Barbecue

Sep 03 2012

Je rêve d’un grand incendie. Je rêve de me foutre le feu à l’intérieur, que ca brûle bleu. Craquer une allumette, danser sur les cendres, ca sent la viande morte, le cadavre, la chair dégouline et la graisse suinte brillante, tombe en grosses gouttes molles à mes pieds. Les morts sont raides, froids, engoncés dans des boîtes, climatisés à jamais, je voudrais brûler, je voudrais vivre, quitte à disparaître, quitte à hurler. J’ai vu le cadavre de cette femme qui venait de sauter de sa fenêtre, encore trop bien coiffée sur le trottoir mouillé, comme si la chute avait suspendu le temps, sa chemise encore consciencieusement rentrée dans son pantalon pincé, il y a encore une minute elle se penchait simplement au dessus du vide, pour calculer sa mort, pour anticiper le bruit de ses os sur le bitume glissant, elle a rentré sa chemise dans son vêtement, pour s’assurer qu’elle resterait digne, les cheveux attachés sur son crâne fracassé. Elle était là, entière, comme intacte, son sang seul continuait à vivre sans elle, elle se répandait là, devant sa porte d’immeuble, la tête d’abord, et puis une marée sombre sous son dos brisé. Je me suis demandée si elle avait débranché le téléphone, si elle avait pensé à écrire ses dernières volontés, ou si elle avait sauté, prise à la gorge par son grand incendie, calcinée de l’intérieur avec rien pour l’apaiser.

Je connais les incendies, ceux que mon cerveau déclenche parfois, quand les molécules s’emmêlent stupides autour de mes synapses trouées, comme des centaines de bougies d’anniversaires magiques, celles qu’on achète  pour faire enrager le petit dernier, tu perds ton souffle, tu postillones sur la crème pâtissière, elle ne s’éteint jamais. Imagine une chambre noire, son ampoule rouge et son ambiance ouatée, et soudain des milliers de clignotants, des stroboscopes, sans prévenir l’incendie reprend, explose tes pellicules, tout est gris sur le papier révélé, plus rien ne s’imprime à la surface, tout est contenu dans les éclairs qui s’acharnent à te dévorer la cornée, tes yeux ne fixent plus la couleur, alors tu te regardes l’intérieur, tu te concentres pour éteindre les flammes, mais rien ne fonctionne jamais. Alors comme les fous, tu te mets à parler trop fort, à fermer les yeux et à taper dans les murs, parce que rien ne contient le feu, rien n’arrête la destruction enclenchée, tu cherches le sommeil, tu dors le jour parce que la lumière se superpose à ta douleur et que tu la confonds presque avec du bien être, l’obscurité force le contraste, la nuit  l’incendie est plus fort que jamais.

Je voudrais brûler d’un incendie franc, me consumer et disparaître. Une fois réduite à rien, une fois poussière, sang séché sur viscère molle, il n’y aura plus rien à contenir, rien à réprimer. Une sorte de retraite bouddhiste fulgurante, ascétisme garanti, retrouvez votre concentration et votre ligne grâce à nos dix méthodes faciles vers l’ataraxie. Crac, une allumette, bien sur c’est douloureux, on ne quitte pas facilement des années d’ego et de stimulis inutiles, ne plus rien ne ressentir c’est compliqué, mais avec de la bonne volonté, vous allez y arriver.

One response so far

  1. Décidément j’aime vraiment ton écriture et ce texte me touche.

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