Minou, Chou, Hibou, Caillou

Mai 03 2011

« Mon Minou Tout Doux », voilà le nom de la nouvelle campagne de communication de Veet. C’est accrocheur, ca rime, c’est mignon, mais malheureusement, ca ne s’arrête pas là. En visitant le site dédié à l’éradication de toute pilosité pubienne chez les femmes, on se demande vraiment quel message a voulu faire passer la marque, à quel public elle s’adresse, et surtout, si elle ne nous prend pas ultimement pour des abruties.

Plutôt que nous venter les qualités biologiques ou techniques de son produit, Veet préfère jouer sur notre amour présumé de la gaudriole et de notre humour franco-français : quoi de plus poilant (…) que de mettre en scène une armée de petites chattes mignonnes qu’on soumet à la torture du rasoir ? Quoi de plus sympathique que la petite comptine aux ryhtmes hip-hop qui accompagne la découverte de l’interface, et ses couplets enlevés  »mon minou quand il n’est pas tout doux, il ressemble à un voyou, quand mon minou pique partout, il fait bouh ouh, quand mon minou est tout doux, c’est mon trésor mon bijou ».

Au delà de l’aspect complètement vomitif des couleurs, de la métaphore filée décousue de la vulve à quatre pattes et des poils, on peut également s’interroger sur le message de Veet : si on écoute la petite chanson, si on effectue les tests et si on lit les informations, on tire rapidement la conclusion que seule un pubis dépourvu de pilosité est acceptable, mignon, et donc désirable. Ce n’est pas un hasard si seule la petite chatte (l’animal donc) correctement épilée attire le gros matou noir en fin de parcours : le message est clair, si vous voulez attirer les hommes ou avoir une vie sexuelle active, vous devez impérativement céder à la mode du mont chauve, sous peine de passer pour une cradingue rétrograde.

La mode de l’épilation totale intime n’est pas une nouveauté, elle déferle dans les années 1990 en direct des USA, la meilleure manière de constater le changement restant sans doute l’évolution de la pilosité des actrices de films pornographiques à travers les âges : elles sont aujourd’hui majoritairement épilées, sauf certaines qui tournent des films dits de spécialité, sur le poil, justement. On essaiera de vendre l’épilation comme une technique de réconciliation de la femme avec son appareil génital, on pourra mettre lui proposer de lui coller des cristaux et autres brillants sur les bas ventre pour en signaler l’accès, c’est tout une stratégie commerciale qui s’organise autour du défrichement des champs intimes et de la mise en beauté vulvaire.

Alors qu’on lutte pour une meilleure éducation de la jeunesse aux problématiques des relations entre les sexes, pour une meilleure qualité de l’éducation sexuelle, et pour un accès à tous à l’information sur la sexualité et sur l’anatomie de son sexe, cette campagne dérange. Les codes des couleurs, le ton donné, les images choisies, laissent penser qu’elle s’adresse à un public féminin très jeune, et qu’elle devrait décomplexer les anxieuses et les coincées à l’égard de l’épilation, encore considérée comme osée ou trop intime par certaines. Une marque peut-elle se placer à la fois en tant que juge et partie ? Décréter que l’épilation totale est un must, et ranger toutes les réfractaires dans la case des éponges Spontex, anti-glamour, anti-désir ? Est-ce vraiment la place d’un annonceur que d’influer sur les habitudes intimes des femmes ? Et surtout, comment les femmes, justement, sont-elles censées intérpéter la vulgarisation du terme « chatte », « minou » ?

Franchement, le mec qui s’approche de ma CHATTE et qui me susurre à l’oreille, l’haleine encore chargée de cyprine « oulalala ma chérie comme il est doux ton minou, il est pas bien voyou, il pique pas comme du houx … », et qui tente ensuite de me rouler une de ces pelles collantes et sucrées post jouissance sur langue, je pense que je m’assois sur son son nez, et que j’attends qu’il crève. Minimum. Il faudrait déjà qu’il ose me faire une remarque sur l’état capillaire de mon entrejambe, ce que je n’apprécie pas forcément, il devrait déjà être fort content que je lui en cède l’accès. Il faudrait également qu’il soit assez fou pour me parler de « MINOU ». Je ne sais pas s’il existe un mot qui me tape plus sur le système pour désigner l’ensemble labial + clitoris + vagin. MINOU. MINOU. MINOU. DIE. DIE. DIE.

( Ecrire pour protester contre l’infantilisation des femmes et la sexualisation des messages publicitaires, c’est à cette adresse pour la campagne VEET :

Reckitt Benckiser
Service Consommateurs
15 rue Ampère
91748 Massy Cedex )

106 responses so far

  1. […] du porno encourageant les femmes à s’épiler intégralement, soumission à un modèle machiste, épilation envisagée dans sa destination et non en tant que […]

  2. C’est marrant, j’suis un mec et voici mon avis:

    Concernant la dictature de la chatte rasée, c’est ce qui arrive quand l’homme est éduqué sexuellement par ses films pornographiques plutôt qu’en situation réelle. Autant j’suis le premier à concevoir qu’un pubis lisse c’est facile à entretenir pour la femme et agréable à visiter pour l’homme, autant quelque part, le poil est une indication de la puberté. Je ne peux m’empêcher de penser face à un sexe totalement glabre que j’ai affaire à une jeunette à peine sortie de son landau. Bien sûr une forêt vierge ça me rebute. Comme ça doit aussi rebuter ces dames/demoiselles quand elles y ont affaire. Comme l’a dit une intervenante, se retrouver avec un poil entre les dents n’a rien d’agréable.

    Mais le problème de cette campagne publicitaire se situe à mon sens plus dans la sexualisation à des fins commerciales de jeunes filles qui à leur âge ont franchement autre chose à foutre que se préoccuper de leur épilation pubienne. Au demeurant, comment fait-on pour s’épiler les poils qu’on n’a pas encore? A moins bien sûr que cette pub s’adresse à des plus de 10-12 ans, auquel cas mesdemoiselles, mesdames, les publicitaires vous prennent pour des demeurées congénitales.

    Ce genre de phénomène de société (car c’est ce qu’on essaie d’en faire, ne vous leurrez pas), fera bientôt le beau jeu de personnages extrêmement déviants et on verra peut-être fleurir des défenses pénales de premier ordre pour ces chers pédophiles. Après tout, si la société veut montrer les petites filles sous le jour de leur potentiel sexuel naissant, pourquoi se priveraient-ils de laisser libre cours à leurs pulsions?

  3. continue Daria marx,toi au moins tu dis tout haut s que les gens pensent tout bas,t es génial.

  4. […] matin, en faisant ma revue de presse quotidienne, je tombe sur l’article de Dariamarx, Minou, Chou, Hibou, Caillou et celui d’A dire d’elles  Quand mon minou est tout doux au sujet de la nouvelle […]

  5. […] du porno encourageant les femmes à s’épiler intégralement, soumission à un modèle machiste, épilation envisagée dans sa destination et non en tant que […]

  6. […] du porno encourageant les femmes à s’épiler intégralement, soumission à un modèle machiste, épilation envisagée dans sa destination et non en tant que […]

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