Make A Wish France – Discrimination psychophobe

Oct 08 2015

C’est l’histoire d’une bénévole dans une grande association à renommée internationale, Make A Wish, l’organisation qui réalise les rêves des enfants malades en leur offrant des voyages, des rencontres avec leurs idoles etc. C’est l’histoire d’une meuf qui va aider cette association pendant une année, sans rien attendre, qui va aller sur le terrain avec les enfants malades, qui va passer ses journées libres à faire de la paperasse dans les bureaux parisiens de l’association. C’est l’histoire de mon amie, qui a du coeur et envie d’en donner à ceux qui en ont besoin, et qui le fait pour rien, juste parce que c’est ce qu’elle croit juste. Au bout de cette année de travail, un poste se libère dans cette association, un petit CDD de remplacement, on lui fait comprendre qu’elle serait la bienvenue, elle postule, et décroche le contrat. Elle se fait accompagner par le Pôle Emploi pour disposer d’un contrat aidé, tout est balisé. Et puis mon amie a un accident de la vie, un truc moche et triste, qui la plonge dans un état dépressif, elle east hospitalisée. Elle culpabilise de faire faux bond à l’association, elle les tient au courant de son état, de son traitement, elle recevra des encouragements de la part de l’équipe. Ce n’est pas grave, ca arrive à tout le monde, voilà ce qu’on lui dit, personne ne t’en veux, reviens quand tu veux.

Alors mon amie se soigne, et elle va mieux, et elle reprend contact avec l’association. Un remplacement de congés maternité s’ouvre bientôt, on lui en parle naturellement, elle connait le travail, elle connait l’équipe, elle a déja passé avec brio un entretien, ca semble bien parti. Elle rencontre la personne à remplacer chez elle, dans le cadre privé, elle est rassurée, personne ne lui en veut d’avoir été malade, le passé c’est le passé. Elle postule, officiellement, elle passe des coups de fil, tout le monde est enthousiaste, on étudie avec plaisir sa candidature. Elle attend. On lui dit qu’on suspend le recrutement pour le moment. Et puis cet après-midi, coup de fil de la responsable RH. Mon amie ne sera pas reçue en entretien, on ne prendra pas en compte sa candidature. Parce qu’elle est malade mentale. Parce qu’elle est donc peu fiable. Parce qu’on ne peut pas lui faire confiance. Parce que les gens ne se sentent pas à l’aise de travailler avec quelqu’un qui a connu un épisode dépressif. Comme ca, de but en blanc, un coup de fil assassin, pas toi, tu n’es plus digne de notre intêret. Il faut qu’on reprenne à 0, voilà ce qu’on lui dit, tu dois faire les preuves de ton équilibre, tu dois nous montrer que tu vas bien. Mais tu peux quand même travailler pour nous gratuitement, venir bénévolement, on a des urgences d’ailleurs. Mais pour te payer, ah non. On ne paye pas les malades. On en veut pas dans l’équipe.

Je voudrais dire que je suis étonnée, mais je ne le suis pas. C’est la discrimination. C’est de la psychophobie. Réduire quelqu’un à sa maladie mentale, s’en servir contre elle, balayer d’un coup de fil tous les efforts et toutes les compétences d’une personne, à cause d’un accident de la vie. On alimente tranquillement les clichés autour de la maladie mentale. Nous serions, nous les malades, des incompétent-es, des gens peu stables, des menteurs, des resquilleurs, des affabulateurs, comment embaucher quelqu’un de malade ? Nous ne sommes pas des battant-es, de vaillant-es cancéreu-ses qui défient la mort. Nous sommes des malades dont on a peur, et qu’on éloigne des autres. Des gens qui doivent sans cesse faire leurs preuves, prouver qu’ils vont bien. Pourtant un employeur n’est pas psychiatre, n’est pas médecin du travail. Il n’est pas là pour juger de notre ré-adaptation à la société, il n’a pas à juger de notre santé mentale. Il doit évaluer nos compétences pour une tâche donnée, et nos aptitudes à nous adapter à une équipe, à une organisation de travail. Mon amie est en guérison, elle va mieux, tout son entourage médical l’encourage à retrouver du travail. Mais Make A Wish sait mieux qu’eux. Make A Wish France ne s’embarasse pas de lois, de la HALDE, ou d’autres pinettes, l’association se veut « franche et honnête ». On ne travaille pas avec les gens qui ont subi une maladie mentale. Bam. Mais on veut bien qu’ils viennent faire des photocopies et du café gratos. Ca, ca passe.

Je voulais écrire ceci pour soutenir mon amie. Pour dénoncer la psychophobie. Pour expliquer pourquoi il est encore aujourd’hui difficile d’assumer ouvertement nos maladies mentales, quelques soient leur degrés d’handicap dans nos vies. Parce que des employeurs, des soignants, des proches, des institutions, nous font payer le prix de nos défaillances chimiques. Parce que qu’un schizophrène est un meurtrier dans tous les titres de la presse. Parce qu’une dépressive est quelqu’un de nocif pour Make A Wish. Parce qu’une bipolaire est ingérable, pas facile à manager dans une entreprise. Nos maladies ne se voient pas, elles ne s’expriment souvent qu’en temps de crise. Nous survivons le reste du temps pourtant. Nous nous battons, contre nous et contre vous. Et nous allons bien, souvent. Nous travaillons, nous contribuons à la société, nous aimons, nous militons, nous vivons. Et vous n’avez pas le droit de nous en empêcher à cause de votre ignorance et de vos préjugés.

14 responses so far

  1. Choquant, étant infirmier psy, je ne peux que condamner ce genre de pratique. La pathologie mentale se traite, et même très bien aujourd’hui, la connerie en revanche …
    Merci d’avoir relaté l’histoire de ton amie.

  2. Merci pour ce billet.
    Merci pour cette superbe conclusion.

  3. Je suis pas tellement surpris, mais je tiens à dire, par rapport à la conclusion, qu’on a pas à contribuer à la société pour avoir de la valeur, pour avoir droit à tout ce dont on a besoin, ou pour ne pas être discriminé.

  4. ça ne m’étonne malheureusement pas…. la question psy fait peur, on te juge, on pense que tu t’écoutes trop …. et que ce que ton amie vit niveau boulot, on peut aussi le vivre au niveau de la loi… le père de mes enfants a attaqué sur le terrain psy face au juge pour la garde de nos enfants … On a eu un passé avec des deuils, des accidents de la vie, ensemble … et il a attaqué à dire que du fait de ce passé, j’étais restée fragile, et donc incompétente, dangereuse pour nos enfants ! Ceci dit avec l’appui d’une proche à lui, infirmière psy qui m’a délivré un véritable bilan psy, rien à faire qu’elle soit mon ex belle mère, rien à faire qu’elle soit partit pris, rien à faire qu’elle ne soit ni psychiatre, ni psychologue…. sa parole a été écouté, mes enfants m’ont été retirés ! La salissure d’être traitée comme une personne méritant moins de droits, devoir me battre, me justifier pour faire entendre que non, ce qu’il dit est faux, que c’est son point de vue… et que quand bien même je vivais une dépression, ça n’avait pas à entrer dans notre combat pour la garde de nos enfants du fait que ça n’avait pas d’incidence sur mon éducation et mon amour pour eux … J’ai mis un an à récupérer la garde de mes deux amours. Un an à subir insultes, dénigrement, agressions psy à tout va (« mais tu vois bien que tu vas mal voyons, tout le monde le sait que …. » … les techniques de manipulations sont bonnes pour celui qui veut écraser l’autre !), agressions physiques aussi, même si légères, me faire agresser sur le trottoir par mon ex ou sa compagne, voir ma fille se plaindre que « j’ai mal car papa m’a fait mal ! » …. ça marque une vie …. Une putain d’année à prouver devant des professionnels que je suis saine, alors que ça n’est pas moi qui devrait prouver que je vais bien, c’est lui qui devrait prouver que je vais mal ! Bref, maintenant ça va, mes enfants vivent avec moi …. mais difficile de sortir de ce mal qui a été envoyé, de se dire que si ça a été possible une fois, pourquoi pas deux ? mais il n’y arrivera pas… chat échaudé … Ces gens qui jugent, qui pensent savoir sans savoir sont dangereux car s’estiment au dessus de la réalité de la personne concernée….

    merci pour ce billet !

  5. Merci.
    C’est déjà tellement compliqué d’expliquer à l’entourage que ce n’est pas une question de volonté…

  6. D’un autre côté, ça vient peut-être seulement de la RH. Tu sais, ces petites bêtes un peu trop à l’étroit dans leur chemisier pour réfléchir de façon posée. Elle aurait peut-être juste besoin d’être libérée de son carcan de tissu, pour lui rafraîchir les idées, non?

  7. La peur est mauvaise conseillère
    Et l’ignorance, sa mère

  8. Je vis un peu la même situation, merci pour ce témoignage.

  9. Merci pour cet article qui arrive juste au moment où j’entame ma psychothérapie. Après avoir joué les chevaliers blancs défenseurs des opprimés je me retrouve incapable de travailler. Rongée par un mal inconnu, j’ai décidé de mettre de côté mes ambitions professionnelles dans lesquelles je ne me retrouve plus. Je suis assaillie par des centaines de questions dont celle-là : « est-ce que j’aurais envie de retravailler un jour ? en serais-je capable ? et surtout, cela sera t-il possible ? »

  10. j’ai connu pareil avec l’association « habitat et humanisme » avec qui j’avais évoqué un état psychotique survenu en 1976…et c’était un poste en mécénat avec Orange, en temps partiel pour ce 1er semestre 2015….

  11. Pour le coup, ça pourrait être intéressant d’avoir une réponse de Make a Wish, parce qu’avec 6 salariès et 2 stagiaires (cf. http://www.makeawishfrance.org/engagement-benevole.php), je doute qu’on soit dans le contexte d’une grosse boîte avec des RH coincés qui sont « trop à l’étroit dans leur chemisier pour réfléchir de façon posée »

    Je dois dire que de base, j’imagine pas des gens qui travaillent avec des moyens limités en asso fonctionner comme les grosses entreprises froides et violentes. Ce qui ne veut pas dire que les assos sont forcément des gentils (qu’on ne me çasse pas dire que ce je n’ai pas dit).

    Dans tous les cas, la question du deux poids, deux mesures entre les maladies mentales et physiques est clairement trop peu soulevée, merci d’en parler donc.

  12. Ressources *HUMAINES*

    Un RH qui ne prend pas en compte la dimension *HUMAINE* et variable dans chaque cas, et pose des régles général mécanique est un misérable incompétent. Et/ou paresseux.

  13. (note parce qu’en relisant c’est ambigu : l’échec misérable c’est de dire « pas de postes pour les gens qui ont eu une affliction », pas de prendre en compte qu’elle en a eu une – on pourrait imaginer que les RHs prennent des précautions pour éviter un retour de dépression, et/ou demande leurs avis aux anciens collégues)

  14. Si une association comme Make a wish fait de la discrimination, il y a vraiment encore beaucoup de travail à faire, Pensées à ton amie.

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