Archives de catégorie : Non classé

Toutes des salopes

J’ai pas de pitié pour les filles connes, celles qui mentent et manipulent, celles qui te volent et puis t’enculent, j’ai pas de respect pour mes sœurs les connasses, celles qui font du mal pour se payer un sac, j’ai pas envie d’être comme elles, de baisser mon froc pour me sentir plus fière, elle te suce et elle a déjà la main dans ta poche, tu t’en rends pas compte mais crois moi y’en a, des salopes intéressées qui comptent en dollars quand elles choisissent leur plat, des encéphalogrammes plats qui te font croire n’importe quoi, qui te tiennent par la queue avec leurs yeux de chienne triste, que tu laisses te toucher sans te rendre compte qu’elles sont pleines de vice.

Y’a ce mec que je connais, il rencontre cette nana, elle est à moitié jolie, il est totalement soumis, il devient son mec de sorties, celui qui paie et qui se tait, parfois ils couchent ensemble mais c’est rare tu vois, il a pas compris que les règles n’arrivent qu’une fois par mois. Ce mec là n’est pas stupide, il a un métier sérieux, des projets et des envies, il est juste tombé sur la mauvaise pute au mauvais moment, il baisse sa garde trop vite et il tombe pour 3 ans. Ce qu’il apprend plus tard, c’est qu’il n’est pas le seul, qu’elle n’habite pas chez sa cousine mais bien chez son mari, qu’elle rentre tout les soirs et qu’elle lui prépare à diner, qu’elle couche avec lui, avec d’autres, et qu’elle est complétement niquée.

Si l’histoire s’arrêtait là ca serait encore trop facile, cette meuf est tellement malsaine que ca pouvait pas, un jour elle tombe enceinte et elle se demande lequel choisir, lequel l’a engrossée, son mari si gentil, mon pote, si soumis, ou les autres connards qu’elle suce quand elle s’ennuie, l’avortement c’est trop dur et puis ca paie pas, elle peut pas choisir de géniteur, et puis après tout pour quoi faire, elle dit à mon pote qu’elle est en cloque, lui tape 4000 euros pour l’accouchement et la clinique, vend la même merde à son mari qui attendait d’être papa, et pendant neuf mois c’est la princesse au petit pois, ses hommes au garde à vous lui passent tout, les caprices et les crises, le shopping et les envies, la reine du monde c’est elle, et puis elle semble si courageuse, elle dit qu’elle assume à mon pote qui voudrait se marier, elle dit à son mari qu’elle est trop fatiguée pour travailler, j’connais pas de grossesse qui puisse mieux se passer, deux chauffeurs, deux traiteurs, deux comptes en banque à volonté.

Dix jours avant le terme, mon pote au téléphone en train de chialer, elle a perdu le bébé, elle est détruite, déprimée, cassée, rien ne sera plus pareil, d’ailleurs elle le quitte, il ne sait pas quoi lui dire, il pleure aussi pour lui, pour elle et pour l’enfant, il fout à la poubelle les cadeaux et les rêves, il boit, il fume, il se fout contre un mur, la caisse encastrée dans le béton pour rien, pour un mensonge et pour une pute. Parce que l’enfant est né, la maman se porte bien merci, elle a accouché tranquille sous péridurale quand il se fracassait sans anesthésie, c’est une petite fille, elle s’appelle Virginie, la liste de naissance est disponible sur internet, mais une enveloppe c’est bien aussi.

Je l’ai croisé six mois plus tard, elle trotte derrière une poussette, morte de rire derrière son téléphone, ca a l’air d’aller, comment on peut oublier, pourtant la petite qui hurle devant, c’est peut-être un morceau de lui, sa chair et puis son sang, la bonne moitié au moins, elle ne me reconnait pas et je me retiens. De lui cracher à la gueule, de lui faire hurler sa mère, de lui arracher la face et de la trainer par terre, j’vois sa tête qui rebondit mollement au ralenti sur le rebord du caniveau, j’ai des flashs plein de sang qui coule et je kiffe déjà la scène, seulement j’ai pas le courage, j’ai pas les couilles, j’arrive pas à bouger, peut-être à cause du bébé, peut-être parce que c’est trop violent, de la voir là, en vie, maquillée et apprêtée, quand mon pote est en fauteuil et qu’il a encore du mal à parler, j’voudrais lui dire que je la méprise et que j’ai honte de partager son sexe, que les meufs comme elles me font vomir, mais y a rien qui sort, tout ce que j’arrive à dire c’est sale pute.

Abbas.

Abbas est pakistanais, il a 55 ans, et c’est mon collègue préféré. Il travaille dans le sentier depuis 30 ans, depuis qu’il est arrivé en France, il est marié depuis 30 ans aussi, il a des filles qu’il essaie de marier sans succès, mais il va y arriver. Abbas prie dans la petite salle derrière l’entrepôt, il transforme les chiottes tristes en lieu d’ablution, y’a de l’eau jusqu’au plafond et il se contorsionne pour atteindre ses pieds, mais il prie, tout les jours, qu’on soit dans le jus ou qu’on ne glande rien, que ca soit l’heure de la réunion ou d’un truc important, Abbas prie.

Abbas a l’habitude du sentier, de la manière dont on parle, de la manière dont on se vanne, des putes qui bossent sous nos fenêtres et dans notre immeuble, il connait tout ca par cœur, les heures ou tu peux livrer du tissu sans prendre une contravention, les boys qui trainent sur le boulevard à la recherche d’une course à faire, d’un petit boulot, les coupeurs itinérants, les fournisseurs qui t’arnaquent toujours de quelques mètres ou de quelques pièces, il me prévient, il m’apprend le vocabulaire si particulier à ce tout petit milieu, les usages et les gens biens, les boutiques qui grugent au détail et celles qui te feront un prix, Abbas, c’est mon encyclopédie, il déchiffre les factures qu’on m’envoie sur des morceaux de papiers froissé, il parle pakistanais avec les boys, anglais avec les russes, français avec tout le reste, il sourit toujours, quand je lui demande comment il va, il répond toujours très bien, invariablement, même le lendemain du décès de son frère, quand il a fait 800 kilomètres dans la nuit pour aller voir sa belle sœur, Abbas va bien.

Abbas essaie parfois de faire des blagues un peu grasses, pour rentrer dans une discussion, pour avoir l’air, mais tu sens bien que c’est pas son truc. Quand il prépare les commandes pour nos clientes, il colle avec précision l’étiquette sur le carton, et je l’entends psalmodier les prénoms de celles à qui il destine ce colis, Sophie, Julie, Valérie, il rend ce petit geste répétitif et pénible très personnel, presque amoureux, parfois il rajoute qu’il espère que tu seras contente, qu’il a bien préparé ton colis, et qu’il est très content, à chaque paquet qu’il envoie c’est un nouveau prénom, un nouveau soupir, une nouvelle histoire qu’il invente. Je l’imagine parfois en livreur très particulier, père Noël exotique pour cliente esseulée, avec sa barbe blanche impeccable et ses chaussures toujours cirées, sonner à une porte et voir enfin cette femme pour qui il a préparé si minutieusement le paquet, lui remettre et partir, heureux. Parce qu’Abbas n’est pas libidineux, c’est un homme à l’ancienne, il m’appelle mademoiselle et il m’apporte toujours un café, il me demande toujours si j’ai assez chaud, si j’ai besoin de quelque chose, il porte mes colis et me tient la porte, Abbas c’est le charme un peu désuet, un peu comme son odeur d’eau de Cologne discrète, le mouchoir repassé et plié glissé par sa femme dans sa poche qu’il t’offre, la gamelle usée en fer blanc qu’il apporte tout les jours.

Parfois Abbas s’énerve, parce que son métier est difficile, parce que la charge de travail est importante, parce qu’il a perdu quelque chose ou parce qu’il est fatigué, alors il se parle tout seul, il s’encourage, il se calme, allez Abbas, ca va aller mon vieux, tu vas voir, encore trois coupes, encore 30 pièces à monter et c’est fini, allez mon vieux Abbas, du nerf, je l’entends, et quand je lui dis qu’il perd la tête, il sourit et il me dit que c’est de ma faute et que je suis trop belle. Abbas, il est comme ca, même si il souffre, j’entends ses longs coups de fils, et sans rien y comprendre, je devine qu’il se passe quelque chose de grave, c’est toujours toi qu’il va mettre en avant, complimenter, aider, il a assez de force pour ça, il en a trop vu pour se laisser faire, parfois il raconte les montagnes au Pakistan, le gens qu’il a laissé, l’envie de retourner, pour des vacances peut-être, et l’angoisse de ce qui s’y passe, sa maison qui a brûlé, mais Abbas va bien, Abbas va toujours bien.

Les lunes.

Souvent elle a l’air d’aller bien. La tête calée par un coussin, elle zappe, elle boit du thé, elle m’engueule parce qu’il fait froid et que je n’ai pas de gants, elle me dit de descendre sa poubelle et que je travaille trop, elle allume une cigarette et elle parle de sa journée, ce qu’elle a vu et à qui elle a parlé, le prix des tomates qui baissent, les travaux en bas de la maison, les enfants des voisins qui crient un peu trop.

Alors, pour un instant, j’ai l’impression qu’elle va bien. Je m’assois à côté d’elle et je lui prends la main, je raconte les choses qu’elle n’a pas pu voir, la foule des soldes boulevard Haussmann, le RER qui flanche, encore, les nouvelles de la famille sur Facebook, ce que je fais maintenant, mon patron qui crie autant qu’il m’adore, Abbas et son Nescafé à 15h, les tissus, ce que j’aime en ce moment, les vacances qu’on prendra peut-être bientôt. Et elle m’écoute, je la fais rire, elle fait tomber la cendre sur le parquet et elle la balaie en dessous du canapé, pas vu pas pris, elle m’embrasse et me demande ce qu’on mange ce soir, elle dit qu’elle a froid et je lui apporte la couverture bleue.

La chambre n’est qu’à quelques pas pourtant. Un petit couloir, trois pas en avant, prendre la couverture, sortir de la chambre, le petit couloir. Quelques pas, quelques secondes, la couverture dans la main, je parle toute seule maintenant.

Son regard s’est éteint. Sa bouche a pris le rictus que je connais, celui qui annonce les crises, les hurlements, les insultes, les soirs où elle ne me reconnaît pas, la cigarette finit de se consumer entre ses doigts et elle oublie qu’elle fume, elle oublie le geste qu’elle aime tant pourtant, porter la tige à ses lèvres pour en dégager une fumée épaisse qu’elle recrache parfois par le nez, je suis un dragon ma chérie, regarde, elle a oublié et la cendre rouge la brule, ses doigts ne bougent pas, son corps est ailleurs, il ne répond plus, ni au chaud ni au froid, ni à la douleur ni à mes baisers, je suis obligée de prendre sa main dans la mienne pour lui arracher le mégot brulant des doigts, elle me demande qui je suis, ce que je fais là.

Les soirs où je n’existe plus sont difficiles. J’ai essayé longtemps de lui rappeler, de lui prouver par des déductions simples qui j’étais, sa fille. Les albums photos de sont jamais loin de moi, ma carte d’identité non plus. Ca ne sert à rien. Dans quelques heures elle se souviendra, elle aura oublié qu’elle m’a oublié, et je n’aurai pas la cruauté de lui rappeler, je dirai comme d’habitude que tout s’est bien passé, qu’elle a fait la vaisselle après le diner, qu’elle a pris ses médicaments, qu’elle est allée se coucher seule et que je suis rentrée chez moi. Je ne dis plus ses insultes, les coups parfois, les hallucinations, ses obsessions, je ne dis plus comme je la porte à son lit, assommée par les psychotropes, le corps mou et la tête, le menton en avant, qui se pose sur sa poitrine, comme un bébé, trop faible pour la supporter, je ne dis plus ses cris la nuit, qui me réveillent quand je m’endors sur le canapé, les pompiers et les séjours ailleurs, je ne dis plus rien, ca ne sert à rien.

Je ne me les dis même pas à moi. Alors je les écris, je les dessine, je les hurle, je découpe des mots que je colle un par un, je raconte l’histoire anonyme de ma mère en prenant les mots des autres, je mets ces bouts d’elle et moi sur du papier, pour ne pas oublier, qui je suis, qui elle est, d’où je viens, ce que je fais et ce que je cauchemarde, la folie des autres te rentre dans la peau, elle devient le prisme de lecture de tes journées, le téléphone qui sonne et les questions irréelles qu’elle te pose, sa toute petite voix dans l’écouteur, et toi tu es loin, tu es si loin, tu te demandes si elle délire ou si elle a raison, si le feu est vraiment en train de prendre dans la cuisine ou si c’est une hallucination, tu apprends à faire le tri, à pardonner encore et encore, et parfois dans la crise la plus noire, des accents incroyables de tendresse, quand j’ai l’impression qu’elle me voit enfin, quand elle serre ma main quand elle s’endort, quand au matin je trouve son sms, bonne journée ma chérie, couvre toi bien, il fait froid et tu n’as pas de gants.

La fille que j’aime.

La fille que j’aime est plus belle que moi. Ses cheveux d’abord, noirs, sa peau très blanche, le goût des crèmes qu’elle passe sur ses mains, la lourdeur de ses seins, sa bouche en cœur, sortie tout droit d’un dessin animé, qu’elle colore parfois de rouge ou de rose. Ce qu’elle dit est souvent drôle, intelligent, les mots qu’elle choisit sont parfaits, ni surfaits ni idiots, ils expriment tout à fait ce qu’elle veut dire, sans trop en faire, sans moins en dire, parfois elle marque un temps de silence, comme si le choix était primordial, comme si c’était un acte fort que de faire une distinction entre deux verbes, deux adjectifs, sa respiration se coupe une seconde, et soudain elle parle, parfaitement. Quand elle parle, je me tais, parce que sa voix est précieuse, la fille que j’aime, je ne la vois pas souvent, et j’enregistre tout ce qu’elle dit, je le cache dans un recoin pour plus tard, pour quand elle sera partie, et je l’écoute en boucle dans ma tête, petits bouts par petits bouts, avec gourmandise, ne rien gâcher surtout. La fille que j’aime a eu des amants, beaucoup, elle m’en parle souvent, je lui raconte les miens, mais je suis jalouse de ces hommes qui la touchent et qui la font jouir, cet inconnu croisé quelques minutes à qui elle donne son corps, alors que je suis là, juste à côté, depuis des années, à la regarder vivre, et que je ne suis que la fille qui regarde la fille qu’elle aime.

La fille que j’aime a la peau douce, si douce que parfois je ne fais plus la différence entre son ventre et ses cuisses, je me perd dans son corps, mes mains ne savent plus lire, ses grains de beauté me retiennent, un à un, sur sa cuisse, sous son sein droit, repères de chair, quand je la touche c’est comme un prolongement de moi, son ventre contre le mien devient le notre, mes seins contre les seins deviennent trop de chair, quand je prends son téton dans ma bouche, quand je l’entends qui respire un peu plus vite, un peu plus moite, je deviens presque un homme, j’ai l’angoisse de la performance, comment faire pour faire jouir la femme que j’aime, où la toucher, où l’embrasser, comment aime-t-elle que je la prenne, mes hanches se heurtent aux siennes, va-et-vient, comme si je cherchais à la pénétrer d’un invisible pénis, ses fesses nues dans mes mains, comme un animal je la cogne contre moi, j’envie les hommes de pouvoir la posséder, je sais qu’elle a envie d’être prise, d’être pénétrée, mais je ne peux rien faire, pas de plastique entre nous, seuls mes doigts qui descendent pressés vers sa chatte, j’oublie le mode d’emploi, je plonge directement en elle, violente de l’envie d’être en elle, et quand elle se cambre je me cambre avec elle, je la repousse sur le lit et je recommence, encore, ma langue aussi, dure contre son clitoris, mes doigts entre sa chatte et son cul, la femme que j’aime aime les garçons mais se laisse faire parfois, me donne parfois son corps dans un instant qu’on fera mine d’oublier demain, rien n’existe, ni nos amants, ni toutes les queues du monde, il n’y a que son corps qui compte, la femme que j’aime est égoïste, elle se laisse faire, indolente, étendue, belle et molle, malléable dans mes mains, la femme que j’aime me rend folle sans me toucher, c’est son odeur qui me rend ivre, qui me rend dingue, ses mains ne quittent pas ses cheveux, les bras repliées derrière sa tête, elle me regarde faire, et quand elle a joui, elle me prend dans ses bras, et me dit à l’oreille de me faire jouir, elle me serre contre elle, mes fesses contre son ventre cette fois, ma main entre mes cuisses, ses doigts dans ma bouche, je jouis à en hurler, parce que la femme que j’aime est cruelle, parce qu’elle ne me touche pas et que j’en crève un peu, parce que demain elle repart et qu’elle m’embrassera sur la joue, tendre et condescendante, de voir la fille qui l’aime la vouloir encore, s’accrocher à son bras pour ne pas la laisser partir, son regard déjà ailleurs, le mien encore entre ses cuisses.

Corps étranger

Je fête en ce moment ma deuxième année de vie sans boulimie. Et je ne suis même pas heureuse. Pourtant, les gens, ceux qui savent, sont contents. C’est bien vous progressez, vous ne ressentez plus le besoin de vomir, c’est un grand progrès. Mon cul.

Je ne connais pas de plus grand bonheur que celui d’une crise de boulimie.

D’abord la frénésie. La pulsion. Faire les courses dans un état second, visite du supermarché sous adrénaline, choisir les produits préférés, ceux qui glissent, qui ne blessent pas, le Nutella, la brioche industrielle molle, les pâtes juste un peu trop cuites, l’eau à la fraise, le chocolat, les bonbons, les gâteaux mous, remplir le panier rouge de plastique de ces produits défendus, interdits par des années de lavage de cerveau diététique, ne rien oublier surtout, la machine est lancée, passer à la caisse vite, payer sans regarder la caissière, rentrer rapidement, courir presque, balancer les clés à travers la pièce, se ruer dans la cuisine pour faire bouillir de l’eau, commencer à ouvrir les paquets, manger un premier Snickers, vite, trop vite, un second, ouvrir la brioche, engloutir le paquet tartiné de Nutella, finir le Nutella, passer aux bonbons, sans les mâcher, juste les faire fondre un peu et les avaler en entier, égoutter les pâttes, le beurre, le fromage, les manger rapidement, ne pas oublier de boire, encore et encore, avaler le kilo de pâtes sans respirer, plus vite, avale connasse, c’est bientôt fini, les chips ensuite, mâche connasse, mâche, tu n’en peux plus, tu vas exploser, bouffe encore, du pain trempé dans du lait, les restes d’hier, bouillie informe dans ta bouche, tes dents qui broient sans réfléchir, trois kilos de bouffe dans le bide, ca a de la vie, tu es lourde, encore plus que d’habitude, tu es fatiguée.
S’asseoir par terre, dans la cuisine, à même le sol, au milieu des emballages et des déchets, fumer une cigarette, sentir le magma chaud qui commence à vivre dans ton ventre, commencer à penser à vomir, chercher le meilleur instrument, ta brosse à dent, une fourchette, une baguette, ce qui va te permettre d’expulser le plus rapidement, de déclencher le plus violemment la gerbe, finir la bouteille d’eau à la fraise, sentir le liquide se frayer un chemin dans la bouffe à l’intérieur de toi, passer dans les interstices libres, s’installer pour mieux te délivrer.

Se déshabiller, rituel, s’attacher les cheveux, saisir la brosse à dent cette fois, s’agenouiller devant les toilettes, enfoncer la brosse à dent côté poils au fond de ta gorge, après la glotte, à droite d’abord, pas de réaction, à gauche ensuite, tu tousses, rien ne vient, la panique s’installe, et si tu n’arrivais pas à vomir, si ton corps se refusait, si tu n’avais pas assez mangé, pas assez bu, pas respecté à la lettre le rituel préparatoire, si tu restais là, nue dans tes chiottes, une brosse à dent usée à la main, si tu crevais là,  que vont penser les pompiers, sombre conne obèse décédée d’avoir trop bouffé, reprendre la brosse à dent, l’enfoncer plus fort cette fois, contracter ton ventre, et soudain, enfin, la boue, la gerbe parfaite, elle glisse dans ta gorge et s’accroche mollement aux parois des chiottes, éclabousse ton visage mais tu t’en fous, le goût du sang dans ta bouche, tu saignes mais tu continues, tu vomis, les étapes de ton repas, avec ce goût d’eau à la fraise, les chips d’abord, qui écorchent ta gorge, lames de rasoir, les restes au goût encore reconnaissable, les pâtes, le sucré, le Nutella couleur merde, les bonbons encore acides, tu as réussis, il en reste encore, tu finis avec tes doigts, enfoncés jusqu’au fond, deux d’abord, presque la main ensuite, comme pour aller chercher ce qu’il reste dans ton estomac, jusqu’à ce que tu sentes ton ventre demander pitié, ce pincement familier, signe que tu es vide, que ta crise est finie.

Dernier rituel, tu laves ton visage souillé, tu te rhabilles, tu te fais un thé, le plus noir possible, tu es essoufflée, fatiguée, usée, les yeux exorbités, rouges, tu craches du sang un peu, le thé brûle, mais il te purifie, ton estomac vide se crispe à la rencontre du liquide bouillant, tu es enfin propre, tu allumes une cigarette, tu nettoies les preuves du passage de la bête, tu balances le sac poubelle sur le palier, rien n’a existé, tu te poses dans le canapé, tu finis ta clope, la tête vide, aucun angoisse, rien pour te perturber, juste ton ventre vide et ton esprit rassasié.

Géraldine, la vengeance.

Je m’appelle Géraldine, j’ai 24 ans. Dans la vie, je suis chômeuse, ascendant Bac STG, mes employeurs s’appellent Mc Do ou KFC, en interim, c’est la crise, personne peut embaucher. J’ai un chat, Milouz, rapport aux Simpsons, et j’habite à Aubervilliers, mais de la fenêtre de mon T1 je vois le périph, c’est comme si j’étais à Paris. Mes hobbies c’est le shopping, mes copines, les sorties en boîte et le scrapbooking. Tout les étés je pars une semaine en club avec mes BF4E, on s’éclate. Je voyage beaucoup grâce à ca : la Tunisie, la Turquie, le Sénégal, mais j’ai pas vraiment vu la différence, le petit-déjeuner est le même à chaque fois. Pour 2010, j’ai pris une grande résolution, je vais trouver l’homme de ma vie, le vrai, le père de mes enfants, celui qui fera battre mon coeur plus fort que Pitbull sur la piste du Metropolis, celui qui me demandera de l’épouser, de lui faire un enfant, avec qui on achetera une maison et une voiture, qui me fera mon café le matin et qui n’oubliera jamais mon anniversaire. J’ai 24 ans et j’ai besoin d’amour, j’ai pas vraiment eu de chances de ce côté là, mon père je le connais pas, et ma mère était trop occupée à trouver une solution pour gérer qu’elle a oublié de m’en parler. A la télé, ils disent que les filles sans pères ont des déficits affectifs, moi, je sais pas, je crois pas qu’on puisse manquer de ce que l’on ne connait pas.

Ce que je sais, c’est que l’homme de ma vie, je vais le reconnaître tout de suite. Depuis le temps que je l’imagine, que je découpe des mannequins et des acteurs dans les magazines pour en faire des collages sur les murs de ma chambre, depuis le temps que j’essaie des mecs qui ont l’air de lui ressembler, je sais exactement ce que je veux, et je ne ferai aucune concession.

Déja sur la taille, il faut absolument qu’il fasse au minimum 6 centimètres de plus que moi. Sinon c’est juste pas possible. En plus la mode est aux talons en ce moment, alors j’imagine même pas sortir avec un mec petit. Pareil pour le poids, impossible de sortir avec un mec plus maigre que moi, j’ai pas envie de me taper des complexes tout les matins, merci beaucoup, et puis je vais pas me taper un gros non plus, je suis pas au bout du rouleau.  Non l’idéal, c’est qu’il soit quand même baraqué, j’aime bien me sentir toute petite quand il me prend dans ses bras, mais qu’il soit quand même pas trop massif, pour être sur qu’on le confonde pas avec un gros, et surtout qu’il aie des muscles au dessus des hanches, zut, je sais plus comment ca s’appelle, mais en tout cas qu’on voit le muscles en dessous de la peau, même si j’attends pas la tablette de chocolat non plus. Bref, un mec normal, grand et musclé mais pas trop. Jusque là, rien de bien compliqué. Si tu es une fraicheur  d’1m80, 76kg de muscles, et que tu te sens concerné par ma recherche, tu peux m’écrire.

Sur le visage, j’aime pas trop les bruns. Ma came, c’est plutôt les blonds ou les châtains clairs, mais surtout pas avec les cheveux longs, moi j’aime les crânes rasés, les bad boys de la capillarité. Les yeux doivent être clairs, verts ou bleus, parce que marron ou noir c’est vraiment trop commun, et puis ca risque de gâcher mon capital génétique pour les enfants.

Au niveau du style, soit un bad boy looké en streetwear, ou alors un minet super bien habillé, avec des marques, genre le jean Diesel, la ceinture DG, le pull Paul Smith et les dernières Nike Id. Pour le bad boy, évite quand même le survet, mais j’aime bien les skaters, les baggys, et si tu veux mettre une casquette Homecore, tu peux.

Faudrait aussi que tu gagnes bien ta vie, genre commercial ou alors agent immobilier, pas parce que je suis vénale, mais c’est important que tu puisses m’offrir des cadeaux, payer le restaurant, m’offrir des fleurs, et puis quand on aura des enfants, je serai surement mère au foyer.

Je te préviens, j’aimerai pas tes amis, mais je les inviterai quand même à la maison parce que je suis la copine parfaite, j’achéterai des bières et je te fera des friands à la saucisse pour tes soirées foot, mais tu le paieras une fois tes potes partis, je te ferai la misère et ca finira en dispute.

Ta famille m’adorera, parce que je suis mignonne, sympathique, mais moi je peux pas les blairer parce qu’il faut toujours les aider à déménager ou à nettoyer la cave le dimanche, et le dimanche, tu le sais, c’est notre journée à nous, celle où tu vas me chercher les croissants, où on fait le ménage ensemble dans notre nid d’amour, où je te saoule pour qu’on aille se promener la main dans la main dans le froid comme dans les films, et toi tu préferes jouer à la XBOX, mais c’est pas grave, on est tout les deux à côté, toi devant ton jeu, moi devant le forum d’aufeminin, on partage. Le samedi j’ai déjà fait tout notre programme d’amoureux, le matin on fait les courses chez Auchan, il faut y aller tôt sinon la bonne viande est déja vendue, on déjeune chez KFC sur le chemin du retour (j’ai mes entrées), et l’après-midi on discute de nos sentiments, de la manière dont on veut faire évoluer notre relation pendant que je regarde le téléfilm d’M6 en repassant tes chemises pour la semaine prochaine. Si tu veux passer l’aspirateur, tu peux.

Samedi soir, j’aime pas trop sortir, et puis on a vraiment pas les mêmes goûts au cinéma, pas question d’aller en boîte avec toutes ces pétasses qui cherchent un homme. Soirée DVD sur le canapé, et si tu es sage, je te laisserai me toucher les seins pendant le film. Si tu veux me laisser choisir le film, tu peux.

Au début de notre relation, au lit, je te ferai le grand jeu, je te sucerai tout les soirs et je te dirai que j’adore la sodomie. On achètera des toys et tu me parleras de tes fantasmes secrets avec ta coiffeuse, je te dirai que tu as le droit d’avoir un jardin secret, et je t’encouragerai à tout me dire. 6 mois plus tard quand tu voudras m’enculer je te dirai que j’ai mangé un bolino pas frais, je te sucerai pour Noël et ton anniversaire, et je vérifierai tout les soirs ton portable, ton ordinateur, tes poches et l’état de ton caleçon, parce que cette pute de coiffeuse, j’ai compris son petit jeu, et je vais pas me laisser faire. Si tu veux acheter une tondeuse pour que je te coupe moi même les cheveux, tu peux.

Tu vois, on sera heureux tout les deux, on ne fera plus qu’un, on verra les mêmes films et on sortira dans les mêmes lieux, si seulement on pouvait travailler ensemble, notre harmonie serait parfaite.

Parfois je te trouve un peu triste quand tu rentres, comme si ca ne te faisait pas plaisir de me retrouver après ta longue journée. Pourtant j’ai préparé la dernière recette de spaghettis aux courgettes de Marmiton, j’ai changé la litière du chat, et j’ai même choisi le programme télé pour ce soir, on regarde la Nouvelle Star.

J’ai l’impression que tu t’ennuies alors que tu as tout pour être heureux, une fille gentille et jolie qui fait la cuisine et qui se souvient de l’anniversaire de ton père. Bien sur tu as fait des concessions, tu crois pas que j’allais supporter longtemps ton poster des X-Men sur le mur du salon, maintenant il y a un joli paysage romantique, c’est bien plus chic. Pour ta fête je te prépare une surprise, on va à un stage de deux jours de cuisine pour couples, il paraît que c’est très bon pour renouer notre communication, tu vides le poisson pendant que je coupe les oignons, et on goûte le fruit de notre collaboration, en espérant que ca soit bon, sinon je le supporterai pas, tu voudrais pas qu’on passe pour une équipe de perdants.

Tu vois je cherche pas quelque chose de compliqué, juste un mec normé, normal et pas trop chiant, sans trop de saveur et sans trop de piquant, un mec à aimer comme j’aime mon chat, pour le serrer contre moi et lui gratter le ventre quand il a froid, sans opinions et sans passions, je veux pas passer mes week-ends à parler tunning avec tes potes du Team Auto-Gaga, un mec gentil et qui surtout qui m’aimera comme je suis, qui changera tout pour moi, de sa personnalité à sa coupe de cheveux, en passant par ses goûts musicaux et pour qui il votera.

Dedans Dehors

Dedans, le froid des courants d’air des couloirs immenses, qui s’étirent vers rien, succession de hublots aux paysages glauques, des cris souvent, un murmure informe, les lumières bleues de la télévision, blanche d’un néon, rouge arrêtez vous, vert, passez.

Dehors, le vide jonché d’objets, paquets de cigarettes vides, conserves aplaties, piles usagées, cantines cabossées, papiers roulés en boule qu’on déplie pour y lire une lettre, un mot. Plus loin un mur, terne, un vide encore, un mur encore.

Dedans le temps, ordonné par l’institution, levez vous, couchez vous, lavez vous, urinez, toussez, avalez, parlez, taisez vous, dormez encore. Ballet chorégraphié à la minute par ceux qui décident, pas de résistance possible, la couleur naïve des médicaments dans un gobelet de papier, bleu, rouge, rose.

Dehors entre deux murs, des gens qui fument, parlent, courent, dessinent ensemble sans le savoir la topographie de la folie, sillons dédaléens de chacun des pas, l’envie de mourir discute musique avec la schizophrénie, l’autiste adulte tape dans un ballon que lui renvoie le délire de persécution.

Dedans ensemble, au signal, ils parleront, leurs parents, la vie qui passe, la peur des autres, les hurlements à l’intérieur, les armes de destruction intime, au signal encore ils se taisent, se regardent et se jugent silencieusement, celui là est plus atteint que moi, celle là est irrécupérable.

Dehors il pleut maintenant, et les adultes sont inquiets, le temps se joue des fous, certains collés à la vitre contemplant l’eau qui fait ce qu’elle veut, suinte et dégouline sous la porte du préau, d’autres pleurent, la pluie comme injure, injustice personnelle, d’autres encore se battent pour la télévision, fenêtre vers un dehors où il ne pleut pas.

Dedans tu regardes les minutes défiler sur l’horloge de la salle de vie. Cachée derrière tes cheveux tu tentes de te concentrer sur ton livre, ignorant les borborygmes de ton voisin de canapé, qui récite depuis ce matin la même mélopée incompréhensible.

Psychiatrie de secteur, dépôt des malades mentaux en fin de course, des petits, des pauvres, des effrayants, des alcooliques, des toxicomanes, des déprimés, des autistes, des anorexiques, des malheureux, Ville Evrard, ville du non-droit total, de l’abrutissement aux psychotropes, et de la thérapie forcée, royaume des fous qui pleurent.

Ville Evrard, erreur d’aiguillage, demain tu sors.

Twitter Parano

Faudrait se mettre d’accord. C’est quoi Twitter finalement? Un outil de micro-blogging, une plateforme de publicité pour se self masturber, un Meetic tu niques, un truc sérieux pour faire du link, un concours de popularité en mode élection de la Reine de la Promo ?

Pour moi Twitter c’est d’abord un genre de défouloir géant, un mix entre ce que je pourrai écrire dans mon petit carnet Moleskine (oui, je me la pète) et ce que j’aimerai dire aux gens que je croise dans la rue mais que je ne peux pas, parce que je suis une fille polie, un moyen de ne plus regarder la télé toute seule, un moyen parfois de se créer un groupe de potes IRL, un moyen de faire découvrir des trucs, bref un outil de communication. Je ne réfléchis pas à ce que je vais écrire, je ne m’empêche pas de twitter, je me fous d’être vulgaire, partiale, connasse. Je n’ai pas pensé mon usage de Twitter, je n’ai pas établi de stratégie, normal, je n’ai rien à vendre, rien à buzzer, je n’attends rien de Twitter, ni colis gratuits de crème de jour, ni invitations à des soirées de la hype du Net, bref, je m’en carre, je m’en balance, et je me l’enfonce jusqu’au coude.

J’entends déjà le cœur des influents répondre : Mais oui Daria, c’est normal, tu n’es rien, tu ne réponds pas aux critères de monétisation, tu ne présentes rien, tu n’as pas d’existence, tu n’es rien. Nous, on est des gens importants, on fait du name dropping avec des @ devant, quand on clash quelqu’un c’est pire qu’un upercut de Tyson, si tu nous critiques en 3 RT on te catalogue niquée de la tête, et quand on se réunit dans nos réunions secrètes de branleurs influents, on se gausse de ta petite prose facile et on conseille à nos amis de te suivre tellement t’es hors sujet, on écrit sur des blogs mode, des blogs beauté, on a des vraies informations, des vrais scoops, on a 8900 abonnés, on pèse lourd. On a du concept, du gros, des vidéos de de test de l’huile sèche Nivea, des billets sur l’importance capitale d’avoir le bon téléphone, du contenu quoi, de la vraie information qui crée du trafic, qui fédère. Quand on marche dans la rue les gens s’agenouillent et crient notre nom, lèchent nos Louboutins en nous suppliant des les RT pour qu’ils puissent gagner en popularité.

Ouais, ouais ok, j’avoue vos arguments sont intéressants. J’avais jamais pensé à établir la Daria©, allez c’est parti je monte mon business plan pour le succès.

De quoi parler d’abord ?  La banlieue, l’obésité, c’est sympa, mais c’est pas très sexy, le cul ca fonctionne mais les lettres b-i-t-e de mon clavier commencent déjà à s’effacer.

Ok, ok j’ai trouvé. Je contacte Diet Avenue, Weight Watcher et tout les autres marchands de rêves pour pouffiasses complexées, et je leur vends un concept unique : une vraie grosse de la vraie vie, sponsorisée par vos produits, qui écrit chaque jour la merveilleuse histoire de son retour à la société normale des vrais gens beaux et glamour, grâce à l’unique effet de la poudre de pancake gout morve de chien hyper proteinée.

Bien sur au départ, je dirai pas que je suis sponsorisée, je commence en douceur par installer l’histoire de ma vraie vie désespérante et moche, je raconte les humiliations de mon adolescence et les remarques de la médecine du travail, et dès que j’ai le bon deal avec la bonne marque, je me lance à fond dans l’amaigrissement à fin lucrative. Ca y est, j’ai des fans, et du hate mail, les gens suivent ma progression et j’arrête pas de maigrir, d’ailleurs quand j’ai envie de bouffer une patate, je pense à mon contrat de sponsoring et à mes lecteurs, ca me motive. Bon ok, je perds un peu mes cheveux et mon mec m’a largué parce que je suis insupportable, mais j’ai la gloire, j’ai la thune, y’a même un article sur moi dans Closer, ultime reconnaissance.

Sur Twitter j’ai un nombre d’abonnés hallucinants, toutes les petites grosses de France me suivent, mais aussi les mecs qui attendent de voir quand je vais devenir socialement baisable, y’a des paris sur le premier qui me prendra ma virginité de mince, je me clash avec des nanas qui me reprochent de prostituer ma perte de poids sur l’autel d’un quart d’heure de gloire virtuelle, mais tout ca c’est bon pour moi, ca fait parler de moi, prochaine étape je suis invitée chez Delarue pour raconter aux ménagères mon incroyable transformation, je fais des videos avant après dans lesquelles je me moque de moi même, je chie à la gueule de ce que j’étais avant, je me vante de shopper chez Zadig & Voltaire et j’adopte un ton condescendant avec mes copines grosses qui me voient me rouler dans la fange des propositions d’articles, de piges dans Top Santé, je suis une putain de valeur sure de la génération mangez-bougez, même si avec mon haleine de phoque d’anémiée, je fais fuir tout ceux que je rencontre IRL, je me met à rêver, opération de chirurgie esthétique offerte par un tour operator des vacances-bistouri en Tunisie, en l’échange des photos post-op de mon abdomen défoncé, publiées en temps réel depuis le bloc.

Ce que personne ne sait c’est que la nuit je bouffe et je me fais gerber, que j’ai plus de vrais potes, que j’ai une frange parce que c’est cool, que mes mains deviennent bleues quand il fait froid, que j’ai pas pécho depuis 6 mois parce que je suis trop occupée à entretenir ma hype de fou, que je me tape la tête contre les murs parce que mon cerveau tourne à vide, le sucre ca nourrit les neurones, mais le sucre c’est l’ennemi de ma gloire, la fin de ma destinée de Porn Star de l’amaigrissement sponsorisé.

Un jour sur le quai du RER, j’écoute un podcast santé qui parle de mon blog, et soudain tout me revient à la gueule, l’envie d’affirmer qu’un autre moi est possible, les serments avec mes potes de ne jamais être une pute à frange, mon directeur de thèse qui ventait la justesse de ma réflexion, la première fois que j’ai milité, j’ai jeté tout ca aux chiottes, en vomissant du Nutella par dessus, tout ça pour gagner des euros, des week-ends gratuits en thalasso avec trois connasses qui bloguent, je passe ma vie à boire des cocktails dégueulasses avec des agences de marketing qui veulent vendre la graisse de ma lippo au gramme, avec des gens qui puent la merde et qu’il y a un an j’aurai même pas calculé. Mon cerveau en mode colique néphrétique de la conscience, j’attrape mon lexomil de secours mais ca ne passe pas, j’ai envie de cramer mon serveur ftp, je pense à tout les gens que je hais et à qui j’ai donné raison en devenant une connasse, prend le deuxième quart de lexomil, mais toujours rien, le cœur qui s’emballe, la bouche sèche, envie d’appeler mon mec mais j’en ai plus, envie de crier maman et de me blottir contre les gens, sur mon Iphone les mails n’arrêtent pas d’arriver, propositions grotesques destinées à une nana que je ne suis pas, le RER arrive et tu ne sais pas pourquoi, t’as juste envie de sauter, de balancer ton corps diminué de moitié sur la locomotive du ROVA de 8h56, parce que tu ne sais plus comment t’en sortir, parce que tu peux pas avouer que t’es en train de reprendre du poids, et que tout va s’arrêter, tu vas redevenir la risée de ton e-quartier, parce que ta crédibilité est en train de crever, parce que tu fais une overload de merde, tu fais deux pas en avant et tu te laisses tomber.

Ci git @DariaMarx, blogueuse amaigrie,

Qui à vouloir mincir, finit aplatie,

Connasse en bikini à l’âme endolorie,

Ni fleur, ni couronne pour cette grosse bouffonne.

(Vos donations paypal sont à envoyer à dariamarxisdead@weightwatcher.com)

Je hais Twitter

Ou plutôt, comment j’ai découvert que j’étais une ado attardée grâce à Twitter.

Je suis sur Twitter depuis 2007. Je me suis d’abord inscrite à cause d’une sombre histoire d’espionnage virtuel de mec potentiel. J’avoue. J’étais jeune et belle, l’herbe était encore verte, je ne le ferai plus, pardon maman. J’ai vite abandonné, le mec en question s’échappant, et mon intérêt twittesque avec.

Il y a encore un mois, je devais poster un pauvre et misérable twit par mois, (oui je sais il faut dire tweet, mais je suis une rebelle), et à part valider la théorie des 6 poignées de mains, c’est à dire pouvoir suivre les élucubrations de mes idoles de trash tv, je m’y ennuyais plutôt. Mon domaine c’était Facebook et Netechangisme, Adopteunmec.

Et puis. Tout a changé.

Pour des raisons très chiantes et complétement #ci, les initiés comprendront, je me suis retrouvée à regarder pas mal la télé seule avec mon plat congelé Weight Watcher, ma pizza et mon litron de coca. Et j’ai découvert le bonheur du LT, le Live Twit (TWEET).

J’ai une bonne base de langue de pute. Des années d’entrainement à la terrasses des cafés du 4e, sur les bancs de la fac, une ironie développée grâce au passage en intraveineuse des films de Woody Allen dès 6 ans, et à un usage d’IRC complétement débile pendant quelques années. Je remercie également ma surcharge pondérale, à qui je dois un certain je ne sais quoi de dérision.

Je suis aussi une énorme voyeuse, et mes meilleurs souvenirs télévisuels d’enfance ne sont pas Dragon Ball Z ou le Club Dorothée, mais les “Cas de Divorce” que je regardais en douce. Je n’avais pas tout à fait compris qu’il s’agissait d’une série Z, et que les procès n’étaient pas tout à fait comme ca en vrai. Je rêve parfois tout de même de divorcer de mon mari homosexuel, coiffée comme dans Dynastie, hurlant devant un président grave et compatissant, avant que mon amant ne vienne témoigner à charge, racontant nos ébats au Fouetti Fouetta Club de Bourg en Bresse. Ce qui me manque le plus, c’est le mec génial qui présentant les cas au début de chaque épisode ..

Quel homme ! Quelle voix !

(…)

Donc le Live Twit (TWEET)(Merde).

C’est juste orgasmique de pouvoir partager mes saillies drolatiques avec des individus aussi méchants et voyeurs que moi. A un tel point qu’il m’arrive parfois de m’intéresser beaucoup plus à ce qui se passe sur mon Tweet Deck que sur mon écran. Et qu’il m’arrive, quand il se passe quelque chose de marrant IRL, de vouloir trouver un hashtag à la situation pour pouvoir le LT. Je trouve que Tweet Deck ou Uber Twitter ne rafraichissent jamais assez vite. Enfin, bref, je suis tout à fait intoxiquée.

Le pire, c’est que le LT devient un sous genre de voyeurisme et de sitcom. Le LT a ses personnages récurrents, ses private jokes, ses codes, ses détracteurs en mode “ouais #mcla a pourri ma timeline bouuuh”. Les gens qui LT rassemblés sur un plateau d’AB production, ce serait un joli cross over Hélène et les garçons / Mac Gyver / Alf (toi même tu sais)/Star Treck.

Je me demande si il est opportun de poster ce tumblr. Je démontre que je suis à la fois : accro à la trash tv, à internet, au virtuel, et que je suis #NOLIFE. Et ce ne sont pas mes seuls défauts. J’aime aussi beaucoup les colliers avec des donuts en plastique, les blagues pourries, la Amstel pression, la chanson française des années 50_60_70, et je podcast Ruquier, je rêve de vivre à Charleroi.

Ultime blague pourrie avec musique que j’aime et je suis sure qu’il boit de l’Amstel pression : Le Glacier.

(Thursday, November 26, 2009)