Incipit, c’est trop savant

Fév 28 2012

Nous ne faisons que fuir. Sans cesse, en apnée, sans réfléchir, en allumant la télévision et en rechargeant nos téléphone, en postant nos statuts stupides sur des plateformes virtuelles dénuées de sens, en secouant nos bras dans le vide pour combler l’air acide, celui qui nous ronge, celui là même que nous vomissons, tristes pantins alcoolisés incapables de retenue, sous les prétextes de joie et de solidarité, trottoirs repeints des lendemains de fêtes des estomacs mal digérés de nos bols trop gras. Nous ne faisons que nous distraire, et tous l’ont bien compris, je suis le rat, je suis la souris, immense labyrinthe concentrique vers le rien, regardé à la loupe par les puissants, ceux qui contrôlent et qui soupirent, donnons leur du sirop de maïs dans leur pâtée, ca les rendra moins agressif, donnons leur des bimbos qui baisent dans des piscines, donnons leur des solutions ineptes et des petits espoirs, vous ne serez pas roi, vous serez apprenti boulanger, vous ne serez pas rock star, vous serez icône de la télé-réalité. Je suis la vermine, prête à manger mon prochain pour survivre, prête à dénoncer le profiteur, le tricheur, l’oisif et le tranquille, je suis le compétiteur, intelligent et calculateur, flatteur, ni trop ni pas assez, d’abord tout pour ma gueule, d’abord mon chez moi, dehors les étrangers. Je suis un produit de mon époque, dérapage permanent vers l’indécente stupidité, je peux passer des heures à regarder des chats filmés par leur propriétaire sur Internet, pour ensuite tenter de reproduire le même trick avec un bout de ficelle et une boite de céréale vide, voilà mes préoccupations, faire rentrer Ronron dans la postérité, récolter le plus de Like, le plus de LOL, le plus de <3, me faire sponsoriser par une marque de croquettes, vivre de ma bétise, de mon chat obèse, ne rien faire, jamais, qui
ne dépasse le champ d’action de mon nombril ou associé, surtout ne rien penser. Je suis une espèce molle et transgénique, aux doigts musclés et au ventre mou, au cerveau atrophié et aux jambes trop courtes, habituée à jouir vite entre mes doigts, je sais par réflexe où trouver les mouchoirs planqués, j’essuie les yeux fermés ma bite gluante, avant de cliquer sur une nouvelle vidéo de chats, je ne sais même plus pourquoi je bande, pour la chatte rasée à blanc de cette actrice américaine maltraitée sur le sol en béton d’un parking par un acteur simiesque au bassin tatoué, ou parce que par habitude, la main dans mon caleçon, je me suis laissé emporter. Le chat ou l’actrice, l’acteur ou l’habitude, ca ne change rien, l’important c’est d’être dans la moyenne, d’être dans l’infographie des bites du monde entier, de ne pas déranger à la norme, de pouvoir me situer, de représenter fièrement la moyenne nationale, alors quand l’info est sortie, j’ai vérifié, 15,7 centimètres en érection, deux masturbations quotidiennes en moyenne, je suis bien un homme français médiocre, ni trop long, ni trop large, ni prude, ni accro à la branlette. A quinze ans, j’aurai sans doute adoré, à trente ans, j’ai eu envie de me pendre par les couilles et d’attendre que le sang les quitte lentement pour qu’elles tombent.
C’est la pire réponse qu’on puisse te faire, quand après avoir baisé, tu demandes à ta nana comment elle t’a trouvé, et qu’elle se fend difficilement d’un « bah, normal quoi ». Je ne sais même pas pourquoi je demande. Qu’est ce que je m’en fous, de comment je les baise, de comment je les fais jouir, ces putes que je ramasse à deux heures du mat sur des chats pourris, prêtes à traverser Paris en taxi pour venir me sucer la queue sans même connaître mon prénom ou ma date de naissance ? Entre minuit et deux heures du mat, le vendredi et le samedi, c’est la meilleure heure sur Internet, je ne me donne même plus la peine de sortir et de m’emmerder à draguer dans les bars, je me connecte sur deux sites de rencontre en même temps, et je ramasse. A chaque fois. Je les sens vite, celles qui sont prêtes, celles qui ont envie. Elles annoncent vite la couleur. Elles veulent me voir, elles me proposent de boire un verre, là, tout de suite. Elles se protègent. Elles se mentent à elles mêmes. Elles me disent que c’est la première fois qu’elles font ça. Qu’elles sont sages d’habitude. Mais bien sur. Prends moi pour un con chérie. Raconte moi ce que tu veux. Je m’en fous. Je te raconte n’importe quoi

11 responses so far

  1. I KNOW.

  2. Nan mais vas y, parle pour toi !

    (non en vrai, c’est très bien vu…) (as usual)

  3. Juste c’est pas « déranger à la norme » mais plutôt déroger non ? Puis le « s » à « nos téléphones ». J’aime beaucoup l’idée de l’article et son début, beaucoup moins la fin qui divague beaucoup trop selon moi.

  4. un like bien mérité

  5. Remis en page, ça donne des vers, d’où ma lecture en ton pour ce texte, plus poétique qu’autre chose.

  6. Bite obèse et chat gluant : on parle de moiiiiiiiii ?

  7. Et les types que tu connais du boulot
    Qui t’appellent bourrés à 23h pour te dire des insanités
    Pas parce qu’ils sont seuls et tristes
    et qu’ils ont besoin de se saouler la gueule pour oser
    Mais parce qu’ils n’en ont rien à foutre de toi
    Ils ont leur petite vie, leurs femmes, leurs gosses
    Toi tu es quantité négligeable
    Inférieure hiérarchique
    Tu ne peux rien dire, tu es paralysée
    Et le lendemain, comme si de rien n’était
    Tu le retrouves devant la machine à café

    Monde de merde.

  8. Bonjour,

    Je découvre au hasard de Twitter vos textes et et les trouve beaux. Etant un peu moins pessimiste comme vous sur les pauvretés de nos solitudes urbaines, j’aime la richesse (justement) et l’humanité si intense de votre regard. Merci et bravo.

  9. Ce qui est rigolo c’est que ça marche aussi avec femmes du boulot le mail du dessus. Le harcèlement et la connerie n’ont pas de sexe.

  10. Ooooohhhh …. monde triste et pathétique !!

    PS : Merci, ça faisait longtemps et tu nous avais manqué !

  11. J’ai checké tous les jours pendant des semaines et quelle joie de pouvoir lire le titre d’un nouvel article ! Je suis juste accro… Je suis contente de trouver ces mots, un peu comme un cadeau qu’on attend plus…

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