Jour 0

Sep 28 2016

Ca se finit sous la pluie, bien sûr. Avec les yeux mouillés et le trottoir pareil. Ca se finit bêtement, avec un silence si lourd que même la ville se tait. Ca se finit dans tes yeux aussi secs que les miens sont humides. Je ne sais pas comment tu fais. Moi je pleure, et je sanglote, je cherche mon souffle à travers l’eau, je suis en apnée, pendue à tes lèvres qui ne veulent plus m’embrasser. Ça pourrait être romantique si ça n’était pas la tragédie ordinaire, la même que pour des milliers d’autres, les mêmes mots, les mêmes serments, les mêmes nuits. Jamais rien d’ordinaire avec toi, jamais rien de commun, j’aime ton bruit beaucoup plus que ton silence, j’aime tes soubresauts nerveux, tes tics, tes colères. Je déteste ce silence et tes yeux qui se posent dans les miens, tu joues bien le froid.

Il m’a fallu trois chansons pour tomber amoureuse de toi. J’ai le coeur difficile pourtant. Un peu blindé. Pas bien aménagé. Mais pour toi j’ai trouvé de la place, sans rien casser, sans rien abîmer. Tu es venu vite, fort, te lover dans ma poitrine, dès nos premiers échanges, dès ton premier baiser. Je n’ai pensé qu’à toi. Avant pendant après. Obsédée. Accrochée à mon téléphone. Je décrypte tes messages, je me demande ce que tu veux, je m’imagine t’apprivoiser. J’ai cru, un soir, y arriver. Un moment, tu t’es laissé approcher, vraiment. Mais tu repartais te cacher, derrière ton masque blindé. J’aime ton masque, et si tu choisis de le porter, je l’aime d’autant plus qu’il te protège, qu’il te permet d’encaisser. Je voudrais t’envelopper de moi, mais tu n’en as pas besoin. Tu es superbe. Tu es entier. Tu es incroyable de milliers de détails que je note pour mieux m’en souvenir. Ta façon de tenir ton verre, ta façon de plaire à tout le monde, ton culot, ta manière de plier là couverture, tes yeux quand tu fais une photo, ta rage quand tu parles, ta pudeur aussi, tes histoires, ta manière d’aimer le plus petit ou le plus laid par principe, ta lumière particulière sur le monde, ton prisme, toi, en entier.

Tout va s’arranger.

Je ne sais pas comment je rentre. Il pleut fort. Je ne me retiens pas pour pleurer. Les bruits des moteurs cachent les bruits de ma gorge. Je suis trempée. Les larmes, la morve, la pluie, la Seine, pourquoi je m’en vais, pourquoi je te laisse, pourquoi je ne t’attends pas, la, sous la pluie. Je voudrais que tu viennes me chercher, dans ma tête, c’est joli. La réalité est plus grise, Paris n’est pas jolie ce soir, elle degueule de voitures pressées et de piétons agacés, tu ne viendras pas me chercher. Je me raconte cette histoire sur le chemin, ça me réchauffe un peu, je n’y crois pas mais ce n’est pas grave. Ça ne compte pas, c’est juste une comptine que je me répète pour me bercer, tu vas venir, tout va s’arranger, tu vas me retrouver, tout va changer. Tout va s’arranger ? Je sais bien pourquoi tu me quittes. Je ne t’en veux pas. Je m’en veux. A moi, à tout le monde. Pas à toi. Tu me quittes c’est terrible. Il y a une heure encore tu ne me quittais pas, et je n’avais même pas compris que cela soit une possibilité. Je suis bête. Je crois fort aux jolies choses, aux belles histoires, mêmes les plus mal barrées. Tout partait mal. Tout partait fort. Tout allait bien. Et puis plus rien. Ni tes bras ni ton sourire ni ta chaleur ni ton odeur ni tes mots ni tes lèvres qui se tordent. Rien. Tu ne seras plus jamais celui que tu étais il y a une heure. C’est une loi physique. Cet état la disparaît. Il se transforme. Rien ne se perd. Sauf nous.

Tu ne viendras pas.

3 responses so far

  1. C’est tellement beau. Ton écriture me donne des frissons.
    Merci c’était magnifique.

  2. Comme souvent quand tu abordes ce genre de sujets, j’hésite entre applaudir et te serrer fort. Fiction ou réalité, c’est ton grand talent à toi de savoir raconter des souffrances anciennes même dans un bonheur présent. Tu es une sorte de théorie de la relativité littéraire. Du coup je fais les deux, j’applaudis de talent de peindre les situations, les émotions comme nous sommes si nombreux à le vivre en dedans. Et je te serre fort contre mon cœur, parce que je t’aime et que cette souffrance que tu racontes, qu’elle soit présente ou passée, elle est réelle. Je t’embrasse Daria.

  3. Je vis la même chose, c’est fini. Je me tue en restant dans mon lit.

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