Dimanche après-midi.

Mai 29 2011

Les pieds dans l’eau, et puis finalement non, le bas du pantalon mouillé que tu relèves sur ton genou, le mollet trop banc et le soleil dans les yeux, le soleil comme si tu l’avais perdu depuis des années, comme si on avait oublié, regarder les poils sur ton bras, microscopiques changements, devenir blonds puis blancs, paupières plissées, la main juste devant, la mer qui s’en va, le sable et puis tes doigts. Le sel en traces blanches sur ton t-shirt marine, les cheveux emmêlés qu’on laisse se nouer, friser et se coller, le pull que tu enfiles sur ta peau encore humide, la serviette trop petite, choisie à la va vite, ce matin où tout était gris, où rien n’était bleu, le sable mouillé, ton nom à la trace, les patés, les mouettes et les rochers.

Les lèvres pourpres et les ongles violets, le froid des os, le chauffage à fond dans la voiture, l’odeur de la poussière réchauffée, la pluie comme par erreur, les vitres noyées, la plage devenue grise, le parking déserté, le sel qui se confond à la terre, le parfum de l’herbe détrempée, ta mâchoire qui s’entrechoque, ta main dans la mienne, mon souffle tiède pour la réanimer, tes chaussures pleines de sable, tes pieds encore au bord de l’eau, tes yeux mouillés. Quelques kilomètres à l’aveugle, la radio qui crache et ta voix qui chante, et puis soudain ton rire, presque hystérique, incontrôlé, torrentiel, la fenêtre que tu ouvres et tes bras qui attrapent les gouttes, sans les saisir jamais, tes mains tendues vers le ciel, et ta tronche fendue en deux, grimace incompréhensible.

One response so far

  1. la lecture de cet article (ainsi que de plein d’autres sur ton blog) me procure une sensation de vide plein de sens, un peu comme dans un film de Coppola (Sofia), ou tout existe et respire cet ennui universel. j’adore comment même quand tu me parles de quelque chose de parfaitement normal (à priori) non seulement mon intérêt est soutenu jusqu’au bout mais je suis ému…

    j’aurai plein de choses à dire sur ce que la lecture de tes écrits me fait ressentir, et comment ça influence ma vision de la vie, mais je me retiens au risque de trop gonfler ton égo…

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