Celui qui voulait boire mon lait

Oct 27 2015

Je suis en terrasse, la nuit tombe, il fait encore bon, je suis avec ma meilleure amie, la vie est douce. J’échange quelques regards avec un mec pas trop mal, sans doute calfeutrant une calvitie sous bonnet, il s’en va. Et puis il revient. Se poste à ma hauteur et m’explique qu’il a décidé de vivre sa vie comme une comédie romantique, et qu’il ne veut pas passer à côté d’une belle rencontre, que je suis cette belle rencontre, et qu’il faut qu’on se donne une chance, et pourquoi pas prendre un café et apprendre à se connaître. Ok. Joli. Je donne mon numéro. On échange quelques textos. Il bosse dans la musique, il veut me faire écouter des trucs, passe donc à la maison, euh, non merci, j’ai une petite alarme dans la tête, un café, dehors, d’abord. On prend rendez-vous, il a tellement hâte de me revoir, et moi j’ai hâte de connaître la suite du romcom. Je chausse mes habits de lumière et me pare de mon plus beau trait d’eyeoliner, il faut donner sa chance au produit. On doit se rejoindre sur le parvis de Beaubourg, je trouve ca à moitié joli à moitié nul, ça m’évoque mes rencards d’ado devant le Quick de la place carrée, ok.

On se retrouve, et il me propose d’aller chez lui. Euh. Non. Merci. Il m’explique que c’est vraiment pas loin, qu’on sera bien. Porte des Lilas quoi. Pas loin de Chatelet. Euh. Non non, merci. Un café ou je me casse, le deal est clair, et j’ai déjà envie de me barrer. Il me reproche de pas être très fun, pas très flexible, de ne pas me laisser tenter par l’inconnu. Ca part mal cette histoire, très mal. On finit quand même dans le premier café venu. La discussion s’engage sur le féminisme, il va passer quarante minutes à m’expliquer que les femmes se victimisent, un peu comme les enfants victimes de pédophilie. Parce que l’univers ne nous envoie que la réponse à notre énergie. Et que si notre énergie est négative, on va attirer des choses négatives. Et que donc les femmes, et les enfants abusés, envoient de mauvaises énergies, et se font donc baiser par le karma. Les victimes sont responsables de leur énergie, tu vois. Non. Je ne vois pas. Mon vagin se referme en mode piège à loup, il se dessèche façon morue salée, c’est mort mec, même en levrette avec un sac sur la tête, en imaginant que c’est Seth Rogen, je te laisserai pas m’approcher. Le choix est simple, je me lève et je me casse, ou je mets 10 balles dans la machine pour voir jusqu’où ce mec peut aller. Je pose donc la question qui tue, mais en fait, pourquoi tu m’as abordé ?

J’aurai pas du putain.

En fait, il a un fantasme particulier. Il possède chez lui un tire lait. Et dès qu’il m’a vu, il a imaginé m’harnacher du dit appareil pour stimuler mes glandes mammaires, dans l’espoir fou qu’elles puissent produire du lait. Du faux lait maternel de femme pas enceinte, substance hautement érotique pour lui, qu’il aimerait téter à la source, voire plus si affinités (insérer ici des descriptions graphiques d’actes sexuels charmants mais rendus ignobles par l’ajour de lait materner dans l’équation). La lactation indue, ouais, j’ai lu des trucs là-dessus, je sais que ca fait partie de l’univers fantasmatique de certain-es, pourquoi pas, mais c’est vraiment pas ma came, et surtout pas avec lui, je décline, polie. Il insiste. Il fréquente plusieurs femmes « aux seins nourriciers », il lui arrive de passer des journées entières à se nourrir uniquement de leur « nectar divin », il est sûr que je lui assurerai une production « de grande qualité ». Non, non, non. Au secours. Partir. Heureusement il part pisser. Je jette 5 balles sur la table, je baisse la tête pour récupérer mon casque, il est déjà revenu. Il me gaule en plein départ, ses yeux se voilent. Et il me dit « bon, ok, j’ai bien senti qu’on accrochait sur rien et que je te plaisais pas, mais on peut au moins baiser non ? ». Non.

10 responses so far

  1. That happened!

  2. « bon, ok, j’ai bien senti qu’on accrochait sur rien et que je te plaisais pas, mais on peut au moins baiser non ? »

    Oh putain, mais c’est fabuleux d’oser une phrase pareille, faut que je la note, elle me servira sûrement 😀

  3. Sainte merde c’est fantastique 😀

  4. Mais sinon on s’en fout ou bien… ?

  5. C’est à mi-chemin entre l’effroi et le génie.

  6. J’ai juste envie de vomir ….
    Merci pour tes billets qui sont toujours d’une justesse stupéfiante. Je suis d’autant plus touchée par tes propos que je suis en train de boucler (enfin j’espère…) des années de thérapie pour abus sexuels et que tout ce qui a trait au non-respect du corps me bouleverse au plus haut point.
    Ne lâche rien, tu es une belle personne !

  7. Bonjour,

    C’est souvent le cas de la rencontre où le physique prends le pas sur le verbe. Si je comprends bien, le doute a pris de l’ampleur, et le charme n’est jamais vraiment né …

    Au secours, fuite.

    Au moins, il n’a pas été harcelant, voire violent verbalement, ou pire.

    Vous aimez le danger (en donnant sa chance au produit) ?

    Ed

  8. Ben merde alors !

  9. Surréalistement bon!
    Au final, le Féminisme l’a bien niqué quand même, c’est ça qu’est bon!

  10. Mais qu’est ce que c’est que ce type bon sang, en tout cas bravo, sang froid, temporisation, quand je lisais je me disais qu’au moment où il déclamait sa tirade sur le karma tu lui aurais envoyé ta tasse à la gueule

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