A shocking lack thereof

Août 23 2011

C’est sans doute ce qui donne du goût, cet inachevé qui te poursuit quand tu fermes les yeux et quand tu te laisses aller, ce sentiment de n’avoir jamais vraiment fermé la porte, de n’être jamais vraiment partie, d’avoir toujours le cul scotché à un canapé en cuir rouge quelque part près d’un jardin et de regarder le temps passer, invisible et inodore, regarder les filles qui défilent et les années qui filent sans avoir rien à reprocher, rien à jalouser, juste cette certitude d’être là quelque part, drôle de fantôme de chair, déplacement provisoire. Et puis c’est la part du bien que tu retiens, après le silence et l’oubli que tu forces, ~kill control-alt-del sur la mémoire à vif, puisqu’il faut effacer, puisque rien ne te retient, puisqu’il faut avancer. Et les images toujours planquées dans les bosses et dans les creux, prêtes à te bondir au coeur, prêtes à s’imprimer en poster géant dans ton crâne vide, repeindre les cloisons comme avant, puisque rien ne change vraiment jamais, puisque rien ne changera jamais. Puisque j’ai lié ma chaîne à la tienne, quoique tu fasses et quoique tu deviennes.

Et la tentation de croire que tout est possible, encore. Et les envies qui te prennent. Et le manque soudain, asphyxie, lèvres bleues, souffle haletant. Ne plus y croire vraiment, mais garder en soi toujours ce qui sert de liant, cette glue épaisse qui nous tient si serrés, si proches, inconnus savants. Penser à lui quand je passe sous un pont ou que j’aperçois le reflet d’une tour vitrée. Respirer. Se reprendre. Dans un épisode précédent. Zapper. Revenir à la réalité. Ne rien enlever au présent, ne pas mentir, ne pas tricher. Se permettre un voyage immobile le temps d’un oubli, le temps d’une chanson, le temps du maintenant. Les couleurs ne passent pas, les contours sont toujours noirs, le contraste élevé, seuls les coins se rongent peu à peu sur les photos que j’ai emportées. La patine se verdit un peu à chaque retour en arrière, à chaque passage juste derrière l’objectif pour se regarder vivre. Je repeins, je rafistole, j’arrange et je reviens. Encore et encore, au mêmes endroits qui n’existent pas. J’ai peur d’oublier pour de bon cette fois. Je n’en ai pas envie. Je veux qu’il reste là. Pour plus tard, pour jamais, pour ce que nous ne vivrons pas, et ce que nous n’avons vécu qu’en songe. Pour ce que j’aurais aimé dire et que je ne peux plus énoncer sans rougir. Pour ce que l’on a perdu quand on s’est perdus.

Il y a ce retour en voiture et cette nuit chez moi, il y a des trios bizarres et ces ambiances où l’on ne dit pas, il y a ces gens qui nous regardent, et ce café perdu où je ne vois que toi, il y a tes cheveux et ta veste, ton odeur et ton parfum que je ne supporte pas, il y a la Seine et Bastille, il y a ton rire que tu ne contrôles pas, il y a tes yeux et tes poings qui se serrent, il y a ton silence, mon absence, et le temps qu’on ne rattrapera pas.

3 responses so far

  1. celui ci, pour ressentir pareil au moment présent, m’a époustouflé.

  2. bon courage.
    plutôt crever que mourir / sans de beaux souvenirs.

  3. On scrute le net, on passe des milliers de pages sans les lire et un jour, on tombe sur un truc comme ça. Des mots, des phrases qui sonnent justes et qui percutent. Well done. Et merci.

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