement bien décrit, et pour cause, il s’appuie d’abord sur les effets secondaires mal maitrisés des deux molécules dont il est le mélange. On observe un effet coupe faim, et une relative hausse de la motivation sur la durée d’un régime, mais on ne sait pas exactement décrire les mécanismes biologiques qui déclenchent ces actions.

Mais est ce que ca marche ? Voilà la question que tous les gros-ses de France se posent, plutôt que de se demander si ca va les tuer. Peu d’études sur le long terme sont disponibles, mais intéressons nous à celles publiées par le laboratoire de Contrave / Mysimba.

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On nous présente donc deux études différentes. Il faut d’abord noter que les pertes de poids enregistrées sont liées au Contrave / Mysimba mais aussi (et surtout?) à une diète rigoureuse, à de l’exercice physique et à un accompagnement psychologique sur une durée de 56 semaines. Aucune étude ne présente l’effet du Contrave / Mysimba seul, sans changement de mode de vie du patient associé.

La première étude est plutôt en faveur du Contrave / Mysimba, les participant-es semblent avoir perdu un pourcentage beaucoup plus important de leur poids dans le groupe sous médicament. Dans la seconde, en revanche, les résultats sont beaucoup moins bons sur les personnes ayant perdu plus de 5% de leur poids de départ. Pourquoi ? Comment ? Il n’y a pas d’explications. Ca marche. Ou ca ne marche pas. Ou c’est un régime qui fonctionne, et pas le médicament. Ca ne rassure en rien sur l’efficacité des molécules proposées.

Il semble important de jeter un oeil aux contre indications du Contrave / Mysimba. Ce dernier est fortement déconseillé en cas d’hypertension (on a jamais vu un-e obèse hypertendu-e, c’est connu …), de convulsions, de prise d’autres médicaments qui contiennent du Bupropion, en cas de trouble du comportement alimentaire (un-e gros-se avec un TCA ? Ca n’existe pas, allons.), en cas de dépendance aux opiacés, ou en cas d’usage de traitements de substitution aux opiacés, dans le cas de prise d’anti dépresseurs de la classe des inhibiteurs de monoamine oxydase parfois utilisés dans le traitement de la maladie de Parkinson Sélégiline, Azilect, Deprenyl, Selegiline, Bayer Selegiline G Gam, Selegiline Biogaran, Selegiline Mylan, Otrasel en France, Wellbutrin et Cymbalta aux USA et Canada. Il est également dangereux d’utiliser le Contrave lors de la grossesse, ou lorsqu’on souhaite tomber enceinte.

Si ca ne suffisait pas à vous alarmer sur la toxicité de ce mélange, voici l’avertissement de santé publique qui apparaît sur le site dédié à Contrave / Mysimba par son laboratoire :

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Que je traduis ici :

Le Contrave / Mysimba peut être la cause d’un effet secondaire sérieux : les pensées ou actions suicidaires. Un des ingrédients du Contrave / Mysimba est le Bupropion Hcl. Le Bupropion a provoqué des pensées suicidaires ou des actions suicidaires chez certains patients, ou a provoqué des changements de comportement inhabituels, qu’ils prennent ou pas des anti dépresseurs. Le Bupropion pourrait augmenter les pensées suicidaires ou les actions suicidaires chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes dans les premiers mois du traitement. Si vous souffrez déja de dépression ou d’une autre maladie mentale, prendre du Bupropion peut l’empirer, particulièrement dans les premiers mois du traitement.

Arrêtez immédiatement du prendre du Contrave / Mysimba et appelez votre médecin immédiatement si vous ou les membres de votre famille ont les symptomes suivants, surtout si ces symptomes sont nouveaux, s’ils empirent ou s’ils vous inquiétent : des pensées autour du suicide ou de la mort, des tentatives de suicide, de la dépression, de l’anxiété, de l’agitation, des attaques de panique, des problèmes de sommeil comme l’insomnie, de l’irritation, de l’agressivité, de la colère ou de la violence, de l’impulsivité dangereuse, une augmentation important de l’activité ou de la parole (état maniaque), ou d’autres changements inhabituels dans le comportement ou l’humeur.

Pendant que vous prenez du Contrave / Mysimba, vous ou les membres de votre familles doivent faire très attention à tout changement d’humeur, de mode de pensée, de sentiments, et continuer à en discuter avec votre médecin. Le Contrave / Mysimba n’a pas été étudié et n’est pas autorisé pour les enfants de moins de 18 ans.

 

Résumons :

Pour faire suer le lard, on nous propose donc de mélanger deux molécules dangereuses aux effets indésirables mortels et connus. On nous propose un médicament aux interactions multiples et parfois létales. On nous vend un nouvel Alli, un nouveau Médiator qui ne nous fera pas chier du beurre et qui ne nous trouera pas les valves du coeur, mais nous pendre. Peut-être qu’ils ont enfin trouvé un moyen de se débarasser des gros-ses, par suicide collectif sous Contrave / Mysimba.

3 responses so far

  1. Merci pour cet article très intéressant. Comme d’habitude j’apprécie beaucoup ta « plume ». Bonne continuation Daria.

  2. Il y aurait des trucs à redire et je te trouve un peu excessive dans tes conclusions, mais dans l’ensemble je suis d’accord avec toi. Je pense que ce « cocktail » ne doit être prescrit que dans les cas où l’obésité est une menace lourde et immédiate.
    Une recherche sur le vidal m’informe que le risque d’idées suicidaire lié à la naltrexone (contrave) est « rare ». Ca signifie moins de un patient sur 1000, je crois. Cela veut dire que lors de l’étude clinique, moins de un patient sur 1000 ont eu des idées suicidaires. Bref, ça arrive mais c’est pas fréquent. Il faut savoir que pour beaucoup d’antidépresseur, le risque est paradoxalement plus élevé (moins de 1 patient sur 100). D’un autre coté, quand l’antidépresseur est utilisé pour traiter justement une dépression lourde, le risque suicidaire est de 85%, suffisamment pour que ça vaille la peine, d’autant qu’un patient dépressif est assez surveillé pour ce genres de problèmes.
    Le piège du contrave serait que le patient ne s’attendrait pas à avoir des idées suicidaires, contrairement à un dépressif, et que si elles arrivent, il n’aura pas nécessairement le réflexe d’appeler tout de suite son médecin.
    Bref, je pense que je prendrais ce truc si mon obésité me menaçait à court terme et que ça empirait.

  3. Je suis assez d’accord sur un autre point. Il ne faut pas prendre ce médicament comme la pilule miracle qui fera maigrir toute seule. Je le considérerais plutôt comme un complément de traitement, de même qu’un antidépresseur n’a aucun intérêt sans traitement psychiatrique. Ou que prendre de la naltrexone dans un traitement contre une dépendance à l’alcool n’a aucun intérêt sans suivi.
    Si ma mémoire est bonne, cette molécule diminue les effets de « craving ». En français, pour l’alcool par exemple, elle ne coupe pas l’envie de boire, mais elle supprime la sensation qui fait que l’alcoolique qui a bu un premier verre a aussitôt une envie irrésistible d’en boire un deuxième, un troisième, etc. Dans le cadre de l’obésité, je pense que si l’effet est le même, l’objectif serait des effets type boulimique. De sentir un besoin irrésistible de finir un plat, de se remplir, de se gaver.

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