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Féminisme, doutes, ennui.

juin 10 2013 Published by under Non classé

Je suis fatiguée en ce moment. J’ai perdu la foi. La petite flamme qui allumait mon vomi intérieur. Le truc qui me permettait de m’énerver de manière constructive. De poser des mots sur ma colère. De transmettre un peu de mes aspirations, de mes idées, de ma révolte. Le mosh pit est toujours là, à l’intérieur de mon ventre, prêt à prendre les armes, à lever le poing, mais quelque chose est cassé dans la transmission, mes circuits nerveux sont usés. Ma sensibilité est trouée à l’acide par les petites et les grandes déceptions, par les horreurs quotidiennes servies par l’actualité, les agressions, les viols, les morts, mais surtout par la réaction des autres, par la volonté de toujours faire un bon mot, de se positionner de manière ironique ou perturbatrice face à l’horreur. Je n’ai plus le temps de digérer l’information que mon cerveau tourne déja en boucle sur les réponses que je voudrais faire à ceux qui la relaient. Je me mets à haïr violemment des individus que je ne connais pas. Je perds un temps fou à faire la liste des petites tortures que je voudrais leur infliger. Pourtant je n’échange même pas avec eux. Je m’interdis de répondre, ou de provoquer une conversation qui ne mènera à rien. C’est peut-être cela qui m’atteint le plus. Savoir que je ne peux rien dire qui puisse provoquer une réfléxion, qui puisse changer quelque chose à un discours établi. On s’envoie des parpaings dans la gueule, on cherche à s’atteindre, pas à réfléchir, pas à argumenter. Je ne suis pas mieux qu’eux. Je voudrais leur crever les yeux, en toute démocratie.

Alors j’ai cherché à m’investir dans la vraie vie. Pour fuir un peu le petit milieu d’Internet, de Twitter surtout. Chercher des gens qui me ressemblent, faire, parler, bouger. J’ai échoué. Je refuse de militer dans une association qui néglige le droit des travailleurs du sexe. Je refuse de militer avec des individus qui veulent la mort d’Israel. Ces deux informations m’empêchent d’adhérer à la plupart des structures féministes, égalitaires. Je ne me sens pas à ma place. Virtuellement, c’est pire. Je ne suis pas assez féministe pour certains, pas assez queer, pas assez au fait des questions de genre, je suis trop violente pour d’autres, qui considèrent que le féminisme n’est pas important, qu’il doit se limiter à gérer les problèmes de violences faites aux femmes, sans trop s’investir sur le reste. J’ai l’impression d’être un rat de laboratoire dans un labyrinthe. Quoique je dise, je suis trop ou pas assez, je suis traitre à la cause ou collabo. Je m’embrouille moi même, sur les questions de prévalence des luttes. Est ce que je pense toujours qu’il était important de faire supprimer le mademoiselle des formulaires administratifs ? Bien sur. Est ce que je pense que le féminisme doit empêcher les gens d’utiliser « putain » ou « attention whore » ? Non. Est ce que je suis encore seulement féministe ? Oui, plus que jamais, plus j’apprends, plus je lis, plus je m’instruis. Alors pourquoi je ne trouve pas mon port de rattachement ? Pourquoi je ne m’identifie pas ? Pourquoi j’ai envie d’arracher la gueule à 80% de mes interlocuteurs ?

Je suis un peu perdue. Je sais que je ne suis pas la seule. On est quelques unes à regarder les choses bouger, évoluer et se transformer sans savoir vraiment où placer nos billes, comment rendre nos cerveaux disponibles. Ca me rassure un peu. Mais pas assez. J’aimerais retrouver l’envie de réagir, d’écrire, sans me demander si je suis assez politiquement correcte pour mes camarades de lutte. Si je ne vais pas me prendre un taquet plus violent de la part de celles et ceux qui jouent dans la même cour que de la part de mes présumés ennemis. J’ai peur de développer les arguments de la liberté d’expression, du libre usage des mots, pour me voir renvoyer que j’emploie les mêmes arguments que l’extreme droite. Je ne sais plus où j’habite, où me situer, quoi dire. Je relis L’Ennemi Principal. Et puis j’attends que le brouillard se dissipe. D’être moins heurtée, sans cesse, pour pouvoir organiser ma pensée. J’attends et je m’endors un peu. Ca me fait peur.

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Grec

mai 29 2013 Published by under Non classé

J’ai 11 ans. Je suis en vacances sur une île en Grèce, avec mon père, et ma nouvelle belle mère. J’ai un vélo, un sac à dos, les horaires de bus, et la montre que m’a offert ma grand-mère au poignet. Je fais ce que je veux. Parfois, on part tous les trois en scooters, moi derrière Papa, bien accrochée, on traverse l’île pour rejoindre une autre plage, on s’arrête pour manger des figues de barbaries et pour boire des cafés frappés. Souvent, je reste seule dans la maison de location, pour la journée ou pour deux jours, quand ils partent en amoureux, je ne sais pas ou. Je ne me souviens pas avoir peur d’être seule. Je me souviens les matins, le soleil sur la mer, la grande descente jusqu’au port, le bus pour monter à la vieille ville, à côté de l’énorme monastère orthodoxe. C’est là qu’une amie de ma belle mère a ouvert une crêperie, je monte souvent la regarder cuisiner, elle me raconte ses histoires, elle couche avec un moine qui s’appelle ‘Bouche en Or » en grec, ca me passionne. Elle fait des omelettes norvégiennes aux touristes écrevisses, et sa maison est comme dans un film, comme au début du Grand Bleu, toute blanche, toute plate, pleine de chats qui vont et qui viennent, de poissons et de poulpes qui sèchent.

Ce matin là je me suis réveillée tôt. Il faisait encore frais, presque noir, la montre indiquait 6:30. J’avais un bus pour monter au monastère vers 7h, l’heure où le restaurant commence à se préparer pour le petit déjeuner. Mon père dort. Je laisse un mot sur la table de la cuisine,  je m’habille, je saute sur mon vélo. J’attends. Tout est très calme. Dans cette île très touristique, personne ne dort jamais. Pourtant là, rien ne bouge aux terrasses, personne ne se presse dans les rues. Quelques grecs attendent le bus avec moi. A 7h, pas de bus. Je ne parle pas grec. J’attends encore. Un bus arrive, je déduis qu’il s’agit d’un retard, je monte donc, je demande en anglais au chauffeur de me préciser sa destination, il me dit yes yes, il ne comprend pas, je m’assieds. On ne monte pas vers la vieille ville, on prend le bord de la côte, il se met à rouler, vite. Autour de moi les autres passagers finissent leur nuit ou regardent par la fenêtre. On roulera une petite demie heure avant de s’arrêter. Je suis de l’autre côté de l’île, à quelques kilomètres de là où je voulais aller. Je descends du bus. J’essaie de déchiffrer le nom de l’arrêt. Je regarde ma montre. Rien ne correspond. Ni la destination, ni l’horaire. Je cherche l’arrêt en contresens. Je marche longtemps le long de la route déserte pour le trouver, une petite cabane blanche, entourée d’ex votos et d’icônes représentants autant de morts par accidents, autant de vies brisées. J’attends. Je ne sais plus quelle heure il est. Rien ne me semble vrai.

Un bus arrive enfin, je monte au hasard, je ne peux plus rester là, au bord de la route. Je croise les doigts pour qu’on rentre à la maison. Pour trouver quelque chose de familier au paysage. Pour trouver un visage connu dans cette ville d’étrangers. Je me tranquillise quand j’aperçois la jetée du port, je ne suis pas loin. Je descends, je longe le port pour aller récupérer mon vélo. La ville commence seulement à s’éveiller. Il est presque 9h à ma montre. Je ne comprends rien. Je remonte à la maison. Je pose mon vélo dans le jardin, et je regarde la mer, assise sur la terrasse. Peu après, mon père se lève pisser. Qu’est ce que tu fais déjà debout? Il est même pas 7h ! Il est 7h du matin. Je réalise que ma montre est déréglée. Je ne dis rien. Je vais me recoucher. J’ai en fait pris le bus des employés de l’hôtel de l’autre côté de l’île à 4h45. Puis j’ai attendu le premier bus public de l’île à 6h pour rentrer.  Je ne dirais rien. Mais je repense souvent à ce moment, hors du temps, hors de toute logique. J’y repense, et selon l’heure ou l’humeur, je l’adore ou je le déteste.

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Véronique Sanson

mai 21 2013 Published by under Non classé

Le seul truc qui te reste, c’est l’amour. C’est bête. Quand tu es devant la haine, quand tu ne sais plus, quand tu visites un blessé, quand tu réconfortes un ami, quand tu as peur, quand tu oublies, la seule chose qui te reste, comme un réflexe, c’est aimer. Tu tiens une main, tu fermes les yeux, tu absorbes la douleur de l’autre dans ton ventre, tu l’enroules et tu la planques, et tu aimes, en silence, sans rien dire, en contrôlant le bruit de ta respiration, tu aimes en soleil, en rayons, tu aimes parce que tu ne sais plus quoi dire, qu’il n’y a rien à dire. C’est le même sentiment qui tu prends par surprise quand tu te retrouves en train de faire du bien par hasard, quand par erreur tu passes vraiment un bon moment, quand rien n’était prévu mais que tout se passe à merveille, ton coeur se détache de sa cage pour exister autrement, il cesse de battre pour brûler, il se consume, il se rappelle, et tu aimes. Je me souhaite d’aimer fort, de voir le bien dans les autres toujours, de me laisser avoir encore longtemps par les faux semblants et les mensonges, je me souhaite de croire toujours l’autre, de prendre sa parole comme elle vient, sans essayer de la juger, je me souhaite d’aimer au premier coup d’oeil, sans peur. Je me souhaite d’avoir la force d’aimer les laids et les abîmés, les menteurs et les biscornus, je me souhaite le courage de m’aimer, dans les pires angles du miroir, je me souhaite de l’amour, celui des autres, en pagaille. Je me souhaite de ne jamais oublier qu’il suffit d’un silence pour aimer, d’un mot pour être en empathie, je me souhaite de ne jamais connaître l’aigreur et la sécheresse, je me souhaite mystique, remplie d’amour, transpercée.

Je me souhaite de ne plus avoir peur de ne pas être aimée. Je me souhaite de voir dans l’autre ce qui se cache de meilleur. Je me souhaite de lire seulement les jolies choses, et d’être assez remplie d’amour pour ne plus craindre les mauvaises. Je me souhaite des rages amoureuses, des trances extatiques, je me souhaite d’être transportée de tout mon poids, de toutes mes craintes, de tout mon orgueil et de tous mes défauts, je veux être balayée par quelque chose de plus grand que moi, de plus imposant, de plus énorme. Je me souhaite le divin, dans ma vie quotidienne et dans les actes posés par ceux qui m’entourent, je me souhaite d’être bête, abrutie devant sa force, je me souhaite d’être humiliée d’amour, renversée. Je souhaite être capable d’être le miroir noble de l’amour qu’on me porte, je souhaite être bonne, comme on l’est sans tricher, être bonne dans mes regards et dans mes paroles. Je me souhaite d’être soudée d’amour à chaque articulation de mon corps, écartelée. C’est là, à l’intérieur, tout cet amour que je donne, que j’ai à donner, je voudrais qu’il porte plus que ma voix aigüe, plus que mes agitations désarticulées, je voudrais donner de l’amour comme on gueule dans une pièce vide, qu’il se heurte aux murs pour rebondir plus vite, bombarder l’autre, irradié. Je me souhaite d’être assez sure de moi pour être humble, sans devoir faire de discours, sans devoir hurler, sans chercher le bon mot toujours, sans faire rire de peur d’être sinistre, je voudrais que mon amour soit muet et gigantesque, discret et omniprésent. Je voudrais écrire tout cela sans avoir peur d’être jugée, d’être ridiculisée, parce que l’amour est idiot, parce que je lui prête moins bien de jolis mots, parce qu’il est niais, parce qu’il est sans défense. Je me souhaite de l’amour.

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Nadia

mai 03 2013 Published by under Non classé

Je suis allée chercher Nadia au travail. Je l’attendais en grillant clope sur clope, assise sur un morceau de banc cassé, le sac en toile calé entre mes genoux. Elle est sortie, d’abord elle ne m’a pas vue, elle partait, j’ai sifflé. Elle s’est retournée, et un moment, un pas seulement, elle a hésité. Elle me regardait, mais son corps entier était engagé dans la fuite, vers le métro, vers les autres. Je me suis levée, j’ai pris son bras sous le mien, et je l’ai entraînée vers la voiture. On va où, elle m’a demandé ca, l’air de ne rien savoir, elle qui savait tout, toujours, elle avait ses yeux fous, ses yeux inquiets, tu verras, j’ai dit, tu verras. On est montées dans la voiture, elle s’est calée contre la vitre, j’ai balancé le sac sur la banquette arrière, j’ai démarré. J’ai allumé une clope, ouvert la fenêtre, il pleuvait, les gouttes sont venues mouiller ses cuisses, juste assez pour que je les regarde. Ses cuisses grasses moulées dans un collant opaque, sa jupe de secrétaire froissée, ses mains crispées autour de la ceinture de sécurité. Je l’ai cognée. Une fois, de la main droite, au feu rouge. Pas très fort. Juste pour qu’elle range ses cuisses. J’ai fermé le poing et j’ai cogné au hasard, les yeux sur la route, sans regarder. J’ai pris le périph Porte Dorée, j’ai allumé la radio, il continuait de pleuvoir, j’ai remonté la vitre.

J’ai pris l’autoroute. Ca m’énervait qu’elle ne me regarde pas. Qu’elle ne regarde pas la route. Qu’elle ne dise rien. Moi je fumais, en écrasant mes clopes sur le tableau de bord, le cendrier dégueulait. Enlève ton collant, je lui ai dis. Enlève ton collant putain. Elle s’est mise à chialer. Pour rien. Elle chialait. Enlève ton collant j’ai dit en levant la main. Elle a commencé par enlever ses chaussures. Balance les par la vitre. Balance les je lui ai dit. Et cette conne, elle chialait encore, avec ses grands yeux mouillés, arrête la voiture, arrête la voiture elle disait. Balance tes pompes ou je nous plante. Là, dans le pilier du prochain pont. Je nous plante à 130. C’est ca que tu veux ? Elle a enlevé ses ballerines à 10 balles. Elle a ouvert grand la vitre. Il pleuvait fort. Elle les tenait sur ses genoux, serrées. Jette les putain. Jette les ou je nous plante. Elle en a jeté une. Puis l’autre. Elle a fermé la vitre. Elle m’a regardée. Pour la première fois depuis Paris. Blanche, mouillée, dégueulasse. Pourquoi tu fais ca ? Pourquoi tu fais ca ? J’ai empoigné fort le volant avec la main gauche, j’ai levé l’autre, et j’ai cogné, encore. Une fois. Deux fois. Je ne sais plus. Parfois ma main cognait ses joues. Parfois je me prenais l’appuie tête, en hurlant de douleur. Enlève ton collant maintenant, et donne le moi, je lui ai dit. Elle a pas discuté. Elle s’est contorsionnée sur le siège, elle avait l’air conne, désarticulée. Elle a roulé son collant en boule et elle l’a posé sur mes genoux. J’ai continué à rouler, son collant dans ma main, en le respirant par bouffées, en sentant l’odeur de sa chatte dans ma bouche. Elle avait arrêté de chialer. Elle saignait du nez. Elle a cherché des mouchoirs dans son sac. Cette fois la nuit était tombée. J’ai toujours bien aimé conduire la nuit. Les lumières de la route, les stations services, ca me plaisait. J’avais l’impression d’être dans un film.

Un peu avant Rouen, je suis sortie de l’autoroute. Je ne savais pas bien où on allait. Je me suis enfoncée par la nationale, j’ai tourné à droite, au hasard, arrivée au premier bled, j’ai pris la route la moins éclairée. J’ai ouvert la vitre en grand. Ouvre ta vitre, je lui dit. En grand. On a roulé comme ca, l’air de la nuit, de la campagne, j’ai allumé une clope et je lui ai tendue, elle a fumé doucement, en regardant les étincelles de ses cendres s’émietter. J’ai tourné encore, à droite et puis à gauche, jusqu’à ce qu’il n’y ai plus que des champs. J’ai arrêté la caisse sur le bas côté. J’ai laissé les phares éclairer la nuit. On sort j’ai dit. J’ai chopé le sac par derrière, je suis sortie de la voiture, j’ai ouvert sa portière. Sors. Elle voulait pas. On va faire quoi. Qu’est ce que tu vas me faire ? Elle chialait encore. Ferme ta bouche. Ferme ta bouche je lui disais. J’ai attrapé le collant, tends tes mains. Donne ta main. J’ai pris sa main. Elle voulait sortir. Je la bloquais. Tu vas aller où. Tu vas aller où là à moitié à poil ? J’ai tordu sa main, son bras. Jusqu’à ce qu’elle la donne. Je l’ai attachée avec le collant. Les deux poignets. Ensemble. Lève toi maintenant. Elle s’est levée d’un grand coup. Je la tenais par les cheveux. J’ai relevé sa jupe sur son cul. Je vais compter jusqu’à 3. Je vais compte jusqu’à 3 et je vais te lâcher. T’as intérêt à courir très vite. Je t’aime, je t’aime, elle chialait, pardon, elle bavait, ca dégoulinait sur son menton, elle était couverte de pleurs, de morve et de sang. Je sentais ses cheveux craquer un à un sous mes doigts, s’échapper de ma main, casser. J’ai commencé à compter.

1. J’ai ouvert sa chemise de l’autre main, les boutons ont sauté d’un coup. Tu m’aimes aussi, elle dit, tu m’aimes aussi, souviens toi, et moi je t’aime, tu peux pas me faire de mal, tu veux pas, dis le moi que tu m’aimes. Je t’aime j’ai dit. Je t’aime.

2. Je suis derrière elle, elle est cambrée sous ma main, je l’enlace pour atteindre sa poitrine, je passe ma paume dans le bonnet de son soutien gorge, sa tête se pose sur mon épaule. C’est presque fini, je lui dis, c’est presque fini, arrête de pleurer, je lui dis tout ca à l’oreille, elle n’entend que ma voix de toutes façons, rien que ma voix et le tic toc des phares. Ses jambes lâchent, elle s’effondre, j’ai ses cheveux dans ma main. Elle est à quatre pattes dans l’herbe. A mes pieds. A 3 je veux que tu coures. Le plus vite possible. Je lui dis ca. Sauve toi.

3. Cours. Cours putain. Au début elle ne bouge pas. Je lui fous un coup de pied au cul, elle s’étale un peu plus loin. Cours, mon amour, cours. Cours putain. Salope. Connasse. Cours bordel. C’est moi qui chiale presque maintenant. Cours. Pourquoi elle bouge pas ? Ca m’énerve. Tu m’énerves je lui dis. Je commence à lui taper dans le flanc. Mes pieds rentrent dans sa chair, elle se déforme à chaque impact. Elle ne crie plus. Peut-être qu’elle est déjà morte. Je me suis penchée, elle me regardait un peu. Je me suis assise dans l’herbe. J’ai pris sa tête sur mes genoux. J’ai passé mes doigts sur son crâne, dans ses cheveux, jusqu’à trouver l’endroit lisse, la mèche qui avait cédé sous mes doigts. Je la caressais doucement, en lui racontant qu’elle était bête, que tout ca c’était sa faute, elle bougeait un peu la tête, comme pour dire que j’avais raison. T’es belle je lui disais, t’es belle allongée comme ca, et elle voulait pleurer mais elle n’y arrivait plus. Alors j’ai reposé sa tête, délicatement, sur les herbes hautes, j’ai arrangé ses cheveux en couronne autour de son visage, j’ai reboutonné sa chemise, j’ai redescendu sa jupe. T’es belle, t’es tellement belle. J’ai attrapé le sac, j’ai sorti mon arme. Du sang coule de ses lèvres fermés. J’ai fermé ses paupières, comme si c’était une poupée, elle n’a pas résisté. J’ai posé le canon entre ses yeux, elle a du le sentir, son corps a tremblé, ses doigts prisonniers se sont tordus. J’ai dit, viens, on s’en va. Et  j’ai tiré.

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Envoie SANG au 8 2222

avr 29 2013 Published by under Non classé

C’est la mode du sang menstruel en ce moment, le bien rouge pas le bleu, y’en a qui peignent avec, y’en a d’autres qui en font du boudin, j’en sais rien, mais tout le monde parle de son petit flux tranquillement, on se conseille en taille de mooncup, brûle le bout et fourre la bien, et c’est plutôt sympa, ca me va. Y’a tout ce mystère autour de nos écoulements, ca serait sale, ca serait impur, ca serait mort, ca ferait tourner la mayonnaise, ca ferait tourner le monde, y’a ces tampons avec applicateurs pour les filles qui veulent pas y mettre les doigts, et les grosses serviettes en forme de bavette bien fraîche, les culottes ensanglantées qu’on fait bouillir avec du vinaigre. Quand j’étais ado, une copine portait des culottes hygiéniques, comme des culottes de sécurité de chantier, des dessous plastifiés de l’intérieur, surtout pour pas tâcher. On devinait qu’elle saignait quand on entendait le bruit du plastique entre ses cuisses, elle ne pouvait pas marcher sans que le FROUTCH FROUTCH de sa culotte renforcée vienne proclamer 30 pas devant son statut de pestiférée. Le sang, à l’adolescence, c’est tout une histoire, et même quand t’as pas mal vraiment, quand t’es pas tordue de douleur physique, t’as un peu mal quand même, de surprise peut-être, de voir que c’est ton tour d’y passer, alors tu vas pas à la piscine et tu refuses d’aller dormir chez ta cousine de peur de ‘les’ avoir, peut-être qu’on réalise à ce moment là qu’on peut se retrouver dans 9 mois dans une docu-réalité d’NRJ12, 13 ans et déjà engrossée.

J’ai pas peur du sang, menstruel ou autre, du mien ou de celui des autres. J’ai toujours trouvé ridicule les poubelles spécifiques aux toilettes pour dames, ces enfants naturels d’une machine à confiserie et d’une arme nucléaire,tu te saisis d’une enveloppe en plastique, tu y déposes ton tampon, tu poses l’enveloppe sur une trappe, tu la refermes, tu actionnes un bouton, et magie, ton offrande disparaît. Elle rejoint, quelques centimètres plus bas, les caillots desséchés, les minis et les maxis, elle tombe mollement sur une petite montagne de sang séché. Pourquoi autant de mise en scène ? Pour l’odeur peut-être, qui je le concède, peut rapidement devenir entêtante, melée à l’urine, mais alors pourquoi pas juste une poubelle à couvercle ? Pour qu’on ne voit pas l’enveloppe d’une autre ? Pour qu’on s’imagine être la première à venir s’accroupir pour se tirer la ficelle ? Parce que des vers translucides et des petits bouquetins violets naissent de nos protections mensuelles et risquent de prendre le pouvoir sur le monde tel que nous le connaissons ? Pour le confort de certaines, qui ne supportent pas le contact avec leur propre sang, sans doute, et qui préferent voir s’envoler rapidement toute trace. Je ne suis jamais parvenue à mettre correctement un tampon avec applicateur. Ceux en plastique me blessent, ceux en carton s’effondrent sous les muscles de mon imposant vagin, le tampon reste coincé dans sa rampe de lancement et je me retrouve à devoir me l’insérer manuellement, sans savoir quoi faire de l’appareillage souillé, ils ne précisent pas si on a le droit de les envelopper pour les faire reposer. Je me souviens, petite, d’avoir laissé échapper un tampon de mon sac à main dans un supermarché, sous les yeux amusés d’un vigile, qui plutôt que de me laisser me fondre dans la masse, rougissante et honteuse, a préféré me courir après en tenant l’objet à bout de doigts et en hurlant ‘c’est à vous ca mademoiselle non ?’.

Il faut dire que cela doit sembler très mystérieux, tout ce sang qui s’écoule. Un peu comme une éjaculation, nous ne saurons jamais vraiment le plaisir organique de voir son sperme jaillir. Nous ne pourrons jamais faire de concours de celle qui va le plus loin, sauf à installer un tuyau sous pression dans une mooncup préalablement trouée et pimpée, ce qui me semble sans intérêt. Quoique. Les dimanches sont parfois longs.

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Let’s talk

avr 07 2013 Published by under Non classé

Au risque de redire, d’enfoncer de nouvelles portes, d’affirmer l’évident, laissez moi vous expliquer une nouvelle fois une chose simple : on fait ce qu’on veut. Et pour paraphraser Les Valseuses, on s’énervera quand on aura envie de s’énerver. Alors bien sur, on ne fait pas exactement ce qu’on veut, nous, hommes, femmes, sommes soumis aux lois, au contrat social, à la vie en bonne intelligence, mais en dehors des grandes lignes, nous sommes absolument libres de nos réactions, de nos sentiments, de nos émotions même, n’ayons pas peur des vilains mots. Il est inutile de nous expliquer qu’il faudrait mieux nous tenir, éviter de nous exprimer de manière trop brutale, il est vain d’espérer que nous nous adaptions à vos codes, à vos règles, il est stupide d’exiger nous de la pédagogie, de la douceur, notre voix nous appartient, notre mode d’expression aussi. Et si nous agaçons, si nous sommes insupportables, si vous nous jugez hystériques, n’attendez pas d’excuses, n’attendez pas que nous remettions en question, nous n’avons aucune envie de changer pour vous rendre la vie plus simple, pour vous conforter dans une image mièvre et tiède de « la femme d’opinion ». Quand vous engagez le dialogue, ne nous demandez pas de nous adapter à votre ton, cessez de penser qu’on vous doit une réponse, ne posez pas de cadres normés à l’échange, nous avons l’audace de nous estimer dignes d’intelligence même si la forme de nos mots vous déplaît. Et si nous restons sur nos idées, si nous ne dérogeons pas à nos principes, si nous refusons d’admettre que oui, peut-être nous avons tort et que vous avez raison, ce n’est pas par fierté, par bravade, c’est simplement par conviction.

S’il vous est odieux de considérer que d’autres pensent différemment, si chaque conversation doit être une nouvelle occasion de convertir un pécheur, de remporter les voix de votre auditoire au terme d’une bataille rhétorique, fermez là. Vous perdez votre temps, et vous polluez le notre. Et si vous pensez que nous sommes des fascistes poilues, des harpies gueulardes, des passionarias de supermarché discount, vous ne servez pas votre cause en nous le faisant remarquer. Nous avons l’habitude, nous savons par avance ce que vous pensez, nous savons dans quelle catégorie vous rangez « les femmes comme nous ». Si vous pensez savoir mieux que nous, à cause de votre âge, de votre phallus, de votre grande habitude et soumission volontaire aux normes sociales, si vous considérez que vous êtes déja trop aimables de nous écouter et que nous vous devons le respect par retour d’ascenseur automatique, vous vous trompez, et les bases de notre échange sont mauvaises. Vous ne nous faites pas de faveurs en nous lisant, vous ne remportez pas d’étoiles en acceptant de reconnaître notre existence, vous n’aurez pas de bons points sur votre carte de gentil participant. Nous ne sommes pas les cautions morales de vos penchants machistes, nous ne sommes ni la voix de la raison, ni celle de la folie, nous ne revendiquons finalement que le droit de nous exprimer dans les espaces publics et privés de la manière que nous décidons.

Vous pouvez arrêter de nous lire, c’est un acte facile. Ne cliquez plus sur nos publications, bloquez nos profils sur les réseaux sociaux, fuyez. Changez de chaîne, déchirez les articles, quand celles et ceux qui vous rentrent trop dans le mou apparaissent. Ou vous pouvez décider de dialoguer, de poser des questions, de nous insulter ou de nous haranguer, après tout, notre liberté est aussi la votre. Mais n’attendez rien de nous. N’attendez pas à ce que nous nous soumettions à vos idées, que nous acceptions de contorsionner nos systèmes de valeurs pour mieux vous appâter. Nous ne cherchons pas de disciples. Nous ne cherchons pas à séduire. Nous n’acceptons pas de nous laisser faire. Et nous répondrons. Nous insulterons, parfois, nous harcèlerons, nous ne lâcherons pas l’affaire. Nous ne déguiserons pas nos rages, nous ne cacherons pas notre colère pour mieux présenter, pour ne pas effrayer, pour faire oeuvre publique. Nous avons lutté, dans nos têtes, dans nos histoires privées, dans le monde de l’entreprise, dans le monde institutionnel, pour être entendues. Nous brisons, cliché par cliché, mécanisme par mécanisme, les barrière et les réflèxes enseignés par des centaines d’années d’oppression par le patriarcat. Nous avançons, chacune et chacun avec nos propres interrogations, avec nos luttes internes, nos doutes, mais surtout avec notre envie de voir le monde changer. Nous ne porterons plus de muselière, désolée.

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Couchés dans le foin

mar 25 2013 Published by under Non classé

Je passe souvent mes nuits avec Charles Aznavour. Il rentre vers 2h du mat’ auréolé de sueur d’avoir chanté trop fort, mais il ne file pas se coucher, oh non. On danse, Charles et moi, en ombres chinoises contre mon mur blanc, on danse et on se regarde, nos pieds battent la chamade sur le parquet de ma chambre, j’ai mis ma plus jolie jupe, celle qui tourne, mes souliers sont vernis et font tap tap dès que je marche, il porte à sa veste une pochette un peu désuète assortie à la couleur de mes yeux, et nous tournons des heures. Il n’est pas vieux mon Charles, et quand il me regarde, j’aime les lignes qui soulignent ses yeux tristes, j’aime ses mains tachetées sur les miennes quand il me fait valser, il sent l’eau de cologne et les cigarettes blondes, un trait de whisky peut-être sur son haleine. Je bats des cils, je roucoule contre son son épaule amidonnée, et ma tête s’abandonne parfois quelques secondes de trop sur son épaule, le temps d’un d’un temps plus lent, le temps d’un pas plus langoureux, il murmure les paroles que je connais déjà par coeur, et c’est tout son orchestre qui gronde dans sa poitrine, je sens les cuivres dans mes jambes, je chancelle, il me relève. Il allume ma cigarette d’une main, replaçant sans y penser une mèche sur mon oreille.

Je le chasse parfois pour d’autres amants, de grands Jacques ou une petite dame en noir, ils arrivent tous me prendre par la main dans mes nuits les plus longues, dans mes heures les plus dures, je n’ai pas besoin de sortir de ma couette pour les accueillir, mes amis imaginaires. Ils sont les plus fidèles compagnons, les plus rassurants, les plus justes, ils connaissent tout de mes idées noires, et au fil de leurs voix, ils me réconfortent, ils me font pleurer, ils saisissent ma poitrine, bien serrée dans leurs gorges, ils sont là, sans prendre de place, sans demander rien en retour que le droit de me hurler que tout est universel, qu’il n’y a pas d’amour heureux ou de Marieke qu’on ne puisse conquérir. Assis sur le coin de mon lit, ils chantent juste pour moi, pour ma joie ou pour ma peine, comme une mère une berceuse, comme une bonne fée veille sur un couffin, je suis enveloppée de leurs mots, si beaux, si clairs, si simples, qu’il me semble que je pourrais jamais rien dire de mieux qu’eux. Que tout est dit là, dans ces centaines de chansons, que tout est là de nos tourments à tous, de nos âmes, qu’il y a toujours une chanson pour coller à ton envie, à ton désir ou à tes larmes. Bien sur tout cela est souvent léger, les petits accidents, les petites histoires, mais ce sont bien ces minuscules bribes de minuscules histoires accumulées qui font nos vies, pourquoi toujours vouloir se définir par les grandes lignes, pourquoi ne pas s’attarder sur nos plus petites victoires, pourquoi ne pas nous laisser porter.

Si je t’ai blessé, si j’ai noirci ton passé, viens pleurer au creux de mon épaule. Viens tout contre moi, et si je fus maladroit, je t’en prie, chérie pardonne moi. Voilà. Il ne m’en faut pas plus pour me consoler. Il n’en faut pas plus pour me sentir mieux. Je ne sais pas si c’est la voix, le texte, ou le piano, ou la concordance des temps géniale. Car si tu partais, si mon bonheur se brisait, mon amour, combien je souffrirai. Ce ne sont pas les Beatles de ma mère, ou le Gainsbourg de mon père, qui viennent veiller sur mon sommeil, ce sont mes idoles à moi, mes souvenirs fantasmés, mes rêveries sur leurs paroles, qui m’embrassent et ne m’abandonnent jamais. Je les sors, précieux, de leurs écrins, pour les animer en noir et blanc, je monte un film naïf dont je suis l’héroïne, dont je choisis la musique, une comédie musicale parfaite, mon Broadway, mon Mogador. Et quand je les ai fait danser, quand ils ont tout donné au pied de mon lit, quand ils sont exangues d’avoir trop poussé la voix, ils me laissent m’endormir et se retirent sur la pointe des pieds. Ils disparaissent, jusqu’à la prochaine fois, la prochaine nuit, la prochaine insomnie. Et je me réveille, comme dans un rêve.

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Contre la loi Taubira

mar 21 2013 Published by under Non classé

Jeudi soir, dans tout Paris, les opposants à la loi Taubira décident d’une grande opération de communication : ils vont distribuer des tracts à chacun des sorties du métro. Je n’ai pas pu me rendre aux manifestations soutenant ce projet de loi, et j’étais un peu sur ma faim, je voulais faire quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Je décide donc d’aller empêcher de tourner en rond les empêcheurs de s’aimer tout court en ralliant ma station de métro la plus proche, Porte d’Orléans, accompagnée de mon sidekick le plus cool, le Robin de mon Batman personnel, Mélanie. On tombe d’abord sur un mec d’une trentaine d’années, seul devant la bouche béante, qui distribuait sa merde et ses éléments de langage putassier. Je fonce sur lui avec toute l’élégance et la grâce qui me caractérisent, et lui demande de lever le camp. Pas de discours de haine dans mon quartier, je ne le supporte pas. Il n’est évidemment pas d’accord. Je lui arrache donc sa pile de tracts des mains, et je la déchire souplement dans la poubelle attenante. Grosse ambiance. Je suis une nazie, une fasciste, je pisse sur sa liberté d’expression, je ne dois pas être fière de moi, je fais le jeu de l’homophobie, etc. On engage ensuite la discussion sur LE sujet, le fameux mariage pour les homosexuels. Et là aussi, tout y passe. Je suis une mauvaise française. Je ne peux pas réclamer tous les droits pour tous. Tout le monde ne doit pas avoir les mêmes droits, sinon c’est l’anarchie. Il n’est pas homophobe, non, non. Il est pour la nature. Pour l’ordre des choses. Et si les lesbiennes, si les gays, veulent des enfants, ils peuvent, il leur suffit de se marier avec une personne de l’autre sexe. Et si ils n’acceptent pas cet état de fait naturel, ils n’ont qu’à se considérer comme des êtres stériles. J’embraie donc sur les couples stériles, et j’apprends que selon ce jeune homme, les couples stériles n’ont pas la capacité à être parents, et ne doivent donc pas avoir d’enfants. Que les adoptions sont des pis allers, qui permettent juste de soulager les institutions d’enfants non désirés, mais que l’adoption est quelque chose de dangereux. Qu’on le voit bien, d’ailleurs avec le nombre d’enfants adoptés qui deviennent des délinquants, au nombre de parents adoptants qui ne savent pas comment gérer leur enfant adopté. Bien bien bien. Enorme ambiance. Tout cela ne tient pas. Je le soupçonne d’être surtout habité par la conviction biblique de la dangerosité de l’homosexualité, même si il mesure son discours. Quelque chose ne tient pas, et quand je le mets face à ses contradictions, il s’échappe, me relance sur ma notion de la famille, de la norme. Mélanie use de son doux timbre de voix pour abreuver  le mec d’arguments plus ou moins logiques, ne le laisse plus en placer une. Je me place en face de la sortie du métro, et je commence à gueuler, à hurler un peu, je dis aux passants de ne pas hésiter à demander leur tract auprès de ce jeune homme qui lutte contre l’amour, contre l’union de deux personnes qui s’aiment. Notre interlocuteur est de plus en plus énervé, il sent que la situation lui échappe, il n’a plus de tracts. Il se casse. Mais il y a plusieurs sorties, et je le soupçonne d’être reparti distiller sa merde ailleurs. Je reprends donc mon vélo.

Arrivée à la sortie principale, je tombe sur mon charmant con, entouré de trois autres personnes, qui distribuent elles aussi des tracts anti loi Taubira. Je pose mon vélo contre la grille du métro, et je m’avance vers eux. Ca ne plaît pas, et le mec avec qui j’avais discuté précédemment me bloque, un peu comme un mauvais joueur de basket, il se plante devant moi et m’empêche d’avancer, faisant mur de son corps pour me bloquer la vue et la voix. Je le préviens d’éviter de me toucher ou de faire le moindre geste brutal. Je dégaine mon Iphone et je fais mine de commencer à filmer. Son pote lui dit d’arrêter, par respect ou par peur de la diffusion des images, je ne sais pas, le mec s’écarte et dégage mon vélo d’un grand coup de pied. Ok. Je demande à la petite bande de remballer leurs paperasses et de dégager, mais j’ai bien conscience qu’ils ne le feront pas. Alors je continue à gueuler. Comme le Monsieur Loyal d’un mauvais cirque, j’explique à chaque fournée de voyageurs qui sortent de la bouche de métro que ces gens sont là pour empêcher le mariage des homosexuels, qu’ils sont là pour empêcher l’amour et la différence. Bien sur mes slogans ne sont pas toujours fins, je n’avais pas préparé à l’avance cette altercation, alors je me retrouve à hurler « Si tu veux casser du pédé, prends un tract » ou « Si tu refuses que j’élève un enfant avec ma compagne, prends un tract », ou tout simplement « contre le mariage des gens qui s’aiment, contre le droit pour tous, c’est par ici m’sieurs dames ». Mes opposants sont effarés. Ils osent à peine tracter. L’un d’entre eux se met à filer ses tracts avec la phrase « Pour l’amour, dites non à Taubira ». Je les sens un peu dépassés par ma volonté évidente de nuire. On discute un peu, entre chaque arrivée de métro, et leurs arguments toujours plus sots me mettent de plus en plus en colère. L’important, m’expliquent ils, c’est pas le mariage, c’est la filiation. Parce que la filiation, c’est un papa et une maman. Et le reste ? Le reste, ils ne savent pas trop. Apparemment, l’adoption, c’est pas terrible, les familles recomposées sont des problèmes. Je sens qu’ils meurent d’envie de me parler de leur foi, qu’ils se retiennent, alors je lâche l’avortement, comme ca, le droit des femmes sur leurs corps. Scandale. C’est le dernier tabou français me répond un des mecs. On a pas le droit d’être contre l’avortement en France. Il y a une dictature des médias sur l’homosexualité et l’avortement qui empêchent toute pensée critique. La France est vendue à ces idées dangereuses. C’est pas normal qu’on puisse avorter autant en France. Et si je suis lesbienne, parce qu’ils ont décidé que j’étais lesbienne, une hétéro ne peut à priori pas avoir des idées pro loi Taubira, je n’ai qu’à accepter mon état de stérilité. Ou changer pour l’hétérosexualité.

Je ne sais pas si ce que nous avons fait ce soir a changé le monde. Ou, si, d’ailleurs, je le fais, ca n’a rien changé. Ca a amusé beaucoup de passants, j’ai reçu de grands sourires, des accolades, des mercis. J’ai reçu aussi quelques regards noirs de ceux qui prenaient les tracts, comme une revendication de leur opinion. Alors pourquoi je l’ai fait ? Pour rencontrer ceux qui vont marcher à l’encontre de ce que je pense être un droit essentiel, d’abord. Pour voir ce qu’ils avaient dans le bide, ces gens plus jeunes que moi, élevés avec la même télé, avec les mêmes programmes scolaires, mais qui pensent si différemment, qui craignent, qui font des prédictions dramatiques sur l’état de leur pays si les homosexuels viennent à pouvoir se marier. Pour faire chier, bien sur, clairement, pour montrer mon désaccord, pour qu’on ne puisse pas laisser dire à 300m de chez moi des horreurs, pour qu’on trouve dans cette distribution homophobe un autre son de cloche, une voix divergente. Pour avoir l’impression de faire quelque chose, égoïstement. Pour ne pas être spectatrice de l’histoire qui se fait, en ce moment. Pour mes amis, mes amies, mes proches, qui sont comme moi, des humains à grands pieds, et qui veulent avoir, comme moi, le choix de se marier, d’enfanter, et d’être protégés par la République. Au même titre que moi, sans différence de droit ou de devoir. J’ai plié les gaules après une bonne heure de siège, attendue par d’autres. Je leur ai souhaité du courage, et une bonne soirée. Ils m’ont répondu d’un grand « Vive la France ». Pas la votre en tout cas. Pas cette France qui tourne en rond sur des archaïsmes, sur la haine de l’autre déguisée en science de la nature.

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Merci de ne pas me violer

mar 20 2013 Published by under Non classé

Alors il y a ces adolescents qui violent une fille comateuse aux USA. Et la presse qui se met à plaindre les violeurs. Parce que leur vie, à eux, est détruite. Et la foule des anonymes, cruelle, sauvage, qui se met à insulter, à menacer la victime, parce qu’elle aurait du se taire. Et puis cette journaliste, qui fond en larmes, en plein direct, parce que c’est vraiment trop triste, ces idoles locales du football religion qui tombent pour une si petite bêtise. Et puis cette vidéo, d’adolescents du cru, se filmant en train de disserter sur le viol de cette jeune fille, « sa chatte est aussi sèche que le soleil » « ce n’est pas vraiment un viol, on dirait qu’elle est morte, si ca se trouve, son dernier voeu était qu’on la baise », « elle est peut être morte c’est tellement drôle » et autres délicatesses. Il y a les réactions, de toutes, de tous, qui condamnent, qui se mobilisent, une pétition contre les médias se met en place, un fond de donation est crée pour soutenir la victime dans ses démarches après son viol. Il y a aussi les réactions un peu partout chez les féministes, nos cris, nos pleurs, de vraies larmes souvent, qui coulent devant nos écrans, parce que nous n’en pouvons plus, parce que nous sommes fatiguées, parce que le travail à faire nous semble si important que nous ne savons pas si nous pouvons y arriver. Car oui, informer, éduquer, participer à des cercles de réfléxion, tenir des blogs, ou militer sur le terrain, nous ressentons cela comme une obligation pressante, comme le devoir impérieux de faire changer les chose, de prévenir, de guérir, de libérer la parole. Nous ne sommes pas des super héros. Nous sommes juste conscients de l’enjeu énorme, de la tyrannie du patriarcat, du mal quotidien subi par les femmes en son nom. Nous nous soulevons pour des causes proches de nos histoires, ou plus éloignées, pour les femmes du coin, ou celles de plus loin. Souvent, nous ne sommes pas d’accords, nous clivons, sur les questions de la prostitution, de l’industrie du sexe par exemple, ou sur la simple manière de communiquer, mais je veux croire que nous nous rassemblons sur cette impulsion, sur cette envie de tout faire péter, de changer vraiment la société qui nous entoure, à notre échelle.

Et puis il y a ce texte, Comprendre la culture du viol, parce que c’est bien de cela qu’on parle, la RAPE CULTURE, pour citer « Nous vivons dans des sociétés qui excusent, banalisent, normalisent, tolèrent le viol. ». Je crois qu’on ne peut pas faire plus simple comme définition. Nous vivons dans des sociétés où le viol est toujours le fait d’un malade, d’un dérangé, d’un Guy Georges. Nous vivons dans des sociétés où les commissariats demandent aux victimes de décrire la manière dont elles étaient habillées, si elles avaient bu ou si elles avaient consommé des drogues, si elles avaient engagé un rapport de séduction avec le violeur avant de prendre une plainte. Nous vivons dans une société où l’on enseigne aux adolescentes, aux petites filles, mais aussi aux femmes, de faire attention, à ne pas provoquer le mâle, à se protéger de toute attention, à ne pas rentrer seule pour ne pas provoquer le destin, puisque ce dernier semble d’être irrémédiablement lié à une agression sexuelle. Nous vivons dans une société où on trouve acceptable de commenter le physique de Nafissatou Diallo, sur l’aspect des victimes des viols collectifs et des tournantes, ou nous nous permettons collectivement, en arrière plan ou en public, de penser qu’elle l’avait bien cherché, que finalement ca l’arrange bien de passer pour une victime, qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Je connais ces pensées, pour les avoir parfois, avant de me reprendre. Elle est habillée comme une pute, voilà une phrase que je me suis entendue dire, souvent. Qu’est ce que ca sous entends ? Car les mots ne sont plus légers, devant l’état d’urgence. Comment est-ce que je peux, moi, femme, survivante de violences sexuelles, me permettre ce genre de jugements stupides ? Parce que tout le monde le dit. Parce que tout le monde le pense. Soyons honnêtes. Parce que c’est normal. Et encore, j’ai la chance d’avoir choisi ceux qui m’entourent, mes amis, mes proches, et d’évoluer dans un cercle plutôt au fait des discriminations faites aux femmes, des violences et du sexisme. Cela ne m’épargne pas, pourtant. Quand j’étais au lycée, religieux, la chargée de notre éducation morale nous faisait souvent cette remarque « Que votre oui soit oui, que votre non soit non », devise des scouts. Malheureusement il ne s’agissait pas de nous faire réfléchir sur la valeur de notre parole, mais de nous indiquer que la moindre indécision pouvait se retourner contre nous. Qu’on ne flirtait pas impunément avec un garçon, qu’on risquait toujours quelque chose, parce que notre OUI pour un simple baiser, de simples attouchements, pouvait se retourner contre nous, sans notre consentement, et que nous n’aurions rien à dire.

Certains de mes amis masculins, ont aujourd’hui évoqué leur choc à la lecture de l’article que cite précédemment. Eux, ne sont pas comme ca. Eux, refusent les attaques contre eux. Eux, pensent le viol comme une abomination suprême. Eux, ne voient pas en quoi ils participent à la culture du viol. D’autres, qui ne sont pas mes amis, ont évoqué leur dégoût total à l’idée même d’être associé à celle ci. Parmi eux, le tenancier du Tag Parfait, le site hype de la culture pornographique actuelle. Est ce que le porno est un viol ? Certainement pas. Est ce que regarder du porno transforme les hommes en violeurs ? Je ne le pense pas non plus. Mais combien de vidéos commencent sur le refus d’une actrice, qui se laisse finalement faire ? Combien de NON se transforment en OUI OUI OUI à la faveur d’un scénario érotique ? Combien de gonzos éludent totalement le consentement pour mettre en scène des actes de plus en plus violents, de plus en plus humiliants pour l’actrice ? Bien sur, le gonzo, ce n’est pas la vraie vie. Enfin. Pour vous, qui faites la différence. Mais apparemment, c’est plus compliqué pour les ados masculins, par exemple, qui sont de plus en plus influencés par leurs masturbations forcenées sur les Tubes. Pas pour tout le monde. Et refuser d’entendre que tout cela participe à une ambiance spécifique, à une culture transversale du viol dans toutes les couches de la société, dans tous les médias, me semble très grave. Si il est injuste de faire porter une responsabilité individuelle, sur chacun de nous, hommes et femmes, dans nos manières de vivre, de consommer, de regarder des publicités ou d’acheter des yaourts, sur nos sexualités, sur nos pensées, alors vers qui devons nous nous retourner ? Vers qui envoyer ces millions de victimes en colère contre une société entière ? Comment leur expliquer que non, ce n’est pas de notre faute, nous qui n’avons pas compris que le viol était légitimé par l’ensemble, que l’agression sexuelle qu’elles ont subies est une fatalité, qu’une femme sera violée, puisque c’est ainsi. L’excuse ‘Mais moi je ne viole pas je ne suis donc pas concerné’ ne fonctionne pas. Il y a 50 nuances de gris entre le passage à l’acte du viol et la culture du viol. Il y a nos habitudes, nos archaïsmes patriarcaux, notre manière d’éduquer nos proches, notre sensibilité, notre engagement, les mots que nous utilisons pour en parler, il y a mille et un détails qui nous permettent de faire taire la culture du viol. Je n’ai pas à vous remercier de ne pas nous violer. J’ai à faire en sorte qu’on vous apprenne à ne pas violer. J’ai à faire en sorte que toute attaque sexuelle devienne grave. J’ai à vous sensibiliser sur les attaques insidieuses de la culture du viol dans vos mots, même quand vous n’êtes pas conscients. Je n’ai pas à dire merci.

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Bleue

mar 20 2013 Published by under Non classé

Avant j’aimais avoir des bleus. Je trouvais ca chic. Les bleus à l’âme, les bleus au corps, j’avais la fascination des marques, des cicatrices, sur mon corps, sur celui des autres. J’aimais qu’on me parle mal, j’aimais qu’on me frappe, j’aimais qu’on me provoque. Je me croyais masochiste. Dérangée. Je ne me mettais jamais en colère. J’aimais ce sentiment d’avoir été bien battue. D’en avoir pris pour grade. J’aimais le vide après la tempête. L’euphorie après le drame. Si tu ne dis rien, c’est donc que tu aimes ca. Peut-être. Je ne cherchais que la satisfaction immédiate de la douleur qui s’arrête. Comme un ado qui joue avec son cutter, qui taille et qui retaille dans sa chair, sans motifs, juste pour que ce moment, l’instant d’après, quand on arrête d’avoir mal, quand tout devient silence. Alors je laissais les gens me battre. Pas physiquement, pas souvent. Alors je me battais. Et je ne ressentais plus rien. Et c’était bon. De ne plus rien attendre. De ne plus rien vouloir. De ne plus bouger. Ankylosée par les endorphines, tétanisée de bonheur à l’idée d’avoir trouvé quelqu’un, quelque chose, pour te calmer. Calme toi. Cette injonction douce dans la bouche de ceux qui t’aime. Cet ordre dans celle de ceux qui profitent de toi, de ton mal être, de ta fêlure, si grande qu’on la voit de loin, si grande qu’on la devine dès que tu te mets à trembler quand quelqu’un hausse la voix.

Et puis j’ai découvert la colère. La rage. La montée de haine, rapide, plus forte que n’importe quel coup, que n’importe quelle insulte. Le rush. Il m’a fallu du temps pour me permettre d’identifier ma colère, pour me permettre de ne pas la confondre avec de la tristesse, avec de l’angoisse. J’étais en colère. J’étais bleue de rage. A force de me cogner dans les autres, à force de me faire mal, j’avais trouvé ce que je cherchais. Je ne suis toujours pas une personne de conflit. Je pardonne vite aux gens, pour peu qu’ils le demandent. Je trouve les circonstances atténuantes les plus grotesques aux pires offenses. Mais je suis en colère, c’est vrai, depuis longtemps, je le vois clairement. De n’avoir pas eu, d’avoir trop fait, d’avoir raté, d’avoir subi, d’avoir contribué, d’être. Mon crâne explose quand je lis, quand j’apprends, quand je regarde, quand j’écoute, tout me rappelle à mon ressentiment. Mes moyens de survie à cette agitation ont changé, je ne recherche plus la blessure, je ne veux plus souffrir pour me souvenir d’avoir été heureuse, je ne veux plus en prendre plein la gueule, toujours plus fort, pour me féliciter d’avoir survécu. Je veux vivre. Je ne veux plus qu’on me calme. Il me faut encore canaliser ces accès de rage, cette tempête soudaine pour presque rien qui me prend n’importe quand, avec n’importe qui. Mais je les préfère à mes anciens bleus, à mes accès de larmes, à ma quête effrénée du poing dans la gueule pour m’assommer.

Je ne suis pas n’importe qui. Je suis une femme en colère. Et je ne laisserais plus jamais quelqu’un m’expliquer que je ne suis pas à ma place, que mon animosité est déplacée, qu’elle est un symptôme ou un prétexte. La douceur, le contentement, voilà ce qui appartient au privé, à l’intime, aux relations consenties et réfléchies, aux échanges intellectuels d’égaux à égaux. Laissez moi mon indignation, laissez moi mon courroux, laissez moi m’aimer assez pour penser que ma parole doit être entendue, qu’elle est valable, maladroite, précipitée, embourbée de tics et de phrases alambiquées, mais qu’elle existe. Laissez moi le bonheur terrible de me donner du sens, sans attendre après quiconque qu’il me rende légitime, qu’il me regarde, qu’il m’éclaire. Laissez moi hurler, et chanter, et gueuler. Et si je vous agace, si je vous ennuie, alors éloignez vous, un peu, le temps de vous habituer, ou tout à fait, le temps de m’oublier. Mais ne me demandez plus jamais de me taire, de bouffer mes mots, de les ranger là quelque part dans le vaste mou de mon abdomen. Ne me demandez plus jamais de me taire.

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