Circulez

Juil 18 2012

Y’a rien à voir. Ou tout à faire. Bien sur je pourrais encore une fois me mettre tripes à l’air ici, mais je n’ai pas l’habitude de forcer mes mots. Ils sortent quand ils veulent, surtout quand il ne faut pas, à l’oral comme à l’écrit. Je dis ce que je veux, sans trop me soucier de ce qu’on pense, de mon voisin de terrasse ou de celui qui juge, de celui qui lit. Je ne me censure pas donc, mais je n’ai pas le goût à la douleur en ce moment. J’ai enfin l’impression de profiter. Je n’ai pourtant rien d’extraordinaire à raconter, pas de lointains voyages, pas d’amoureux parfaits, pas de révélations philosophiques intenses. J’aime mon ordinaire, mon quotidien, et je le détestais si fort depuis si longtemps que c’est presque comme si j’étais heureuse.

Le bonheur c’est niais, c’est souvent ce que je me dis quand il est décrit par les autres. Le mien n’a pas de paillettes, pas de coucher de soleil. C’est le bonheur de me réveiller sans angoisses, sans avoir envie de pleurer. C’est le bonheur d’avoir envie de me lever, envie de me faire un café, envie d’ouvrir la fenêtre. C’est le bonheur de sortir, de pouvoir rester en terrasse, même quand il pleut. C’est le bonheur de ne plus être oppressée en permanence, tendue, ailleurs, absente. C’est le bonheur de rencontrer des gens, de les écouter rire, de les faire sourire. C’est le bonheur d’avoir un traitement qui me correspond enfin, sans devenir légume, sans dormir sans cesse, sans grossir ou sans vomir. C’est le bonheur de pouvoir lire, écrire, écouter de la musique, de pouvoir me concentrer, de pouvoir travailler, sans être remplie de vide et d’images affreuses.C’est le bonheur un peu commun des gens qui aspirent juste à être bien, à savourer ce qui semblait perdu, cassé.

C’est difficile à expliquer. Il faut peut-être avoir eu la chance de perdre un peu la tête pour le savourer. Avoir eu la grâce d’avoir touché le fond pour apprécier la lumière. Je ne me fais pas d’idées, je sais que ca ne durera pas toujours. C’est peut-être aussi pour ca que je ne fais rien pour brusquer ce moment. Je ne voudrais pas bouleverser l’équilibre fragile qui semble tenir tous mes univers alignés. Je ne voudrais pas retourner au noir tout de suite, avant d’avoir eu les joues roses et l’esprit enivré. Je voudrais avoir envie longtemps encore de sortir de chez moi sans craindre d’y rester, je voudrais réapprendre à marcher. Quitte à oublier encore, le plus tard possible, le moins noir possible. Quitte à passer pour une jouisseuse, pour une paresseuse. Toujours cette culpabilité de passer pour ce qu’on est pas. Je travaille pourtant, sur moi, pour moi, pour les autres aussi. Et si ca ne voit pas, tant pis.

(et j’ai un autre blog sur mes aventures alimentaires)

6 responses so far

  1. C’est beau de pouvoir lire que quelqu’un va bien, et ce n’est pas ordinaire d’être heureuse de son « ordinaire » comme tu le dis, donc bravo à toi de savoir décrire si bien ce sentiment .
    Je ne connais pas ton histoire mais j’ai envie de la connaitre je pense donc à passer mon insomnie de ce soir à lire d’anciennes proses !
    Aller bonne nuit .
    @by_mand

  2. Tu prends quoi, ça a l’air bien?

  3. Pour moi, c’est le meilleur. De bonheur, j’veux dire. Enfin, je dis ça parce que j’ai trouvé le mien, celui que j’appelle »de base », le « sans enfer perpétuel », depuis presque deux ans.
    C’est un commentaire qui paraîtra con/pigeront pas (d’t’façons: liront pas \o/) pour beaucoup mais tu sais d’avance que je m’en fous et surtout: « C’est difficile à expliquer. Il faut peut-être avoir eu la chance de perdre un peu la tête pour le savourer » <= je peux pas mieux dire que ça.

    Alors juste <3

  4. Flo et mimolette

    C’est tres doux aussi de lire ces lignes de bon matin. Les joues roses te vont bien…

  5. Le point clé, ça sera ta capacité à te souvenir de ces moments là, de ce billet là, les jours où ça ira moins bien, même juste un peu (parce que bon, fatalement….) C’est là que tu pourras mesurer le chemin parcouru (j’ai failli écrire « les progrès accomplis », mais bon… on n’est pas sur un forum psycho de doctissimo, quoi…). Et aussi, te sentir vraiment plus forte, plus solide sur tes jambes, durablement sortie d’une spirale destructrice. Dans la vie, rien n’est jamais définitivement réglé. Mais parfois on passe des paliers et là, à te lire, j’ai l’impression que c’est ce que tu as fait.

    Pour suivre ton blog depuis un petit moment, ça fait vraiment plaisir.

  6. Tu ne passes pour rien du tout, si ce n’est toi, toi qui va bien. Et c’est une bonne nouvelle. Profite!

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