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Histoire de la grosse bite à travers les Âges

déc 11 2011 Published by under fiction

Dans l’immensité des expériences que nous offre cette chienne de pute de vie, à travers les naissances, les premiers emplois, les ratés conjugaux, les lettres d’huissiers et les tartines qui tombent toujours du côté beurré, il y a quand même quelque chose qu’on ne nous enlèvera pas, quelque chose qui n’appartient qu’à nous, ce moment magique et singulier où tu t’aperçois que ton amant a une grosse bite. Je ne parle pas de la bite moyen-plus, celle qu’on croise relativement régulièrement au rayon surgelés de supermarchés, celle qu’on feint d’adorer en la frottant délicatement contre notre joue, non, vraiment la grosse bite, celle qui ressemble au déodorant FA de tes 15 ans, celui là même que tu utilisais pour te dévirginiser tranquillement pendant la sieste de Papa et Maman. Un morceau de bidoche énorme, mini roti sans filet, aussi large en bas qu’en haut, long comme un saucisson sec, et dur comme une dent de bébé requin, voilà le portrait de la queue qui t’extirpe à chaque fois ce soupir-sourire de contentement lorsque tu la découvres pour la première fois attachée à quelqu’un. D’ailleurs parlons en de ce quelqu’un : il arrive que par un coup du destin, cette pute donc, on se retrouve à bécoter de façon déshabillée un type pas franchement jojo, pas franchement ta came, mais par désœuvrement, par alcoolémie avancée ou par sens du service à l’humanité, tu décides quand même de te le taper. Le genre de mec que tu embrasses pas trop parce qu’il pue un peu de la gueule, mais qui fait bien la grande cuillère quand t’as besoin de souffler trois minutes dans les bras d’un individu, n’importe lequel. Bref, imaginons ce Marcel Quidam, et offrons lui par le plus grand des miracles une bite énorme. Génie ! Folie ! Marcel gagne immédiatement +5 points dans l’échelle de l’intêret. On pourra rapporter aux copines avec la syntaxe suivante : « Marcel ? ouais je sais il est pas terrible, mais quand tu vois sa bite, franchement, tu comprends tout quoi ».

On comprend tout, on comprend rien, mais on sait que la grosse bite est un atout. Il convient maintenant de préciser qu’un connard à la queue bouffie qui s’en servirait comme d’un marteau piqueur dans notre pudding intérieur serait malvenu. A gros engin, grosse responsabilité. Essayez donc de vous faire pilonner en levrette pendant 28 minutes par une bouteille d’Evian format Sport, et revenez ici nous donner vos impressions. C’est pas terrible, ca fait mal, voir même ca blesse, ca crevasse et ca fissure, ca assèche le fondement et ca nous demande de nous cracher sur les doigts en rythme pour subvenir à nos besoins de lubrification. C’est donc très pénible et pas du tout jouissif. On ne pourra même pas prétendre s’adonner à une fellation endiablée pour calmer les velléités de terrassement de notre ami bien monté : la grosse bite ne rentre en effet pas dans ta bouche. Il te faut prendre des pauses de PornStar fatiguée, de côté, par en dessous, par dessus, en rond, pour l’appréhender avec comme résultat final la certitude d’avoir complètement oublié comment on sucait. La grosse bite a cela d’infantilisant : comme on ne la croise pas tous les quatre matins, on perd parfois l’habitude et l’entraînement nécessaire à son utilisation optimale. On fait de notre mieux sous le regard compréhensif du mâle, qui bien conscient de son priape argument, devra se résigner à se faire sucer du bout de la langue tout au long de sa vie, à moins d’employer un succédané plastique ou de louer les services d’une professionnelle. On se consacre alors étrangement plus facilement aux testicules, grandes oubliées des ébats avec les sexes de taille normale, car elles nous semblent soudain de taille parfaite, c’est à dire, qu’elles ont au moins, ELLES, la décence de rentrer en entier dans notre gosier. Une fois ces détails d’échelles, de centimètres et de coudées réglés, il vous faut ensuite définir les paramètres de votre servitude à la déesse Bite : êtes vous prête à utiliser des moulages en plastique afin de préparer votre orifice anal à une pénétration ? C’est laid mais c’est pourtant fort pratique : pour un rdv à 21H, commencez dès 15h à expliquer à votre anus qu’il va être perforé en tous points, et du carotte à la courgette, de Charybde en Scylla, détendez en toute simplicité votre musculature puissante. Parce que toutes les langues et tous les doigts du monde ne suffiront pas, vous le savez comme moi.

Si la grosse bite est insucable et inbaisable par le commun des mortels, il reste tout de même de charmants spécimens pédagogues et spécialistes attachés à ces appendices. Et puis la queue énorme surprise dans le caleçon de l’ami de l’après-midi, c’est un peu comme trouver un billet de 20 euros dans le caniveau, du chocolat de marque dans les pochettes surprises pour garçons de chez LIDDL, ou une tête de beu dans ton paquet d’Amsterdamer ca tient de la légende urbaine. Et quand ca t’arrive plusieurs fois de suite, tu penses tout de suite à la Perfect Week : 7 jours, 7 queues énormes, un seul challenge, en sortir sans mycoses et sans brûlures au 3ème degrés au genoux. Dans l’euphorie de l’enchaînement, tu repenses bien sur avec nostalgie à toutes les bites normales que tu as aimé avant, tu les serres contre ton imaginaire coeur comme un bouquet de fleur séché acheté sur un marché en Provence après les vacances, tu sais que tu y reviendras, parce qu’elles sont fidèles, travailleuses, loyales, mais comme une connasse, tu préfères croire à ta chance, et tu rachètes un paquet de Manix XXL, avec un sourire complice de la pharmacienne, et la musique de Rocky dans les oreilles.

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Sodomie de couple

oct 17 2011 Published by under fiction

Les hommes veulent tous t’enculer mais passent tous par des chemins de merde pour te l’imposer. C’est normal maintenant, c’est comme ca que ca se passe, ton trou du cul en libre service, et si t’es pas contente tu passes pour une coincée, une lourde, une paumée. Tu la prendras bien profond, au moins une fois tous les deux mois, pour rappeler à Jean Maurice qu’il a pris la bonne option en se casant avec toi plutôt qu’avec Sophie de la compta, tu offres ton cul comme un sacrifice obligatoire, c’est rien d’autre que les impôts conjugaux, ferme les yeux, pousse un peu, pense à autre chose et surtout ferme là, dans quelques minutes, dans quelques secondes, il va hurler comme une merde liquéfiée et se retirer sans faire attention, te passer une main sur le cul comme une bonne jument travailleuse, et aller se laver la bite dans le lavabo de la cuisine. Et toi t’es là, le cul ouvert, les dents crispées, la trace de bave sur l’oreiller froissé, t’as payé ta dette ma bonne conne, tu t’es laissée faire, t’as gagné la paix pour quelques semaines, avant que ses doigts boudinés ne viennent te signifier que tes vacances anales sont terminées.

Bien sur t’as essayé d’aimer ca, d’abord pour faire plaisir, comme dans une pub pour le chocolat à la fête des mères, t’avais envie de lui faire ce petit cadeau, cette petite fantaisie, toi la nana qui se tord le ventre quand elle chie, t’avais envie d’être la reine du paddock, la princesse de ses nuits, et puis il en voulait, tu le savais, tu sentais son ventre contre tes fesses en levrette, et cette manie de poser son sexe juste là, juste là où il ne faut pas, comme si tu ne savais pas ce qui pouvait se passer si tu bougeais, si tu reculais. Les premières fois, t’avais envie, y’avait ce truc un peu dingue, cette envie d’être remplie, pas tellement la douleur d’abord, juste après, une fois que tu avais joui, la crampe, la brûlure, le dégoût, et l’autre derrière qui continue, qui s’active et qui se donne comme à un grand prix, des coups de reins qui se transforment en coups de battes, tu râles, il se calme, tu te tortilles, il insiste, tu te couches, il grogne, tu te retournes, il débande. Il faudrait lui dire, lui expliquer, mais on est cons avec les mots du sexe, surtout quand on veut faire kiffer, et puis tu voudrais qu’il devine, qu’il sente quand tu te resserres et quand tu n’en peux plus, qu’il écoute la différence entre un cri et un soupir, qu’il fasse attention à ce qui entoure ton trou du cul pendant qu’il te baise, si c’est possible.

Et puis y’a son regard. Ses yeux mouillés de chien triste quand tu lui annonces que vraiment, tu ne peux pas. Sa manière pathétique de jouer avec ses spaghettis dans son assiette, comme si tu venais de lui annoncer qu’on t’amputait des nichons demain, qu’on devait buter le chien. Plus jamais ?  Et si moi j’arrêtais de te bouffer la chatte ? Tu sais pas quoi répondre, parce que jamais c’est long quand même, et que tu as de plus en plus de mal à supporter le crissement du métal sur l’assiette en verre, t’as envie de te lever, d’aller prendre un bain, de lui gueuler d’aller enculer des putes si ca va tellement lui manquer, mais tu dis rien. Tu la fermes. Parce que le couple c’est regarder ensemble dans la même direction. T’essaie bien de lui proposer de se faire empapaouter lui même, une banane, un concombre, pour détendre l’atmosphère. Mais toujours sa mine déconfite de gamin déçu devant le magasin de jouet fermé. Alors tu dis qu’on verra. Qu’il faudra bien te préparer. Qu’il faudra être gentil. Tu lui donnes un sucre. Il remue la queue. Tout est parfait.

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Porn for Ladies

oct 11 2011 Published by under fiction

Je l’ai rencontré sur Internet, une nuit d’ennui. Une de ces nuits où tu sens les muscles de ta chatte se contracter seuls, juste en pensant à une queue qui vient te pénétrer, à une langue qui passe entre tes fesses, aux allers-retours de son sexe dans ta bouche, compression de ses hanches contre ton visage, ta salive qui coule le long de ta gorge, abandon total de tes réfléxes raisonnables aux fantasmes qui refusent d’arrêter de te hanter. Je n’en pouvais plus. J’avais tout fait, pris un bain trop chaud, brûlé mon sexe avec le jet puissant de la douche, craché dans mes doigts pour continuer à me masturber après l’orgasme, comme si rien ne suffisait plus, comme si seule une queue inconnue pouvait venir me calmer. Le seul problème, c’est la fidélité de corps à laquelle je me suis attachée, impossible de céder à cette impulsion un peu dingue de me laisser baiser par n’importe quel mec, verrou invisible posé par la promesse faite à mon compagnon, loin de s’imaginer que sa petite amie se torture l’esprit avec les images stroboscopiques de queues énormes, de torrents de spermes, de cris et d’insultes, les jambes en coton, le cerveau obsédé.

Il me plaisait. Ses photos, ses mots, tout me donnait envie de me livrer à lui. Je lui ai donc proposé le jeu suivant : me masturber devant lui, jusqu’à la jouissance. Il a le droit de se masturber lui aussi, de me parler, de m’insulter, mais pas de me toucher. Je ne veux pas l’embrasser, même pas sur la joue, je ne veux pas le connaître, je ne veux pas du goût de sa queue et de l’odeur de son cou. Je veux juste jouer avec lui, lui offrir mes cuisses ouvertes, mes seins qui se tordent sous mes doigts crispés, mes cris, je veux jouir du spectacle de sa queue, et penser pendant quelques minutes que tout peut arriver, me rendre chienne devant un inconnu, soulever mon bassin et creuser mon déhanché. Le regard des inconnus que je croise dans la rue, qui me déshabillent, qui posent les yeux sur ma poitrine ou sur mes genoux découverts ne me suffit plus. Je veux aller plus loin, allumer et éteindre, faire venir cet homme sans le toucher, regarder son sexe gonfler, enfoncer mes doigts tout au fond de ma chatte sous son regard étonné. Par un hasard heureux, il travaille dans le même quartier que moi, c’est parfait. Demain, à l’heure du déjeuner, j’irai me déshabiller dans une chambre d’hotel. Un sms avec le numéro de la chambre, la porte entre-ouverte, je l’attendrai.

Je ne pense plus qu’à notre scénario. Toute la matinée au bureau, j’enchaîne les cafés et les cigarettes, je fais les cent pas sur le trottoir devant mon entreprise pour me calmer, plus que quelques heures, plus que quelques minutes, est-ce qu’il va venir, est-ce que je suis folle, est-ce que je vais me faire violer, voler, frapper, je suis passée ce matin en arrivant à la réception du petit hotel pour touriste juste à côté, la clé de la chambre 114 brûle au fond mon sac, j’ai l’impression que tout le monde sait, que tout le monde a deviné, que je suis une femme de mauvaise vie, que mon sexe est à vif de l’avoir trop malmené, j’ai l’impression de sentir le sexe, de n’être plus qu’un animal, de ne plus pouvoir réfléchir, plus rien ne retient mon attention, je me retiens à peine de courir me toucher dans les toilettes. Je suis pire que ces hommes accros à la masturbation dont on lit les témoignages pathétiques sur Internet, j’ai honte, j’ai envie, je ne sais plus quoi faire, je ne sais pas comment je vais réussir à parcourir les quelques mètres qui me séparent de l’hôtel.

Midi et demi, enfin. Je refuse les propositions de mes collègues de partager leurs salades, j’ai tellement mieux à faire. Je dévale les escaliers, j’ai l’impression de courir, je marche pourtant seulement, je me demande ce qu’on va penser de moi, une femme seule qui rentre dans le hall d’un hotel à l’heure du déjeuner, je hoche la tête au “Bonjour” du réceptionniste, je cherche l’ascenseur des yeux, ma tête tourne un peu. La cabine est recouverte de moquette, j’appuie sur le deuxième étage, les portes se referment, je ne peux plus faire marche arrière, j’envoie le SMS, “chambre 114 dans un quart d’heure, ne sois pas en retard”. L’ascenseur sonne et me libère, à gauche dans le couloir, quelques pas, la clé dans le lecteur de carte, mon portable vibre dans ma poche “J’y serai”. Je suis en pilote automatique, je cale un cendrier dans l’ouverture de la porte pour la laisser libre d’accès, j’envoie mon sac, mon manteau et mon écharpe valdinguer sur le fauteuil près de la fenêtre, je ferme les rideaux, semi-obscurité, mes vêtements tombent un à un, je suis seule, nue, haletante, dans cette chambre anonyme. Dehors, un bus passe, une voiture klaxonne, il est en chemin, il arrive, je le sens.

Je tasse les deux oreillers dans une masse informe au milieu du lit, je détache mes cheveux, j’enlève ma montre et mon bracelet, et je m’installe. Tête haute, maintenue, jambes écartés, mes yeux s’arrêtent sur mes mollets, pas un poil, mes pieds sont vernis, les marques de ma culotte commencent à disparaître, je suis prête. Je crache dans ma main, et dépose ma salive froide à l’entrée de mon vagin, je l’étale ensuite avec ma main sur toute ma chatte, je descends jusqu’à mes fesses, je veux être parfaitement mouillée, parfaitement préparée. Sur la table de nuit, mon portable vibre “Je suis là”. Je ferme les yeux et je commence à écarter mes lèvres en grand de la main gauche, il ne manquera rien du spectacle promis. De la main droite, mon index s’active sur mon clitoris déjà gonflé, mes genoux se replient, mon bassin avance sur le couvre lit damassé. Des pas dans le couloir, mon coeur va exploser. La lumière s’éteint dans la chambre, il fait presque noir, la porte grince, il est entré.

Il est comme tous ces hommes qui travaillent dans un bureau. Costume sombre, chemise blanche, cravate rose claire, pardessus noir, chaussures cirées. Brun, mal rasé, pas très grand peut-être, mais il correspond bien à ce que j’avais imaginé. Il ne dit rien, il ne me salue pas, c’était dans nos règles, le moins de contact possible, ne rien échanger. Il se place au pied du lit, debout, face à moi, face à ma chatte et à mes doigts. Il enlève d’un geste son manteau qu’il balance sur le bureau. Il ne se deshabille pas, il se contente d’ouvrir sa braguette et de sortir sa queue de son caleçon. Je le trouve presque ridicule, tout habillé mais la bite à l’air, comme un gamin pris en flagrant délit par sa mère. Je n’ai pas le temps de continuer à me moquer de lui.

- “Ferme les yeux maintenant, et branle toi, salope. Fais moi voir comment tu t’occupes de ta chatte, rentre tes doigts tout au fond. Fais moi bander, sale pute, tu es là pour ca non ?”

Il a compris ce que j’attendais de lui. La tentation de jouir tout de suite est forte, juste en l’entendant parler, en entendant ces mots interdits, je me retiens, je veux le voir se masturber, je veux profiter du spectacle moi aussi. J’enfonce deux doigts, profondément, je sens ma chatte dégouliner, j’avais oublié à quel point je pouvais mouiller, les bruits de succion sont grotesques, à chaque va et vient de mes doigts, on entend mon sexe qui se rebelle, j’ouvre les yeux et je le vois, sa bite est énorme dans ses doigts trop fins, il la serre fort, il se branle rapidement, presque violemment, son gland est presque noir, de tout ce sang qui s’accumule, de tout ce désir, de cette situation folle que nous nous faisons vivre. Je vois ses yeux se poser sur mes seins, sur ma chatte, sur mon cul, slalom infernal entre ces trois points cardinaux, il me regarde pas dans les yeux, trop obnubilé par le spectacle indécent de mes cuisses qui n’en finissent pas de s’offrir, de mon corps qui vibre tout entier sous les assauts répétés de mes doigts énervés.

 

 

- “Branle toi le clito. Et le cul. Et crie, ma pute, je veux que tout le monde t’entende te frotter, te faire plaisir, je veux que tout l’hotel sache à quel point tu es une petite salope qui vient se faire baiser à l’heure du déjeuner”

Je passe un bras sous mes fesses pour atteindre mon cul, il est noyé sous ma cyprine, je n’ai pas de mal à y enfoncer un doigt entier, le plaisir est incroyable, je suis humiliée mais je contrôle la situation, je n’ai pas peur de cet homme qui m’insulte, je me sers de lui et de sa bouche pour vivre mon fantasme, mon envie, il n’est qu’un jouet dont je tire les ficelles au rythme de mes doigts. Ma main droite rejoint mon clitoris, tout devient flou, critique, la pression est trop forte, mes épaules se relâchent, je me sens partir, j’ouvre les yeux pour me ressaisir, je l’aperçois lui aussi, tout au bord, le visage crispé, les yeux fermés, la mâchoire comme démantibulée, son sexe remonté jusqu’au nombril, une tâche de liquide sur sa chemise, une main derrière le cou, comme pour se soutenir, l’autre sur sa queue, toujours aussi rapide. Je ne suis pas une crieuse, mais je veux lui faire plaisir, je me mets à gémir, de plus en plus fort, des râles rauques, des petits cris aigus, je me joue de son envie, j’en rajoute, je jubile. Mon clitoris est énorme, mes doigts ne glissent plus, je crache à nouveau dans ma paume, et recommence, mouvements sinueux et circulaires pour éviter de jouir trop vite.

- “Tu vas jouir ma pute. Je vais compter jusqu’à 3 et tu vas jouir. Tu as compris ? Tu vas jouir quand je vais le décider, pas avant, pas après.”

1

Je vais jouir immédiatement, c’est trop difficile, je peux plus me retenir, mes doigts s’emballent, tout mon corps se soulève, mes yeux l’implorent d’accélérer le décompte, je ne peux pas continuer, c’est cruel, je l’adore, mon cul est ouvert, j’enfonce un second doigt, je crie au passage d’une phalange, je ne suis plus qu’une chatte, je ne suis plus qu’un cul, je veux qu’on me finisse.

2

Je me mets à penser à sa queue, et si je cassais ma promesse, et si je craquais. J’ai tellement envie d’être remplie, d’être possédée, d’être pleine de lui. Peut-être pas sa queue, je ne pourrai pas, mais seulement ses doigts alors, ses quatre doigts dans ma chatte pendant que je m’occupe de mon cul, ce serait tellement bon, j’ouvre la bouche pour parler mais rien ne sort, je sais que je ne dois pas lui demander, je ne sais pas comment il le prendrait, casser les règles, se foutre de tout, se laisser aller.

- “Je vais jouir, tu l’as bien cherché, tu es vraiment incroyable, je ne pensais pas que tu irais jusqu’au bout, tu es une pute parfaite …”

3

J’ouvre les yeux juste à temps pour le voir éjaculer. Le premier jet de son foutre vient se poser sur ma cuisse, c’est trop, je jouis moi aussi, je sens le liquide sortir de ma chatte par vagues, les draps se mouiller, je jouis d’avoir réussi à me contrôler, je jouis de sa queue qui se vide sur le couvre lit, de ses yeux révulsés. Je jouis par décharges électriques énormes, mes pieds convulsent, mon cul se referme brutalement sur mes doigts, c’est fini.

Se doigts repoussent sa queue dans son pantalon. Il referme sa braguette, attrape son manteau, ne prend pas le temps de le mettre. La porte claque. Il est 13h15.

 

(As seen on Porn For Ladies en Février)

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Take me home

août 07 2011 Published by under fiction

Il a dit, on rentre à la maison. Et moi je ne savais pas. Et je ne comprenais pas. Il a dit, on rentre, c’est fini, c’est bon, tout ca ne sert à rien, partons maintenant, viens avec moi, prends ma main, ne la lâche pas. Et moi je restais sur mes pieds, aussi droite que possible, les épaules comme des cintres, toujours tirées vers le plafond, comme si l’air m’aimantait. Et mes pieds s’enfonçaient dans le carrelage jaune et cassé du sol, et mes pieds refusaient, et mes jambes s’arrêtaient. Et mes yeux coulent, pourtant je ne pleure pas. Mes paupières sont immobiles, cuites au sel, rien ne cligne, surtout ne pas bouger. Retenir l’air autour de moi en suspension, les poussières et les atomes, la lumière et le néon glauque. Le choc au creux du ventre, respiration coupée, mental de boxer qui refuse d’abdiquer. Si je fais un pas, si je serre sa main, si je m’en vais, alors tout devient vrai. S’immobiliser pour faire barrage au temps, se battre contre l’aile du papillon qui vient de tout niquer, de tout emporter, de tout bouleverser. Reflexe de ton corps quand ton esprit divague, quand il refuse la vie qui passe et qui s’en va, le dernier souffle ne peut pas être celui là. Alors je reste droite et mes larmes s’accrochent sur les mailles de mon pull, des centaines de gouttes viennent s’accrocher aux fibres et aux fils, et quand je baisse les yeux, elles se mettent à briller, eau salée inutile, crue incontrôlable qui cherche à se faire remarquer.

J’ai fait un pas pourtant, plusieurs mêmes, les couloirs trop éclairés et les portes battantes s’ouvrent devant moi sans que j’ai à les toucher. Je ne comprends plus rien. Je ne sais pas comment mes muscles peuvent me trahir et m’emmener. Mes yeux sont ouverts, mais je ne vois rien. C’est sa main qui me guide à travers le dédale des gens et des salles d’attentes, des ascenseurs et des parkings désertés. Il doit ouvrir ma porte de voiture, et m’installer sur mon siège comme une grande handicapée, mes pieds refusent de quitter le bitume mouillé, il soulève mes genoux, un par un, place mes jambes avec soin dans l’habitacle cabossé. Il boucle ma ceinture de sécurité et glisse mes bras sous les lanières de fils tissés. J’ai l’impression qu’on m’attache pour m’empêcher de fuir, qu’on me place sous camisole pour m’éviter de me blesser. Il reprend ma main, pour ne plus la quitter, passant les vitesses avec son coude, le clignotant avec son poignet. Je l’entends qui me parle mais j’ai oublié comment répondre. J’ai les mots derrière le front pourtant, j’ai les mots derrière la gorge, il ne faudrait pas qu’ils tardent à sortir, je veux vomir. Il s’arrête sur la bande d’arrêt d’urgence, il ouvre la portière, desserre mes liens, retient mes cheveux pendant les longs spasmes qui remuent mon corps en entier. Rien ne sort. De l’air et de la rage. De la bile et du désespoir. Mon visage est bouffi, écarlate, animé par la douleur folle d’avoir perdu à jamais. La certitude du néant ne rend pas jolie.

Je connais la route par coeur, et pourtant tout est brouillé. Les lumières semblent plus vives, les autres automobilistes plus vils, la banlieue plus triste, et les minutes qui défilent me semblent une éternité. Il m’a dit qu’on rentrait à la maison. Je ne sais pas si ce lieu existe. Il me semble avoir laissé ma maison froide et endormie sur un lit d’hôpital. Il me semble avoir abandonné dans un drap jaune et tâché de sang tout ce qui m’était familier. Je sais bien que les choses m’attendent à leur place derrière la porte, le canapé et la lampe, mon lit, mes livres, mon chat et mes draps. Je le sais, mais je ne le comprends pas. Rien n’existe plus que le trou béant que je porte au coeur. Rien ne peut me distraire de ce manque soudain, de cet appel d’air entre la vie et le rien. Les âmes s’engouffrent et se perdent, plus rien ne les retient.

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Petite mère

mar 16 2011 Published by under fiction

Les pieds chauds dans les baskets roses congelées, petit matin pourri, tout le temps la pluie, les doigts qui piquent, les yeux qui pleurent, marche petite mère, y’a l’horloge qui tourne, y’a école, y’a la maîtresse et la porte qui se ferme à heure fixe. Ce matin j’ai crié, parce que tu n’allais pas assez vite, parce que tu ne voulais pas te lever, tout à l’heure je ne serai pas là pour venir te chercher, avance petite mère, presse le pas, ne me retarde pas, je te dépose et je commence ma vie, j’ai toi et puis le reste du monde, j’ai moi et puis j’ai nous, parfois c’est compliqué, je me dis que tu ne t’en souviendras pas, les heures à la garderie et les repas à la cantine, tous les mômes font comme toi, alors pourquoi j’ai l’impression qu’il n’y a que toi pour me regarder avec ces yeux là ? Tu perds ton écharpe, elle traîne derrière toi, tu perds l’équilibre, tu t’enroules autour de moi, je n’ai pas le temps ce matin, pas le temps pour les câlins, pas le temps pour t’expliquer, pas le temps pour m’émerveiller, je serre ta main dans la mienne, j’ai oublié de le faire pour te rassurer, je le fais juste pour te faire avancer. Tous les matins, c’est pareil, le même trajet, tes yeux qui glissent sur les vitrines, la boulangerie, le supermarché, le passage clouté, l’escalier, la porte d’entrée, chaque matin tu grandis, et moi je ne vois rien, je m’en rends compte une fois installée seule dans le train, je regarde tes photos sur mon téléphone comme une mère débile, pourtant c’est le genre de truc que je détestais, ces mamans poules qui pleurent quand la petite fait sa rentrée, je me surprends à me dire que je perds du temps, qu’on perd du temps, toi et moi, à faire nos lacets et à éviter les flaques, à courir toute la journée sans se croiser.

J’étais contente quand tu es arrivée, je n’en pouvais plus de te porter, il fallait que tu viennes, je t’attendais, j’avais passé les deux derniers mois allongée, à craindre le moindre mouvement, la moindre contraction, la moindre sensation, tu es née en quelques heures, tu étais bleue, tu ne pleurais pas, il a fallu te secouer, le médecin te tenait la tête en bas, tu t’es décidée à respirer. C’est affreux, mais ces quelques secondes de silence font encore partie de mes plus jolis souvenirs, je n’avais pas réalisé que quelque chose de sérieux pouvait t’arriver, j’étais abrutie de fatigue, complètement hypnotisée, plus personne ne criait, ma respiration s’était calmée, la sage femme est sortie, tout était blanc, vert et rouge, tu as refusé d’hurler, ta peau était rouge, presque prune, tout était ralenti, ouaté. Depuis tu pleures, tu cries, tu parles même, ta peau est brune et rose, tes yeux ne sont plus bleus, tu as des exigences, des revendications, des manières et des caprices, tu as des mots d’enfants, des baisers mouillés, des cauchemars et des rires incontrôlables, tu parles avec des cailloux dans la bouche, comme si tu ne voulais pas prononcer de vrais mots, comme si ceux qu’on invente ensemble étaient plus rigolos. Quand tu as pleuré pour la première fois, tu as signé notre contrat de filiation, tu devenais ma fille, ma chair et mon sang, je devenais ta mère, tu sortais de mon ventre pour être, je prends ça très au sérieux tu sais, j’ai ces images de mères dévouées qui viennent me hanter, ces femmes qui ont laissé filer leurs vies pour se donner à leur marmaille, moi je ne veux rien abandonner, c’est peut-être ce qui rend notre exercice difficile, me préserver pour mieux t’aimer.

Tu chouines un peu ce matin, c’est la pluie, c’est la nuit qui n’en finit pas de se lever, tu vas bien, tu n’es pas malade, tu as mangé, tu es bien habillée, je fais dans ma tête la liste des tâches essentielles à ta survie que j’aurais pu oublier, tes chaussettes sont propres, dans ton cartable, il y a ton goûter préféré, tu as arrêté de tousser, tu vas bien, petite mère, tu n’es pas du matin, c’est tout, tu es comme moi, les yeux collés, les paupières engluées, le cheveu qui rebique sur les côtés. C’est long toute une journée avec les autres, je sais, quand je te récupère, tu hurles, tu cries, surexcitée, tu cours, tu dessines,tu flottes, tu nages, tu dînes et tu t’endors d’un coup, roulée en boule sur un coin du canapé, la tête sur mes genoux, les cheveux toujours emmêlés, un peu de peinture coincée sous les ongles, j’ai abdiqué. Je te regarde dormir, quelques minutes suffisent, avant de te porter dans ta chambre, tu es lourde, petite mère, tu me casses le dos, bientôt 16 kilos, quatre fois plus qu’à ta sortie de la maternité, quatre années passées à m’assurer que tu es dans les bonnes cases, les bonnes courbes, les bonnes moyennes, 48 mois d’une gestation in vivo bien plus complexe que je ne l’imaginais, je te porte encore en dedans, je crois que tu n’es pas encore née pour de vrai, pourtant tu respires cette fois, tu ronfles même parfois. Quand tu dors, j’ai la tentation d’oublier que tu existes, c’est affreux, ou alors c’est sain, je ne sais pas, je ferme la porte du couloir, j’ouvre la fenêtre et j’allume une cigarette, ton odeur d’enfant s’efface pour celle du tabac, en quelques minutes, je redeviens moi, juste moi.

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La Voisine 3/3

fév 16 2011 Published by under fiction

La Voisine 1

La Voisine 2

J’ai jamais pu la voir. Déjà, à l’école maternelle, j’avais envie de la frapper, de traîner sa tête contre la vitre et de lui arracher les cheveux. J’étais pas un gamin facile. J’ai reçu assez de claques et de coups de pieds au cul pour dire que mes parents ont tout essayé pour me calmer. Ca ne fonctionnait pas. On a fait toute notre scolarité ensemble, c’est l’avantage des petites villes. Je la voyais arriver avec sa mère le matin, à travers la cours de récréation, et je me demandais quelle connerie j’allais pouvoir inventer, comment j’allais pouvoir l’embêter. Mon père disait que c’était de l’amour en fait, que j’osais pas lui dire, que j’étais trop con, comme un mec. Mais c’est pas de l’amour, ce que je ressens pour elle, c’est différent. L’amour je l’ai, avec ma femme, avec les petits, l’amour ca ronronne, c’est tranquille, ca va pas chercher loin mais c’est plaisant, on se pose pas de questions, on se marie et on regarde devant. Avec l’autre, c’est de la rage, c’est un truc à l’intérieur de moi qui se réveille quand je la vois. J’ai mis des limaces dans son cartables, je lui ai coupé les sourcils, j’ai brûlé ses nattes en biologie, je l’ai forcée à bouffer du sable devant toute l’école, j’ai tordu ses doigts et j’ai cassé ses stylos, elle a pleuré, elle a demandé pardon, elle a tout raconté aux maîtres et aux maîtresses, ca ne changeait rien. On m’a menacé de pensionnant, de maison de correction, d’école militaire, de m’enfermer dans un placard, de me priver de nourriture, je laissais passer quelques jours et je recommençais, plus fort, plus dur, jusqu’à ce qu’elle ne dise plus rien, jusqu’à ce qu’elle se recroqueville en boule sur le carrelage rose des toilettes des grands, la tête baissée, les yeux vides, les tibias en sang.

Y’avait bien les grandes vacances qui venaient nous séparer à chaque fois, elle partait chez ses grands-parents, j’étais expédié chez les miens, silence radio, elle devait croire que je l’oubliais, la garce, mais je pensais à elle, même à onze ans, c’est là que je lui ai envoyé ma première lettre, une lettre d’enfant, un peu niaise, un peu tarte, « j’ai hâte de te revoir au collége », je lui disais, c’est mon grand-père qui est parti la poster, elle n’a pas répondu, elle a du comprendre. Elle a grandi, cet été là, ses vêtements sont devenus trop petits d’un coup, son pantalon battait sa cheville, ca lui donnait l’air un peu débile, j’ai même pas eu besoin de la forcer, c’est elle qui est venue vers moi, un mardi matin, elle s’est adossée sur le muret à côté de moi, sans rien dire, l’air résigné, j’avais gagné. Je peux pas dire qu’on soit devenus amis, c’est bien plus compliqué, elle a toujours eu peur de moi, j’ai toujours aimé lui faire peur, la cogner et l’utiliser, mais comme autour d’elle c’était n’importe quoi, elle se prêtait au jeu, et je pense que parfois, elle a aimé ca. Elle aurait pu partir, c’est ce que je me dis encore, quand je la vois qui rentre du boulot juste en face de chez moi, j’ai pas de pouvoirs magiques, elle peut s’enfuir si elle le veut vraiment, à quoi ca sert de chialer, à quoi ca sert de me demander d’arrêter, si elle voulait vraiment, elle se casserait.

C’est pratique d’avoir une copine prête à tout, c’est utile. Ca m’a évité de me prendre la tête pour perdre ma virginité ou pour essayer des trucs, même les plus osés. Et puis ca fait monnaie d’échange, quand t’es dans la merde et que tu peux pas payer ton essence, quand t’as besoin de quelqu’un pour faire le ménage avant que les parents rentrent, ou que t’as juste envie de baiser à 4h du matin, j’avais qu’un mot à dire, une baffe à donner, et c’était fait. Le problème, c’est que je l’ai jamais trouvée belle, vraiment attirante. Juste pratique. C’est comme si elle avait pas grandi, toujours habillée comme pour aller à la messe ou chez le toubib, jamais vraiment bien maquillée, toujours trop ou pas assez, toujours cet air gauche, à moitié maladroite, à moitié absente, à moitié chiante. J’ai tout essayé, je l’ai déguisée, je lui ai fait acheter des vêtements, je lui ai coupé les cheveux, je l’ai épilée, j’arrête pas de lui dire de faire des efforts, de se donner du mal, y’a rien qui marche, elle est toujours pas à mon goût, toujours pas celle que je voudrais. Je lui dis pourtant, c’est pas comme ca qu’elle va se trouver un mari, mais ca lui fait rien, elle chiale et elle dit rien.

Moi j’ai trouvé une femme, une belle, une gentille, elle bossait dans les bureaux d’à côté, ca a pas loupé. On a fait un beau mariage, avec deux cents invités, dans un moulin, buffet campagnard et orchestre, j’avais mis l’autre dans un coin, à la table des célibataires, je la regardais se trémousser, toute gênée, incapable de dire par qui elle était invitée, engoncée dans la robe trop décolletée choisie par mes soins, j’ai passé une super soirée, je me sentais comblé. Quand ma femme a cherché à acheter une maison et qu’elle m’a emmené choisir, j’y croyais pas, c’était mieux que dans les films, la baraque d’en face, le vis à vis parfait, y’avait plus qu’à y foutre une véranda pour que je puisse la contrôler, pour que je puisse tout vérifier, comment elle s’habille et à quelle heure elle sort, avec qui elle rentre et à quelle heure elle dort. J’ai inventé un changement d’horaires au bureau, je pars un peu plus tôt, je rentre un peu plus tard, je passe par le chemin communal juste derrière chez elle, je saute la haie et je rentre par la cuisine, je la secoue dans son lit et je fais mon affaire, elle me prépare un café et je vais travailler. En rentrant c’est pareil, je lui fais sa fête, le seul problème c’est la vieille qui n’arrête pas de gueuler, va falloir qu’on s’en occupe, ca commence à me miner.

Avant que son père passe l’arme à gauche, c’était plus compliqué, on se voyait dans ma voiture, à la sortie du travail, sur les parkings, c’était plus possible, on a plus l’âge pour ce genre de conneries. Alors quand le vieux est parti, je lui ai dit d’envoyer sa mère en maison, quelque part au soleil, comme tous ces vieux trop bronzés qu’on voit à la télé. Seulement ca coûte cher, et puis elle voulait pas partir, la vieille bique, elle voulait rester dans sa maison, dans ses meubles, elle gueulait ca toute la journée. Elle voulait tout raconter à ma femme, à mon patron, elle était hystérique, elle commençait vraiment à me gonfler. Alors un matin, je suis rentrée dans sa chambre qui pue la vieillesse et l’eau de cologne passée, j’ai fermé les volets, tout doucement, pour ne pas la réveiller, et puis j’ai fermé la porte à clé. J’ai dit à l’autre d’aller me chercher ce qu’il fallait dans le coffre de sa voiture, on pourrait endormir une armée avec ce qu’elle trimballe comme échantillons de médicaments, j’ai écrasé six  Stillnox dans un café, et j’ai envoyé la conne lui porter son petit déjeuner, comme une bonne fille gentille et attentionnée. Depuis, j’ai la clé de la chambre de la vieille sur mon trousseau, on la réveille pour la faire bouffer et pour la gaver, mais les médicaments sont puissants, elle délire dans son sommeil, elle hurle, j’ai été obligé de l’attacher. Et puis y’a les couches, l’odeur, les voisins qui voudraient avoir des nouvelles de la vieille, c’est plus comme avant, les gens jouent aux détéctives, ils voudraient tout savoir, c’est pénible.

Ca meurt vite, une vieille. Ca prend quelques minutes, pas plus. C’est plus fort que ca en a l’air. Le corps bouge, des grands spasmes, faut appuyer à deux personnes sur l’oreiller pour qu’il rester en place, les mains se tordent, de l’urine se met à couler entre ses jambes, c’est dégueulasse. Et puis quand les tremblements s’arrêtent, t’as peur d’enlever l’oreiller, t’as peur qu’elle feinte, qu’elle soit pas tout à fait crevée. Alors t’enfonce tes coudes dans les plumes, tu mets tout ton poids sur sa face, tu sens son nez qui se brise, elle ne crie pas, c’est bon, c’est torché.

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Viens je t’emmène

fév 08 2011 Published by under fiction

On plaque tout, on s’en fout, on a quinze ans, on se barre de là, on prend pas nos papiers, on laisse tout derrière nous, les impôts et les mômes, le loyer et la caisse du chat, on prend juste du cash, comme les mecs en cavale, personne ne nous cherchera, c’est pas grave, on s’inventera des poursuites et des caches secrètes, on chaussera nos lunettes noires, on donnera de fausses identités débiles à l’hôtel, on a même pas besoin d’aller loin, juste quelques degrés de plus, quelques minutes de soleil en bonus, on peut renaître à quelques kilomètres, je sais pas combien de temps ca va durer, juste le besoin pressant de me retrouver juste avec toi, juste contre toi, sans réveils et sans courses à faire. Tu conduis, je pose ma tête sur ton épaule, je ferme les yeux, je me réveille pour le péage, je suis bien, je ne sais pas si tu me guides ou si je te force à partir, mais il est trop tard pour penser à tout ca, trop tard pour se dire que ce qu’on laisse derrière nous s’accroche à la caisse, malgré nous, malgré les panneaux qui défilent et l’odeur de la mer. Il est tard quand on s’arrête enfin de rouler, tu es fatigué, tu as peut-être déjà compris que ce voyage ne changerait rien, moi j’ai encore envie, envie de toi, envie de me taire aussi, fais semblant un instant s’il te plaît, juste quelques heures, rentre dans mon monde, soyons débonnaires, ne pensons plus à rien.

Tu t’endors tout de suite, la fenêtre est ouverte, je fume sur le balcon, devant moi une ville que je connais pas, des lumières et des ombres, la fumée semble plus lourde ici, elle stagne autour de moi, volutes mastodontes, l’appel du vide quand je me penche, rambarde branlante, béton abimé, le bruit de ta respiration comme fil tendu attaché à mes pieds. Si je saute, je t’emporte avec moi, je le sais. Je quitte le balcon, respectons les distances de sécurité, attachez votre ceinture en cas de dépressurisation de la cabine, tu dors toujours, impassible, tu ne sais pas, les envies folles qui me prennent au ventre, l’appel du rien, la sensation de l’air sur mes joues, je joue avec l’idée d’en finir depuis si longtemps, c’est comme un scenario qu’on ne finit jamais. Accrochée aux piliers du pont, je refuse de sauter, je veux juste voir ce que ca fait, ce moment entre le départ et la raison, entre le pas qu’on fait en trop et celui qui ramène vers la vie, quinze centimètres de différence, toute une vie. Le bruit des fils de l’élastique qui craquent un à un, des allumettes qu’on brule juste pour leur odeur, la dernière gorgée d’une bouteille d’eau quand il fait trop chaud, ce sont les petites choses qui m’empêchent de me lancer, c’est égoïste, je sais.

Un drap seulement suffit, il fait doux, je ne dors pas. Je te regarde, je t’apprends, chaque centimètre de peau, chaque poil, chaque pli, chaque grain de ta peau, j’enregistre, je note. Tu m’appartiens vraiment quand tu dors, rien ne m’échappe, tu ne peux rien me cacher, rien déguiser, le sommeil rend vulnérable, le tien est lourd, profond, une main crispée sur le drap, l’autre posée sur ta cuisse repliée. Je voudrais te raconter ce qu’il se passe, ces nuits où je ne dors pas. Je voudrais tout te dire. Je voudrais être vulnérable, moi aussi. Je voudrais dormir. Je ne m’y autorise pas. On m’en empêche plutôt. Ces boues à l’intérieur de moi. Je ferme les yeux dès que tu commences à reprendre conscience, je me sens protégée, tu n’es plus loin, tu es juste là, ton esprit est revenu, je peux m’assoupir, je prends ta main. Tout à l’heure, au bord de l’eau, tu me diras que j’ai l’air fatiguée, qu’il faut s’occuper de moi, qu’on va tout changer. Je n’y croirai pas. Toi non plus. Ce n’est pas grave, je ne veux pas en parler. Je suis venue ici pour oublier.

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La Voisine 2/3

jan 14 2011 Published by under fiction

Je n’ai jamais aimé cette maison. Ni son jardin, ni son muret, ni sa cuisine, ni même ma chambre de petite fille. Trop loin de l’école, mais trop proche de l’arrêt de bus, trop petite pour être riche, trop grande pour se plaindre, deux parents sur le papier, un et demi dans la réalité. Je déteste être née dans la maternité toute proche, je ne peux plus voir ma chambre d’enfant, je ne peux plus regarder notre rue sans revoir l’ambulance qui a emporté mon père. Tout est gris et sale, les voisins sont des cons, le maire est un abruti, même les éboueurs semblent me provoquer sans cesse, avec leurs demandes incessantes de tri et d’étrennes. Le pire, c’est peut-être de vivre au milieu de tous ces souvenirs, de tous ces objets que ma mère a accumulé pendant son mariage, toute la baraque en est remplie, des peluches, des objets publicitaires, des collections stupides de timbres, de fèves, de poupées, des meubles en rotin grignotés par les chats, des plantes en plastique, des photos jaunies et laides de personnes que je ne connais pas, des albums entiers de repas de famille, de communions, de baptêmes, des tonnes de merdes inutiles avec lesquelles je me bats chaque jour, à coup de grands sacs poubelles pour gravier, j’ai l’impression d’être toute seule face à une coulée de boue, à chaque fois que j’ouvre un tiroir, j’ai envie de pleurer, tout est plein, tout étouffe, tout est mort là dedans, sans que j’arrive à en venir à bout. Chaque fois que les encombrants passent pourtant, c’est comme un sacerdoce, j’ai l’impression de dire la messe, c’est tout un accoutrement, le tablier de jardin de mon père, les gants à boutures de ma mère, j’enfonce mes bras dans le magma de la cave et j’en tire des meubles, des objets, des lambes, des caisses que je n’ouvre même plus, de peur de trouver quelque chose à sauver, à garder, et que tout recommence, que tout s’accumule, que rien ne disparaisse jamais. Ceci est une lampe de chevet, ceci est une amphore Made In China, livrés pour vous éboueurs, pour ma délivrance, pour le salut de mon moral qui n’en finit plus de me vomir dedans tellement il n’en peut plus.

Pourquoi je reste ? C’est la question que me posent mes collègues. Qu’est ce que je ferai de mieux ailleurs ? Ici au moins, j’ai une maison, un abri, aussi détestable qu’il me soit. Ailleurs je ne connais pas. Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement sociable. Je n’ai pas vraiment d’amis. Ma vie c’est mon travail, j’ai bien réussi. Le week-end, je reste souvent à la maison, je vais faire les courses, j’essaie de m’aérer quelques heures au centre commercial d’à côté, je dors beaucoup, je lis, j’essaie même de peindre ces temps-ci. Je sais que j’ai des travaux à faire dans cette bicoque qui fuit tout ce qu’elle peut, des combles aux fenêtres, tout pourrit lentement, tout s’abîme, tout sent le vieux. Je n’arrive pas à me décider. Je ne sais pas par où commencer. Je me suis construit comme un terrier à l’intérieur d’une vieille boîte ouatée, je me fais l’effet d’un rongeur, ma chambre c’est mon nid, la seule pièce chauffée de toute la maisonnée, la seule que j’aie réussie à vider et à ranger aussi. Dans le salon, j’entasse les cartons d’objets ou de vêtements à donner ou à jeter, le canapé en velours vert de mes parents est recouvert de mon courrier, je le jette là après l’avoir ouvert, c’est ma manière de le classer. J’ai remonté la télévision dans ma chambre, je mange devant, la cuisine est bien trop froide pour que je puisse m’y installer. Et puis je déteste cuisiner, dès que j’allume le four, je revois ma mère et ses gratins trop liquides du dimanche pour le déjeuner, j’ai des odeurs de chou-fleurs et de brocolis qui me remplissent les narines, je tape dans les échantillons d’Imodium du boulot pour éviter de vomir. Ma vie se résume au quatre murs de ma chambre, j’ai repeint en blanc sur le papier peint avec les chevaux de mon adolescence, et quand j’allume ma petite lampe de chevet pour lire la nuit, j’aperçois encore les crinières en relief et les sabots noirs sous le blanc monocouche, ils m’empêchent de m’endormir, j’ai l’impression qu’ils bougent.

Tout ce que je voulais, c’est être différente de mes parents. Je ne voulais pas faire un boulot d’abruti toute ma vie, comme mon père, ou rester à la maison à faire la potiche, comme ma mère. Je voulais une carrière. Je voulais partir d’ici. Je voulais avoir une raison de me lever le matin, je rêvais d’avoir une petite sacoche en cuir, avec des stylos bien rangés, des tickets restaurants, des collègues, un vrai métier. J’ai jamais bien su ce que j’avais vraiment envie de faire, je suis bien tombée, j’ai appris sur le tas, je me suis débrouillée. Je pars tous les matins avec une liste de médecins à rencontrer, à séduire, pour qu’ils fourguent un maximum de cachets à leurs vieux patients séniles, aux jeunes mamans inquiètes, aux adolescents déprimés. Je suis vendeuse de drogues, il n’y a pas de sot métier. J’ai ma sacoche en cuir, et un coffre rempli de médicaments gratuits à distribuer, de post-its en forme de gélules, de stylos suppositoires, et autres gimmicks médicaux destinés à faire sourire le généraliste croulant du village d’à côté. Je passe ma vie dans les salles d’attentes, à regarder les gens se moucher, tousser, s’endormir, râler. Je connais par coeur les magazines de décoration, les Voici et les Paris Match, je suis incollable sur une dizaine d’année. Je connais par coeur les praticiens, aussi, ceux qui voudraient bien se faire inviter à bouffer gratuit dans un congrés huppé, ceux qui voudraient bien que je les suce entre deux patients, ceux qui sont plus conciliants quand je mets un décolleté. Je fais avec, je n’ai pas de pudeur, et personne à qui rapporter une possible infidélité. Je suis une vieille fille, comme ma mère l’avait prédit. Elle n’avait pas tout vu, la pauvre si elle savait, ce qui se passe la nuit, dans sa chambre désaffectée.

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La voisine – Partie 1 /3

jan 09 2011 Published by under fiction

C’est une maison comme toutes les autres. Crépi gris, un étage. Au rez-de-chaussée, la cuisine et le salon, une porte donne vers le jardin, la pelouse est fatiguée, comme brûlée par le soleil et le désherbant. A l’étage, deux chambres, une salle de bain au carrelage bleu, frise marine et porte-savon en forme de dauphin. Les papiers peints sont marrons et oranges, fleuris et colorés, les portes grincent, la cuisine en formica tendance rustique tient bon, malgré les années. Une maison d’une ville moyenne, quelque part en France, avec ses deux marches en béton et son allée en gravillon pour se garer. Le facteur fait sa tournée en voiture, il laisse les catalogues et les factures sur le paillasson, juste devant la porte, personne ne répond quand il sonne pour un recommandé. Le lendemain, les courriers ont disparus. La maison est habitée.

Les voisins connaissent bien celle qui vit à l’intérieur. Elle est née ici, la maison appartenait à ses parents, le père est mort il y a longtemps, un accident cardiaque, réanimé par les pompiers dans le camion juste devant leurs yeux, ca avait fait parler. On n’a plus vu la mère trop souvent après ca, seulement quelques fois, croisée à la banque ou chez le boucher, et puis un jour, la fille a dit qu’elle était partie dans le Sud, prendre sa retraite dans un petit appartement près de la mer. Depuis, la fille habite seule, on la voit partir très tôt le matin, toujours à la même heure, son sac à main et sa gamelle sous le bras, et puis rentrer, le sac en plastique du déjeuner vide et plié coincé sous l’aisselle pendant qu’elle cherche ses clés. Une vieille fille, voilà ce qu’on pense d’elle dans le quartier, une sauvage, qui préfère aller faire ses courses au grand supermarché plutôt que de croiser des têtes connues dans les petits commerces de son quartier. Pas bruyante, pas gênante, toujours bien mise, réglée comme un coucou suisse, pas le genre à faire des histoires aux petits qui font du vélo dans la rue le week-end ou à gueuler pour une histoire de poubelles. Une bonne voisine, juste pas bien causante, mais qui a vraiment le temps ou l’envie de parler à des inconnus ces temps-ci ?

La seule chose qui change chez la voisine, c’est la couleur de ses cheveux, comme une manie de ne jamais vouloir être la même. Elle les porte courts, très courts parfois, mais toujours méchés de blond, de rouge, de violine, de blanc ou même de bleu. Tous les trois mois, c’est l’événement quand on la voit rentrer le samedi après-midi de sa virée au salon de beauté. On se demande ce qu’elle aura décidé, quelle fantaisie elle aura bien pu apporter à son existence si rangée. On la trouve bien un peu décalée, avec son éternel tailleur pantalon des jours de semaine, son jean et son pull en maille noir du week-end, d’apporter un tel soin à quelque chose de si féminin. Ce qui compte, c’est qu’elle continue à être aussi discrète et à ne pas déranger. Elle peut bien continuer à se peindre en vert si ca l’amuse, ca fera juste un peu jaser. Quand elle ferme son coffre de voiture chaque matin, avant de démarrer, elle jette un coup d’oeil en arrière, vers la maison, pour s’assurer que tout est en ordre, que rien n’a bougé. Et puis je la regarde ouvrir la porte, s’asseoir derrière le volant, ajuster sa ceinture de sécurité, et démarrer. C’est bien pratique, ce départ si bien réglé, ca me permet de savoir qu’il faut réveiller mes petits pour l’école, ca m’évite de perdre du temps et de trainer.

Mon mari dit que je ne devrais pas l’observer. Il a raison, je sais. C’est juste que je ne fais pas grand chose de mes journées ces derniers temps. Avec les deux petits, j’étais très occupée. Maintenant qu’ils sont à l’école, entre 9h et 16h30, je n’ai pas grand chose à penser. Bien sur, il y a la maison, et il y a toujours quelque chose à faire quand on est propriétaire, on me l’a assez répété. Je passe beaucoup de temps sur Internet, sur des forums de jeunes mamans, sur des sites de concours ou de jeux, j’essaie de gagner un lot, quelque chose d’important, un voyage ou une somme d’argent. Ca lui claquerait la gueule, à l’autre, de voir que moi aussi je peux rapporter quelque chose à la famille, que je ne suis pas tout à fait inutile. Et puis ce n’est pas de ma faute, c’est le lotissement qui est mal fait, j’ai ma voisine juste en face, le vis à vis est incroyable. Ce n’est pas vraiment comme si je l’espionnais. Je me demande juste pourquoi elle n’ouvre jamais les volets roulants de la chambre du premier. Ca doit être bien triste à l’intérieur, sans lumière. Chez nous on a ouvert, on a fait une baie vitrée, pour avoir le soleil toute la journée, pour profiter. Sa chambre à elle est aérée chaque dimanche matin, elle sort même la couette et les oreillers sur le rebord, comme pour les faire sécher.

L’école est juste à côté, alors quand je rentre à pieds avec les deux petits, j’en profite pour comparer nos maisons. C’est ça les constructions modernes, ca perd un peu de charme, elles se ressemblent toutes. On a fait des efforts pourtant pour se démarquer, j’ai bordé notre allée de buissons, ca donne un certain cachet, j’ai même fait poser une boîte aux lettres juste devant, avec notre nom en grand. Notre crépi n’est plus gris depuis quelques années, on a choisi un rose pale, ca met un peu de gaieté. Avec la véranda et la baie vitrée, je suis fière de moi, quand je me poste sur le trottoir entre sa maison et la notre, le choix est vite fait. La voisine ne semble pas tellement se préoccuper de son bien, j’ai l’impression que les ardoises de son toit commencent à s’envoler. Il faudrait que je lui en parle, à l’occasion, si je pouvais la croiser. Ca me donnerait un moyen d’ouvrir la conversation, peut-être qu’on finirait par discuter. Elle pourrait venir boire un café quand elle rentre du travail, à 17h30, l’autre n’est pas encore là, les petits sont occupés, ca me ferait une distraction, une adulte à qui parler. J’en ai marre d’entendre la radio ou les dessins animés toute la journée, j’ai l’impression de devenir chèvre, avec cette Dora qui répète sans cesse les mêmes phrases idiotes, et les petits qui ne se lassent jamais de recommencer.

Elle doit être bien triste. Je ne sais pas comment elle fait. J’ai jamais voulu être seule, même quand j’étais petite, je dormais dans le lit de ma soeur, je ne voulais pas m’en séparer. Au collège et au lycée, j’étais toujours dans une bande, et puis j’ai toujours eu un gars avec qui me coller. Quand je me suis mariée, je travaillais encore, et là aussi, j’étais toujours fourrée avec les collègues, à la pause déjeuner ou le week-end, on se faisait des sorties, on allait boire des verres, une fois même, on est tous partis à Disney pour deux jours, on a fait la fête comme jamais. Quand je suis tombée enceinte du premier, j’ai vite du arrêter, j’avais un hématome à l’intérieur, il y avait un risque pour le bébé, on m’a mise en arrêt. Je n’y suis jamais retournée. J’avais pas le courage de laisser mon petit, et puis j’étais fatiguée, je n’avais pas envie. Le deuxième est arrivé un an après, et avec la grossesse, le congés maternité, l’allaitement, l’autre qui grandissait, on en a jamais vraiment reparlé. Au départ, j’allais voir les anciens collègues de temps en temps, pour leur montrer les enfants, et puis au bout d’un moment, je me suis rendue compte qu’ils partaient tous, que je ne connaissais plus vraiment l’équipe, ca m’a mis une claque, je n’y suis plus retournée. Je leur parle encore au téléphone de temps en temps, on s’envoie des photos sur Facebook, on se reverra surement.

La voisine n’y est pas, sur Facebook, justement, j’ai cherché. Tout le monde y est pourtant, même ma mère, elle dit que ca lui permet de regarder les photos de ses petits enfants. Mon frère vit à Brest maintenant, c’est vrai que ca fait loin pour le week-end, alors c’est pratique. Quand j’entre le nom de la voisine sur Google, il n’y a pas grand chose non plus, juste un lien vers la page de son entreprise, elle est visiteuse médicale pour un laboratoire, il y a même sa photo, elle avait les cheveux auburns à l’époque, elle a beaucoup changé. Ca doit faire plus de quinze ans qu’elle fait le même métier, la photo doit dater de ses débuts, elle a l’air aimable, ses traits sont lisses, reposés, elle sourit même un peu, comme si elle avait peur de montrer ses dents, comme si elle se contenait. Elle ne se ressemble plus tellement. Parfois je ne me reconnais plus non plus, c’est les grossesses peut-être, j’ai changé, mon visage me semble plus plat, mon ventre est distendu, mes seins sont tombés. Mon mari me dit qu’on pourrait faire une carte de France sur mon abdomen, tellement j’ai de vergetures, ca le fait rire. Je ne sais pas comment je ferai pour le troisième, peut-être que je demanderai à ce qu’on me refasse le ventre juste après.

Quand on est arrivés dans cette maison, j’ai eu du mal à m’habituer au quartier. J’ai grandi à la campagne, je n’avais jamais fait attention aux problèmes des gens de la ville. Chez moi les poubelles passaient une fois par semaine, on ne pouvait pas se tromper. Ici, il y a un calendrier, pour les petits et les gros objets, pour le verre, pour le recyclé, pour le papier, pour les poubelles d’ordures ménagères, on a trois poubelles et on passe notre vie à consulter la liste des objets autorisés. Chaque premier mardi du mois, pour les encombrants, la voisine s’en donne à coeur joie. On dirait qu’elle vide sa maison, de la cave au plafond. Des valises défoncées, des meubles en pins, des commodes, un frigo, des vieilles lampes cassées, il y en a pour tous les goûts sur son bout de trottoir. Elle sort tout ca avec des gants de jardins, comme si c’était sale ou pourri, mais souvent je vois des gens qui viennent fouiller et qui repartent avec des planches ou des objets entiers. Je me dis qu’elle doit en avoir assez de l’intérieur décoré par ses parents, elle a raison, il faut évoluer. Je me demande quand elle va se décider à remplacer tout ce mobilier, à force de jeter, elle doit avoir de l’écho dans sa salle à manger. J’aimerai bien tout changer chez moi aussi, mais on est encore à crédit sur le canapé et le buffet, ca attendra un peu, le temps d’amortir les mensualités.

Ce qui m’étonne le plus, c’est que personne ne vient jamais la visiter. Jamais une voiture supplémentaire dans son allée. Jamais de bruits de rires, de musique, de groupes qui arrivent à l’heure du diner. Cet hiver, la trace unique de ses pas s’est incrustée dans la neige, je ne voyais plus que ca. Même le facteur ne montait plus chez elle, à cause du verglas. Juste ses pas, qu’elle retraçait chaque matin et chaque soir à l’identique, creusant un peu plus l’empreinte, sans jamais sortir de la trace. J’avais peur pour elle, j’avais presque envie de pleurer, je pensais à elle, toute seule la nuit, peut-être malade ou prise d’un malaise, sans personne pour la secourir. Pendant les tempêtes, ca m’empêche presque de dormir, je lutte contre moi même pour ne pas rester toute la nuit collée à la fenêtre, en attendant un signe de vie, une lumière qui s’allume ou un volet qui se lève. Je ne suis rassurée qu’au matin, quand je la vois sortir sur son perron. Mon mari me dit que j’en fais une obsession.

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