Marilou

Jan 17 2011

Marilou sous la neige de l’écran aux reflets verts-bleutés, toutes des Marilou, le désir au bout du clavier. L’ennui d’abord, l’envie ensuite, se perdre quelques heures dans le rien d’une discussion trop jolie pour être vraie, retrouver dans l’autre parce qu’on l’a décidé les mêmes références, le même humour, les mêmes envies, se projeter. Pas de mensonge, pas de vérité, juste le flou permis par la distance entre nos sens et le clavier, l’espace-temps n’est plus un critère, il disparaît devant la volonté de se laisser aller, de séduire et de se laisser faire, Marilou oublie qu’elle habite seule, qu’elle est prise ou qu’elle est en jogging sur son canapé. Elle glousse derrière sa machine, les mots glissent, tout devient facile, comme si on se connaissait, comme si toute la nuit nous appartenait, le sommeil viendra demain, ce soir elle existe, elle fait semblant au moins, elle sait qu’au matin, elle aura presque oublié.

Marilou sait qu’elle est une image, un mur nu sur lequel il projette son envie, elle peut être laide, elle peut être bête, ca n’a pas d’importance, l’important c’est qu’elle se donne et qu’elle se laisse approcher, ce soir il n’y a pas de victime, pas de chasseur, juste un jeu, celui qui voudrait bien, celle qui fait semblant de se refuser, celui qui propose, celle qui lui laisse croire qu’elle est innocente, presque choquée. Debout Marilou, quitte tes fringues pourries, prend une douche, fais toi belle, il arrive, dans quelques minutes, l’inconnu de l’écran sera là, elle est à prendre, il n’aura pas besoin de parler. Prendre l’air détachée, un débardeur noir un peu long, son soutien-gorge des grandes occasions, ébouriffer ses cheveux, avoir l’air détendue, habituée, remettre un peu de noir sur ces cils, de rose sur ses joues, se demander si elle ouvre déjà la porte pour l’attendre à genou. Elle tremble tout de même un peu, la peur du fou, légende urbaine de ses nuits virtuelles, mais surtout à l’idée qu’il puisse ne pas venir, décider qu’elle n’est pas assez désirable, peur de ne pas le faire bander assez, peur d’être décue, peur de ne pas être à la hauteur du menu qu’elle lui a annoncé.

L’interphone déja, quelques mots qu’elle n’entend pas, elle le laisse rentrer, ouvre sa porte, va se placer à genou au pied du canapé, dos à la porte, comme il l’a demandé. Elle entend ses pas dans l’escalier, elle compte les étages, palier par palier, il est vif, son pas est léger, sa tête commence à tourner. Elle baisse les yeux, se concentre sur le parquet, compte les noeuds et lignes du bois vieilli, la porte s’ouvre, pas un mot, deux mains se posent sur ses yeux, une bouche se colle à son cou, l’odeur de son parfum, quelque chose de commun, épicée et masculine, presque trop, ca lui pique le nez, elle manque d’éternuer, il lui demande de garder les yeux fermés, les mains descendent sur ses seins, sous son débardeur, elles cherchent son téton, elles s’agrippent et le tordent, Marilou se cambre, se tord et gémis, elle l’a voulu, elle n’a rien à dire, elle a promis. Ce soir elle se donne, salope, salope, salope, c’est tout ce qu’elle veut entendre, c’est tout ce qu’elle cherchait, le bruit des claquements de ses mains sur ses fesses rougies, l’appel d’air de sa queue qui vient la chercher, toujours plus profond, sans un mot, sans rien dire, elle s’empêche presque de crier.

Il a joui sur son visage, elle n’a pas ouvert les yeux. Elle a attendu que la porte d’entrée de l’immeuble claque pour se relever. Ses jambes sont vidées, elle s’appuie au mur du couloir de l’entrée. Elle s’assoit dans la baignoire, elle laisse l’eau couler.

2 responses so far

  1. Et puis un soir, Marilou recommencera. Pas dès le lendemain, peut être laissera t’elle passer quelques jours, mais inévitablement elle y reviendra. Bien sûr, laisser venir un total inconnu chez elle restera exceptionnel, la routine de ces nuits virtuelles ce sera ces mots et ces phrases, crues et banales, qui s’affichent sur son écran… Parfois, elle aura envie de « bien » faire les choses, avec une webcam ou au téléphone, mais le plus souvent non. Ca pourra ainsi durer aussi quelques années par phases, de manière cyclique…

    Au bout du compte, il conviendra de se demander si Marilou arrive encore à aimer. Ou si son addiction n’a pas influé sur sa vie sentimentale, et qu’elle n’est plus capable que de chercher une image fantasmée… et de proposer par principe une personnalité floue, un support vierge sur lequel l’autre, n’importe lequel, pourra projeter tout ce qu’il veut.

    A la fin, après un certain temps, satisfaire le goût des autres, ce n’est que du virtuel ?

  2. Que j’aime ce texte.

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