Quand elle veut

Mar 29 2018

Quand t’as comme moi les neurones un peu tordues, la nuit vient quand elle veut, ton cerveau n’obéit pas à la lumière ou à l’horloge, la nuit tombe d’un coup, par surprise et t’as pas le choix. En ce moment la nuit tombe plusieurs fois par jour, parfois juste une seconde, quand je marche, quand je roule, mon coeur s’arrête et la nuit descend. Je voudrais bien les dormir, ces secondes mortes, mais je ne peux pas m’allonger, sur le bitume, je ne peux pas arrêter le jour des autres pour me laisser ma nuit. Alors je fais semblant, et quelques mètres plus loin, la vie reprend. Il y a ce suspens que je ne m’explique pas, la certitude que tout s’arrête là. C’est vite, c’est fugace, ca ne ressemble à rien que je ne connaisse déja, mon corps exprime l’angoisse de manière poétique, parfois des crampes, parfois des obsessions, souvent des heures blanches passées à tourner en rond autour d’un minuscule rien. En ce moment c’est le rideau qui tombe, le grand néant, l’impression que je ne bougerai plus jamais, que je vais rester plantée, germer, pourrir, mourir.

Il y a l’insomnie aussi. Plus je vieillis plus le sommeil se planque. Je le cherche à des heures étranges, comme pour le surprendre. L’idée de m’endormir m’est insupportable. Fermer les yeux. Et après. J’ai les idées qui s’échappent de mes oreilles, les souvenirs qui me crévent les yeux, ca déborde de partout, les draps tâchés de vieux mensonges, les cheveux trempés à la sueur de mes échecs, je ressasse, je me noie. Il y a la voix des autres, celles là font taire les miennes, des milliers d’heures de podcast sur tout et rien, faut que ca parle, faut que ca vive, il me faut du bruit et de la lumière pour conjurer mon petit trou de néant, repeindre sur la rouille, cacher la misère de ma vie intérieure triste. Il est loin le temps des grands projets et des envolées lyriques, celui des prières même s’éloigne, je reste seule et vous tournez autour de moi. Je me sens étrangement proche des autres quand ils sont loin, et si seule quand ils sont là. Tout devient vivable quand je fais seule le scenario des conversations, les voix et les sous-titres, la vraie vie c’est l’imprévu, la honte de dire quelque chose qu’il ne faudrait pas, la peur de disparaître devant toutes ces meufs bien mieux que moi.

Je vais finir par réussir à rassembler mes calendriers à celui des vivants, cela revient à chaque fois, après quelques nuits blanches, après quelques siestes aux horaires débiles, je vais me caler à la réalité, pas le choix. Il faut que je m’écroule, c’est le même mécanisme, il faut que je m’assomme, arrêter de vivre mes nuits comme des rébellions intimes, comme des mutineries à l’ordre établi, je m’abîme. Je n’écris pas mieux la nuit, je n’y fais pas mieux les carreaux ou la lessive, je ne gagne rien à m’expatrier au delà de 2 du mat’, rien ne s’y passe. Je voudrais gober un truc, mais je n’y arrive pas, j’en ai plein les placards, des pilules en pam, des gélules en zam, je n’aime pas ca. Moi ce que j’aime c’est boire un verre de trop au déjeuner et m’endormir les fenêtres ouvertes en vacances, j’aime ronfler après l’amour, j’aime me réveiller un livre planté au bout du nez. Et je vais y parvenir. C’est juste un cycle, encore, une histoire d’humeurs. Résister à l’envie de faire rebondir mon crâne contre les murs pour y arriver.

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