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Contrave / Mysimba: don’t.

déc 20 2014 Published by under Non classé

Un nouveau médicament contre l’obésité vient d’être approuvé à la commercialisation en Europe : le Contrave / Mysimba. C’est un savant mélange de deux molécules déja connues : naltrexone HCl and bupropion.

En France, le chlorhydrate de naltrexone est commercialisé sous la marque Revia. Dans quelques pays dont les États-Unis, une formule à libération prolongée est commercialisée sous le nom commercial Vivitrol (Source Wikipedia). Le Revia est prescrit comme traitement de soutien dans le maintien de l’abstinence chez les patients alcoolo-dépendants. La durée du traitement est de 3 mois en l’absence de donnée clinique pour des durées supérieures (Source notice du médicament Revia)

Les réactions suivantes ont été signalées en cours de traitement  avec Revia :

Les classiques : nausées et/ou vomissements, céphalées, insomnie, anxiété, nervosité, crampes et douleurs abdominales, asthénie, douleurs articulaires et musculaires,

Mais aussi : Inappétence, perte de poids, diarrhée, constipation, sensation de soif, irritabilité,tristesse, étourdissement, état vertigineux, rash cutané, éjaculation retardée, baisse de la libido, écoulement nasal, douleur thoracique, hypersudation.

 Des modifications des tests hépatiques (transaminases gGt) ont été rapportées.

 D’autre part : Des états dépressifs et des tentatives de suicide ont été rapportés chez quelques sujets recevant la naltrexone ou le placebo dans les études contrôlées menées dans le cadre du traitement de l’alcoolo-dépendance. Bien qu’aucune relation de cause à effet avec la naltrexone n’ait été établie, il apparaît que l’administration de naltrexone ne réduit pas le risque de suicide chez ces patients.

Le bupropion est un psychotrope prescrit en tant qu’aide au sevrage tabagique et antidépresseur. Il s’agit d’un médicament amphétaminique, une substance proche des coupe faim (anorexigènes) comme le Mediator. Il est plus connu en France sous le nom de Zyban. Le bupropion est un inhibiteur sélectif de la recapture neuronale des catécholamines (noradrénaline et dopamine). Son action est minime sur la recapture des indolamines (sérotonine). Il n’inhibe pas les monoamine-oxydases. Le mécanisme d’action du bupropion dans l’aide à l’abstinence tabagique n’est pas connu, mais son action serait médiée par des mécanismes noradrénergiques et/ou dopaminergiques (source notice du médicament Zyban).

Entre septembre 2001 et septembre 2006, 1.831 notifications d’effets indésirables – sur 930.000 patients traités en France – ont été enregistrées par la Commission nationale de Pharmacovigilance de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), et 520 ont été jugées graves. Les troubles les plus fréquents ont été des convulsions, des réactions cutanées et allergiques, des tentatives de suicide et l’apparition de troubles coronariens. 25 notifications concernent des décès : 16 morts subites inexpliquées, 4 suicides, 2 ruptures d’anévrisme, 2 surdoses et une insuffisance respiratoire aiguë.

Le Contrave / Mysimba est donc le mélange de ces deux molécules aux effets indésirables et aux conséquences graves. Il est autorisé à la prescription pour les personnes possédant un IMC supérieur à 30 sans comorbidités associées, ou pour les personnes possédant un IMC supérieur à 27 avec des comorbidités associées (diabète de type 2, hypertension). Son fonctionnement n’est pas particulièrement bien décrit, et pour cause, il s’appuie d’abord sur les effets secondaires mal maitrisés des deux molécules dont il est le mélange. On observe un effet coupe faim, et une relative hausse de la motivation sur la durée d’un régime, mais on ne sait pas exactement décrire les mécanismes biologiques qui déclenchent ces actions.

Mais est ce que ca marche ? Voilà la question que tous les gros-ses de France se posent, plutôt que de se demander si ca va les tuer. Peu d’études sur le long terme sont disponibles, mais intéressons nous à celles publiées par le laboratoire de Contrave / Mysimba.

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On nous présente donc deux études différentes. Il faut d’abord noter que les pertes de poids enregistrées sont liées au Contrave / Mysimba mais aussi (et surtout?) à une diète rigoureuse, à de l’exercice physique et à un accompagnement psychologique sur une durée de 56 semaines. Aucune étude ne présente l’effet du Contrave / Mysimba seul, sans changement de mode de vie du patient associé.

La première étude est plutôt en faveur du Contrave / Mysimba, les participant-es semblent avoir perdu un pourcentage beaucoup plus important de leur poids dans le groupe sous médicament. Dans la seconde, en revanche, les résultats sont beaucoup moins bons sur les personnes ayant perdu plus de 5% de leur poids de départ. Pourquoi ? Comment ? Il n’y a pas d’explications. Ca marche. Ou ca ne marche pas. Ou c’est un régime qui fonctionne, et pas le médicament. Ca ne rassure en rien sur l’efficacité des molécules proposées.

Il semble important de jeter un oeil aux contre indications du Contrave / Mysimba. Ce dernier est fortement déconseillé en cas d’hypertension (on a jamais vu un-e obèse hypertendu-e, c’est connu …), de convulsions, de prise d’autres médicaments qui contiennent du Bupropion, en cas de trouble du comportement alimentaire (un-e gros-se avec un TCA ? Ca n’existe pas, allons.), en cas de dépendance aux opiacés, ou en cas d’usage de traitements de substitution aux opiacés, dans le cas de prise d’anti dépresseurs de la classe des inhibiteurs de monoamine oxydase parfois utilisés dans le traitement de la maladie de Parkinson Sélégiline, Azilect, Deprenyl, Selegiline, Bayer Selegiline G Gam, Selegiline Biogaran, Selegiline Mylan, Otrasel en France, Wellbutrin et Cymbalta aux USA et Canada. Il est également dangereux d’utiliser le Contrave lors de la grossesse, ou lorsqu’on souhaite tomber enceinte.

Si ca ne suffisait pas à vous alarmer sur la toxicité de ce mélange, voici l’avertissement de santé publique qui apparaît sur le site dédié à Contrave / Mysimba par son laboratoire :

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Que je traduis ici :

Le Contrave / Mysimba peut être la cause d’un effet secondaire sérieux : les pensées ou actions suicidaires. Un des ingrédients du Contrave / Mysimba est le Bupropion Hcl. Le Bupropion a provoqué des pensées suicidaires ou des actions suicidaires chez certains patients, ou a provoqué des changements de comportement inhabituels, qu’ils prennent ou pas des anti dépresseurs. Le Bupropion pourrait augmenter les pensées suicidaires ou les actions suicidaires chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes dans les premiers mois du traitement. Si vous souffrez déja de dépression ou d’une autre maladie mentale, prendre du Bupropion peut l’empirer, particulièrement dans les premiers mois du traitement.

Arrêtez immédiatement du prendre du Contrave / Mysimba et appelez votre médecin immédiatement si vous ou les membres de votre famille ont les symptomes suivants, surtout si ces symptomes sont nouveaux, s’ils empirent ou s’ils vous inquiétent : des pensées autour du suicide ou de la mort, des tentatives de suicide, de la dépression, de l’anxiété, de l’agitation, des attaques de panique, des problèmes de sommeil comme l’insomnie, de l’irritation, de l’agressivité, de la colère ou de la violence, de l’impulsivité dangereuse, une augmentation important de l’activité ou de la parole (état maniaque), ou d’autres changements inhabituels dans le comportement ou l’humeur.

Pendant que vous prenez du Contrave / Mysimba, vous ou les membres de votre familles doivent faire très attention à tout changement d’humeur, de mode de pensée, de sentiments, et continuer à en discuter avec votre médecin. Le Contrave / Mysimba n’a pas été étudié et n’est pas autorisé pour les enfants de moins de 18 ans.

 

Résumons :

Pour faire suer le lard, on nous propose donc de mélanger deux molécules dangereuses aux effets indésirables mortels et connus. On nous propose un médicament aux interactions multiples et parfois létales. On nous vend un nouvel Alli, un nouveau Médiator qui ne nous fera pas chier du beurre et qui ne nous trouera pas les valves du coeur, mais nous pendre. Peut-être qu’ils ont enfin trouvé un moyen de se débarasser des gros-ses, par suicide collectif sous Contrave / Mysimba.

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Enquête sur l’accueil des victimes de violences sexuelles

nov 04 2014 Published by under Non classé

Un billet pour vous prévenir que mon association Les Dé-Chaînées lance aujourd’hui un site dédié à notre enquête sur l’accueil des victimes de violences sexuelles par les forces de l’ordre.

Nous savons que chaque victime de violences sexuelles le gère d’une manière différente. Certain-es porteront plainte, d’autre pas. Il ne s’agit pas ici de créer une injonction dans un sens ou dans un autre. Nous pensons que nous devons (malheureusement) travailler avec les pouvoirs en place pour améliorer le parcours  des victimes qui souhaitent porter plainte. Il nous est insupportable de constater qu’un pays comme la France n’a pas encore adopté les bonnes pratiques suffisantes dans ce domaines, et que des milliers de victimes préfèrent ne pas porter plainte de peur des pratiques  des forces de l’ordre.

Nous souhaitons donc recueillir les expériences des victimes de violences sexuelles qui ont passé la porte d’un commissariat. Il vous suffit d’être majeur-e pour pouvoir y répondre.

Vous trouverez plus de renseignement sur notre démarche sur le site dédié.

ENQUETE ACCUEIL VIOL

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Pas mort d’homme

oct 31 2014 Published by under Non classé

(TW : violences sexuelles)

Il suffit que la parole se libère, qu’une seule ose dire, pour que les autres, timidement, racontent, moi aussi, elles aussi. Elle aussi se souvient de cette nuit de chantage où il questionnait, demandait, boudait, grognait, tonnait, parce qu’elle avait ses règles et qu’elle ne souhaitait pas avoir de rapports sexuels. Elle se souvient de l’érection du garçon malgré ses refus, des yeux tristes de l’homme, pourquoi tu ne veux pas me faire plaisir, on se voit pas souvent, on est bien, juste une pipe, c’est rien. Et puis elle y a été, comme on part à l’usine, les gestes mécaniques, pour que ca cesse, pour qu’elle puisse dormir, elle a posé sa bouche sur le sexe et elle s’est laissée pénétrer, la gueule bien ouverte, la tête bien vide, ne pas y penser, cela va bientôt s’arrêter. Ce n’est pas du viol, elle n’aura pas assez dit non pour que la loi lui permette de se penser victime, c’est n’est pas du viol, elle n’aura pas crié, ca ne se passe pas dans un parking, son assaillant n’est pas ganté. Ce n’est pas du viol, et pourtant elle se souvient, les moments d’avant et ceux d’après, et le silence, pendant.

C’est aussi quand il la retourne. Quand il saisit ses jambes pour la faire valser, quand il écarte, quand il déchire les chairs pour se servir, pour utiliser. C’est aussi quand il l’embrasse, ses dents sur sa langue, trop fort, quand il la serre, c’est aussi par derrière, elle ne veut pas, tant pis, il glisse, il ne le fait pas exprès, il aura ce qu’il veut, qu’est-ce que ça coute, un peu de sang dans la culotte le lendemain, les dents qui grincent, les souvenirs surtout. Ca la prend n’importe quand, dans le métro ou au boulot, ça la prend comme un cri, ça la transperce, ça l’occupe complétement, ça la remplit. C’était rien pourtant, quelques minutes à serrer les dents, qu’est ce qui cloche alors, les poings serrés, la tête qui tourne, l’envie de mourir, tout de suite, arrêter de survivre. C’était rien, et pourtant chaque fois c’est plus violent, de se laisser faire, de compter les autres qualités, de faire l’index des bons moments, ceux qui devraient peser dans la balance, chaque pénétration comme une encoche dans le calendrier. Demain elle partira, demain elle le dira. Sauf qu’il est si gentil, toujours, parfois.

On n’a jamais dit qu’on pouvait dire non. On n’a jamais dit qu’on pouvait se lever et partir. On n’a jamais dit qu’on pouvait hurler, s’enfuir. On a dit qu’il fallait faire des compromis. Que c’était ca le couple. On a dit que les hommes préfèrent les femmes « libérées ». On a dit que le viol, c’était pour les salopes. Que ça n’arrivait pas chez soi. Qu’on l’avait bien cherché. On a dit que le sexe pouvait être violent. C’est la mode il paraît. Les bleus aux corps, comme dans 50 Shades of Grey. Et puis il n’est pas que ca. C’est un bon ami. Un frère attentif. Tout le monde l’aime Qu’est ce qu’ils diraient, les autres ? Qu’elle invente. Qu’elle rajoute. Qu’elle veut se venger. Qu’elle n’est pas très stable depuis qu’elle prend des cachets. Que les garçons sont des chiens fous. Qu’il faut pardonner, qu’il n’y a pas mort d’homme. Pas mort d’homme non. Juste des milliers de femmes, pas tout à fait mortes. Pas tout à fait violées. Pas tout à fait victimes. Des survivantes. Qui pour certaines ne savent pas qu’elles ont le droit d’exister.

Il est urgent d’expliquer aux femmes que rien n’est à supporter. Que toute violence sexuelle, même si elle ne rentre pas dans le cadre strict du viol légal, est une violence de trop. Nos partenaires ne sont pas les décideur.ses uniques de nos sexualités. Personne n’est légitime à imposer une sodomie, une fellation, une manière de provoquer l’acte sexuel. Si les hommes continuent à nous violer, si les hommes continuent à refuser de déconstruire leur virilité et leur rapport au sexe, apprenons ensemble à refuser, ne comptons pas sur leur bonne volonté. Donnons-nous les armes de l’auto défense. Et ca commence par trouver en nous la force immense de nier des années d’éducation genrée à l’obéissance. Ca commence par un NON, qu’on murmure avant de le hurler. Ca commence par la prise de conscience bouleversante que nous, meufs, sommes enfin libres de nos sexes, libre de les utiliser ou de les refuser, libres de vivre libérées de la norme d’une sexualité imposée depuis des siècles par les hommes. Ne supportons plus les allusions, les regards salaces. Ne supportons plus les gestes déplacés. Ne supportons plus la culture du viol et son imagerie sexiste. Ne supportons plus les pratiques dégradantes et non consenties choisies par nos partenaires. Refusons en bloc, toutes, chacune. Ne laissons plus passer la moindre violence faite aux femmes.

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Dear Kenza

oct 28 2014 Published by under Non classé

Ce billet est pour Ma.

Salut Kenza,

On se connaît pas hein, tu pardonneras ma familiarité, mais t’es une blogueuse, y’a ta vie tout partout étalée, alors j’ai l’impression de te connaître, ta famille, ta vie privée, tes déménagements, ton taf, je pourrais écrire ta biographie, hésite pas si t’as besoin, je suis pas chère et je fais ça bien.

Moi les blogueuses modes, j’ai vraiment du mal, avant y’avait les mannequins et les célébrités, ca suffisait déjà à faire de jolis portes manteaux normés pour les marques et leur business, quand j’étais ado, pas de blogueuses mais on voulait toutes une doudoune Chevignon quand même, le marketing marchait. Et puis des nanas se sont mises à écrire sur leurs fringues et sur leur rouges à lèvres, et les marques ont marché, alors les nanas se sont toutes mises à écrire sur leurs fringues et sur leurs rouges à lèvres, c’est devenu l’étape qui précède le casting en télé réalité, on est blogueuse mode comme on est chroniqueuse à Télé Matin, on a du standing, de l’audience, et puis la thune, qui pousse à foutre son nom sur des montres moches ou sur n’importe quoi. On a pas encouragé trop les nanas à avoir des blogs de littérature, d’actualité ou de politique tu remarqueras, ce qui marche, c’est la beauté ou la cuisine, la salle de bain ou la cuisine, tout ça pour ça.

Y’a une évolution, et toi tu es en plein dedans, c’est le blog lifestyle. Tu nous montres plus ta penderie Ikea et tes trouvailles à la braderie, tu nous vends carrément ton mode de vie, tu poses des filtres jolis sur tes vacances de rêve ou sur ton appart cosy du Marais, ta famille, ton mec, tes ami-es, tous sont les satellites de ta marque, c’est la Kenza Holding International du style. Vu de chez moi, ca fait surtout de la peine, et c’est poseur et vulgaire, mais chacun son truc. Et on ne sait pas trop pourquoi, parce que t’as pas tellement de talent d’écriture ou de photo, mais ca fonctionne, t’as donc des talents, tu t’en sers, bien joué. Et puis faut dire que t’es bien née, avec un réseau qui permet les plus jolis contrats et les rencontres les plus fructueuses. Ca aide. Ca doit être vachement plus compliqué d’être blogueuse lifestyle quand tu vis en HLM à Tourcoing. Enfin ca doit demander beaucoup plus d’imagination quoi.

Bref, c’est pas ma came, mais je ne suis pas mieux que les autres, je regarde, je critique, je visite. Je vais pas faire la révolution pour l’interdiction du haul, je vous laisse faire votre truc tranquille, après tout, si des entreprises bouffonnes sont prêtes à mettre 5000 balles dans trois photos de vous en train de bouffer des boulettes dans un restaurant à la con, qui suis-je pour objecter. Je me prends à rêver qu’après la révolution, comme on dit dans le jargon, tu verras la lumière, que tu renieras le capitalisme et ses œuvres, que tu feras ton retour à la terre pour y faire pousser de la lavande médicinale. Mais là aussi tu serais capable d’en faire un onguent trop hype pour pointes sèches et de le vendre sous le manteau à des bourgeoises déprimées. Va falloir re-éduquer tout ca.

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Y’a quand même un moment où tu pousses le bouchon un peu loin. Aujourd’hui par exemple, tu collabores avec la marque Ralph Lauren. Tu poses sur instagram avec un joli bonnet RALPH de la collection dédiée à aider les patient.es atteint.es de cancer. Et tu penses à ta vie. Aux malades. A ce que ton cœur désire. Et tu te fends d’un petit commentaire bien inspiré : « Cette année je promets de me donner plus de temps pour mes projets personnels (prendre le temps de passer mon permis, m’acheter un appartement) sans oublier mes objectifs professionnels. ». Tu vois, t’es quand même en train de faire de la communication autour d’une putain de maladie, le cancer, et plus particulièrement le cancer du sein, cette horreur qui décharne les poitrines et qui fait couper les seins, qui fait crever les mamans et les amantes. Pas un rhume, un mal qui t’oblige à te faire injecter de la merde radioactive dans les veines, qui te fait vomir, qui te force à arrêter de bosser, à perdre tes revenus, ta vie sociale, qui pèse sur tes épaules mais aussi sur les moyens et sur le moral de ta famille et de tes proches.

Alors tu vois, les malades du cancer, et plus particulièrement les malades du cancer du sein, je suis sure qu’ils.elles kifferaient pouvoir prendre le temps de s’acheter un putain d’appartement dans le putain de quartier le plus cher de Paris, je suis même sure qu’elles kifferaient avoir les sous et le temps pour mettre des bonnets moches et roses et pour se foutre sur Instagram avec, mais la réalité c’est qu’elles te gerbent dans la capuche et qu’elles t’étouffent avec. Chère Kenza, quand on a la chance d’être privilégiée comme tu l’es, quand on met sa vie en scène pour son audience, pour son public, on pense à qui on s’adresse, vois tu. Et là, c’est très clair, t’en as rien à foutre des malades, tu leur pisses à la raie, ce qui t’intéresse c’est d’avoir l’air cool en néon rose et d’avoir du like sur tes réseaux sociaux pour pouvoir revendre plus cher ta prochaine prestation de social media style and design and ta mère expert.

T’en as rien à claquer de l’état des hôpitaux en France, du salaire qui perd 2/3 de son montant quand t’es en longue maladie, t’en as rien à foutre des cathéters qui arrachent la peau, de la prévention et des camions à mammo. Toi tu vas t’acheter un appartement et passer ton permis, et après tout pourquoi pas, fais le, j’en ai rien à foutre, vis ta vie loin de la mienne, tant mieux. Mais putain, arrête de faire semblant d’être impliquée, cesse la posture de Lady Di de la blogo, tu veux des tunes et de la notoriété, la prochaine étape c’est quoi ? aller serrer sur ta blouse Fendi des bébés morts d’Ebola ? Sans déconner pour qui tu te prends, à quoi tu sers là, avec ton bonnet de merde et ton commentaire indécent sur ta vie trop belle, sur le fait de prendre du temps pour toi alors que les malades n’en ont pas ? A quoi tu sers meuf ? A rien. Voilà.

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Ma grand mère

oct 02 2014 Published by under Non classé

Ma grand-mère se tourne et se retourne sur le drap jaune de l’hôpital. Elle n’est pas vraiment là, mais ca ne se voit pas. Elle se ressemble pourtant, les mêmes rides, la même mèche trop blonde, le même air pincé. Sa chemise de nuit s’ouvre sur ses cuisses encore fermes, je n’ai jamais vu le corps de ma grand-mère. Je n’ai jamais pensé qu’elle puisse avoir des cuisses, un sexe. Ma grand-mère est un monolithe de tweed, asexué. Je ne lui connais pas d’émotions amoureuses. Ma mère est arrivée dans la surprise. On croyait que ce n’était pas possible. Parce que ma grand-mère était stérile, ou parce qu’elle n’aimait pas son mari, le trouble reste. Ces mots, prononcés par mon grand-père, hantent ma mère depuis l’enfance. Ils rongent ma grand-mère aussi, qui  garde la naissance de ma mère comme un trophée. Elle avait réussi. Malgré le désamour, malgré les trompes bouchées, elle avait eu un enfant. Et personne ne pourrait lui enlever cela.

Ma grand-mère n’a plus de pudeur. Elle chie sur les draps jaunes. Elle attrape à pleines mains son sexe pour le nettoyer. Et quand elle n’y arrive pas, c’est à moi de finir. Ce n’est pas le contact de la chair qui me dégoûte. Ce n’est pas l’odeur pugnace de la merde mêlée aux désinfectants hospitaliers. La vision de son sexe, de ses poils longs et bruns, malgré les années, la réalisation soudaine que ma grand-mère a été une femme, desirante, aimante, que ce sexe aujourd’hui souillé a été pénétré, léché, caressé, l’électrochoc primaire de cette vie animale de son sexe contre les électrodes, les prises de sang, les machines, et la mort juste à côté. Voilà ce qui me dégoute. La prise de conscience immonde de l’arrêt possible de la vie, à tout instant. Malgré la fougue, malgré l’envie, malgré les précautions, malgré les médicaments, les projets et les rendez-vous, tout s’arrête. Et ma grand-mère, entravée parce qu’elle refuse d’être soignée, refuse de mourir, de toute sa puissance de femme, de tout son sexe, de toute sa merde.

Elle n’est pas morte, encore. Elle est rentrée chez elle. Elle ne se souvient plus de rien. De cette journée de vapeurs, de son impudeur, de ce qu’elle a dit, de ce qu’elle a fait. Elle se souvient qu’elle n’aime pas l’hôpital, même si on y est très bien. Elle est très digne, dans sa propre chemise de nuit. Elle s’inquiète de ses cheveux sales. Elle ne veut toujours pas se soigner. Elle en a assez. C’est fini, de mourir. C’est la vie maintenant. Il faut oublier, surtout ne pas en rajouter. Un infarctus, ne pas dire le mot. Un incident cardiaque. Un malaise, à peine. Et puis parfois, à la mauvaise heure, je vois l’angoisse qui la prend. Elle se couche sur son côté, les jambes pliées comme une adolescente boudeuse, elle râle. Contre le temps qui passe, et les copains du café qui ne montent pas, contre le sommeil qui la prend, et les journées qui n’en finissent pas. Ma grand-mère monte la garde, l’ankou s’éloigne, la mort peut bien essayer, elle ne l’aura pas, pas cette fois.

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Papa got a brand new bag

sept 21 2014 Published by under Non classé

Je me prépare à décrocher le téléphone et à entendre la voix de l’autre. J’imagine la scène, j’anticipe. Mon père est mort. Qu’est ce qui se passe après ? Est-ce que je serais au courant au bon moment ? Est ce qu’il faudra que j’aille à l’enterrement ? Est ce que je verrai mes frères pour la première fois autour d’un corps froid ? Qu’est ce qu’ils pensent de moi, de cette sorte de soeur qu’ils n’ont jamais vu, dont ils ne connaissent même pas vraiment l’âge ? Est ce qu’ils pensent à moi, parfois ? Je cherche leurs visages sur Internet, je les trouve, je me reconnais, dans un détail de peau, dans main qui plisse aux mêmes endroits que la mienne. Je partage bien mes genes avec ces inconnus. Mon sang dans leur peine, est ce qu’ils en auront vraiment besoin ? Nous n’avons pas eu le même père. Le mien s’est suicidé quand j’avais 13 ans, il a quitté ma vie, il ne s’est pas battu, il a tout jeté, mes affaires d’enfant, ma chambre, il a démménagé, tout effacé. Il a choisi de se mourir de moi. Le leur est encore là, bien présent dans leurs vies. Je ne sais pas comment d’ailleurs, bon ou mauvais, ils ont un papa. Je leur souhaite le meilleur de mon père, comme j’ai eu la chance de le connaître parfois. Je leur souhaite ce père héros qui me donnait l’impression d’être importante, je leur souhaite ce père clown qui en faisait toujours trop, je leur souhaite ce père fier d’eux que je ne connais pas. Je leur souhaite d’être équilibrés et heureux. Mieux que moi en tout cas.

Je les hais pourtant. Je jalouse leurs sourires et leurs photos de vacances. Je les imagine tout réussir, mieux que moi, des études brillantes, des résultats parfaits, ils ne sont pas obèses, eux, tu vois bien, tu ne méritais pas ce père qui ne voulait pas de toi. Il y en aura bien un qui fera médecine, avec la chance que j’ai, pour me montrer à quel point j’échoue, pour me dire à quel point mon père a eu raison de me laisser de côté, pomme pourrie, fruit imparfait. Je vis en compétition avec ces petits frères d’une autre mère, le classement sur le podium est pourtant clair, ils ont gagné d’une longueur de père, ils ont sur retenir l’attention du mien, pas moi. Au festival annuel des filles à problèmes, je traîne mon boulet derrière moi, il est mon ombre, mon petit nuage de pluie, jamais bien loin pour me rappeller à quel point je ne compte pas. Cette voix dans ma tête qui m’obsède quand le bruit s’arrête autour de moi, c’est la sienne, la cassette ne s’use pas. Mon dernier de coup de fil, la dernière fois qu’il décroche, juste avant il me dira qu’il n’a pas de temps pour moi, il est en train de dîner avec ses fils, je dérange, il ne peut pas. Je rappelle au matin, nous avons un rendez-vous téléphonique, comme on en prend pour un entretien. Il se fout de moi, dix ans pourtant qu’il n’entend pas ma voix, et il n’a rien à dire d’autre que des horreurs vides, il répète ce que je dis pour en tordre le sens, il me demande de ne plus rappeller, les autres, les petits, les enfants, ne savent pas ‘pour moi’.

Ils savent désormais. Il paraît. Ils savent. Je sais aussi plein de choses dont je me fous. Je n’ai pas pleuré à la mort de cet oncle jamais vu. Ils n’ont pas de raisons de penser à moi. Ils ont la tête bien faite, eux. Ils ont leur vie entière à faire, une vie sans moi, sans l’histoire que je porte seule. Je suis le seul témoin de mon histoire avec mon père. De cette histoire intime, de ces moments que personne n’a vécu. Je suis la seule fille de mon père. Je suis le seul premier né de mon père. Cela ne suffit pas à me rendre indispensable. J’anime seule son fantôme, marionnette triste. Il n’y a rien d’humain là dedans. Pas de chaleur, pas d’amour, pas d’admiration. Juste un personnage avec lequel je joue, que j’invente au gré de mes angoisses. Je lui en veux bien sur. D’oser respirer sans se demander si je vis. D’oser s’endormir alors qu’il ne sait rien de moi. Je fais souvent ce rêve, je meurs au milieu d’une forêt, seule, ma mère me cherche et m’appelle, je vois son nom s’afficher sur l’écran de mon portable, et en transparence, mon père se réveille, heureux. Comment papa fais tu pour dormir ? Je suis peut être morte, pour de vrai, quelque part, dans un fossé, dans une voiture calcinée. Je suis peut-être seule, je suis peut-être malade, je suis peut-être ta fille, encore, je t’appelle à l’aide, pourquoi ne m’entends tu pas ? Tu m’as tué, je l’oublie trop souvent, je te prête encore des sentiments.

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Vos lendemains qui chantent

sept 03 2014 Published by under Non classé

Hier, je me suis rendue pour Les Dé-chaînées et à l’appel du CNDF à un rassemblement « unitaire » pour protester contre la disparition du Ministère du Droit des Femmes. Je copie ici l’appel au rassemblement lancé par le CNDF :

 

Le gouvernement constitué par Manuel Valls il y a quelques jours ne comprend plus de Ministère des Droits des Femmes de plein exercice. Celui ci est déqualifié en Secrétariat d’État, sous l’égide de la Ministre des Affaires sociales et de la Santé.

Outre le fait que conserver ce Ministère durant l’entièreté du quinquennat était une promesse du candidat Hollande, le combat pour l’égalité femmes/hommes est loin d’être terminé. Dans tous les domaines : travail (salarié ou domestique), précarité, violences (dont la prostitution), santé, libre disposition de son corps, parité, handicap, immigration, création artistique, etc…, le chemin est encore long . Pour le parcourir, un Ministère de plein exercice est nécessaire.

Nécessaire car il marque la considération accordée à ce combat, nécessaire car lui seul peut prendre en compte cette approche transversale indispensable.

A l’heure où un virage à droite très significatif est amorcé, à l’heure où les conditions de vie des femmes les plus précaires vont encore se dégrader car ce sont toujours elles les premières victimes, nous ne laisserons pas les acquis du mouvement féministe disparaître dans les affres d’un remaniement délétère.

Toutes et tous devant Matignon, angle rue de Varenne- Boulevard des Invalides, mardi 2 septembre, 18h30.

 

Je suis une femme. Je suis féministe. J’avais donc envie de porter dans ce rassemblement ma colère de voir le Ministère du Droit des Femmes disparaître. C’est pourquoi j’ai répondu à ce rassemblement unitaire. Mais je suis aussi une femme, une féministe, qui pense que les lois votées concernant les travailleur.ses du sexe sont une honte. Je suis cette femme, cette féministe, qui pense que le féminisme se doit de lutter pour les droits de toutes les femmes.  J’ai donc confectionné une pancarte, dont je vous livre le recto et le verso ici.

Verso

photo 2

Recto

Recto

Bien sur on pourra me reprocher d’avoir inscrit le droit des travailleur.ses du sexe et l’abrogation de la loi sur le voile sur ma pancarte. Bien sur on me dira que je devais m’écraser devant la ligne des associations majoritaires. Bien sur on pourra me dire que je faisais de la provocation en portant si ostensiblement les revendications de mon association. Bien sur.

Bien sur on pourra me dire que je me compromets en allant manifester aux côtés des féministes bourgeoises historiques. Bien sur on pourra me reprocher de m’être tenue à quelques mètres des Zero Machos. Bien sur on pourra me reprocher de vouloir faire de l’entrisme, du copinage, des alliances temporaires. Bien sur.

Je voulais être là. Nous voulions, nous Les Dé-Chaînées, être là. Parce que la colère de voir le gouvernement nous chier à la gueule malgré ses promesses, nous la connaissons. Parce que nous sommes hors de nous de voir Pascale Boistard occuper le poste bâtard de secrétaire d’État aux Droits des femmes. Parce que nous avons le droit d’exprimer notre colère, nous féministes, nous, femmes, dans un rassemblement unitaire.

Cela commence quand une première femme vient accompagnée de deux autres m’expliquer que ma pancarte n’a rien à faire dans le rassemblement, et que les droits des travailleur.ses du sexe sont une offense au féminisme. Et essaie de me faire comprendre qu’il serait de bon ton que je me casse.

Cela continue quand des dizaines d’individu.es viennent me voir pour me dire que je me trompe de rassemblement. Que mon soutien visible à la cause des individu.es prostitué.es est une honte. Que je suis un mac.

Cela continue par cette femme qui dira à son amie « je ne veux pas être vue en manifestation à côté d’une pancarte contre la loi sur le voile, prenons vite nos distances ».

Cela termine quand Zero Macho pense qu’il est normal de venir intimer l’ordre à une femme de retirer sa pancarte d’un rassemblement féministe. Un homme dit donc à une femme qu’elle n’a rien à faire sur son terrain privilégié de lutte. Que nous laisserez vous ? A quoi aurons nous droits, quand les hommes seront venus nous prendre jusqu’à nos luttes et nos colères ? De quel droit cet homme aurait il une place plus importante que la mienne dans ce rassemblement ? Je suis soufflée. Je refuse toute discussion.

Les prises de parole commencent.

Un homme, du PCF, commence une longue diatribe sur l’Islam. Qui glisse sur les extrémistes. Qui glisse sur la charia. Nous sommes quelques unes à vomir dans nos bouches. Nous sommes quelques unes à le huer. Je suis en face de cet homme. Il m’ordonnera de me taire. Avec ces mots précis « Taisez vous mademoiselle ». Hurlés au mégaphone. Dans une manifestation féministe. C’est la seconde fois qu’un homme cherche à me silencier. Je suis folle de rage.

Les prises de parole s’enchaînent. Je salue particulièrement l’intervenante de la Maison des Femmes, qui rappelle à tous.tes que la lutte se fera dans la rue, qu’il faut appeler à la mobilisation, que les associations féministes se meurent. C’est celle qui donne vraiment du sens à notre rassemblement. C’est la seule qui parle de lutte. C’est la seule qui semble avoir l’énergie liée à l’urgence de la situation.

Il est évident que Les Dé-chaînées n’auront pas le droit à la parole.

C’est le moment que choisit un membre de ZM pour venir m’expliquer que la prostitution n’est pas un vrai métier, et que si je le voulais vraiment, je pourrais avoir un vrai travail. Je refuse encore une fois la discussion.

Ces gens se rendent ils compte de la violence de leurs mots ? Tous.tes ceux.elles qui ont voulu me faire taire, en me demandant de baisser ma pancarte, en me demandant de partir, en s’éloignant de moi, en chuchotant dans mon dos, en me sommant de me taire, en me sommant de changer de conviction parce qu’ils ont raison. Je ne pense pas. Ils sont persuadés d’être la voix unique. La vérité. Tu n’existes pas. D’ailleurs, tu ne pèses pas lourd politiquement.

Il faut être honnête. Toutes les grandes associations qui pèsent politiquement sur les décisions de nos dirigeant.es sont des associations de féministes blanches et bourgeoises. Je suis blanche. 99% des gens présents au rassemblement l’étaient aussi. Elles bénéficient de l’aura de leurs combats passés (et nous les remercions pour cela), et distillent un féminisme excluant et putophobe. Et pourtant, sur les réseaux sociaux, sur Tumblr, sur Internet, un autre féminisme pousse très fort. Un féminisme parfois violent, souvent explosif, mais plein d’énergie. Cela existe, virtuellement. Je souhaite de tout mon cœur que ce féminisme descende dans la rue. Je souhaite qu’il montre aux associations  historiques que la relève sera différente, que nous ne sommes pas à leur  botte. Que nous existons, nous les femmes féministes, sans leur approbation, libre de penser et d’agir hors des dogmes qu’elles ont voulu installer. Il faudra prendre leur place. Il faudra se battre. J’espère que nous serons nombreuses.

La lutte a différents moyens. Internet est un moyen. Mais la rue, la lutte de territoire, l’occupation de la place symbolique, tout cela est important. C’est la rage de la rue qui fait changer les lois. C’est la place qu’on prend dans un cortège qui marque les esprits. C’est la force de notre mobilisation, ce sont nos voix qui gueulent plus fort, ce sont nos revendications portées bien haut qui  nous font exister, aussi. L’année qui arrive sera riche de combats féministes. J’espère vous croiser dans la rue.

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Rentre

août 30 2014 Published by under Non classé

J’ai tourné deux fois à droite, pour me retrouver dans la même rue. J’ai fait le tour du rond point, trois fois. Je ne veux pas rentrer chez moi. Qu’est ce que je pourrais faire. Mettre de l’essence. Regonfler les pneus. M’arrêter boire un café. Avec tous les autres gens qui boivent des cafés pour ne pas rentrer. On soupire presque en cadence. On commande un demi, tant pis. Des hommes seuls surtout. Les femmes sont occupées, elles donnent le bain, elles couchent les petits, elles choisissent le programme télé. Nous on est là. On sait pas bien pourquoi. On fait très bien semblant d’être libres, on regarde passer les filles, mais on sait bien, qu’il faudra, tout à l’heure, rentrer. Garer la voiture, le bip du portail et les escaliers du parking, la grosse clé de la porte, l’odeur familière lessive-purée, attraper un morceau de joue ou de lèvre pour y déposer un demi baiser. Et le silence. Ne rien avoir à raconter. Les journées, pleines de la même chose qu’hier, n’amusent plus personne. Embrasser les enfants. La télé.

Samedi matin la danse, samedi après-midi, les courses et le poney. On a acheté deux voitures. C’est plus pratique. Avant, on se parlait. On a décidé d’habiter ensemble sur l’autoroute, en rentrant de chez ta mère. On avait le temps. On ne le fuyait pas. Ta main cherchait la mienne sur le levier de vitesse. Tu changeais la radio, je ralais. Aujourd’hui, je râle quand tu veux conduire, quand tu bouges mon siège, quand tu touches au rétro. Ma voiture c’est chez moi. Et tu n’y habites pas. Quand on sera vieux peut-être, quand on aura rien d’autre à faire que de se regarder, il faudra bien se forcer. Il faudrait que tu me racontes, ce que tu fais, à quoi tu penses, comment tu voudrais que je te baise, ce qui est important, maintenant. Il faudrait qu’on s’épargne les fuites et le plombier, la varicelle du dernier, l’argent qu’on doit et celui dont on va manquer. Il faudrait qu’on se regarde, qu’on s’attrape, qu’on se serre, qu’on se batte. Je ne suis pas courageux. Tu l’étais. Je crois que tu as compris que je ne changerais pas. Je crois que tu attends, comme moi.

On a l’ennui bourgeois, confortable. On est ce couple là, celui qui arrête de parler au restaurant, qui écoute les conversations des autres, tout est toujours plus drôle à la table d’à côté.  Les vieilles ficelles, les fleurs et les petits mots, tout ca ne fonctionne plus, ca ne compte pas. On flanche. On se décoit. On s’aime, tiédement. Tu ne m’appelles plus en sortant du boulot. J’oublie de te dire quand je travaille tard. Ce n’est même pas une autre. Il n’y a personne d’autre que l’absence de toi. Je suis lâche. Je ne t’en parle pas. Je sors prendre l’air quand tout devient trop lourd. J’attends que tu hurles. Je voudrais que tu me frappes. Qu’on casse quelque chose. L’orage ne vient pas. Tu pars te coucher. Je change de chaîne. Qu’est ce qui m’empêche d’aller te retrouver. J’ai peur au fond, que tu dises non. Alors j’attends que tu dormes pour m’allonger. Tu as mis le réveil. Demain, c’est pareil.

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Marseille

août 18 2014 Published by under Non classé

Je ne sais pas si c’est la pauvreté ou le soleil qui rend les gens moins imbus d’eux mêmes à Marseille. Sur la plage, les femmes s’affichent, rondes, vieilles, courbées par l’âge, ridées, mal fagotées ou resplendissantes, leurs maillots sont petits, leurs ventres débordent du bikini, personne ne s’offusque. Les hommes portent les enfants à même la peau sur des torses souvent velus, on porte ostensiblement la croix en or ou le voile fluo, quand la nuit tombe les mamans gantées amènent les plus petits à la grande roue ou aux autos tamponneuses, tout le monde s’en fout. Peu de marques, mais souvent des paillettes, des sequins, sur les sacs et sur les seins, des bouches qui tchipent et des doigts qui claquent, on s’agace pour rien sur le sable, on se réconcilie aussitôt, les enfants se mélangent, la peau dorée et les boucles salées, les cabas plastique du supermarché débordent de sandwichs et de fruits découpés. La plage appartient à tous, c’est le salon d’été, on fume, on reçoit, on coiffe les soeurs et on joue aux cartes, c’est peut-être ce qui nous manque ici, des lieux de vie non spécifique, non utilitaires, où se poser et regarder vivre les autres, pour les apprendre, pour les apprivoiser.

Sur la corniche, le monument aux armées d’Orient et aux soldats du lointain, une porte vers la mer, une porte d’entrée aussi, selon l’endroit de l’hémycicle. La mémoire de nos guerres, les moins sales comme les plus ignobles, et de cette chair utilisée pour remplacer celle des fils de France, les bien nés, ceux dont on ne supporte pas de penser qu’ils puissent mourir, alors que le sacrifice d’étrangers, d’inconnus, de ceux qu’on a jamais vu ou rencontrés, semble normal. La Patrie, la civilisation, les bons pères, j’ai tout le vomi de mes ancêtres qui me remonte en bouche quand j’y passe à chaque fois, l’impression d’avoir failli, d’avoir lu les mauvais manuels en histoire, l’impression que ce monument, aussi beau et aussi magistral soit il n’est pas assez, que tout fait sens quand on le voit, la colère et la violence de plusieurs générations, cristallisée sur ces pierres, aux soldats du lointain, les rouges et les jaunes, les noirs et les moins noirs, ceux qui n’ont même pas de pays, on ne leur donne pas d’identité, ils sont la masse grouillante de ceux qui portent notre économie, notre liberté, nos jours fériés qui n’existeraient pas sans eux, et pour service rendu à la nation, les camps de harkis et les cités dortoirs, les rapatriés et les pieds noirs, les youpins et les sales portugais, les italiens ou les congolais. Ils sont ceux du lointain, importés sur nos bateaux, dans nos armées, dans nos usines, nous sommes ceux d’ici, que nous le voulions ou non, nous portons en nous cette arrogance, ce privilège, d’être d’ici et de se croire tout permis.

La mer bien sur voilà ce qui donne envie de Marseille quand on est né à Paris. On ne s’imagine pas sortir du métro pour aller à la plage, notre cerveau ne peut même pas l’entendre, la donnée est erronée. La mer n’est pas un expédition ici, elle ne demande pas forcément de grands renforts de bouées et de serviettes, de tentes et de parasols, on s’assoit sur le sable avec le naturel de ceux qui ont toujours connu les vagues, qui ne voient plus rien d’exceptionnels aux tags qui longent les plages, rien d’apocalyptique aux usines qui empêchent de se baigner. C’est comme ca, et la misère n’est pas moins difficile au soleil, elle se cale juste sur un autre temps, en tâche de fond derrière les palmiers, dans la poche ou dans le coeur, elle demeure. Je regarde les gens qui regardent la mer, et il me semble que c’est là qu’on devine toute leur humanité. On se perd dans la contemplation, des grains de sable, de l’horizon, tous, le genre, le sexe, la nationalité, tout ca importe peu. L’immensité imaginaire et toute cette eau qui nous perdrait, l’impression qu’on pourrait disparaître, les rochers. Et puis le lointain encore, l’Orient, ce qu’on devine de ceux de l’autre rive, la nuit les étoiles, le noir et le bleu mélangé. Tout cela au pied du parking, au bord de la route, tout près d’un supermarché. L’essentiel à portée de tongs, jamais cheap, toujours à disposition, offerte. C’est ca que j’aime, Marseille, l’impression que la ville se donne, sans retenue, sans morale, qu’elle s’offre. Il n’y a que nous pour nous embarrasser de nos bagages et nos peurs, il n’y a que nous pour nous refuser.

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La femme en noir

août 02 2014 Published by under Non classé

Femme en noir

Y’a cette femme qui marche au bord de la route. Et des gens qui viennent s’agglutiner devant la station service pour la regarder passer, pour la prendre en photo, pour l’applaudir. Des gens qui pleurent, qui la remercient, qui proposent de l’eau ou de l’aide, et la femme en noire qui refuse, qui presse le pas devant les téléphones et les caméras. Elle n’aura rien dit, elle n’aura pas expliqué, elle ne porte pas de messages pour l’humanité. Elle s’est levée un matin, elle a rasé ses cheveux, elle a quitté le centre de traitement pour anciens soldats qu’elle fréquentait, et elle a pris la route. On sait d’elle qu’elle est en deuil, de son mari, de son père, on sait qu’elle est mère. Mais personne ne sait vraiment pourquoi elle marche en silence, ce qu’elle vient trouver au bord des routes toutes droites des Etats Unis, ce qu’elle pense des voitures, des fossés ou des actualités. Elle ne fait que marcher.

Des photos d’elle sont partout sur Internet. Son visage est comme usé par le soleil et par la vie, par la peine. Elle ressemble à une montagne déserte, vide de sens, avec deux yeux comme des lacs immenses et gelés. On dit d’elle qu’elle est illuminée, qu’elle cherche un sens au milieu des panneaux indicateurs, qu’elle cherche un dieu ou une raison de continuer à avancer. Et quand on la voit, enveloppée dans ses voiles noirs, on se laisse aller à le croire. Et puis, il ne faut pas y voir clair pour tout quitter, pour prendre la route sans annoncer son itinéraire, sans prévoir, sans compter, sans GPS, sans affaires, sans argent, sans rien qui dise qu’on va s’arrêter. Il faut être fou, ou il faut avoir tout perdu, il faut avoir vu le pire, il faut avoir souffert, il faut avoir envie de partir, de se quitter soi même, de mourir un peu, de changer d’apparence et de vie, de se fondre parmi les arbres et les talus, de n’être plus rien qu’une femme qui marche au bord de la route, sans comptes à rendre, sans lendemain à inventer. Juste les pieds sur l’asphalte, un pas après l’autre, c’est tout ce qui compte, c’est tout ce qu’on peut envisager, le futur est trop loin, l’avant trop compliqué. Un pas après l’autre, c’est tout ce qu’elle peut faire, pour l’instant, pour continuer à respirer. Se concentrer sur le mouvement du talon, du genou, avoir mal dans son corps, ressentir les bosses et les pentes, surtout ne pas penser aux morts qui dansent juste à côté, ne pas penser aux ombres, avancer. Je n’en sais rien. Peut-être qu’elle expie, comme un pêcheur vers Compostelle, peut-être qu’elle parle aux esprits de la forêts, à ceux des pompes à essence et à ceux des routiers, peut-être qu’elle ne pense plus, brûlée de l’intérieur, juste la mécanique à sauver, marcher pour que la machine continue à tourner.

Et puis les gens qui pleurent en la voyant. Qui s’arrêtent. Qui prient sur son passage. Qui ressentent quelque chose. Qui comme moi, imaginent, dissertent. Est ce que c’est si étonnant de voir une femme marcher au bord de la route ? Est ce si singulier ? On s’émeut parce qu’on ne sait pas. Parce qu’on est pas capables de partir marcher. Parce qu’on ne fera pas la route, bien installés dans nos vies, parce qu’on est pas assez fou, pas assez traversés par la lumière pour nous laisser porter. Alors on pleure devant la femme en noir qui marche, je pleure aussi. Je voudrais souvent partir, sans rien dire, pour quelques jours, disparaître, regarder la mer, ne penser à rien, m’extraire. J’ai la romantique du néant, du kidnapping volontaire, de la retraite en monastère. J’ai le fantasme d’arriver à être en paix dans le désordre de mes angoisses, sans téléphone qui bippe et sans devoirs à rendre. J’ai l’idée qu’au bout de quelques jours, qu’à la fin de quelques nuits, tout se dissout dans le silence, qu’on laisse s’envoler les questions, les hontes, les peines, dans quelque chose de plus grand que soi, dans quelque chose d’incompréhensible. Je crois que je manque d’humilité, pour accepter le silence et la disparition, je ne suis pas prête à la grande dissection, j’ai trop de ce moi qui déborde pour m’autoriser à le faire taire.  La femme en noir est arrivé au bout de sa route il y a quelques jours. Elle repartira. Et moi.

#womaninblack

http://www.bbc.com/news/magazine-28578570

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