Archive for the 'Non classé' Category

Chèr-e futur-e soignant-e,

mar 03 2016 Published by under Non classé

On va se mettre d’accord sur un truc. Oui je suis grosse. Et oui ca peut être un truc chiant médicalement. Donc t’as le droit de m’en parler. D’ailleurs si tu m’en parles pas du tout, je vais me dire que t’as du caca dans les yeux, et ca me rassurera pas. T’as le droit de me poser des questions, t’as le droit de me demander si je veux maigrir, oui oui. Mais au premier rendez-vous, alors que tu viens juste de me rencontrer, y’a plein de trucs que j’aimerais que tu prennes en compte. J’aimerais vraiment que tu sois bienveillant-e avec moi. Je sais que t’as des longues journées et que c’est compliqué d’être d’humeur égale avec chaque patient-e, mais essaie, pour moi ? Ne décide pas que j’ai du diabète ou de l’asthme alors que tu n’as pas vu ma glycémie ou que tu n’as pas écouté mes poumons. Ne décide pas que je suis infertile alors que tu n’as pas d’idée sur mon cycle ou mon statut reproductif. Ne me prédis pas du cholestérol alors que tu ne sais rien de ma façon de m’alimenter ou de mes résultats sanguins. Prends le temps de m’écouter, regarde les papiers que je t’apporte, mes analyses, mes radios, mes trucs. Ne me prends pas pour une débile parce que j’ai du gras autour des os, mon cerveau fonctionne, je suis renseignée, alertée, j’ai conscience de mes risques. Si je viens te voir, c’est pour m’occuper de moi, pour me soigner, pour faire quelque chose pour mon corps justement. Alors ne m’envoie pas chier, ne me prédis pas une mort immédiate et violente si je refuse de me faire pratiquer un by-pass. Ne fais pas exprès de rater l’échographie sous prétexte que je suis trop grasse, ton collègue y arrive très bien. Ne me balance pas à la tronche tous les clichés de la grosse, je les connais et je les reconnais, je les supporte, je ne viens pas dans ton cabinet pour être jugée.

Si je viens pour une angine, soigne-moi. Si je viens pour une contraception, aide-moi à choisir, en fonction de mes risques et de mes désirs. Si tu veux parler de mon poids, arrête de penser qu’il faut me faire peur. On me répète depuis mes 6 ans que je vais en mourir. Je sais. Ca ne sert à rien. Ca me donne envie de fuir les médecins, ce genre de discours, de me laisser crever. Foutue pour foutue, qu’est ce que je gagne à t’écouter ? On a pas beaucoup de temps, mais essaie de suivre, les TCA, les traitements psys, marche dans mes pompes 30 secondes avant de me plaquer toute ta clinque sur la gueule. Et puis t’as le droit de pas être d’accord avec mes choix de vie, t’as le droit de penser ce que tu veux, mais t’as pas le droit de me maltraiter. T’as pas le droit de me filer des médicaments qui merdent avec mon traitement. T’as pas le droit de me faire pleurer en me disant des horreurs. T’as pas le droit, pas parce que t’es médecin, juste parce que t’es un humain. Et que ton diplôme, il est chouette, mais sans ca, il sert à rien. Je ne me laisserai pas soigner par un gros connard, je ferai du shopping médical, j’irai de prescription en prescription, de toubib en toubib, je ferai comme maintenant, je passerai par SOS Médecin plutôt que d’avoir un médecin traitant, parce que eux, au moins, ils ont pas le temps d’être cons. J’aimerai bien que tu m’écoutes. J’aimerai bien que tu prennes en compte les spécificités de mon mode de vie, qui ne s’arrêtent pas à mon poids. Ne me dis pas que je n’ai pas besoin de contraception parce que je n’ai surement pas de vie sexuelle. Ne me dis pas que je suis nymphomane parce que je suis bipolaire, ne me dis pas que je prends des risques quand je t’explique que je me protège. Ne me réduis pas à l’image que tu t’es fait de moi, 30 secondes entre ton bureau et ta salle d’attente, la grosse avec un truc dans le nez, ca ne me suffit pas, je suis bien plus. Et je veux bien revenir plusieurs fois pour t’expliquer, si t’as pas tout le temps qu’il faut aujourd’hui. T’es pas mon psy, j’en ai un merci, je vais pas tout te raconter. Juste ce qu’il te faut pour me soigner. Pour une angine, pas grand-chose donc. Pour une contraception, un peu plus. T’es prêt-e ?

En fait c’est simple, je voudrais juste être traitée comme un humain. Si c’est possible. Je voudrais ressortir de ton cabinet sans appeler ma mère en pleurant. Si c’est possible aussi. Je voudrais juste que tu ne me fasses pas mal, avec tes mots ou avec tes mains. Je voudrais que tu me dises honnêtement que tu n’as pas le matériel adapté à ma taille plutôt que de transformer mon bras en aubergine en prenant ma tension. Je voudrais que tu m’avoues que tu sais pas prendre ma tension plutôt que de me trouver 20.18 et de m’envoyer aux urgences alors que tu t’es juste trompé. Je voudrais que tu me dises que tu n’as pas l’habitude de faire un frottis à une femme obèse plutôt que de me faire saigner avec le spéculum. Sois honnête. Je sais que je ne suis pas ta patiente lambda, pas moulée dans la norme. Tu peux pas tout savoir. Peut-être que t’as un-e collègue qui sait mieux, et tu peux m’y envoyer. Peut-être que t’as envie d’apprendre, et que ca peut t’ouvrir des opportunités. J’en sais rien. Mais ne me fait pas payer ton manque d’expérience avec le corps obèse ou ton manque d’intérêt, ou ton dégout. Soigne moi comme un corps de plus, sans me juger. Je prendrai toutes tes recommandations, je t’écouterai, j’irai faire les examens, si j’ai confiance en toi, tu pourras vraiment m’aider, si c’est ce que tu veux au fond.

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Dimanche matin

fév 28 2016 Published by under Non classé

J’ai fait le grand tour pour rentrer je n’ai pas cherché la rue la plus courte ou l’itinéraire le moins encombré. Au contraire, il me semble bien que j’ai voulu me perdre, parce qu’il n’y avait rien de plus agréable que de se perdre ce matin, qu’il n’y avait pas de meilleur moyen pour prolonger l’instant que cette fuite molle en dehors de la réalité qui ne manquerait pas de me rattraper. Si je rentre, je quitte définitivement l’endroit où nous étions, et le reste s’empile sur ce souvenir pour l’étouffer un peu, les tâches et les obligations décolorent ton souffle dans mon cou et les couleurs sur mes poignets disparaissent déjà. Si je me perds, je ne suis ni tout à fait avec toi, ni tout à fait ailleurs, nous pouvons exister en creux, en juxtaposition surexposée sur les façades inconnues des immeubles gris, nous sommes partout encore, ton odeur et ta voix, ton râle et tes doigts.

J’aime ces instants qui n’appartiennent qu’à moi, que je partage pourtant avec l’autre puisqu’il les habite complètement, mais que je peux organiser selon ma propre chronologie du désir, selon ma scénographie préférée. J’annote dans la marge de ma tête ce qui aurait pu être mieux, ce que j’aurai pu dire ou faire, j’entoure en jaune vif mes passages préférés, je les relis, je les revis, je me les raconte et je me les agrafe quelque part sous la peau. J’ai un herbier sous l’épiderme, les feuilles jaunies des histoires anciennes contrastent avec les jeunes pousses, elles se superposent parfois sans jamais pourrir, je m’en occupe avec fierté, elles sont l’engrais fertile de mes fantasmes et de ce qui viendra, elles sont le rappel de ce qui a été et qui ne mourra qu’avec moi, pour un peu que je m’en souvienne et que j’entretienne en curatrice zélée le jardin étrange de mes amours fanées.

J’ai voulu me perdre, mais j’ai fini par me retrouver sur ce chemin que je connais trop bien, chaque bosse et chaque montée. Il faisait beau, les gens sortent de l’église, les boulangeries explosent sur les trottoirs vides, les plus vaillants rentrent se coucher, et moi je rentre du lit de mon amant, l’haleine pleine de café. Et personne ne le sait, ni ceux qui croisent mon regard, ni celles qui oublient de me regarder, il n’y a que cette boule au plexus qui me trahit, ce sentiment d’avoir vécu, enfin, cette nuit. Ce drôle de reflet dans mes yeux, la démarche incertaine de celle qui n’a pas assez dormi, cette odeur dans ma nuque qui n’est pas la mienne, vous l’ignorez et j’aimerai le crier, qu’il est bon de se perdre, qu’il est bon de penser, qu’il est bon d’être dimanche quand il a été samedi, qu’elle est jolie parfois la vie.

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La drague

fév 23 2016 Published by under Non classé

Je suis vraiment nulle pour draguer. Mais vraiment. Mon idée d’une approche réussie, c’est d’envoyer ma copine dire à l’objet de mon désir que, ouais, t’as vu, ma copine là-bas, elle te trouve pas mal. Mais même ca, j’assume pas. Je me cache dans mon double menton et j’attends la fin du monde, la prophétique épée de Damoclès de la hchouma qui viendra m’ouvrir en deux sur la piste de danse. La seule chose que j’arrive à peu près à dire, après quelques bières et les encouragements de mon armée intérieure de cheerleaders, c’est mon intérêt sexuel. Salut, ca te dit de baiser ? Je trouve ca plus simple, oui, non, peut-être, et si tu dis non, c’est ok, on ne peut pas plaire à tout le monde, et je peux passer à autre chose en soupirant, dossier clos, next. Mais imagine que je t’aborde en te disant « hey salut, ca te dirait de venir boire un thé avec moi, et puis peut-être on se plairait, alors peut-être qu’on se roulerait une pelle, et puis la fois d’après je te ferai à dîner et puis éventuellement tu pourrais toucher mes boobs si t’as envie ». Mmm. Sexy non ? Non. Pas tellement. Les gens aiment se faire draguer par des monstres sûrs d’eux, qui sentent bon l’assurance et qui ont les cheveux toujours bien en place je crois. Et ca n’est pas mon cas. Au mieux je peux te promettre d’être bienveillante, de partager mon meilleur bar à date, d’hésiter trois heures avant de t’envoyer un sms, de toujours te dire que tu es beau, d’être loyale et d’être honnête. Je ne saurai pas te vendre la lune, c’est trop loin et je prends pas l’avion. Y’a juste moi sur le plateau, une pomme dans la bouche comme le cochon qu’on va faire rôtir, du persil dans les oreilles, prête à cuire.

Je ne sais pas draguer, et je ne sais pas recevoir la drague des autres. Je subis 75% de la drague, il faut avouer, les mecs étant aussi subtils que des éléphants mécaniques mal programmés, je subis les adjectifs décrivant mes courbes, je subis les allusions à ma poitrine, je subis les clichés de la grosse gourmande qui aime la bite, je subis les regards appuyés et les descriptifs sauvages de ce qui m’attends si j’ose acquiescer. Pour les 25% restants, je ne comprends pas, je n’ai pas l’abonnement, veuillez décliner votre demande en trois formulaires homologués. Je suis persuadée d’être mi transparente mi monstrueuse, un genre de monstre du Loch Ness asexué, mes insécurités m’empêchent donc de considérer que je puisse plaire à qui que ce soit comme ca, en un regard, au détour d’un bar. Je conçois de plaire quand j’ai pu envoyer 36 mails de 17 pages, quand j’ai pu faire rire, quand je me suis rendue un peu utile, quand j’ai pu masquer un peu ma monstruosité derrière quelques jeux de mots bien usés. Mais pas comme ca, jamais. Et pourtant. Je me fais draguer à la piscine, au hammam, je me fais pécho sur des pistes de danse, quelque chose fonctionne parfois. Et puis je suis aimée, toute nue ou décoiffée, suintante ou apprêtée. Je suis aimable donc, désirable même. Je veux m’en convaincre. Ce n’est pas simple. Il faudrait faire taire à jamais ma fidèle compagne, la petite voix qui m’insulte dans le secret de mon oreille depuis l’adolescence, celle qui pernicieusement sape tous mes élans d’amour propre. Elle s’étouffe parfois, elle se meurt, mais elle s’accroche, la conne.

Si j’essaie de te draguer, bon courage. Tu peux t’amuser du spectacle, me regarder me rouler dans la boue à tes pieds, et me tendre une bouée quand t’en auras assez. Tu peux aussi mettre fin à mes souffrances direct, je ferai pas la vexée, promis. Evite de disparaître, de ne plus répondre, ca m’agace, et puis ca m’infantilise, je suis assez grande pour me prendre une veste, tu n’as pas besoin de me préserver en jouant les fugueurs. Je ne suis pas assez folle pour te stalker, pour venir couvrir ton paillasson de déjections enflammées. Je me contenterai de maudire ta descendance sur 37 génération, comme ca se fait. Et puis t’as le droit de venir jouer dans la boue, si t’es pas sur mais que tu veux tenter, t’as le droit d’imaginer ce que ca pourrait être, de dire des trucs pour voir comment ca répond, t’as le droit de me prêter ta bouée pour voir si on tient à deux dessus sans glisser. Peut-être que ca donnera rien, peut-être que je mettrai ma langue dans ta bouche sous un lampadaire, peut-être qu’on décidera que merci mais non merci, pas cette fois. Mais ca sera drôle d’essayer, de se tourner autour et de se décider.

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Pardon

jan 12 2016 Published by under Non classé

J’en ai assez de te regarder mourir. 15 ans déjà. J’en ai assez de compter tes cotes, ton corps décharné contre le mien si plein, ça te rassure sans doute, tout ce gras, toute cette vie qui t’échappe, ça te réchauffe, mais ça ne te sauvera pas. Je ne peux plus te regarder partir à 2h du matin pour aller boire, je ne peux plus me demander si tu respires encore quand tu ne réponds pas, je ne peux plus m’inquiéter. Je ne supporte plus nos vies qui se croisent, ton rythme marche à l’envers, tu te réveilles quand je m’endors, tu m’écris des mots que je ne comprends pas, tu me voudrais dévouée, amoureuse, transie, mais j’ai peur, de toi, de la maladie. Tu me voudrais charnelle, tu es si froid, tu me voudrais sensuelle, tu es la mort quand je te serre contre moi. J’ai arrêté d’essayer de te sauver, j’ai arrêté de vouloir te soigner, ça ne fonctionne pas, mes bras sont trop faibles, mon amour si peu puissant face à la bouteille, mes mots se diluent dans la bière. Rien ne remplace la substance, rien n’est plus fort, tu retournes vers elle, je ne suis que la maîtresse.

Tu dis cette fois, c’est bon. Dans 10 jours, dans 20 jours, le mois prochain, à ton anniversaire, pour ta fête, quand j’aurai rangé, quand tu m’auras prouvé. Le temps se dilate, demain n’arrive jamais, les jours d’après sont les mêmes, je me tais. Je perds à l’ultimatum, mes supplications sont vaines, mes chantages inutiles, mes conseils malvenus, tu sais mieux que moi, tu ne lâcheras rien, tu dois décider, c’est ton problème à toi. Je m’informe, je lis, je propose, je glisse des brochures dans ta veste, et puis j’arrête, tout cela est vain. Tu crois tout contrôler, tu crois savoir, tu ne te regardes pas vivre, ton miroir est cassé, et tu refuses le reflet de mes yeux dans le tiens. Tu ne vois pas la couleur de tes yeux changer quand tu ouvres une 8.6, tu ne sens pas ta peau si fine qu’il me semble la transpercer quand je te caresse, tu ne contemples par la pâleur lunaire de ton corps quand tu dors. Si tu pouvais te regarder. Si tu pouvais t’aimer. Si tu pouvais te serrer. Si tu pouvais t’embrasser. Mais tu ne sais pas, tu ne peux pas. Et tu bois.

Mon amour, comme ces jours sont étranges. Nous faisons semblant, nous jouons notre partition, je suis passive-agressive, tu es incompris, je suis blessée, tu es endormi. Nous savons qu’il est temps, que nous ne tiendrons pas, que nous devons nous quitter, vivre ou boire, tu choisis, moi je sais. Et je ne te crois plus, et je ne vois pas demain, et je ne sais pas si tu arriveras, et je suis lasse. Et je ne sais pas t’aimer quand tu te laisses mourir, je suis égoïste. Et je ne sais pas t’aimer quand j’ai envie de te frapper, de rage et de colère, de désespoir et de misère.  Et je voudrais pourtant, être parfaite, poser des limites, respecter ton –problème-, te laisser gérer, ne pas être dans l’attente, ne pas vouloir que tu guérisses, t’aimer comme tu es. Mais je ne sais plus. Je ne veux pas te voir crever, c’est aussi simple, et tu crèves mon amour, tu te délites un peu plus chaque jour. La mort ne me fait pas bander, elle te rend laid, toi si beau, toi si parfait. Je me sauve. Pardon.

 

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An island / A rock

déc 15 2015 Published by under Non classé

Je cherche les mots pour décoder la beauté. Je cherche les adjectifs et les verbes les plus sincères et les plus clairs. Je cherche à dire ce que je ressens en moi, ce que je vois, ce qu’il se passe dans mon coeur, dans mon ventre, dans ma tête, mais ça ne vient  pas. Je suis trop mobilisée à ressentir, ma peau, mes ongles, mes yeux, il y a trop à faire pour réfléchir et ordonner, penser et classer. Je veux pourtant me souvenir des belles choses, alors je note, je chante, je commence des poèmes que j’ai honte de déclamer, je hurle que ma vie est exactement comme je la voudrais, que je suis enfin arrivée à être moi, et qu’il n’y a rien de plus exaltant, et que si demain est noir, j’aurai la force de m’être trouvée, à force d’en chier. Il aura fallu tout détruire, tout expier, il aura fallu te quitter, il aura fallu trancher les liens et les déclarer cassés pour toujours, il aura fallu apprendre à laisser partir, ouvrir les mains plutôt que de les refermer. Il aura fallu me battre, contre la petite voix qui me répète que je ne suis rien et que je n’y arriverai pas, qu’on est plus au chaud dans le moule des autres, il aura fallu prendre la ferme décision de m’aimer. C’est ma lune de miel personnelle, juste entre moi et moi même. Et je voudrais qu’elle dure, parce qu’on attire le bien en se le souhaitant, je n’y crois pas à ces conneries pourtant. Tout ira bien, même si. Tout est en ordre puisque j’habite enfin dans ma maison, j’ai investi les pièces de mon corps et de ma tête, pas de cartons qui traînent, de vieux dossiers à solder. J’assume pleinement, mes erreurs, mes envies, mes laideurs, mes passés. J’ai usé tant de temps à courir derrière quelqu’un que je n’étais pas, j’ai fait tellement d’efforts pour ressembler à celle que vous vouliez que je sois. C’est terminé.

Auprès de moi, dans la lumière, mes amies, mes soeurs de coeur, celles qui font battre mon sang plus fort, celle qui m’ont aimé malgré moi tant de fois, les très précieuses, les merveilleuses, merci. Pour la route partagée, pour les rires, pour les pleurs, pour les cris, pour les silences, pour la rage, pour la joie, pour ce qui viendra. Des amours, beaucoup, plein, des fidèles et des absents qui reviennent, des douceurs toujours, des découvertes, des neufs qui me font tant sourire que mes joues me tirent, des larmes qui me viennent au moment de jouir. Je suis aimée, et je chéris chacun de ces amours, je tente de les nourrir, des les entretenir, de les faire grandir. Je n’arrête pas d’apprendre, je n’arrête pas d’écouter. Je me nourris de vous, de vos histoires, de vos lumières, de ce que vous choisissez de partager, de vos stratégies subtiles pour m’acclimater. Je me laisse approcher, je n’ai plus peur, venez. Je n’ai plus besoin que les gens soient parfaits, je n’ai plus besoin de serments ou de promesses, j’ai besoin de vous pour les bonnes raisons, pas parce que je crains d’être oubliée. Et si tout cela paraît trop beau pour être vrai, si j’écris un évangile trop simple, pas assez miraculeux pour faire recette, tant pis. Il me va bien, il m’anime, il me transporte, il me protège, il me fait vivre. Je n’ai plus besoin de serrer le corps des autres pour me sentir exister, j’ai conscience de moi, enfin. J’ai besoin de vos rires, de vos colères, de votre tendresse, de vos histoires qui s’imbriquent dans la mienne pour ériger l’autel bancal de nos amours, j’ai besoin de votre peau, de vos odeurs, j’ai besoin de vos cerveaux qui tricotent dans le mien pour me faire avancer. Je n’ai -presque- plus peur d’être rejetée, ou de dire non, j’accepte de ne pas être choisie à chaque fois, je m’autorise enfin à refuser de l’être. Moi aussi, je peux choisir, je peux dire, je peux exister.

Je n’ai pas perdu mon temps jusqu’ici. Je ne regrette pas le chemin, les jolies choses, les ombres me semblent moins dures à présent. Je suis le résultat de ces années à me chercher, à me découvrir, à tester les limites de ma raison, de ma volonté. Je suis le produit de mes erreurs de casting, de mes raisonnements à faux, de mes coups de tête, de ma stratégie de l’échec. Je me réconcilie avec celle que j’ai été. Je me raconte mon histoire dans ma tête, et j’essaie de pardonner le personnage principal, elle n’était pas si mauvaise, elle a bien morflé. Je mets de la crème sur mes vergetures, je décore mes cicatrices de petits dessins naïfs. Je me ferai pousser des fleurs dans le vagin si je pouvais. C’est à ce point. Je célèbre le véhicule qui porte cette nouvelle douceur, je remercie les capitons, les os, mes pieds, de me porter. Oh, je suis dure encore pourtant, la douceur ne m’empêche pas d’hurler, de dire qu’il est très sain d’être en colère, d’alimenter mes révoltes, mon bonheur ne m’empêche pas de penser. Il rend ma peau plus épaisse aux injures, mon cuir est tanné, difficile de réussir à blesser quelqu’un-e qui sait profondément qui il-elle est. Tout glisse, rien ne pénètre en moi sans consentement, ni les bites, ni les mots, ni rien. Je suis une île à moi même, en auto-gestion totale, autonomie de pensée et de décision, et je suis décidée à le rester.

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Les hommes violent

déc 09 2015 Published by under Non classé

C’était le 8 décembre 2015, Luc Le Vaillant publiait ceci, je répondais cela. Et dans une diarrhée verbale née de mon illumination soudaine sur le rapport entre l’islamophobie et la culture du viol, je m’épanche de ceci : tous les hommes sont des violeurs potentiels. Je n’ai jamais appris à modérer mes tweets en fonction du média : Twitter est rarement un lieu de débat constructif. C’est peut-être la seule chose que je me reproche. Cette phrase méritait des explications, que je n’ai pas voulu/pu donner, noyée dans la haine, des exemples :

… et toutes les femmes sont des salopes aussi pfff .. pauvre connasse

Du coup, si tous les mecs sont des violeurs, toutes les voilées sont frigides ?

ma phrase aussi etait tte con , ac sa gueule aucun risque de viol bref bonne aprem mdr

Genre un homme daignerai te passer dessus ? Meme en etant sous exta j’pense il hésiterai

Fais toi soigner sale folle.

avec ton visage maudis la grosse pute sans âme

Comment ça elle a des bourrelets sur les joues & elle se permet de dire « ts les hommes sont de potentiels violeurs »?

toi voilée ou pas tqt pas que j’imagine rien de rien

hey toi franchement vue ta race de mort j’preferais que tu portes le voile a jamais

Voilà pourquoi j’aime pas les féministes … Les femmes aussi à ce moment sale chienne va

a meilleure protection contre le viol ? Etre moche et conne :)

toutes des putes

J crois pas que qui que ce soit oserais te violer toi

Si c’est toi sur ta PP tu peux etre rassurée le potentiel va vite descendre a 0 en ce qui te concerne.

c est la fille d hitler réouvre les camps mais tu mets des hommes à la place de juifs. Pas drôles sa vie de persécutée

Toutes les meufs sont des grosses génitrices de fils de pute potentielle ou pas?

Je ne te toucherais pourtant pas avec un bâton de 10 mètres de long, même sous la contrainte ou en échange de 10000€

En tout cas t’es pas une victime potentiel toi

Qd tu croise une feministe une salafiste et une truie

Faut être au bout de sa vie pour te violer @dariamarx T’es tranquille avec les musulmans, il touchent pas au porc.

J’préfère enculer un porc que ce truc !

tu peux m’enlever de ta liste, vu ta gueule ca risque pas d’arriver de sitôt

je préfère me branler que la baiser.

une telle vache avec son anneau s’éxpose au salon de l’agriculture.

Ah mon avis toi tu ne risques rien, Deal with it

Aucun mec n’oserait avec ta tronche, t’inquiètes.

Ferme ta grande gueule en chien de bite. grosse pute que tu es.

Ton papa doit être fier de voir sa fille dire des conneries pareilles. Lui le violeur potentiel

kestu raconte tu croi sa fai bander une racli pa consentante?

ca explique que tu soit un enfant de viol alors.

C’est parce que tu ne trouves pas de partenaires sexuels masculins que tu en veux à ce point aux hommes ? :(

Pour les féministes qui pratiquent les réseaux sociaux, rien de très étonnant. Le même bingo bullshit patriarcal et ordurier revient à chaque intervention concernant l’égalité hommes-femmes. Top originalité cette fois ci pour moi, les références à mon papa, comme si j’insultais ma propre identité en étant fille de violeur potentiel. Oui, mon père est un violeur potentiel. Comme le sont mes petits-amis, mes amis, mon comptable et mon dentiste. Je n’ai pas de problème à le dire et je ne me sens pas insultée dans mon identité génétique en l’énonçant. D’autre part, si je suis fille de mon géniteur, je suis aussi une personne à part entière. Et cet être subi les pressions d’une société qui dégueule de culture du viol. Je suis la fille de quelqu’un, mais ils sont plus inquiets pour la supposée réputation de mon père que pour le viol en réunion qu’ils me souhaitent. C’est aussi ca le sexisme.

Nous vivons dans une société patriarcale et genrée. Les hommes cisgenres sont élevés dans l’idée d’être « des hommes des vrais ». Un homme qui ne pleure pas, qui ne porte pas de rose, qui ne cuisine pas, et qui baise des meufs, ainsi les hommes représentent 97% des agresseurs sexuels. Nous vivons dans une société dominée systémiquement par les hommes : ils gagnent plus que nous, accèdent à des postes plus importants plus facilement, sont à l’aise dans l’espace public à notre dépend. Cette domination s’installe aussi dans les relations hommes-femmes : ainsi 1 viol sur deux est le fait d’un partenaire, et 58% des violences sexuelles ont lieu au sein du couple (source UNICEF – Association Stop Au Déni).Nous vivons dans une société patriarcale, hétérocentrée, ciscentrée, qui n’éduque pas les garçons à ne pas violer. Au contraire, on préfèrera enseigner aux filles à prendre des précautions pour ne pas l’être : ne pas rentrer tard, ne pas mettre de tenues vestimentaires jugées comme provoquantes, ne pas « aguicher » l’homme, se tenir dignement : croiser les jambes, ne pas faire de bruit avec ses talons. On ne dira pas aux  hommes d’avoir une consommation d’alcool raisonnable pour ne pas violer, on dira aux femmes de ne pas boire pour ne pas être une proie facile. La culpabilité des agressions sexuelles est portée par les victimes jusque dans le dépôt de plainte : on demande alors à la femme de préciser ce qu’elle aurait pu faire pour provoquer son agresseur, de décrire avec précision sa tenue vestimentaire. Notre société accepte ce constat comme vérité : les hommes violent, et les femmes se « laisseraient violer ».

D’autre part l’imaginaire du viol, documenté par des films comme Irréversible, laisse à penser que les agressions sexuelles ont toujours lieu dans des lieux propices aux mauvaises rencontres, à l’isolement ou à la consommation d’alcool ou de drogue. On imagine le viol dans un parking mal éclairé par un rôdeur, le viol en boite de nuit par un homme alcoolisé … Mais la réalité du viol est tout autre, comme l’expliquent les statistiques précédemment citées. Les viols sont d’abord commis par des familiers des victimes, et plus particulièrement par des compagnons. Les viols ne sont pas seulement des pénétrations vaginales forcées, mais comprennent les pénétrations avec les doigts, les objets, et les pénétrations anales. Un homme qui force sa compagne à une sodomie lors d’un acte sexuel originellement consenti est un violeur. Un mari qui pense qu’une signature au bas d’un contrat de mariage l’autorise à utiliser le vagin de son épouse comme il le veut sans son consentement est un violeur. Un petit ami qui obtient une pénétration vaginale sous la pression (je vais te quitter / je vais dire à tout le monde que) est un violeur. Un homme peut violer sans même savoir qu’il est en train de le faire, dans cette zone dangereuse où se rencontrer le manque d’éducation au consentement d’un partenaire et la peur / l’impossibilité / l’angoisse de dire NON de l’autre partenaire.

Je ne regrette pas mon tweet. Je continue à penser que les hommes sont des violeurs potentiels. J’espère qu’à force d’éducation, de pédagogie, d’interventions d’associations dans les collèges et les lycées à propos de sexualité, de parents qui élèvent leurs enfants dans les valeurs de l’égalité homme-femme, et peut-être d’un sursaut miraculeux du gouvernement et plus particulièrement de l’éducation nationale et d’un hypothétique véritable ministère du droit des femmes, la situation changera. En attendant, je continuerai de parler de viol, et à parler aux femmes de leur droit à dire OUI comme de leur droit à dire NON, de la possibilité de l’autodéfense. Je continuerai à penser qu’il n’y a rien de plus sexy qu’un consentement affirmé, qu’il n’y a rien de négociable dans le sexe, et que nos sexualités n’ont pas à être régies par la pénétration. Vous me pensez radicale, je me pense réaliste face aux menaces concrètes qui pèsent sur le corps des femmes.

Vous vous sentez attaqués dans votre orgueil d’homme quand j’énonce que vous êtes un violeur potentiel ? Faites le tour de votre histoire sexuelle, posez-vous les questions qui vous mettent mal à l’aise, consultez ces 100 questions sur le consentement, évaluez vos comportements quand vous êtes ivres ou sous emprise, interrogez vos ex partenaires. Remettez-vous en question.

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Lettre à Luc Le Vaillant

déc 08 2015 Published by under Non classé

 Monsieur,

Votre chronique du jour dans Libération est une insulte aux femmes, et plus particulièrement aux femmes musulmanes. Vos mots obscènes, la sexualisation à outrance de la femme que vous imaginez regarder, tout cela ajoute à la nausée collective que nous ressentons déjà tous-tes au lendemain du premier tour des élections régionales. Vous avez pris un plaisir voyeur et quasi-pornographique à décrire cette femme, qui ne vous a rien demandé. Vous avez projeté sur elle vos fantasmes, vos délires laïcards, sans vous inquiéter une seconde de ce que « la femme en noir » peut réellement vivre, ressentir, croire. Vous vous servez de votre plume pour lui coudre une veste de contention solide, dont elle ne pourra jamais s’affranchir. Vous enfermez cette femme dans vos préjugés et votre ignorance. Vous êtes responsable des regards mauvais, des agressions, des crachats, des appels au meurtre, des insultes, entendus par cette femme quasi quotidiennement dans les transports au commun. Vous êtes responsable de la sexualisation du corps des femmes dans l’espace public, puisque nous ne sommes à vos yeux que chair, « cuisses, bourrelet, fesses, seins ». Le journal Libération et vous-mêmes assurez ensemble la responsabilité de la diffusion de vos idées nauséabondes, de cette mare puante où croupissent la culture du viol et l’islamophobie, et d’où fleurissent les enfants déformés de vos haines, que nous retrouvons dans nos urnes.

Cette femme choisit librement de ne pas montrer son corps dans l’espace public. Est-ce donc cela qui vous rend si amer ? Vous aimez sans doute regarder les femmes, vous ne vous en privez pas dans votre texte, imaginer leurs formes, vous me direz sans doute que c’est « la nature de l’homme » ou que c’est un « réflexe de français ». Vous imaginez pour elle « une ceinture de chasteté explosive ». Que faut-il comprendre ? Que c’est sa volonté de chasteté qui vous fait exploser sans doute. Son vêtement, son foulard, vous signifie nettement que vous n’avez pas accès à une sexualité consentie avec elle. Vous choisissez donc de vous emparer de sa sexualité. Vous choisissez de sexualiser un individu qui refuse de l’être. C’est donc cela la liberté ? Imposer son désir ? Rangez vos érections de fond de wagon, vous ne trompez personne. C’est la liberté des femmes à choisir leur mode de vie qui vous agace. C’est le choix de cette femme, celui de rester modeste, et de vivre selon les préceptes d’une religion que vous ne comprenez pas, qui vous rend fou. C’est son refus symbolique qui prive votre cerveau de son afflux sanguin normal. Le foulard, le vêtement modeste, cet attachement à garder son corps pour soi ou pour un être choisi, ça vous fait bander, disons-le. Vous êtes sans doute parmi ces millions d’internautes qui tapent le tag #beurettes dans Youporn en secret. Le choix des femmes de s’afficher dans l’espace public comme refusant une quelconque intimité physique avec vous, cela vous frustre, cela vous excite, vous pervertissez donc leur image à la faveur de vos fantasmes sexistes.

Monsieur, après les attentats, vous nous encouragiez à nous « embrassez comme des pervertis » pour faire la nique à la mort. Permettez aux femmes, portant le béret, le foulard, la coiffe ou le crâne rasé, de choisir leurs partenaires de perversion. Permettez-nous de vivre sans nous soumettre à votre idée pleine de couille de ce qu’est la liberté. Ne nous permettez rien, nous en prenons le droit. Penser que vous soumettez les femmes, et plus particulièrement les femmes qui portent le foulard , à la double peine du sexisme et du racisme, et que vous n’y voyez aucun inconvénient, m’est insupportable. Penser que Libération pense qu’il est utile de relayer votre opinion au lendemain des élections m’abasourdit. Vous ne pourrez pas baiser toutes les femmes, Monsieur Le Vaillant. Même avec votre imagination. Même avec votre esprit. Vous ne pourrez pas deviner toutes nos formes, explorer tous nos corps. Nous ne le voulons pas. Nous ne sommes pas consentantes. Laissez-nous vivre. Laissez nous nous couvrir et nous découvrir comme nous le souhaitons. Laissez nous donner du sens ou pas à nos vêtements. Laissez-nous croire, laissez-nous boire. Cessez de penser que vous comprenez les femmes, musulmanes ou juives, en mini-jupe ou en jean. Vous ne comprenez rien. Ni aux discriminations terribles qui pèsent sur les épaules de mes sœurs musulmanes, ni sur les oppressions subies tous les jours par les femmes de toutes confessions ou mode de pensée. Vous êtes un homme cisgenre blanc typique. Il y a vous et votre bite. Ne parlez donc que de cela à l’avenir.

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Vendredi

nov 19 2015 Published by under Non classé

Depuis vendredi soir je mets plus de noir sous mes yeux, je n’en mettais plus, ça faisait trop noir, trop grunge peut-être, depuis vendredi je remets du noir. Pas pour le deuil, pas pour poser un voile sur mes pupilles, pas pour me faire belle, je pose un trait noir et épais sous mes yeux, entre le mouillé et le sec, pour me donner de la force. C’est rien, quelques grammes de fard que personne ne remarque, je ne fais pas dans les grandes messes publiques, pas de déclaration de guerre ou de selfie à la tour Eiffel. C’est assez pour me redonner envie d’être dans la rue, d’habiter les terrasses et d’appeler des amis, c’est assez pour me permettre d’accéder à ma colère, la laisser sortir, cette boule qu’on transforme en angoisse depuis quelques nuits, arrêter sa production nette, m’ouvrir le nombril et laisser mon ventre hurler la rage, l’injustice et la peine. Mon visage n’a pas changé depuis vendredi, pas de nouvelle ride ou de cheveu blanc, ma biologie n’est pas assez spontanée pour marquer à jamais ces massacres dans ma chair, je les ajoute donc à la main, je peins à mes yeux les horreurs des autres pour qu’elles me servent, pour ne pas oublier d’avoir envie, pour ne pas laisser gagner le rouge et le violet sur les chairs vivantes, chanceuses, elles. Je n’oublierai jamais novembre, pas besoin de rappel sur mon calendrier, cette nuit brûle dans mes viscères, paquet de merde purulent et infecté qu’on voudrait expulser mais qui ne nous quitte pas, je suis malade de novembre pour le reste des mois de toutes les années.

J’ai envie d’aimer, mais j’ai aussi envie de me battre, je suis coincée entre ces deux énergies, il faudrait pouvoir frapper ceux qu’on aime pour s’assurer qu’ils sont vivants, faire couler le sang pour permettre aux blessures de se refermer, je vous vois, blessés invisibles, comment réparer ce qu’on ne comprend pas, ce qu’on ne voit pas. Pas de pansement pour les yeux, juste un peu plus de noir, sous les paupières ou sur les bras, on nous enlève nos droits à la manifestation même de nos deuils, nous sommes légalement condamnés à l’individualité. Il faut donc se contenter de serrer les proches et les moins proches, la mort jamais loin, cercles concentriques de l’horreur, novembre, barre toi. Et puis s’aimer fort, n’importe comment, dans les draps, contre le sol, s’aimer les doigts enfoncés profonds dans la chair tendre, chaude, mouillée, sentir la vie sur sa langue et se réjouir des spasmes de l’autre, se donner la vie dans des baisers qui n’en finissent pas, perdre le souffle et s’en foutre, nous ne mourrons pas, nous pouvons nous asphyxier de peau, nous pouvons choisir d’avoir mal, les doigts serrés, les pincements et les cris, nous sommes libres de continuer à nous distraire, puisque la mort guette et qu’elle ne s’en va pas. Il me semble qu’il est urgent d’être simple face à tout cela, qu’il est urgent de dire l’envie, le manque, l’amour ou son opinion, qu’il est urgent de se compter, unis face à la déferlante de ceux qui voudraient penser pour nous. Se compter, comme vendredi, recensement des aimés, et même des autres, même nos pires ennemis, nous les voulions sains et saufs.

Je ne sais pas ce qui viendra. Il y aura d’autres semaines, il y a aura d’autres mois. Il y aura des concerts, des anniversaires, des fêtes. Des gens tomberont malade, d’autres guériront. Les tragédies individuelles se mêleront à la grande histoire de ce vendredi là. Je sais que je ne suis plus la même, je sais que nous avons tous changé. Nous sommes irradiés de peine, de l’épicentre aux frontières du monde, le nuage ne s’arrête pas aux frontières, rien n’est pareil. Il aura fallu que ca se passe près de chez moi, presque sous mon nez. Il aura fallu le sable et le sang sous nos chaussures pour que nous prenions conscience de l’horreur du monde. Le Nigeria était bien loin, la Syrie presque fantasmée, ça n’arriverait pas chez nous, jamais. Il faudrait que nos nombrils explosent et nous relient par le sang au cœur du monde. Qu’on comprenne enfin, ou qu’on ressente, au moins. Nos corps nouveaux peuvent apprendre à aimer plus loin que nos quartiers. Je ne voudrais pas perdre ma bienveillance, je voudrais la multiplier. Je voudrais apprendre, je voudrais tout lire, je voudrais voir, je voudrais entendre, profiter d’être vivante pour fluidifier les ondes, apporter du bon, aller vers la beauté. Je voudrais que vendredi soit loin, qu’il soit un mauvais rêve, qu’il soit possible de tout recommencer, depuis des centaines d’années, pour ne pas le laisser arriver.  Je ne peux rien changer. Juste moi.

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Celui qui voulait boire mon lait

oct 27 2015 Published by under Non classé

Je suis en terrasse, la nuit tombe, il fait encore bon, je suis avec ma meilleure amie, la vie est douce. J’échange quelques regards avec un mec pas trop mal, sans doute calfeutrant une calvitie sous bonnet, il s’en va. Et puis il revient. Se poste à ma hauteur et m’explique qu’il a décidé de vivre sa vie comme une comédie romantique, et qu’il ne veut pas passer à côté d’une belle rencontre, que je suis cette belle rencontre, et qu’il faut qu’on se donne une chance, et pourquoi pas prendre un café et apprendre à se connaître. Ok. Joli. Je donne mon numéro. On échange quelques textos. Il bosse dans la musique, il veut me faire écouter des trucs, passe donc à la maison, euh, non merci, j’ai une petite alarme dans la tête, un café, dehors, d’abord. On prend rendez-vous, il a tellement hâte de me revoir, et moi j’ai hâte de connaître la suite du romcom. Je chausse mes habits de lumière et me pare de mon plus beau trait d’eyeoliner, il faut donner sa chance au produit. On doit se rejoindre sur le parvis de Beaubourg, je trouve ca à moitié joli à moitié nul, ça m’évoque mes rencards d’ado devant le Quick de la place carrée, ok.

On se retrouve, et il me propose d’aller chez lui. Euh. Non. Merci. Il m’explique que c’est vraiment pas loin, qu’on sera bien. Porte des Lilas quoi. Pas loin de Chatelet. Euh. Non non, merci. Un café ou je me casse, le deal est clair, et j’ai déjà envie de me barrer. Il me reproche de pas être très fun, pas très flexible, de ne pas me laisser tenter par l’inconnu. Ca part mal cette histoire, très mal. On finit quand même dans le premier café venu. La discussion s’engage sur le féminisme, il va passer quarante minutes à m’expliquer que les femmes se victimisent, un peu comme les enfants victimes de pédophilie. Parce que l’univers ne nous envoie que la réponse à notre énergie. Et que si notre énergie est négative, on va attirer des choses négatives. Et que donc les femmes, et les enfants abusés, envoient de mauvaises énergies, et se font donc baiser par le karma. Les victimes sont responsables de leur énergie, tu vois. Non. Je ne vois pas. Mon vagin se referme en mode piège à loup, il se dessèche façon morue salée, c’est mort mec, même en levrette avec un sac sur la tête, en imaginant que c’est Seth Rogen, je te laisserai pas m’approcher. Le choix est simple, je me lève et je me casse, ou je mets 10 balles dans la machine pour voir jusqu’où ce mec peut aller. Je pose donc la question qui tue, mais en fait, pourquoi tu m’as abordé ?

J’aurai pas du putain.

En fait, il a un fantasme particulier. Il possède chez lui un tire lait. Et dès qu’il m’a vu, il a imaginé m’harnacher du dit appareil pour stimuler mes glandes mammaires, dans l’espoir fou qu’elles puissent produire du lait. Du faux lait maternel de femme pas enceinte, substance hautement érotique pour lui, qu’il aimerait téter à la source, voire plus si affinités (insérer ici des descriptions graphiques d’actes sexuels charmants mais rendus ignobles par l’ajour de lait materner dans l’équation). La lactation indue, ouais, j’ai lu des trucs là-dessus, je sais que ca fait partie de l’univers fantasmatique de certain-es, pourquoi pas, mais c’est vraiment pas ma came, et surtout pas avec lui, je décline, polie. Il insiste. Il fréquente plusieurs femmes « aux seins nourriciers », il lui arrive de passer des journées entières à se nourrir uniquement de leur « nectar divin », il est sûr que je lui assurerai une production « de grande qualité ». Non, non, non. Au secours. Partir. Heureusement il part pisser. Je jette 5 balles sur la table, je baisse la tête pour récupérer mon casque, il est déjà revenu. Il me gaule en plein départ, ses yeux se voilent. Et il me dit « bon, ok, j’ai bien senti qu’on accrochait sur rien et que je te plaisais pas, mais on peut au moins baiser non ? ». Non.

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Make A Wish France – Discrimination psychophobe

oct 08 2015 Published by under Non classé

C’est l’histoire d’une bénévole dans une grande association à renommée internationale, Make A Wish, l’organisation qui réalise les rêves des enfants malades en leur offrant des voyages, des rencontres avec leurs idoles etc. C’est l’histoire d’une meuf qui va aider cette association pendant une année, sans rien attendre, qui va aller sur le terrain avec les enfants malades, qui va passer ses journées libres à faire de la paperasse dans les bureaux parisiens de l’association. C’est l’histoire de mon amie, qui a du coeur et envie d’en donner à ceux qui en ont besoin, et qui le fait pour rien, juste parce que c’est ce qu’elle croit juste. Au bout de cette année de travail, un poste se libère dans cette association, un petit CDD de remplacement, on lui fait comprendre qu’elle serait la bienvenue, elle postule, et décroche le contrat. Elle se fait accompagner par le Pôle Emploi pour disposer d’un contrat aidé, tout est balisé. Et puis mon amie a un accident de la vie, un truc moche et triste, qui la plonge dans un état dépressif, elle east hospitalisée. Elle culpabilise de faire faux bond à l’association, elle les tient au courant de son état, de son traitement, elle recevra des encouragements de la part de l’équipe. Ce n’est pas grave, ca arrive à tout le monde, voilà ce qu’on lui dit, personne ne t’en veux, reviens quand tu veux.

Alors mon amie se soigne, et elle va mieux, et elle reprend contact avec l’association. Un remplacement de congés maternité s’ouvre bientôt, on lui en parle naturellement, elle connait le travail, elle connait l’équipe, elle a déja passé avec brio un entretien, ca semble bien parti. Elle rencontre la personne à remplacer chez elle, dans le cadre privé, elle est rassurée, personne ne lui en veut d’avoir été malade, le passé c’est le passé. Elle postule, officiellement, elle passe des coups de fil, tout le monde est enthousiaste, on étudie avec plaisir sa candidature. Elle attend. On lui dit qu’on suspend le recrutement pour le moment. Et puis cet après-midi, coup de fil de la responsable RH. Mon amie ne sera pas reçue en entretien, on ne prendra pas en compte sa candidature. Parce qu’elle est malade mentale. Parce qu’elle est donc peu fiable. Parce qu’on ne peut pas lui faire confiance. Parce que les gens ne se sentent pas à l’aise de travailler avec quelqu’un qui a connu un épisode dépressif. Comme ca, de but en blanc, un coup de fil assassin, pas toi, tu n’es plus digne de notre intêret. Il faut qu’on reprenne à 0, voilà ce qu’on lui dit, tu dois faire les preuves de ton équilibre, tu dois nous montrer que tu vas bien. Mais tu peux quand même travailler pour nous gratuitement, venir bénévolement, on a des urgences d’ailleurs. Mais pour te payer, ah non. On ne paye pas les malades. On en veut pas dans l’équipe.

Je voudrais dire que je suis étonnée, mais je ne le suis pas. C’est la discrimination. C’est de la psychophobie. Réduire quelqu’un à sa maladie mentale, s’en servir contre elle, balayer d’un coup de fil tous les efforts et toutes les compétences d’une personne, à cause d’un accident de la vie. On alimente tranquillement les clichés autour de la maladie mentale. Nous serions, nous les malades, des incompétent-es, des gens peu stables, des menteurs, des resquilleurs, des affabulateurs, comment embaucher quelqu’un de malade ? Nous ne sommes pas des battant-es, de vaillant-es cancéreu-ses qui défient la mort. Nous sommes des malades dont on a peur, et qu’on éloigne des autres. Des gens qui doivent sans cesse faire leurs preuves, prouver qu’ils vont bien. Pourtant un employeur n’est pas psychiatre, n’est pas médecin du travail. Il n’est pas là pour juger de notre ré-adaptation à la société, il n’a pas à juger de notre santé mentale. Il doit évaluer nos compétences pour une tâche donnée, et nos aptitudes à nous adapter à une équipe, à une organisation de travail. Mon amie est en guérison, elle va mieux, tout son entourage médical l’encourage à retrouver du travail. Mais Make A Wish sait mieux qu’eux. Make A Wish France ne s’embarasse pas de lois, de la HALDE, ou d’autres pinettes, l’association se veut « franche et honnête ». On ne travaille pas avec les gens qui ont subi une maladie mentale. Bam. Mais on veut bien qu’ils viennent faire des photocopies et du café gratos. Ca, ca passe.

Je voulais écrire ceci pour soutenir mon amie. Pour dénoncer la psychophobie. Pour expliquer pourquoi il est encore aujourd’hui difficile d’assumer ouvertement nos maladies mentales, quelques soient leur degrés d’handicap dans nos vies. Parce que des employeurs, des soignants, des proches, des institutions, nous font payer le prix de nos défaillances chimiques. Parce que qu’un schizophrène est un meurtrier dans tous les titres de la presse. Parce qu’une dépressive est quelqu’un de nocif pour Make A Wish. Parce qu’une bipolaire est ingérable, pas facile à manager dans une entreprise. Nos maladies ne se voient pas, elles ne s’expriment souvent qu’en temps de crise. Nous survivons le reste du temps pourtant. Nous nous battons, contre nous et contre vous. Et nous allons bien, souvent. Nous travaillons, nous contribuons à la société, nous aimons, nous militons, nous vivons. Et vous n’avez pas le droit de nous en empêcher à cause de votre ignorance et de vos préjugés.

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